ET LES SPÉCIALISTES
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foi dans leur cœur. Mais ceci n’est pas à craindre quand on sait qu'on a affaire à.
des vengeurs de la morale publique ?
Mes chers habitants et artisans, vous:
savez que c'est le prêtre, aidé un peu de quelques bons laïques, qui ont instruit à bien bon marché tous vos enfants pour en faire des prêtres, des médecins, des:
avocats, des commerçants, des teneurs de livres, etc. Cependant on nest pas.
content, il faut de plus que /e clerçé seul — avec une moyenne de salaire de cinquante piastres par année, en fassent des:
spécialistes dans toutes les branches de la science humaine.
Comment cela ? direz-vous.
C'est bien simple : “ frères et prêtres, bâtissez-nous des collèges et donnez-nous:
des professeurs spéciaux, à vos frais et pour vous aider à faire face à vos dépenses, nous allons vous faire payer les taxes sur ces grandes bâtisses que vous aurez
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élevées dans l'intérêt de nos enfants et point du tout pour vous; bâtissez grand et beau, nous ne voulons pas que nos enfants soient plus mal logés que ceux des Anglais ; plus vous bâtirez grand plus vous paierez cher et quand vous viendrez réclamer le prix convenu—prétres avares que vous êtes —pour l'instruction de nos enfants, un sur cinq répondra à la quatrième lettre de l'économe qu'il lui enverra un chèque la semaine gwr vient, puis si vous n'en avez pas assez de ces secours que nos cœurs débordant de reconnaissance veulent bien vous offrir, nous vous Ôterons la dime Oh, méchants prêtres ; nous vous réduirons et finirons bien par démontrer au monde, lesquels de vous ou de nous sont plus attachés à l'argent!” Mais dites-vous : ceux qui disent cela, que font-ils, eux ?
Vous me demandez ce qu'ils font : il me serait bien plus facile de vous dire ce
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ET LES SPÉCIALISTES 113 qu'ils ne font pas. Ce qu'ils font ? ils regardent faire les autres, critiquent et pérorent sur le nanque de patriotisme du clergé.
Du patriotisme ! Ce sont eux qui en ont un sac,—pas un petit sac—un gros sac à sel ! Entendez-les donc le jour de la St-Jean-Baptiste, nous parler de ce patriotisme qui les “ brûle jusqu'à la moëlle des os.” Le patriotisme en parole ne coûte pas cher, mais quand on en vient à l’action. ... C'est autre chose.
Lorsqu'en compagnie de Mer Labelle nous travaillions pour l'œuvre patriotique de la colonisation, j'ai compris plus que jamais le dévouement de notre clergé.
Comment créer de si belles institutions lorsqu'il est difficile de faire donner une piastre qu'on réclame dans l'intérêt de la patrie et de la religion ? Mgr. Labelle souriait de pitié et tenait en réserve ses
| mots énergiques à l'adresse de ces“ grands
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114 LE PRÊTRE patriotes ” qui avaient toujours un plan à lui proposer pour sauver la patrie.
Je me rappelle qu'une fois, il m'adressa ainsi la parole :
—Mon cher Lacasse, je gagerais qu'il y a encore une chose que tu ne sais pas ?
—]Je gagerais avec le “ bébé ” du Nord (1) qu'il y en a même deux.
— J'étais dans le convoi du chemin de fer ce soir, et imagine-toi qu'un homme est venu me proposer #»# plan pour sauver le pays, remarque bien, pas une planche de salut, mais un #/an.
— Belle chose que cela, M. Labelle :
que ça soit une planche ou un plan qui
sauve le pays, pourvu qu'il soit sauvé, |
c'est tout ce que je demande.
— Ecoute, il faut maintenant que nous ayons dans nos collèges des cours spéciaux, mon gars m'a nommé pendant une
(1) Il aimait qu’on l’appellât de ce nom ; il pesait cepen dant trois cent trente-cinq livres.
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116 LE PRÊTRE voulez, vous vous en ferez; plus le clergé vous en donne, plus vous êtes exigeants ; nous nous sommes arraché le cœur pour vous autres, puis maintenant vous voulez nous arracher les entrailles, et bien, arrangez-vous, souscrivez trois ou quatre millions, et vous en aurez des spécialistes :
puis si vous êtes capables d'en former un pour faire pousser des colons dans la Rouge ; je vous le paierai, pas 50 piastres par année, ce que gagnent nos prêtres, mais 50 piastres par Jour. Alors, monsieur Labelle s’apaisant et laissant échapper de sa bouche entr'ouverte un sourire sarcastique, continua : bâtir des grands collèges !!! Entends-tu, Lacasse, eux, bâtir des universités de spécialistes. — Tout-à-coup, il bondit de sa chaise de nouveau, fonce sur moi; Je pars en peur en m'écriant : je ne suis pas un spécialiste, moi !
Nos dénigreurs de prêtres ! bâtir des
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ET LES SPÉCIALISTES 117 universités ! Ils ne sont seulement pas capables tout seuls de bâtir une...... ; permettez-moi de remplacer les derniers mots par des petits points. Il termine par ces mots-ci : Quand ils auront mis une piastre là nous en aurons mis dix mille : bien loin de cracher sur eux comme ils le font sur nous; je leur dirai :
Vous êtes des patriotes et la patrie reconnaissante va vous élever un monument spécial.
Finissons cette causerie par les remarques suivantes : Pourquoi les laïques qui désirent tant des écoles spéciales ne prenaent-ils pas l'initiative comme l'ont fait les prêtes pour les collèges classiques et commerciaux ? Le gouvernement leur donnera probablement mille piastres par année comme il le fait pour les maisons de haute éducation, ils n'auront qu'à faire le reste.
Dans la ville de Montréal, ils sou-
tiennent que de telles écoles seraient remplies ; ils comptent mille élèves pour Ja première année — seulement trente classes, ce n'est pas beaucoup; avec quatre cent mille piastres, ils peuvent bâtir des écoles assez spacieuses pour les contenir. Si ces écoles brüûlent, ils feront comme les prêtres de Sainte-Thérèse
ils emprunteront de l'argent et en bâti ront d’autres, En fixant le prix à trois piastres par mois par élève comme font Îes frères, ils auront un revenu de trente mille piastres par année. ® Ils n'auront qu'à payer trente professeurs. Ceux-ci rivaliseront bien de zèle avec le clergé et ne prendront probablement qu'une cinquantaine de piastres par an, car s'ils demandaient seulementchacun trois cents piastres, leur salaire se montant à neuf mille piastres et l'intérêt du capital investi
(1) I] faut déduire un cinquième pour ceux qui ne raison que la semaine gus vient.
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44 aierons
ET LES SPÉCIALISTES 119 à vingt mille, ça leur ferait déjà vingtneuf mille piastres à débourser. I] leur reste encore mille piastres pour payer le charbon, les taxes de l'eau, du gaz, des trottoirs, plus l'entretien de la maison, les serviteurs, etc., etc. Ils ne paieront pas la taxe sur leurs propriétés, car on saura apprécier leur dévouement. Si toutefois on voulait le faire, le clergé fera signer une requête dernandant à nos échevins de les en exempter. Je crois que dans ces conditions, ils peuvent retirer un gros intérêt du capital qu'ils auraient exposé dans cette entreprise, Nos communautés enseignantes, disentils, s’enrichissent chaque jour de plus en plus ; pour quelles raisons manqueraientils l'occasion de s'enrichir eux aussi ?
Cela a lieu de nous étonner quant on sait que ce sont pourtant des gens prafiques.
J'espère qu'ils vont réfléchir et qu'au lieu de venir insulter le clergé en disant : Ne
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