‹ Le prêtre et ses détracteurs [microforme]Chapitre 7 sur 51 · S LE PRÊTRE · texte numérisé non relu

S LE PRÊTRE

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population canadienne-française, (1) mais les moyens pour arriver au but différaient.

Papineau et ses acolytes poussèrent le peuple à la révolte : ils s'appelaient les patriotes ; d’autres formèrent des associations constitutionnelles et ne voulaient recourir qu'aux armes politiques.

Les moyens violents dont voulait se servir Papineau, lui firent perdre beaucoup de partisans —-à lui si populaire d’abord. Les rebelles n'avaient point d'armes : de vieux mousquets, deux canons, je crois, puis des fourches, des billots creux qu'ils cerclèrent en fer, Je de-

(1) On doit peut-être exepte: gwe/ques bureaucrates vendus aux Anglais : #45 avaient peur de perdre leur place au gouvernement et comme ils touchaient de bons salaires, ils trouvaient que nous étions le peuple le mieux gouverné du monde. Que voulez-vous ; il y en a qui ne regardent pas plus loin que la crêche ; depuis que le monde est monde, il y a toujours eu de ces gens-là. V en a-t-il encore? La question des écoles du Manitoba nous le dira,

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mande ici aux opposants des rebelles (1) d'admirer le courage de ces patriotes.

qui voulaient combattre en braves. Non, les Canadiens ne sont pas des lâches; mais :

le courage ne suffit pas. Dans une révolte, même légitime, commeil arrive par exemple quand une des parties contractantes manque de remplir une des conditions essentielles du contrat et qu'il n'y a pas d'autres moyens d'obtenir justice—il faut de plus le concours de personnes sages et influentes qui puissent rallier autour d'elles la majorité du pays et offrir ainsi une chance de succès ; sans cela, on pèche contre le bon sens et contre Dieu qui défend aux chefs politiques de mener les.

peuples à la boucherie, Il n’est pas permis de dire à un enfant d'aller se mesurer avec un ours dans le but de montrer

(1) Or désignera sous ce nom tous ceux qui ne voulaient: pas recourir au armes.

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36 LE PRÈÊTRE

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qu’il n'est pas un poltron ; il est défendu

d'aller se casser la tête sur un’mur.

Les patriotes ne furent qu'une poignée,

et, devant le bon sens et l’humanitécomme

devant la religion,--la religion est toujours unie au bon sens—ils ne devaient pas se révolter et prétendre avoir plus de sagesse

que toute la nation.

Les opposants ne voulaient pas de révolte, mais prendre les armes constituhionnelles, les plus fortes qu'on puisse employer contre l'Angleterre, l'expérience le prouve. Voyons, nos amis, les bons Irlandais.

Pendant deux siècles, on admire leur bravoure surhumaine : ils se révoltent,

puis se révoltent de nouvea:, font une È lutte de géants et voient chaque année | s'appesantir leurs chaînes ; on ne peut lire |

sans frémir tout ce que la cruelle Angleterre d'alors leur fit subir.

Tout-à-coup, O'Connell apparaît ; il

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veut sauver son peuple, il ne se présentera pas sous les couleurs d’un rebelle, mais sous la bannière d'un agitateur ; il priera, suppliera le peuple de ne pas prendre les armes, mais en même temps il lancera au pied du trône britannique, son armée de huit millions d'Irlandais demandant justice à cor et à cri, et suivant son expression, le jour et la nuit, pour ne pas même leur donner le temps de dormir.

Les Anglais s'émurent et défendirent les réunions politiques. Quelques Irlandais, apprenant cela, voulurent prendre les armes en disant : Quoi! nous défendre les réunions que les Anglais et les Ecossais se permtttent tous les jours! Il ne sera plus permis dans une assemblée de parler de nos malheurs! O’Connell leur répondit : Messieurs, restons dans la loi, ne faisons plus de réunions politiques, mais au moins l'Angletterre ne nous refusera pas de nous récréer paisiblement ; il

forma ‘“l’union des banquets,” et, à chaque banquet, on passait des résolutions qu'on allait déposer aux pieds des diplomates anglais ; il fallait répondre chaque matin et motiver en face de l'Europe le refus qu'on leur faisait ; c'était ennuyeux.

On supprima les banquets. Plus de banquets, répondit O’Connell, restons dans les limites de la loi; mais comme l'année a été bien dure, qu'il y a beaucoup de pauvres, de personnes souffrantes, l'Angleterre ne nous refusera pas de former des comités de secours mutuels : aucune loi ne s’y oppose, profitons-en, et les comités de secours mutuels faisaient pleuvoir les requêtes sur la tête du lion britannique, qui, ny pouvant plus tenir, donna l'émancipation aux catholiques irlandais. Aujourd'hui ceux-ci auraient ce qu'ils réclament — je pense— sans l'échaufourée des féniens.

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Revenons maintenant aux troubles dea7

Disons d'abord que si les opposants doivent concéder aux patriotes la bravoure, ceux-ci ne doivent pas traiter les antagonistes de pol ons, de lêcheurs de pieds des Anglais. Ils voulaient le redressement des torts tout comme les patriotes. Une comparaison, mes chers amis, va vous faire comprendre ma pensée, Nous voulons #4: faire cesser les injustices qui pèsent sur nos frères du Manitoba. Supposons que, pour remédier aux malheurs de ces frères de là-bas, quelques-uns d’entre nous voulussent courir aux armes et lever l'étendard de la révolte ; que d’autres se croyant aussi sages, voulussent seulement eniployer les moyens constitutionnels, serait-ce juste de dire à ceux-ci: Vous n'aimez pas vos confrères du Manitoba, vous êtes des lâches ?

LE PRÊTRE Ceux-ci de répondre : Nous voulons k même chose que vous, messieurs ; et nous prenons les moyens de réussir ; voici ce que nous allons faire: dans chaque paroisse, dans chaque comté, tous les voteurs, prêtres et laïques, rouges et bleus, vont signer une requête et la présenter à leur député respectif qui sera bien obligé de la signer lui aussi. Le député la présentera au parlement; si le parlement refuse, les ministres catholiques vont noblement déposer leur portefeuille entre les mains du gouverneur et, devenus simples députés, ils luttent et triomphent.

Mais, diront les révoltés, ces moyens sont trop longs et d’ailleurs inefficaces.

Pas si longs que les vôtres, répondent les agitateurs ; il n'y aura pas de ministère qui puisse tenir et on viendra nous présenter la branche d'olivier.

Mais, répondent les révoltés : les grits |

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et les torics vont former une coalition pour nous écraser.

Comment cela, messieurs, reprennent les autres : croyez-vous qu'on puisse résister à la délégation de deux millions de catholiques demandant des choses justes? Voyez Terreneuve: il y a quelques années, lors des troubles des orangistes, les ministres catholiques à la tête desquels se trouvait Sir Ambrose Shea, voire même l'orateur Kent, donnèrent leur démission. Les protestants se coalisèrent et formèrent un ministère, disaiton, impérissable ; les députés catholiques, aidés d’un seul député protestant, épiant ie moment favorable, culbutèrent deux gouvernements en un rien de temps; il fallut leur tendre la main; les cacholiques acceptèrent la branche d'olivier, mais ils imposèrent une pénitence aux orangistes :

celle de construire un chemin de fer à la baie de Plaisance, dont la population est

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