‹ Le prêtre et ses détracteurs [microforme]Chapitre 24 sur 51 · CAUSERIE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CAUSERIE NEUVIÈME

LE PRÊTRE gr LES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES

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victoire est facile.

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sur nos communautés religieuses ; elles sont trop nombreuses, elles sont trop riches, elles sont trop bien bâties, elles accaparent le peuple, elles sont l'ennemi du progrès, elles marchent à reculons; enfin, à les entendre ce sont elles qui vont ruiner le pays.

D'abord admirons en passant l'entente cordiale qui existe entre le clergé séculier et régulier. Lorsque l'esprit du mal veut perdre une société, il tâche par tous les moyens possibles de désunir le clergé séculier et régulier. Les impies sentent que s'ils pouvaient mettre en lutte et faire frotter l’une contre l’autre les deux branches de ce même arbre, ces branches ne porteraient pas de fruits. Jugez de leur contentement s'ils pouvaient s'appuyer sur les paroles d'un membre du clergé régulier pour attaquer le clergé séculier et vice versa. Mais remercions la divine Providence de l'union qui existe entre

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tous les membres enseignants de notre Eglise du Canada; un religieux paraît aussi à l'aise chez un curé que s'il était dans son monastère et un curé semble être chez lui, lorsqu'il veut bien honorer’ de sa visite une de nos nombreuses communautés religieuses.—Nous formons ur tout compacte que les méchants ne parviendront pas à entamer.

D'abord elles sont trop nombreuses, elles sont trop riches, examinons ces:

points.

Nos communautés religieuses sontelles trop nombreuses ? Mes chers amis, elles ne le sont pas assez; je vois à ce mot tous nos impies faire un sursaut sur leurs chaises à en faire craquer le dossier. Je m'explique : je crois que nous avons maintenant des communautés religieuses en nombre suffisant pour donner l'enseignement et soulager toutes les misères humaines sous quelque forme

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qu'elles se présentent, mais ce que je veux dire est ceci : les membres de nos communautés religieuses ne sont pas assez nombreux; chaque communauté pourrait recevoir demain deux cents sujets et après demain, ils seraient tous à l'œuvre ; presqu'à chaque jour, j'entends soupirer le Rév. Père Provincial de notre maison :

encore une demande. J'ai toujours à donner la même réponse : ‘la moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers.” On a eu l'audace d'écrire : pourquoi faire venir des missionnaires étrangers ?

Quand je suis arrivé en mission sauvage, un jongleur—c'est-à-dire, celui qui se dit le confident du mauvais esprit, m'a fait la même question—vous voyez que les jongleurs blancs et noirs s'accordent. Le jongleur noir avait une excuse, il n'avait pas vu le missionnaire à l'œuvre, les jongleurs blancs n’en ont pas, chez eux, c'est bêtise

ou malice.

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veux comassez pourjets et uvre ; upirer aison :

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Par religieux étrangers, on entend d'abord les Fésuites. Pauvres Jésuites! !

depuis tant de temps qu'on vous mange à la sauce piquante pour aiguiser l'appétit—et dire que vous êtes encore onze mille! ! Ah! vraiment, mes bons amis, permettez-moi de vous donner un con-

| seil : vous n’êtes'pas raisonnables du tout ; | pourquoi ne pas vous laisser manger tout

ronds sans rien dire: mais ne ressuscilez pas ensutte--prenez garde à vous autres — ne pas ressusciter c'est-là le point capital. Mais qu'arrive-t-il ? chaque fois que les uapies mangent un Jésuite, i! y en a toujours deux nouveaux qui viennent assister au dessert—c'est ce qui les enrage.

Vous prenez là, mes révérenas Pères, le moyen de doubler votre nombre en vingt . ans, c’est ce qui va arriver si vous ne m'écoutez pas. Maintenant que je vous ai donné un conseil, je me tais et si dans vingt ans vous êtes vingt-cinq mille ce ne

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sera pas ma faute et vous vous arrañgerez avec le bon Dieu.

Par religieux étrangers viennent en suite les messieurs de St-Sulpice, les pères de Ste-Croix, les Dominicains, les pères Rédemptoristes, les fils de St-François. Ah! bande de Récollets! Vous voulez aller nu-pieds et nu-tête ? vous allez voir ce qui va vous arriver, nos mécréants vont vous prendre par votre cordon et vous allez en attraper une raclée. ...!! ils vont vous appeler des va-nu-pieds et vous l'aurez bien mérité ; pourquoi aussi prêcher le détachement des biens de ce monde!

De plus, les pères du St Sacrement ne sont pas exceptés du nombre. Et permettez-moi d'ajouter que par prêtres étrangers, on comprend aussi un peu les Oblats. Excusez-moi, chers amis, d’accoler le nom de ma pauvre petite congrégation, à peine sortie du berceau, à ees

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ET LES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES 127 grands ordres religieux, mais je serais si content de constater que mes devanciers en religion aient pu mériter par leur attachement à l'Eglise la gloire des sarcasmes et des mépris de la gente impie.

N'oublions pas nos chers frères de toutes les nuances et nos bonnes religieuses de toutes les couleurs que la généreuse France ainsi que la catholique Belgique ont jetés sur nos rives

Nous allons examiner si ces étrangers sont nuisibles ; peut-être trouverons-nous que ce ne sont pas ces é/rangers-là qui nous font du dommage.

On m'assure qu’un écrivain émigré en ce pays, a écrit qu'on ne voulait plus de moines importés, qu'il y en avait assez.

Si on lui répondait : Nous avons assez d'écrivains ici, nous n'avons pas besoin de journalistes importés. Que répliquerait-il ?

Nous votons de l'argent pour faire venir

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chaque année des étrangers ; nous appelons des Anglais, des Ecossais,des Norvégiens,des Suédois, des Russes, des Menonites, — tous protestants et anti-français pour la plupart—et on applaudit à deux mains, dans certains quartiers. Il peut y avoir parmi eux des êtres très nuisibles à la société, à la religion, mais on ne se préoccupe pas de cela : qu'ils soient ce qu’ils voudront c’est leur affaire, dit-on ; il y a même des écrivains étrangers qui sont venus écouler leur prose dans les colonnes de quelques-uns de nos journaux canadiens, pendant qu'ils vivaient notoirement en concubinage avec une femme mariée, volée en Europe; et les soi-disant vengeurs de la morale publique ne s'en sont point émus. Ils font taire leur scrupule jusqu’au jour où de "pauvres religieux viennent à leur frais et dépens, mettre le pied sur notre sol.

Que désirent ces religieux ? faire du

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ET LES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES 129 bien aux âmes, donner le bon exemple, instruire la jeunesse presque pour rien, soulager les malades, mourir au milieu des pestiférés, lutter victorieusement contre le protestantisme, aider à faire respecter la langue française, et mourir sur la brêche plutôt que de voir l'Eglise catholique conspuée et méprisée. Estce un si grand mal après tout? Je dirai comme l'un de vous, mes chers amis: un brave habitant me disait j'autre jour, dans son langage original :

“ Après tout si ce n'est rien que cela qu'ils veulent, ce n'est toujours pas le loup.” Voyons un peu ce qu'ils ont fait ces terribles Jésuites, que la cinquantaine de nos impies voudraient voir ailleurs :

Ont-ils le droit d’être des nôtres ?

On peut suivre les Jésuites, dit l’historien Parkman, au sillon de sang qu'ils ont tracé depuis les plages glacées du Labrador jusqu'aux sources du Mississipi.

Laissant partout sur leur passage le souvenir d'un dévouement qui n'aurait d'égal que leur inépuisable charité, voulant amener tous les sauvages à la foi romaine, fondant aussitôt un collège pour s'assurer des successeurs, préparant le chemin aux commençants et aux soldats et employant toute leur immense influence sur les sauvages, toujours au profit de Rome et de la France. Et ce sont de tels hommes, mes chers amis, qu'on traite d'étrangers !

et ce sont les successeurs de ces géants du bon Dieu que l’on trouve de trop parmi nous. Que font-ils maintenant en ce pays?

Les uns continuent au milieu des sauvages l'œuvre commencée il y a plus de deux siècles par leurs prédécesseurs et les autres sont à instruire les jeunes gens de ce pays; ils cherchent à en faire de bons citoyens et de dévoués chrétiens :

leur disant qu'ils appartiennent x Dieu et à la patrie ils leur enseignent à aderer

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l’un et à mourir pour l’autre ; où trouvezvous qu'il y ait du mal en cela? Puis en faisant cela, ils gagnent de quoi se nourrir et se vêtir : c'est tout ce qu'ils demandent. En vérité, mes bons habitants, ül faut manquer de beaucoup de jugement et complètement de cœur pour ne pas admireret vénérer nos bons pères Jésuites, qui ont été et seront toujours les plus fermes appuis de l'Eglise catholique, notre inère.

Maintenant demandons-nous ce que la patrie doit aux Messieurs de Saint- Sulpice. |

Oh! ville de Montréal, tu serais bien ingrate si jamais tu oubliais ceux qui t'ont formée |

Les Messieurs de Saint-Sulpice ont voulu fonder une colonie catholique et ils ont réussi ; quel soin le vénérable Monsieur Olier n'a-t-il pas pris pour ne choisir que des colons catholiques et écarter les

huguenots ? Pourquoi les premiers habitants désiraient-ils tant d’être sous la houlette des Sulpiciens ? pourquoi laissaient-ils les autres seigneuries pour venir dans celle des Messieurs de St-Sulpice ?

Parce que dans celle-ci, ils trouvaient des pères et que dans la seigneurie des nobles, ls n'avaient que des maîtres. Quand on connaît la piété, le zèle, la charité de ces dignes prêtres du Seigneur, on n’est plus étonné de voir Montréal prendre les devants dans le chemin de la colonisation — les premiers habitants savaient qu’une fois à Ville-Marie, ils auraient à traiter avec des prêtres et que le huissier ne serait plus à leurs trousses.

Qui a formé le clergé du grand diocèse de Montréal d'autrefois, qui forment maintenant ces saints prêtres dont vous admirez le dévouement, la piété, la science ? — Qui, mes chers amis, et ici, je m'adresse aux denx’ millions de Canadiens-français

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Qui peut prononcer le nom de Marguerite Bourgeois sans sentir une larme mouiller sa paupière ? Marguerite Bourgeois l'intrépide, vint seule dans ce pays, pourquoi ? mais pour gagner des âmes à Dieu. La congrégation qu'elle a fondée, que fait-t-elle ? qu'a-t-elle fait depuis son existence ? Instruire dans nos campagnes la fille de l'habitant pour qu'elle fasse une bonne chrétienne; dans nos villes, la filie de nos juges, des avocats, des médecins, des marchands, et leur enseigner que la véritable grandeur et la vraie richesse ne se trouvent que dans la vertu, voilà leur ambition. Encore une fois, qui a formé cette communauté puissante qui compte aujourdhui douze cents membres ? Qui a inspiré à .ous les membres de cette congrégation, cet esprit de corps qui fait que toutes les branches sont si étroitement unies à l'arbre et les feuilles aux branches, que pas une ne s'en dé-

1rguelarme Bourpays, imes à ondée, uis son pagnes sse une lafilie decins, que la ichesse u, voilà , qui a te qui memembres e corps sont Si feuilles ‘en dé-

tache ? les Sulpiciens, mes chers amis, les Sulpiciens, ces grands maîtres de la vie spirituelle dont la science est si sfre pour la direction des âmes qui leur sont confiées.

Qui a fait de chaque sœur de l'Hôtel- Dieu, une héroïne de dévouement ? qui a su leur inspirer cet esprit de profond recueillement et de modestie angélique qui brillent sur leur visage ? les Sulpiciens qui leur ont prêché d'exemple plus que de paroles, les Sulpiciens si remarquables par leur esprit de recueillement et par leur modestie ecclésiastique.

Qui a doté notre ville de Montréal de tant de monuments religieux qui font l'admiration de tous les visiteurs £t sont la consolation de ceux qui y résident?

Je défie qui que ce soitde faire un pas dans notre grande ville de Montréal, sans rencontrer quelque part, l'empreinte du passage d'un Sulpicien.

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Et vous, légions de prêtres, de religieuses, de médecins, d'avocats, de notaires, de marchands, d'ouvriers, levezvous pour venir nous dire dans le langage de la reconnaissance, à qui vous devez votre éducation ?

Et vous, pauvres de toutes sortes :

venez imposer silence à nos impies : Où avez-vous eu le plus d’aumônes ? Sans doute que ces impies qui se moquent de nous, sont vos consolateurs dans vos peines ?

—Non, mon père, ils ne veulent plus voir de pauvres ; ils disent que c'est une disorâce pour un pays et chaque fois qu'ils nous rencontrent, ils font sur nous un geste de mépris.

Qui donc vous soulage ? Les prêtres et au premier ranp, les prêtres sulpiciens.

Et vous tous, artisans qui aviez connu les jouissances du bien-être avant la fameuse crise qui a duré trois ans, dites-

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nous les noms de ceux qui ont dépensé de vingt-cinq à trente mille piastres par année, pour vous empêcher de mourir de faim ? Et vous, familles du faubourg St-Joseph, au nombre de trois cents, vous qui n'aviez pas d'ouvrage, rappeleznous bien haut le nm de ce prêtre Sulpicien qui a dépensé tout son bien de famille—cinq mille piastres,—à vous fournir du pain? et ce sont de tels hommes que l'impiété poursuit de sa haine ?

Mes chers amis, permettez-moi d’exprimer un vœu auquel vous allez joindre les vôtres : je souhaite à ces bons Sulpiciens qui ont nourri et protégé mon grand-père maternel en lui séchant les larmes de l'exil, d'être toujours pour nous ce qu'ils ont été jusqu'aujourd'hui, c’està-dire des hommes d'une charité qui n’a jamais compté, d'un zèle qui ne s'est jamais ralenti et d'une science qui n'a jamais failli.

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Si j'ai des souhaits à faire, j'ai un regret à exprimer : Dans les premiers temps de la colonie,tout en vous établissant à Montréal, que n'êtes-vous allés en même temps planter votre tente plus loin, que n'êtesvous allé faire à deux cents lieues d'ici ce que vous avez fait à Montréal ? Toronto s'appellerait Olierville et au lieu de maudire les Canadiens-français, les populations actuelles réunies dans les nombreuses églises catholiques, dont les murs répéteraient les échos de la belle langue française, prieraient pour la conversion de la minorité protestante. Leurs nombreux députés au parlement feraient vite cesser les inquiétudes de nos frères du Manitoba. C'est en examinant ce qui ne s'est pas fait ailleurs qu'on voit ce que vous avez fait à Montréal. Les Associés de Montréal, en devenant propriétaires de l'Isle, s’engagèrent à trois choses : instruire les jeunes gens dans

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ET LES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES 139 un séminaire ; prêcher et instruire les sauvages ; avoir une communauté de religieuses vouées à l’enseignement des filles, et un hôpital pour les malades.

Ont-ils rempli les conditicns de leur con- ‘trat? Je ne vous ferai pas l'injure de répondre à cette question.

Mais je vais vous en proposer une autre. Supposons que le gouvernement anglais, il y a quelques années fût aussi bien disposé envers la religion que l'était le gouvernement de la France dans les premiers temps de la colonie et qu'il eût donné à Mgr Taché ou à une communauté tout le Manitoba aux trois conditions imposées aux Associés de Montréal ; qui ne se serait pas réjoui parmi vous autres ? quin'aurait pas été heureux d'aller s'établir à l'ombre de la croix ?

Chacun se serait écrié : la prépondérance catholique est établie à l'Ouest comme à l'Est. Chaque colon en mourant aurait

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