‹ Le prêtre et ses détracteurs [microforme]Chapitre 8 sur 51 · A2 LE PRÊTRE · texte numérisé non relu

A2 LE PRÊTRE

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catholique ; les orangistes bâtirent le chemin de fer, les catholiques rentrèrent dañs le ministère et ceux-là jurèrent, mais un peu tard, qu'on ne les prendrait plus.

Permettez- moi, mes chers amis, — c'est moi maintenant qui vais parler— de vous faire connaître tout le prestige que les catholiques de Terreneuve ont acquis par cette noble attitude.

Avant cette époque, quand le peuple voulait une loi, il disait : il nous faut telle loi des pêcheries, plus tard, j'ai entendu dire par plusieurs et surtout par un chef politique : On désire telle loi, mais c’est difficile d'agiter la question avant de connaître le sentiment catholique, car, monsieur, JC ne sais pas si vous connaissez les catholiques de cette île : ils ne reculent pas.

Croyez-vous que le gouvernement anglais ait été froissé de l'attitude des catholiques ? pas le moins du monde : Sir

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ET LES HOMMES DE “ 37” Ambrose Shea a été nommé peu après gouverneur des Iles de Bahamas et Bond, le seul anglais qui ait résisté au flot de l’orangisme, est l’homme de confiance de Terreneuve ; c’est lui qu'ils ont délégué à Washington pour régler les affaires des pêcheries, c’est lui qu'ils ont envoyé à Halifax dernièrement, Ils trouvent que c'est un homme de caractère, qui ne craindra pas de perdre une place pour les beaux yeux d'un autre.

Qu'il est beau d'avoir du caractère !

Des hommes de cette trempe sont si rares que je me suis permis, mes chers amis, de vous inviter à leur rendre hommage.

Reprenons maintenant notre sujet. Les agitateurs étaient à citer l'exemple des cathoïiques de Terreneuve, et ils soutenaient qu'ils gagneraient leur cause, en se jetant dans la “ loyale opposition ” de sa Majesté, et, qu'unis aux catholiques d'Ontario, du Nouveau-Brunswick, de

la Nouvelle-Ecosse, de l'île du Prince- Edouard et du Manitoba, ïis pourraient renverser n'importe quel ministère injuste:

les intérêts de ces provinces sont trop différents pour que les protestants puissent toujours s'entendre sur toutes les mesures, et avant un an, les catholiques du Manitoba auraient leurs droits— soit dit entre parenthèse, mes chers amis, ie crois faire ici l'histoire future du Canada.

À ces raisons apportées par les agitateurs, supposons—car revenons dans le domaine de la supposition — que les rebelles répondent : aux armes ! aux armes ! Beaucoup ne voudraient pas les suivre sur ce terrain et tout en criant justice pour nos amis du Manitoha ils imiteraient M. Etienne Parent qui se sépara de Papineau et ne lécha nullement les pieds des Anglais, puisqu'il fut emprisonné pour la cause des Canadiens et patriotes en-

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ET LES HOMMES DE “ 37” 45 core ! ! Alors voici donc une poignée de Canadiens sous les armes qui veulent mourir pour ieur frères des prairies.— Qu'arriverait-il alors ? Les soldats viendraient armés jusqu'aux: dents, battre des gens qui auraient pour armes plus de haches que de fusils ; il est facile de prévoir le résultat du combat.

La guerre est quelquefois nécessaire, mais c'est toujours une triste nécessité, elle est accompagnée d’un cortège de sang, de cruauté, de pauvreté, de pleurs et de gémissements de toutes sortes ; c’est ce qui arriverait dans ce cas-ci, il y aurait des pendus, des exilés, et nos frères du Manitoba ne s'en porteraient pas mieux encore après deux ans.

Mes chers amis qui m'écoutez ce soir, donnez votre opinion sur la plus au moins grande valeur des deux moyens employés par chaque parti ; vous êtes unanimes à dire : les moyens politiques sont les meil-

46 LE PRÊTRE leurs pour obtenir un but politique, —;c crois que vous avez raison, comme je crois que les opposants de Papineau ont eu raison en ‘“ 37,’ de ne passe révolter.

Le clergé fut unanime à opposer une noble résistance et aux Anglais et aux révoltés. Je dis unanime, il y eut une exception, je crois qu'un seul suivit les rebelles ; mais, mes chers habitants, quand bien même un se serait trompé en “ 37,” sur un si grand nombre, un ne compte pas; parce quil y a un habitant paresseux dans tout le Canada, personne n’osera dire que les habitants sont tous des fainéants et on continuera à avoir confiance en leur esprit de travail comme par le passé; parce qu'un artisan, au lieu d'aller gagner sa piastre chaque jour, s'amuse à jouer aux cartes dans les auberges, ça ne veut pas dire que tous les artisans flânent toute la journée.

Donc,tout le clergé, nos hommes politi-

ques sages quipesèrent le pour et le contre de la ligne de conduite à tenir et tous les habitants de la province, à l'exception de quelques comtés, ne voulurent pas se révolter. Dans ces comtés, n'allons pas croire que tous étaient des rebelles. Je connais une paroisse où quatre cents hommes coururent entendre Papineau ; celui-ci crut qu'ils étaient tous des partisans ; cependant il n’y en eut que trois qui prirent les armes. L’un d'eux fut déporté en Australie. Peut-on penser un seul instant que tous ces gens-là étaient vendus aux Anglais, comme on la dit. A quelle époque de l'histoire notre clergé s'est-il vendu ?

Ce n’est pas tout; parmi ceux qui se sont révoltés, un grand nombre auprès desquels on avait fait vibrer un peu trop la corde nationale et pas assez celle de la religion, furent trompés ; on leur avait tant dit que les Anglais ne résisteraient

pas, que Victoria, cette jeune personne de dix-hrit ans qui venait de monter sur le trône “ s'occupait plus de toilette et de faire la cour aux jeunes princes que de conserver le Canada à ouronne C’Angleterre ; d’ailleurs le Lanada était si Join ! pays de tant de neige, vous savez, messieurs, disait-on, que les Anglais aiment si peu la neige, qu'ils veulent aller de travers (1) dans les chemins ; et l'Angleterre devait craindre à bon droit d'avoir de nouveau à défendre une si

longue frontière avec les Etats-Unis, etc.”

Voici le résumé que 2s vieux habitants—témoins auricul. », font des discours de Papineau.— J'ai demandé à trois ou quatre hommes du comté de l’Assomption, et à un plus grand nombre de

(1) Les Anglais agitaient alors la question des chemins doubles, ce qui obligeait ceux qui n'avait qu'un cheval sur leur voiture d’aller de travers — mesure très impopulaire alors parmi les Canadiens-français.

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ET LES HOMMES DE ‘“ 37” 49 mon comté, Montcalm (alors Leinster) ce que Papineau et ses gens leur disaient :

“Bien, il nous a dit que Victoria était jeune, qu'il y avait beaucoup de neige en Canada, etc.” les mêmes mc.- enfin que je viens de vous citer.

Je n'ai pas été satisfait de cela; j'ai voulu voir le “ tireur Courtemanche ” avec lequel j'ai passé des quarts d'heure de si vifs intérêts.

I] faut savoir, mes Jeunes lecteurs, que cest un héros de bravoure ce “tireur Courtemanche” chasseur de profession pendant des années, vivant au bout de son fusil dans les forêts de la Colombie Anglaise, il était devenu le meilleur tireur qu'on connût ; à la bataille de St. Denis, Nelson—car Papineau n'y était pas — utilsa notre Courtemanche. Il le plaça à la distillerie —fameuse dans nos annales.

et notre Courtemanche de culbuter son Anglais à tout coup : il y en avait un,

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me disait-il, qui m'agaçait pas mal (1) il allait et venait, faisait des “simagrées ” sur tous les sens, il devait avoir quelque charge, car il n'était pas habillé comme les soldats; M. Nelson, que j'crie, il y en a un qui vient sur nous, qui fait pas mal le rodomont ; il est pas mal loin, mais j'ai déjà tué des bœufs illinois de plus loin que ça, je crois qu'avec un coup de rhum dans le corps, j'enverrait ma balle se promener jusque là. Tiens, bois à sa santé" avant de le tuer, me dit-il : il avait de l'esprit le docteur Nelson.

—Mais, père Courtemanche, auriezvous la bonté de me dire si c'était le premier coup de la journée ?

Le vieux soldat éclata de rire :— On s'était mis un peu sur le ton pour pouvoir accorder sur la musique des balles ; mais on veillait sur nous pour que nous n’en

(1) Le capitaine Markham, je suppose,

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prissions pas trop ; on trouvait que M.

Nelson était un peu ménagé ce matin-là.

Puis toujours est-il que je prends mon coup, puis un bon, je vous assure ; je portais ça comme un tonneau ; —-puis je mets une balle dans mon fusil, une balle que j'avais trillée exprès ; je lui dis : ma chère balle, tu vas aller porter de mes nouvelles à ce grand é/zngué de là-bàs qui a l'air de s'ennuyer de sa grand mère; je couche en joue; deux ou trois bailes me sifflent le long des oreilles ; car les Anglais intrigués, voulaient savoir si c'étaientdes anges ou des diables qui étaient sur la couverture; je ne perds pas de temps, car j'ai dit : la première future balle va me tuer et puis toi, excusez le mot, mon père, mon m.... habit rouge, il faut que je te tue avant de mourir et puis : bagne, voilà la balle partie.

Le docteur Nelson me crie : eh bien ?

—-Eh bien, docteur, j'ai à vous dire qu'il

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ne s'ennuie plus de sa grand'mère. Le docteur Nelson trouva ce mot-là drôle.

— Mais, M. Courtemanche, que vous disait donc l’orateur Papineau pour vous pousser à prendre les armes ?

Le père Courtemanche me répéta ce que j'avais entendu dire tant de fois, en ajoutant : ce nétait pas tant Papineau que ceux qui nous cabalaient, qui parlaient desarmes; maison ne pensaitpas au commencement que ça en viendrait là.

Un autre fait qui prouve la vérité de ces témoignages, est celui-ci: Un curé me disait un jour : Les gens de St-Denis n'ont pas gardé un bon souvenir de “ 37.” Un politicien un jour, parlant à St-Denis, voulut rappeler leur glorieuse bataille :

“ paroissiens de St-Denis vous qui. .vous que... vous dont ’... On fait plus que Jui imposer silence ; on l’a fait descendre de la tribune. Remarquons bien qu'il parlait en présence de ceux qui avaient

ET LES HOMMES DE “ 37” 53 pris part à la bataille ; les traditions n'étaient donc pas altérées.

Maintenant, croyez-vous que si ces gens ne s'étaient pas aperçus qu'ils avaient été trompés, ils eussent agi ainsi.

Je dis ces choses pour venger Mer.

Lartigue, car il faut le venger; c'est notre devoir à tous comme Ca'adiens et à moi comme prêtre.

Mgr. Lartigue disait à ses diocésains :

“Ne vous laissez pas séduire; si quelquesuns veulent vous engager à la rébellion, ils veulent votre malheur”. Les événements ont prouvé qu'il avait parlé en prophète et ceux qui avaient été les plus ardents à lutter contre son autorité, sont venus se rallier à lui et lui demander sa protection ; il ont compris qu'ils avaient commis une imprudence. Sir Georges Etienne Cartier lui-même a été le premier à reconnaître que la ligne de conduite que le clergé a tenue dans l’échauf-

fourée de ‘“ 37 ’—c'estle mot dont il s’est servi une fois en ma présence—était la seule qui pût donner quelques chances de salut aux Canadiens : il est facile de le prouver.

Comme on le sait, la position était bien tendue entre les Anglais et les Canadiens. (Ceux-la épiaient le moment où le clergé ferait la plus petite imprudence, comme les orangistes sont à surveiller aujourd'hui Mgr. Taché et ses diocésains. ‘Que les Manitobains cathotiques parlent de révolte en ce moment !

quelle joie féroce ils causeraient à leurs ennemis ! Ceux-ci seraient si contents de les écraser, dc les exiler, de les pendre !

Mgr. Lartigue aimait trop nos pères pour les envoyer à la boucherie; il sut contenir son clergé et la majorité de ses ouailles, et par charité-non pas par bassesse—comme on l'a dit, il a été obligé de frapper un grand coup autant pour proté-

mouri justice

ger la vie de ses compatriotes que pour soutenir le principe de l'autorité : car la révolte était-elle excusable ? voulair-on nous empêcher d'entrer dans nos Eglises, comme on le faisait pour l'Irlande autrefois ? nous obligeait-on d'aller aux temples protestants ou de payer mille francs d'amende ? Voulait-on nous forcer d’envoyer nos enfants aux écoles protestantes ? Rien de cela, comme vous le savez. Nos seigneurs les Evêques ont prié pour être éclairés ; ils ont tout pesé au poids de la balance divine et ils ont trouvé que la révolte n'était pas légitime.

Les admirateurs de Papineau ne peuvent leur pardonner cela.

Cependant, que diraient-ils à des enfants qui viendraient les consulter, désirant savoir s'ils peuvent prendre les armes contre leur père et chercher à le faire mourir parce qu'il commet quelques injustices à leur égard ? ou bien à des enga-

gés qui se plaindraient de leurs maîtres ?

répondraient-ils : Prenez vos couteaux et tuez-les ? Je crois qu'ils y regarderaient à deux fois avant de donner une telle réponse, car ils savent bien que s'ils appliquaient ce principe pour les autres, quelques jours plus tard ils en subiraient euxmèmes les conséquences de la part de leurs enfants qui se croiraient maltraités, au premier refus que leur père opposerait à leur caprice.

Permettez-moi, mes chers habitants et artisans, de vous dire un mot, puisque l'occasion s’y prête, du respect dû à l’autorité civile. Tout pouvoir vient de Dieu, dit saint Paul ; (1) l'Eglise catholique est

(1) M. Benj.min Sulte a eu le maïheur d'écrire à propos de ces troubles : ‘‘ La véritable autorité vient du peuple, les autres ne sont que des singeries.. — A part la délégation nationale, c’est-à-dire, sortie des rangs du peuple et libre de ses délibérations, ‘ ut ce qui ose s'appeler pouvoir, est une mauvaise farce.”

J'espère bien qu’il n’a pas voulu dire tout ce qu’il a dit

aussi jaiouse de faire respecter Dieu représenté par une personne civile que par une personne ecclésiastique et l’histoire est là pour dire que le plus ferme appui du trône a toujours été l'autel. On fait une guerre de corsaire à l'autorité civile.

Nos lieutenants-couverneurs et nos juges sont traînés dans la boue par ceux dont ils contredisent les projets. Rappelonsnous que les personnes eurent, l'autorité est 2#m0ortlelle. Si l'on accoutume notre peuple à croire qu'i n'y a que des canailles en haut lieu, que vat-il arriver ? ce qui est arrivé dans presque tous les pays : des perturbations sociales dont la conséquence sera l’effusion du sang et une course au clocher pour saisir le pouvoir par tous les moyens imaginables, et remarquez bien qu'une

dans ces mots, car, comme catholique, il sait que la véritable autorité vient de Dieu et ces mots doivent autant l’afliger maintenant qu'ils affligent jes catholiques,

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fois arrivés au pouvoir, les plus tyranniques seront ceux qui auront crié le plus fort contre la tyrannie.

À propos de juges, un grard catho:

lique — autrefois protestant — Brownson a écrit de belles pages à leur adresse.

Quand il était jeune, il entendait dire à ses compatriotes des Etats-Unis : nous ne pouvons avoir justice de nos juges autrefois nos adversaires politiques ; il faut changer cela, il faut les élire nousmêmes. Ils les élisent maintenant et quelle en a été la conséquence ? la justice a tellement perdu de son prestige qu'on n'attend plus ses décisions : on enfonce les portes de la prison et on £lyxck celui que l’on croit coupable avant de lui donner le temps de se défendre.

Prenez bien garde, mes chers amis, de vous laisser prendre par ces mots trompeurs : “ le peuple; rien au-dessus, rien au-dessous, il est le tout universel.” Mer.

Lartigue mérite un tribut de reconnaissance de la part des Canadiens ; sans lui, au lieu de douze, il y en aurait eu des centaines de pendus et des milliers de déportés. On aurait porté le feu et la dévastation partout : on sait ce qui a eu lieu après les troubles de 37-38.

Si le clergé se fût révolté, nous serions encore sous les lourdes chaînes de la persécution et nous aurions une seconde édition des malheurs de l'Irlande, Mais le clergé a été calme et a attiré l’admiration de l’Angleterre protestante; le clergé a demandé grâce pour les vaincus, pour les déportés ; la grâce fut obtenue ; et si nous sommes maintenant si libres, disonsle bien hautement : nous le devons à l’attitude du prêtre pendant la révolte de 37 :

sans lui, nous serions encore sous un régime de fer. On me répondra : nous sommes bien, mais ce n’est pas l'indépendance,

—Mais est-ce que Papineau voulait l'indépendance ? ou seulement un changement de maître ?

Terminons cette causerie en remer-

ciant le prêtre de nous avoir épargné les

malheurs de l'Irlande, le prêtre qui, sans lécher les pieds des Anglais, obtint Je redressement de nos torts; tout est bien qui finit bien, dit-on ; la ligne de conduite du clergé ‘“ a bien fini,” elle a rendu heureuses toutes les familles qui l'ont adoptée.—Papineau a jeté le deuil dans toutes les familles qui l'ont suivi.

Je m'arrête ici. Je me propose de parler de ce sujet à d’autres qu'à ceux qui m'écoutent ce soir.

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