III. Le Catéchisme
Chaque jour, nous constatons que les adultes ont oublié leur catéchisme. Il y a donc à mettre tout en œuvre pour que les enfants à qui nous l'apprenons le retiennent (1).
C'est sans doute une espérance chimérique que de compter sur la pénétration profonde dans tous les cerveaux. Beaucoup d'enfants se hâteront d'oublier un enseignement qui gène leurs passions naissantes. D'autres, en butte au persiilage continu de ceux qui les entourent, subiront l'impression dissolvante de ces attaques, et en arriveront à conclure que nous leur racontons des fables,
A la campagne, où le curé se trouve souvent en face d'une unique école dans laquelle soit brutalement, soit sournoisement, on contredit à ce qu'il enseigne, le
(1) Voir, sur ce sujet, notre : Instruction ei éducation au Catéchisme ) in-12 (Lethielli
catéchisme se heurtera aux plus redoutables obstacles.
Dans les villes, le problème n'est pas moins compliqué. La population étant plus dense, il y a toujours un groupe d'enfants à catéchiser, parfois même un groupe important. Malgré que ces enfants paraissent venir librement, nous avons à craindre soit les entreprises de l'hostilité, soit l'enlisement de l'indifférence.
Tous les prétextes sont bons pour soustraire l'enfant aux réunions de persévérance, après la première communion. Dans les milieux bourgeois, ce sera une leçon de violon, de pian~; à l'heure du catéchisme, ou bien des études soi-disant trop absorbantes pour qu'on puisse distraire la matinée du dimanche. Nous mesurons, par ces défaites, la profondeur d'indifférence de ces baptisés, qui en arrivent si vite à une sorte de dédain de leurs croyances. Il ne survit que ce que la coutume mondaine ou la superstition exige qu'on en garde : ce n'est pas épais.
Dans les classes populaires, si l'enfant n'est pas embrigadé dans un patronage,
entraîné dans un engrenage où il se retrouve, évoluant de conserve avec ses camarades, il ne saura même plus comment aller à la messe le dimanche. Ses parents n'y aideront guère, eux qui si fréquemment répondent à une dame catéchiste les exhortant à veiller sur la persévérance de leur enfant : c II fera ce qu'il voudra; il ira si ça lui plaît... »
Pauvres enfants ! Comme ils sont à plaindre! Combien on en sauverait, si l'on pouvait les retenir d'une main assez ferme pour que la fascination du mal ne les saisisse pas, après que la nonchalance a préparé le terrain de l'ennemi 1
Mon dessein n'est pas, en énumérant ces obstacles, de décourager le clergé paroissial des catéchismes, ni d'en prêcher l'insuccès, comme certains se sont plu à le faire, dont l'expérience catéchistique se mesurait par deux ou trois printemps. Au contraire, plus les obstacles sont redoutables, plus notre zèle doit être ardent pour lutter et mériter la victoire.
Quand, au lendemain de la Révolution, les premiers catéchismes parisiens se ras-
semblèrent dans la crypte de la Sainte- Chapelle, parents et enfants avaient un tel enthousiasme que, les uns et les autres, attendaient impatiemment le retour du dimanche; on venait au catéchisme, comme à une fête longtemps désirée. 11 y avait là pour les catéchistes un encouragement et un point d'appui solide. Nous ne sommes pas toujours aussi favorisés ; cependant il arrive, dans certains catéchismes, qu'une élite professe des sentiments de même valeur : elle sera précieuse pour entraîner la masse.
Quoi qu'il en soit, il y a une œuvre à f lire, nous devons la poursuivre avec intelligence, avec une piété communicative et avec une piété qui ne se rebute de rien.
Avec intelligence ; il faut tâcher, en effet, de mettre de l'intelligence dans tout ce que nous faisons. Le catéchisme n'est pas facile ; peut-être s'illusionne-t-on parfois, en ne voyant pas combien il est malaisé de se faire comprendre des enfants, par le fait même des sujets que nous traitons. Les enfants ont peu d'idées et peu de mots à leur service : nous avons à nous mettre à
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leur portée. Telle idée développée de façon trop abstraite, tel mot qui nous est familier, mais qui leur est inconnu, suffisent pouiies dérouter. Tout ce que nous disons devient alors une grisaille, où lignes et ombres se confondent avec la même couleur indécise.
Je me souviens d'avoir fait venir à la fin d'une séance de catéchisme, un petit lycéen de dix ans, qui avait beaucoup remué, sur son banc ; sa mère était présente ; je demandai à l'enfant pourquoi ce remuement incessant. J'ai gardé vive impression de sa réponse. Je vois toujours sa petite figure ouverte et ses bras étendus dans un geste désespéré : « Mais, maman, je ne comprends rien! » Cet enfant était dans un catéchisme où Ton s'efforçait de se mettre à la portée des jeunes intelligences; il était avec nous depuis un mois ; mais il appartenait à une famille sans esprit chrétien, où personne ne lui avait jamais parlé religion. Tous les mots et toutes les choses lui semblaient inintelligibles.
Ce trait esta retenir, beaucoup d'enfants feraient la même réponse, si on les inter-
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rogeait, et, en descendant plus bas que le milieu intellectuel où j'ai choisi mon exemple, ce serait pire encore.
Dès les premiers mots du catéchisme :
«Le symbole ». Les enfants n'ont jamais entendu ce mot-là, « des apôtres », on leur explique ce que sont les apôtres : ce sont des disciples, mais qu'est-ce qu'un disciple ? Les autres mots : « foi, profession de foi », tous ces mots qui nous paraissent simples, à cause de l'accoutumance, leur font l'effet de bocardo ou de baralipton. C'est de la métaphysique en chinois (1).
Ces difficultés tiennent au fond des choses. Elles existeront toujours. Le remède est dans les explications et j'insiste préci-
(1) Tous les maîtres connaissent ces difficultés. Dans une revue pédagogique, dirigée par M. Devinât, directeur de l'École normale d'instituteurs de la Seine, on cite « ces réponses des bons, de l'élite, au certificat d'études. Qu'est-ce qu'un beffroi? Un endroit où il fait très froid. Qu'est-ce que Gambetta? C'était un homme, maintenant c'est une rue. Qu'est-ce que les Landes ? Ce sont des montagnes dans l'Océan », etc. (n° du 2 oct. 1909). Cela vaut la réponse de cet enfant à qui une dame catéchiste demandait : « Le dimanche, c'est le jourdu bon Dieu, que doit-on faire avant tout? — Le dimanche?... On se débarbouille! »
sèment pour montrer combien ces explications sont nécessaires, combien il faut les rendre lumineuses et quelles ténèbres mentales nous avons à pénétrer.
Ce grand catéchiste que fut Mgr Dupanloup nous a laissé, sur ce point, plus que des conseils, des exemples, à ne pas oublier. Dans ses conférences au clergé de son diocèse sur le catéchisme, il disait : « Ne vous y trompez pas, Messieurs, il faut que le catéchisme soit préparé très sérieusement, longuement même. Pendant dix ans, sans apprendre tout par cœur, j'écrivais tout : instructions, homélies, interrogations, histoires, avis, j'ai de quoi publier sur tout cela dix volumes in-8° (1 ). » Ce sérieux dans la préparation, de la part d'un homme dont l'esprit était si vif et la parole si facile, doit faire réfléchir ceux qui n'ont jamais daigné écrire, et qui se bornent à donner, de chic, des explications, le catéchisme à la main. Trop souvent, ils improvisent dans un langage barbare, avec, parfois, un llux de paroles qui étourdit les entants, les subme
1 1) L'œuvre par excellent • . \ ntretv m sur le
comme si, pour nous rafraîchir, on déclanchait sur notre figure un tuyau d'arrosage.
Le pape Pie X s'élève contre cette légèreté/dans l'encyclique Acerbo nimis : «Il faudra que vous recommandiez sans cesse et avec instances, aux curés de ne pas improviser leurs leçons de catéchisme, mais d'y apporter une préparation soignée...
Nous ne voudrions pas que, par amour de la simplicité, on en vint à croire qu'il n'est besoin pour traiter ces matières ni de travail, ni de réflexion : elle en réclament au contraire plus que tout autre genre. Il est bien plus facile de trouver un orateur parlant avec abondance et éclat qu'un catéchiste faisant une instruction de tout point louable. Donc, quelque facilité de pensée et de parole qu'on ait reçue de la nature, il faut tenir pour certain qu'on ne parlera jamais de la doctrine chrétienne aux enfants ou au peuple, avec un fruit réel pour l'âme, sans être préparé et armé par une longue méditation. » La sagesse pratique de ces gravés conseils nous les fera recueillir avec plus de respect encore : il se-
rait bien désirable qu'ils pénétrassent dans tous les esprits.
Qu'arrive-t-il à ceux qui improvisent, sans aucune préparation préalable ? Ce qui arrive, c'est qu'ils font des trouvailles d'idées, semblables à celles-ci : « La grâce, mes enfants, la grâce, c'est... comme une correspondance d'omnibus ; on y correspond, comme on correspond avec une correspondance...» Et encore : <l Le sacrement est un signe sacré... c'est bien simple à comprendre : comment reconnaissez-vous un marchand de vins? Il y a un signe : c'est la pomme de pin; de même, ce qui distingue le sacrement, etc. » Notez que cette dernière explication était donnée dans une ville où la pomme de pin, « signe sacré » du marchand de vins, était inconnue. L'improvisateur avait eu une réminiscence de sa jeunesse villageoise, et il l'avait servie toute chaude, pour éclairer ses auditeurs.
Nous connaissons aussi l'improvisateur ànonnant, à la recherche de ses mots, qu'il trouve ou ne trouve pas. Il mériterait bien (ravoir la mésaventure de Sainte-Beuve, alors qu'il était maître de conférences à
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l'École normale supérieure. Elle me fut racontée par l'un des normaliens du temps, témoin de la scène. Sainte-Beuve avait pris l'habitude de chercher ses mots, en hésitant : « Messieurs, disait-il un jour, saint François de Sales avait un esprit ... comment dirais-je?... un esprit... un esprit co... un esprit colom... » Un farceur vint à son aide : « Bique... Colombique ! » Ce fut un rire général, auquel le maître seul ne participa pas.
Avec une préparation convenable, il y aura du moins une moyenne honnête de clarté et de facilité de parole qu'on obtiendra. Ce sera faire intelligemment l'œuvre catéchistique : instruction, jeu de bon point, avis,
Quelle opinion donnent d'eux ces catéchistes qui se contentent de lire, dans un catéchisme expliqué, les pages qui correspondent à la leçon? Ils prétendent qu'ils ne sauraient mieux dire. C'est trop de modestie. D'abord, ils font penser qu'ils n'ont pas voulu prendre de peine; puis la parole vivante a toujours plus d'autorité que la lecture d'un livre. La lecture du meilleur
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manuel d'instruction religieuse ne vaudra jamais un commentaire simple et clair, préparé par celui qui le donne.
Fuyons certaines locutions mystiques :
le nouvel Adam, le vieil homme, l'Épouse des cantiques. Au sujet de cette dernière dénomination, Tun de nos maîtres, au séminaire de Saint-Sulpice. nous disait jadis : « Que voulez-vous que les enfants comprennent à ce titre-là? S'ils le retiennent, ils demanderont quelle est cette dame ?. . . »
A côté de ceux qui ne se font pas assez comprendre, il y aurait à placer ceux qui veulent faire comprendre trop, et excèdent par des explications prématurées, qui sont de nature à étonner et à troubler les enfants. Par exemple, au sujet de la création de l'homme, du paradis terrestre, de la faute originelle, certains catéchistes, fort bien intentionnés sans doute, mais dont le zèle manque de pondération, s'essaient à donner aux enfants des opinions « larges ».
Les récits bibliques leur semblent vieillots; les Pères de l'Église ayant proposé des explications symboliques, et certains pères de famille prenant à parti ces récits bibli-
ques pour s'en moquer : la pomme d'Adam ! le serpent! etc., ces catéchistes croient de bonne foi faire du bien, élargir l'esprit des enfants, les munir contre les objections, en traitant avec dédain les récits traditionnels, pour y substituer des opinions quelconques : darwinistes, symboliques ou autres. Ils devraient remarquer tout d'abord que, dans cet enseignement élémentaire, primaire, — car nous ne visons que les catéchismes de première communion — on doit s'interdire tout ce qui sort de la tradition, pour présenter une opinion particulière, laquelle n'est, en somme, qu'une hypothèse, sans preuve.
En outre, ils devraient réfléchir, que nulle part, on ne dit aux enfants tout ce qu'ils pourront savoir plus tard. Leur apprend-on l'algèbre à dix ans? Croit-on indispensable de leur enseigner, à cet âge, certains faits de l'histoire, certains détails de la physiologie ? S'il y a une réserve que l'on garde, des restrictions que l'on juge nécessaires, il sera judicieux de comprendre que cette conduite est indispensable dans l'enseignement de la doctrine chrétienne, quelles
que soient les moqueries qu'on ait à redouter.
Mais, d'autre part, on pourra, par quelques précautions oratoires, parer d'avance le coup de stylet ou le coup d'épingle de l'incroyance, et ainsi mettre l'enfant en garde.
Le moyen sera, tout en racontant le récit biblique, de dire : « Voilà le récit de l'Ancien Testament ; je me borne à vous l'exposer; dans l'avenir, certains de ses traits pourront vous être expliqués avec plus de détail. Ce qu'il faut retenir aujourd'hui c'est Dieu créateur. Dieu bon, comblant de ses bienfaits le premier homme, ce premier homme révolté contre Dieu, par orgueil, privé, à cause de cela, des faveurs célestes, et léguant à sa postérité la pauvreté au lieu de la richesse. » A moins d'incroyance complète et de désir odieux de déraciner de l'àme de l'enfant ce qu'on lui apprend au catéchisme, quel est l'esprit sérieux qui pourrait prétendre que cet enseignement manque de sagesse et que nous le présentons aux enfants sous une forme absurde? Il est à souhaiter que tous les catéchistes
réfléchissent bien, que s'ils veulent, déférant à des opinions qui leur sont personnelles, « élargir » trop vite l'esprit des enfants, ils l'élargiront si bien que leurs jeunes catéchisés diront : « Il paraît que ce qu'on a raconté jusqu'ici n'était pas vrai. » Voilà la conclusion et le succès qu'ils obtiendront. La prudence aurait obtenu mieux, sans rien compromettre des éclaircissements de l'avenir.
Faire le catéchisme avec intelligence, c'est le faire avec méthode, c'est-à-dire avoir un plan pour l'année et un ordre d'exercices, pour les séances, ordre varié qui tienne les enfants en haleine et qui mélange l'instruction à la formation de piété. Plusieurs, parmi nos jeunes confrères, se targuent d'avoir chacun sa méthode, parce que chacun a ses idées. Us oublient qu'il n'y a pas cent manières de dire : « Ouvrez la porte, ou fermez-la. > De même, il n'y a pas tant de méthodes pour catéchiser les enfants, à moins qu'ils ne prennent pour des méthodes certaines bizarreries qui n'ont rien de surnaturel, ni de naturel.
Au fond de toutes les méthodes, il faut qu'on retrouve deux conditions, la clarté et la piété. Sans elles, rien ne tiendra, et sans <a la manière de s'en servir », rien ne pénétrera. Or ces deux conditions sont celles des méthodes traditionnelles, depuis les catéchèses des premiers siècles, jusqu'à la codification de la Méthode de Saint-Sulpice, dont le pape Pie X faisait l'éloge, tout récemment, dans l'un de ses brefs.
La méthode d'enseignement et d'éducation chrétienne suppose que nous savons discipliner nos catéchisés. Un catéchisme sans discipline ne profitera pa9 plus aux enfants qu'une classe indisciplinée. Il est de nos confrères qui ne comprennent pas cela, ils veulent être « bons » avant tout ; il en est d'autres qui ne savent pas, qui ne s'exercent pas à cette discipline si importante. Ils font erreur, les uns et les autres. La fermeté est nécessaire dans la famille, en classe, au catéchisme. Si on n'oblige pas l'enfant à écouter et à comprendre, la plupart des enfants ne s'y obligeront pas d'eux-mêmes.
Dans la méthode des catéchismes de
Saint-Nicolas du Ghardonnet, qui date de 1616 environ, nous voyons comment tout était prévu, de façon à atteindre le maximum d'ordre et de discipline. Les catéchistes avaient à prendre un peu plus de peine, mais les enfants devaient y gagner du recueillement. Je cite simplement quelques détails du jour de la première communion, ils donneront l'idée du reste :
ce Les enfants auront les mains jointes, non pas en pointe, mais étendues ou couchées en croix, Tune sur l'autre, conformément à l'ancienne discipline des chrétiens .. A la procession des vêpres, les plus petits seront en premier, et pour reconnaître le compagnon avec qui ils doivent marcher, on mettra deux lettres semblables : A, A; B, B... Au troisième coup du salut, on allumera les cierges des entants; au dernier coup, on les conduira dans la nef. »
Toutes ces dispositions empêchent la dissipation et favorisent le recueillement. C'est leur but, il est fâcheux que certains catéchistes ne le comprennent pas. On devrait comprendre aussi qu'un catéchisme fait en surplis, avec dignité extérieure,
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donne aux enfants une impression religieuse que ne leur donnera pas le catéchiste « bon enfant », ou celui qui ricane trop avec eux.
Si la méthode et la discipline sont souvent oubliées, il arrive que la formation de piété l'est aussi. Le bienheureux Grignion de Montfort disait qu'il « faut toujours finir le catéchisme par une exhortation touchante ». Quand il disait cela, il pensait aux enfants de la campagne, comme aux autres, or, à la campagne, que voit-on? On voit d'excellents curés qui se donnent beaucoup de peine, qui font le catéchisme tous les jours, ou au moins trois fois par semaine, qui passent le temps de la séance à faire réciter, à gronder les ignorants, à encourager les autres, et qui, jamais, ne concluent par un mot de piété. Quelquesuns disent : « Ces enfants-là sont trop bouchés, ce serait inutile. » Permettez, vous êtes du pays, ou du voisinage, par conséquent vous devez savoir comment prendre ces enfants : il ne faudrait pas donner l'impression que finstituttur est seul â se «lôvouer à la jeunesse, et quo le
curé, dans son domaine, fait les choses à moitié.
Du reste la réflexion que j'ai citée contient une grosse erreur. Êtes-vous sûrs que ces enfants difficiles à saisir par l'intelligence, ne le seraient pas plus facilement par le cœur? Je ne me fais pas d'illusion sur la tendresse de cœur des enfants, surtout dans certains milieux où la famille ne la développe pas; mais le cœur, la volonté, ont leur rôle dans l'acquisition de la foi. La grâce est là pour nous aider. Le catéchiste qui se contente de s'adresser à l'intelligence, sans chercher à toucher le cœur, celui-là n'arrivera jamais à donner aux enfants, je ne dis pas de la piété, mais même des convictions.
Par nos exhortations de piété, nous les amenons à Notre-Seigneur. Il est facile de suivre les fêtes de l'année pour leur expliquer la vie du divin Maître. Ses vertus serviront de point d'appui pour parler aux enfants des vertus qu'ils doivent pratiquer; ce sera, en même temps, leur former la conscience, œuvre si importante et qu'il ne faut pas accomplir comme on expliquerait
le code pénal : voici le délit, voilà maintenant la punition. Nous avons mieux à faire, c'est d'apprendre aux enfants à chercher le bien : bonté, douceur, travail, sincérité, par amour pour Dieu. Gela, c'est la morale chrétienne.
Apprendre à prier rentre dans la formation de piété. D'abord, réciter tout haut les prières, les réciter gravement, pieusement : ce sera une leçon qui profitera. Je n'ignore pas quelles sont les difficultés matérielles qu'on a parfois pour apprendre aux enfants à suivre la messe : du moins toutes les fois qu'on le pourra qu'on profite de l'occasion, afin que cette assistance à la messe, qui est de toute la vie, soit comprise comme un exercice réconfortant et pieux.
(Juand les enfants :iont peu nombreux, il est difficile de leur faire chanter des cantiques. Dès que c'est possible, qu'on n'y manque pas Dans le camp de l'impiété, le « chant choral » est prescrit partout; dans telle grande école normale, la journée débute par un chant — qui remplace la prière — c'est en elfet à titre de remplacement qu'on a pris cette disposition. On
nous l'a empruntée, puisque, de tout temps, nos catéchismes ont connu les cantiques. N'abandonnons pas ces coutumes utiles; les cantiques, surtout si on les commente pour les faire comprendre aux enfants, leur seront profitables, de la même manière que la prière, et de plus seront une détente agréable pour ces jeunes esprits.
Que dire encore, puisqu'il ne s'agit pas ici d'un traité de pédagogie catéchistique, mais simplement de nous rappeler l'esprit qui doit nous animer? Ce qui est à dire pour conclure, c'est qu'il faut avoir une patience inaltérable, ne pas se rebuter des difficultés, accepter les fatigues inévitables de ce ministère qui a des heures rudes, énervantes, pour ceux qui ont des nerfs. Tous ces ennuis nous les accepterons avec d'autant plus de facilité que nous resterons convaincus que le catéchisme est plus que jamais Y œuvre, l'œuvre de sauvetage indispensable.
Puis, ne nous arrêtons pas à la première communion. De tous côtés, nos adversaires se préoccupent des œuvres post-scolaires; ne nous lassons pas de nous
préoccuper des œuvres de persévérance.
Sans elles, l'édifice chancelant, bâti au moment de la première communion, s'écroulera. Pensons aux garçons que leur liberté précoce met à la merci de tous les dangers; soyons bons et doux, quand nous leur parlons en particulier, fermes et très nets, dans la parole publique : un homme d'autorité leur en impose; ils voient en lui un homme.
Pensons aux filles, afin de préparer les mères de l'avenir. Les mères sont notre meilleur appui pour aider les enfants à demeurer dans le bien. Avec elles, réserve et gravité dans les relations particulières, et. dans la parole publique, une douceur qui les persuade, et leur donne le goût de la piété.
A tous, faisons entendre le langage du cœur, non pas le langage mièvre des fleurettes et des colombes, mais celui qui s'inspire d'un viril amour de Dieu, et le traduit de façon à en donner à la jeunesse une vive impression. N'oublions pas que Notre-Seigneur nous a rappelé que le premier commandement de la loi est celui-ci :
<( Tu aimeras ton Dieu. » C'est donc ce qu'il faut faire entrer avant tout dans l'esprit et dans le cœur des enfants. Et c'est à quoi doit aboutir aussi tout notre ministère d'enseignement : étude, prédication, catéchisme.