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Les autres veulent avoir des auberges, c'est leur affaire, qu'ils s'arrangent. Ce n'est pas comme cela qu'il faut agir; il faut dire : arrêtez un peu que je vous
arrange. Mes chers habitants et artisans, “vous êtes le nombre, la force, vous avez
le droit pour vous; ne vous laissez donc pas mener par une poignée de têtes chaudes et de cœurs pâtés.
Mais répondons à la question: comment diminuer le nombre des auberges ?
D'abord, écartons la pensée qu’on peut y réussir sous la loi actuelle qui régit la vente des boissons. Celui qui veut prendre auberge a toujours une liste d'amis qui n’en veulent pas d'autre que lui, il aura presque toujours la majorité des conseillers dont l’un est son beau-frère, l'autre le cousin de sa femme, il a prêté de l'argent au troisième et le quatrième Jui doit un compte de 50 piastres pour valeur--non—pour liqueur reçue. De
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plus, la politique intervient ; l'hôtelier est un grand facteur politique et que de fois il a sauvé la patrie à deux doigts de sa P' en faisant comprendre à l’habitué € . barre qu'il était menacé de l’eau du decuge, le candidat ou le député a été bien reçu chez lui : il aura sa licence et s’il paie l'amende pour avoir vendu le dimanche, il ira le trouver et re remise lui sera faite, “vu qu'il a été trompé et qu'il croyait vendre de la boisson pour la ma-
ladie.”
De même, mes chers amis, que je laisse aux autres pleine liberté d'exprimer leur opinion sur ce sujet, permettezmoi de formuler la mienne que confirment 30 ans d'expérience.
Tant que les permis ou licences seront sous le contrôle d'hommes qui votent aux élections, il y aura toujours 20 fois plus d'auberges au'il n'en faut: en aura
beau établir les lois qu'on voudra, il n’y aura jamais de sanction, car on trouvera toujours le moyen de les rendre illusoires.
D'ailleurs, il y a pour moi, une autre grave raison de m'opposer à la loi actuelle faite, je le crois, dans les meilleures intentions du monde.
Missionnaire des campagnes, j'ai remarqué que cette manière d'octroyer les licences et les moyens qu'on est obligé de prendre pour sévir contre les coupables, avaient une action dissolvante sur la famille. La mère et les filles ne veulent pas d’auberge, le père et les garçons en veulent, ou bien les garçons seuls en désirent, le père n’en voulant pas ; de là des divisions, des injures entre l'époux et l'épouse, injures qui recommencent toutes les fois qu'un homme ivre passe dans le chemin. Tiens, dit la femme, regarde ton aubergiste, le bon réglement qu'il tient !
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Quand on fait payer l'amende, qu'’arrive-t-il? C'est un tel, il va me le payer; et en vertu des liens de famille, d'amitié ou de ‘“ compagnonnage,” une partie de la paroisse se jette à couteaux tirés sur l'autre; les médisances et les calomnies pleuvent, la paix est troublée et des milliers de péchés se commettent. De plus, le curé qui veille avec un œil jaloux au bon ordre de sa paroisse est obligé d'intervenir : il fait son devoir, il intervient , alors on l'accuse de partialité d'injustice : lui qu'on trouvait si saint hier, est aujourd’hui une bête noire ; et l'on élève ses enfants sous l'empire de cette défiance envers le ministre de Dieu ; on se retire du confessionnal et il faudra les grâces extraordinaires d'une retraite pour réconcilier cet aubergiste avec Dieu et son
ministre.
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Si l'on pouvait éviter tous ces péchés le Canada serait plus heureux et plus prospère ; ceux dont le programme politique est de rendre le peuple heureux sont obligés par devoir de chercher un moyen plus conforme aux vues de Dieu.
Quel moyen peut-on suggérer ?
Le suivant : créer un bureau spécial, composé de trois hommes aussi indépendants des électeurs et des députés que l'est le bureau de l'instruction publique, par exemple ; choisir un membre parmi nos cvltivateurs instruits et intelligents de la campagne, un second dans les professions libérales et le troisième dans la classe commerciale. Le bureau à la tête duquel seraient ces trois hommes aurait le pouvoir d'accorder des permis dont le prix serait fixé par l'assemblée lécislative ; il s'entendrait avec les personnes bien pensantes d'une paroisse, et accor- «erait le nombre d’auberges nécessaires
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à la localité. N'ayant rien à craindre de Pierre ni de Jacques, il lui se..ut facile de faire exécuter la loi; n'ayant rien à perdre, il pourrait facilement régler en une semaine les licences de trois comés. Il devrait s'assurer si ceux qui demandent à tenir hôtel, peuvent loger les voyageurs, e les buvettes seraient abolies du coup. Maintenant, les dispositions de la loi, outre la défense de v'endre le dimanche, régleront qu'il ne faudra pas vendre de boisson aux ivrognes, c'est ce qu'on a fait en Suède avec un résultat merveilleux : d'ailleurs c'est ce
que demande l'Eglise catholique et les
peuples même protestants sont obligés de revenir à sa théologie. En Suède,
quand un homme est ivre, la justice le prend, lui demande qui lui a vendu ou donné sa boisson, il ne sort pas de prison avant d'avoir nommé le coupable, c'est le vendeur de boisson qui est puni
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et à la deuxième infraction, il perd sa licence. Si le gouvernement de Québec voulait donner l'appui de son bras à l'Eglise catholique, qui défend sous peine de refus des sacrements de vendre de la boisson aux ivrognes parce que le vendeur se rend complice du péché, verrions-nous ce qui nous crève les yeux tous les jours dans nos villes ?
Se passe-t-il une seule journée sans que le prêtre, confident de toutesles misères, entende l'histoire suivante qu'une personne me racontait avant-hier : mon père, je suis veuve, je n'ai qu'un fils qui est fabricant de cigares ; il gagne quatorze piastres par semaine ; il n’a que dix-sept ans et est déjà erand ivrogne ; il boittout ce qu'il gagne ; il ne me paye pas même sa pension. Les jours de paie, celui qui tient hôtel à tel coin, s’en va le rencontrer au sortir de la manufacture, l'amène chez lui, et le garde jusqu'à ce qu'il ait tout
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ET LES AULERGES 265 .Son argent : ce qui prend généralement deux jours, le dimanche etle lundi; voilà une histoire que tous les curés de la ville ont entendue des centaines de fois par année. Les villes se démoralisent avec une rapidité étonnante et n'y aurait-il que le clergé à gémir ?
Cette disposition de la loi, défendant de vendre de la boisson aux ivrognes n'a rien d’odieux, d'exclusif. Ceux qui savent user des choses sans en abuser, comme tous les chrétiens doivent faire, agiront comme par le passé ; ceux qui ne veulent pas rester hommes, mais s'avilir au niveau de la bête furieuse, seront mis à la raison, et ceux qui, par amour de quelques piastres font métier de damner les autres en se damnant euxmêmes, iront faire pénitence en prison.
Une autre suggestion : Ne serait-il pas bon d'établir que, pour tenir auberge il faudrait avoir ce que l'on est
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266 LE PRÊTRE convenu d'appeler une qualification foncière? Aujourd'hui, le premier parzsseux qui n'a pas un sou et qui ne veut pas travailler, fait application ; il trouve toujours les souscripteurs voulus par la loi, en leur promettant bien des faveurs :
ceux-ci agissent sur les conseillers et le tour est joué. Si un nomme était obligé de posséder deux mille piastres avant de faire application pour une licence, on arréterait tous ces gens sans vergogne qui spéculent sur la passion populaire et qui peuvent dire : ‘“ arrive qui plante,” je ne serai toujours pas plus mal après qu'avant.
Je vous demande, mes chers amis, dans l'intérêt de vos enfants, de la patrie et de la religion, de réfléchir sur le fait suivant : en retranchent un million et
demi de piastres pour la boisson qui a | pu être prise par uiiité ou nécessité,
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Québec, pour huit millions de piastres de boisson que le démon vient réclamer des intempérants. Avez-vous bien réfléchi à l'énormité de ce chiffre ? On dit qu'un homme au Manitoba, avec 1000 piastres, peut devenir riche en peu d’années ; eh bien, avec ce que le démon de l’ivrognerie réclame chaque année, on peut envoyer au Manitoba huit mille colons par an, donnant à chacun mille piastres ; huit mille multipliés par cinq, la famille étant de cinq membres, donnent quarante mille âmes que Monseigneur Taché verrait arriver avec plaisir.
On parle beaucoup de taxes ; pourquoi ne parle-t-on pas de la taxe que le démon de l'ivrognerie prélève sur notre population, et qu'on lui jette, l'écume de la licence à la bouche et le blasphème aux lèvres ? Comme vous le voyez; jamais taxe ne fut plus injuste et on : : dit rien.
—AÂllons-rous nous réveiller erfin? Ne
se lèvera-t-il pas un sauveur du peuple d'Israël ? N'y aura-t-il pas un ministère qui ne fléchira pas le genou devant le dieu des fausses opinions reçues, devant le Bélial de l'ivrognerie ? Continueronsnous à croire dans le public que les auberges sont aussi nécessaires que les magasins de farine et que dès qu'il n’y a plus d’auberges dans une paroisse, tous les gens sont exposés à mourir dans l’espace de vingt-quatre heures ? Grand Dieu!
qu'allons-nous devenir si les idées ne changent pas! Aujourd'hui ceux qui veulent restreindre la vente des liqueurs enivrantes passent pour fous, pour des hommes de l'autre monde.
—Nous voulons une auberge à tel numéro, demande-t-on—mais, messieurs, il y en a une de l'autre côté de la rue —oui, mais ce n'est pas commode quand il pleut et qu'il y a de la boue,—et l'on met une buvette de ce côté-ci de la rue. Le dé-
1 peuple mon de l'ivrognerie règne en maître et
ninistère malheur à celui qui crie: gare!
tle dieu Je termine, mes chers amis, vous mé-
evant le diterez sur ce que je vous ai dit, vous
nuerons- pèscrez tous les avantages d'un bureau
s auber- spécial et d'une qualification foncière, et | s maga- vous me direz ce que vous en pensez. } y a plus Si vous avez un système meilleur à
tous les proposer, hâtez-vous de le faire connaître,
l'espace car il faut remédier au mal, sinon: -nous
d Dieu! sommes perdus.
dées ne eux qui liqueurs pour des
tel nusieurs, il
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