‹ Le prêtre et son action à Paris [microforme]Chapitre 2 sur 3 · LIBRAIRIE BEAUCHEMIN LIMITÉE · texte numérisé non relu

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79, rue Saint-Jacques MONTRÉAL

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Messeigneurs,(1) Mesdames, Messieurs,

J'aurais aimé, dans cette dernière conférence, vous parler de mon cher diocèse de Digne; vous vous y seriez attachés, j'en suis sûr; il est beau, avec ses montagnes, ses sites très pittoresques, son “iel bleu, son soleil de Provence; il est grand pa: son histoire qui remonte aux premiers siècles de l'Eglise; il a des habitants d’un caractère gracieux et sympathique, serviables, tous catholiques ; un grand nombre de nos chers montagnards font partie des bataillons Alpins qui se signalent par leur bravoure dans les Vosges et dans l’Argonne; qu’il me soit permis de leur dire de loin: “ Mes enfants, votre évêque est fier de vous! Revenez bientôt, en grand nombre et victorieux! Ici nous prions pour vous ! ”?

Puisque j'ai eu l'honneur, très apprécié en France, de prêcher le Carême à Notre-Dame de Montréal, j'aurais aimé aussi vous parler de vous; pendant six semaines j'ai vu de près vos nombreuses églises, vos œuvres, si bien organisées, votre affluence admirable pour venir entendre la parole de Dieu; j'ai joui, sans discontinuer, de la plus aimable des

(1) Sa Grandeur, Monseigneur Bruchési, archevèque de Montréal et Monseigneur Gauthier, évêque de Philippopolis, auxiliaire.

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hospitalités auprès de mes anciens Maîtres très vénérés, ces Messieurs de la Compagnie de Saint- Sulpice; j'ai vu aussi et j'ai entendu dans la simplicité de conversations intimes, quelques-uns de vos archevêques et de vos évêques; j'aurais aimé vous dire mes impressions de vive reconnaissance et d'admiration. Je n'ai vu qu'en passant l’Archevêque d'Ottawa, Mgr l’évêque des Trois-Rivières, Mgr l'évêque de Joliette; ils m'ont ému par leur accueil affectueux et si profondément français. Que devrais-je dire du vôtre, Messeigneurs, qui dure depuis six semaines et qui fait suite, après six ans, à la façon royale dent vous avez reçu les évêques et les prêtres de France! Que Monseigneur l’Archevêque me permette de le dire bien haut! Il a deux titres impérissables au souvenir reconnaissant de la France catholique, Il est l’Archevêque du splendide congrès Eucharistique de 1910. Il est aussi l’Archevêque de la guerre, priant de tont cœur et faisant prier pour le triomphe de nos armes.

Digne, Montréal! der . belles conférences que j'aurais données avec joie: on m’a demandé: “ Le prêtre et son action à Paris ” ; allons done à Paris! J'y retrouverai les plus chers souvenirs, et vous, Mesdames et Messieurs, vous y recevrez l'accueil le plus sympathique; on y aime de plus en plus les Canadiens après les prouesses de vos chers soldats sur nos frontières et leurs mille témoignages de bonne camaraderie, j'allais dire, de vieille fraternité pour le pioupiou français, tout étonné de s’entendre interpeller dans sa langue par un soldat

kaki, “Comment que ça va en France ? c'est-y “sujours comme chez nous ? — tu ne me reconnais w°? je n'appelle: Vive le Canada et Vive la France!”

Un simple coup de crayon d'abord pour donner la silhouette de Paris à ceux d’entre vous qui ne le connaîtraient pas.

Paris, ea plus d’un point, ressemble à Montréal ; il est né, lui aussi dans une île; sa magnifique cathédrale s'élève toujours au centre de l'île où fut son berceau: de plus, Paris est dominé au Nord, comme votre chère ville de Montréal, par une belle colline ei qui porte aussi ur grane nom, “ Montmartre ou le Mont des marty:s!”; ce mont est devenu un thabor, portant un superbe ostensoir, je veux dire l'église nationale du Sacré-Cœur qu'on aperçoit admirablement de presque toute la cité. Varis a son fleuve aussi, je me trompe, c’est une petite sœur, c'est une rivière à côté du grand Saint- Laurent, mais précisément parce que la Seine n’est pas très large, Paris a pu se développer sur ses deux rives; cependant la première peuplée l’emporte toujours par la richesse des quartiers, par l'éclat des grands boulevards, par 14 magnificence des Chamns-Elysées et de l'Arc de Triomphe, enfin par la beanté des monuments comme le Louvre, l’'Hôtel-de-Ville, otre-Dume; de même, j'en st sûr, si Montréal doit jamais s'étendre sur les deux rives de son magnifique fleuve, c’est vous, c’est votre rive qui l’emportera toujours!

Pour un prêtre d'ailleurs l'intérêt n’est pas là ; vous l’avouerai-je ? enfant, j'avais souvent frôlé

les merveilles du centre de Paris; mon cœur ne battait pas! mais lorsque, avec mes camarades du petit séminaire, je traversais les faubourgs, fourmillant de peuple, quand ensuite, avec mes condisciples dn grand séminaire de Saint-Sulpice, nous pénétrions, au cours de nos promenades hebdomadaires, dans les centres ouvriers des environs de Paris, alors, oui, nous sentions nos cœurs s’6mouvoir; le cri de Jésus “ Misercor super turbam, j'ai pitié de la foule!” ne quittait plus nos âmes de vingt ans; nous nous demandions comment faire pour pénétrer dans ces masses, agitées par le souffle de tant de passions, travaillées chaque jour par une presse anti-religieuse sans merci, aigries par la souffrance jusqu'à la haine sauvage contre tout ordre social; il nous semblait entendre ces cloches d'alarme dont parle le poète, tintant au fond de la mer; mais comment agiy sur l'Océan ?

Et cependant, non! nous n’avions rien à craindre! entre la religion de Jésus-Christ et l'âme du peuple, il y a des affinités profondes. Jésus, c’est la consolation infinie; l’âme du peuple, c’est la souffrance: ils sont faits pour se comprendre !

Précisons et voyons d’abord, Mesdames et-Messieurs, quels sont les moyens dont dispose le pré. tre de Paris pour agir sur une ville de trois millions d'habitants; nous nous demanderons ensuite quels sont les résultats obtenus.

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Les moyens de l’action sacerdotale sont les mêmes à Paris qu'à Montréal et que partout où s'exerce le zèle de l'Eglise.

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Avant tout c'est la prière quotidienne. Pour vous signaler seulement ce qui sort de l'ordinaire, à Paris les œuvres d'adoration sont merveilleusement organisées; les hommes se succèdent sur le prie-Dieu, devant le T, S. Sacrement, toutes les nuits de l’année soit dans l'église du Vœu nationai à Montmartre, soit dans l’une des églises du diocèse où se fait, trois jours durant, l’Adoration perpétuelle,

Ce sont encore les offices du Dimanche, Il n’y a point d'église à Paris, qui ne se remplisse quatre où cinq fois le Dimanche; à Saint-Antoine, paroisse de la gare de Lyon, où je suis resté plus de dix ans, l'église contient, avec ses tribunes, plus de douze cents personnes assises; or, après les premières messes, un peu mois fréquentées, elle se remplit d'hommes à 812 h., : :nfants à 914 h., de fidèles à la grand'messe, d'une autre foule de fidèles à 11 h., d'une autre foule, quoiqu’un peu moins pressée, à midi ! et d’une multitude débordante, pour les vêpres, à 5 h.; elle est donc six fois remplie; aux grandes fêtes, elle est de moitié trop petite.

Un autre moyen d'action religieuse, admirablement employé à Paris, ce sont les catéchismes; ils prennent l’enfant dès l'âge de raison et le conduisent, par des cours de persévérance très bien faits, jusqu’à vingt ans et au-delà; ils n’instruisent pas seulement, mais ils forment à la piété par tout un ensemble d'exercices qui en font l’œnvre par exce' ‘lence; des prêtres éminents, connus dans toute la France catholique par leur haute valeur sacerdo-

tale et leurs travaux, comme M. Gueyrard et M.

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Lesêtre, s'y sont consacrés par dessus tout ; il en sort Chaque année une élite de jeunes gens et de jeunes filles qui savent se dévouer dans les fau- Lourgs déshérités Où, pendant l'été, dans leurs petits villages de Province, aussi simplement qu’héroïquement, Paris vaut n'importe quelle ville catholique du monde par ses Catéchismes, Honneur à lui! C’est le grand moyen de régénérer la France!

L'école chrétienne vient aussitôt après ; il y en a dans toutes les paroisses de Paris, quelques-unes très florissantes : elles commencent souvent par des garderies où les enfants sont recus dès l'âge de trois ans. Son E, Je Cardinal Amette a institué ‘une Direction générale de l'Enseignement qui rend les plus grands services, soit pour fonder de nouvelles écoles, soit pour soutenir les anciennes, soit Pour veiller à la grave question du recrutement des maîtres et des maîtresses de classes, soit enfin pour assurer l'avenir par des œuvres de formation pédagogique et par des caisses de retraite,

Le prêtre de Paris agit encore sur un très grand nombre de jeunes âmes Par les Patronages ; ceux-ci Ont pour but de réunir le jeudi et le dimanche dans de grands locaux, cù les jeux sont variés, les enfants des écoles sans Dieu ; les Patronages sont en- Core plus nombreux que les écoles chrétiennes; il * en à quatre ou cinq dans beaucoup de paroisses les uns pour les sarçons, les autres pour les filles ; quelques-uns inscrivent jusqu’à huit cents et mille enfants. Dans mon ancienne paroisse de Saint-Antoine, j'avais un excellent vicaire, ancien professeur de rhétorique, et qui obtenait des proûiges

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des enfants du peuple, pour qui il avait renoncé à tout autre ministère; il atteignait plus de huit cents élèves des écoles communales et leurs familles ; il s'en occupe toujours; mais on ne peut lui parler de ses jeunes gens sans que sa voix s’altère pour vous répondre et que ses yeux s’emplissent de larmes; il en a perdu plus de cinquante, tués à l'ennemi; c'étaient mes enfants aussi; j’étais leur curé; je les ai connus, aimés; je vous demande une prière pour eux.

Les patronages des jeunes filles sont encore plus nombreux; quand j'étais à Paris, j'avais le grand honneur d'être le directeur général de l’œuvre des patronages, placée sons le vocable de Notre-Dame Auxiliatrice et de Sainte-Clotilde: un jour nous avons convoqué nos patronages à Notre-Dame de Paris pour y célébrer la fête de la Bienheureuse Jeanne d'Arc, sous la présidence du vénéré Cardinal Amette: les jeunes filles remplissaient les cinq grandes nefs, le transept, l’immense pourtour

du chœur, les chapelles latérales, les tribunes et *

jusqu'aux stalles des chanoines, quelque peu suffoqués ; elles étaient plus de dix mille et d’autres arriraient toujours, se mettant en rangs dehors, autour de la cathédrale, sous l'œil paternel des agents de police, qui tenaient les bannières bleues et blanches, pendant que les enfants de Marie épinglaient leurs voiles.

Une institution, relativement récente, complète à merveille font ce travail de formation catholfque: ce sont les examens religieux à trois degrés que fais passer l’archevêché, avec concours et di-

plômes d'honneur pour tout couronner ; des milliers de jeunes filles se sont déjà présentées librement à ces examens; des centaines ont mérité le diplôme d'honneur et sont devenues d'excellentes dames catéchistes.

Toutes les paroisses des faubourgs ont des dames de catéchisme, des dames de patronage qui viennent des quartiers riches de Paris se dévouer, pendant des heures chaque semaine, à l'éducation des enfants du peuple; presque partout aussi il y a un bulletin paroissial, des abonnements à bon marché pour l’admirable Croix de Paris ou d’autres journaux excellents, des bibliothèques pour jeunes gens et pour jeunes filles, pour le public, des conférences gratuites avec un peu de Cinéma au commencement et à la fin: le Cinéma est comme le Champagne; il ne faut pas en abuser ; il grise et finira par tourner plus d’une tête!

Toutes les paroisses de Paris ont aussi leurs groupes de dames, de messieurs, de jeunes gens et de jeunes filles, visitant les pauvres, soignant les malades, sous le patronage, toujours si cher à Paris, de Saint-Vincent de Paul; un grand nombre de paroisses ont en plus des dispensaires pour soigner les pauvres gratuitement, des fourneaux pour leur donner des soupes chaudes et de la viande l'hiver, des secrétariats gratuits pour leur fournir tout renseignement utile sur une lettre à écrire, un procès à éviter, un petit héritage ou quelque allocation à recevoir; quelques-unes ont des caisses de loyer; les familles pauvres viennent y verser leur argent sitôt qu’elles le gagnent ;

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il leur est rendu au moment du terme avec dix ou douze pour cent d'intérêt; on leur apprend ainsi la prévoyance et on leur épargne les horribles transes du terme qui approche lorsque l'argent n’est pas là pour le payer! — En 1910, il y eut à Paris de terribles inondations; la Seine était devenue le Saint-Laurent! à Saint-Antoine, la paroisse fut presque tout entière victime du fléau ; à certains endroits, nous avions jusqu’à trois mètres d’eau dans les rues; la grande nef de notre église supérieure était transformée en une immense piscine, profonde de plus d’un mètre; on montre encore, près de l’église, une boutique où de pauvres vieux étaient montés sur le comptoir pour échapper à l’eau qui les avait surpris; celle-ci les atteint; ils montent sur une chaïse; l’eau les menace encore; plus de place, bientôt, entre le plafond et leur pauvre corps, plié en deux; henreusement une barque improvisée surgit à temps et les sauva.

Toutes les marchandises du quartier étaient noyées dans les caves ou les arrière-bontiques; les petits cominerçants étaient ruinés. Le curé s’entendit avec quelques paroissiens: on créa nne caisse de prêts pour les commerçants inondés : quelques-uns reçurent jusqu’à plus'eurs milliers de francs; ils rendaient le plus tôt possible, sans intérêts; au contraire pour les récompenser de leur célérité, on leur laissait deux pour cent sur Vargent qu'ils rendaient. Evidemment, nous ne faisior : pas nos affaires, maïs none faisions celles du bou Dieu! Sans doute vous avez toutes ces œuvres ou d’autres similaires à Montréal ; je tiens à vous en signa-

ler deux autres qui seront peut-être du nouveau pour vous.

La première c’est l'Union catholique des employés de Chemins de Fer, Elle compte des milliers d'adhérents rien qu'à Paris. Elle a été fondée par un prêtre, que j'ai connu enfant de chœur, quand j'étais jeune vicaire, l'abbé Reymann. Les associés se répartissent en groupes’ paroissiaux ; la réunion à lieu tous les mois; M. le curé ou l’un de ses vicaires lit, commente une page de l’Evangile; l’un des associés préside; un aatre chante ou débite quelque morceau de poésie; on échange les nouvelles et tout le monde s'en va content. L'Union catholique des chemins de fer a souvent des fêtes ; à cette occasion, les adhérents s'invitent, arrivent par groupes pour assister à la Messe, communier, porter le cierge à la procession dans des villages ou dans des villes de province où leur exemple est très salutaire; leur plus belle fête est celle du drapeau; chaque groupe veut avoir le sien, avec des couleurs, avec des emblêmes aussi expressifs que possible: un saint porte dans ses mains nne locomotive; ou un superbe clocher se dresse au milieu d'une voie ferrée, dominant un train lancé à toute vapeur; ou deux roues ailées semblent faire l’ascension du ciel; tout cela est en soie, en fils d’or, en broderies précieuses; les associés économisent souvent pendant des mois ou des années pour avoir un magnifique drapeau; mais comme ils font bien, tous ces drapeaux, quand ils se déploient, par exempie, à une procession de Lourdes, cinquante, soixante, cent ou qu'ils s’inclinent ensemble devant le Saint Sacrement !

Une seconde œuvre, qui a pris beauc ‘oup de développement à Paris, dans les dernières années, et d'une couleur toute locale, c’est celle des Midicettes. Une foule de jeunes files, des milliers travaillent dans le centre de Paris. les unes dans des Magasins de modes, les autres dans des ateliers de Couture, de broderie, de plumes, les autres à la Poste, au Télégraphe, au Téléphone ou dans des banques; la plupart habitent la banlieue; elles partent à la première heure, reviennent à la dernière, épuisées, n'ayant jamais la parole de Dieu. Qu'a-t-on imaginé ? On les invite à des instructions religieuses dans des églises près de leur travail, à l'heure du déjeuner. Elles ont en général une heure pour prendre leur repas, y compris l'aller et retour. Le jour de l'instr uction, elles déjeunent rapidement, accourent à l'église, écoutent, prient, repartent; à une heure moins cinq, l’église est vide, J'avais la consolation de prêcher tous les mois à une réunion de Midinettes, dans une église des grands boulevards de Paris; je me rappelle ‘mon impression quand j'arrivai dus cette église, quelques minutes avant la première ré n ; elle devait commercer à midi, trente-cinq ; il « ait midi et demi; personne encore! la grande nef est vide.

“Il en Hendre bien une dizaine, pensais- je, nous ferons notre petite réunion à la chapelle de la Ste- Vierge; il se fera du bien quand même!” ; soudain, les jeunes filles arrivent par bandes; en trois minutes, elles étaient trois cents au pied de la chaire; Un quart d'heure après, elles avaient toutes disparu, emportant la parole de Dieu dans leur cœur ;

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elles font cela huit et dix jours de suite, pendant les retraites; les jeunes gens les imitent ; il y a instructions et retraites pour Midineurs pronvant par centaines, comme les Midinettes, que “ l’homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais encore de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ! ” Puisque nous parlons de nos Midinettes et que beaucoup sont employées dans les Modes, permettez-moi, en passant, de détruire une calomnie; on accuse volontiers le centre de Paris d’être un foyer intense de modes extravagantes; les Allemands sont les premiers à se voiler la face en y pensant; or, à l’occasion de la guerre, une loi, ayant été portée contre les maisons ét ‘angères, il a fallu aller au fond et qu’a-t-en vu? Je lis: “Sur quatre-vingt-dix journaux de modes qui circulent ou cireulaient à Paris avant la guerre, soixantedix représentaient des raisons sociales allemandes où autrichiennes et ont été mis sous séquestre. Les “créations” les plus “ extravagantes ”, robe entravée, jupe culotte, robe ouverte à la Turque, venaient de Francfort, de Vienne et de Berlin. Voici des précisions : La maison Backvitz, 47, Lowengasse, Vienne, éditait 25 journaux de modes parisiens, dont La Mode Parisienne, Nouvelles où Chic parisien, Le Carnaval Parisien, La Parisienne élégante, Le Goût à Paris, La Saison parisienne, ete. La maison Finkestein, 17, Witthauergass, Vienne, en éditait 17, dont Le Grand Chic, La Couturière parisienne, La Tailleuse de Paris, Le Chic, Le Chapeau parisien, ete.... La maison Marteins, de F rancfort, publiait Le Chic

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de Paris et Les Modèles de Paris. La maison Gustave Lyon, de Berlin, publiait 14 journaux de modes, dont La toilette moderne, L’Idéal parisien, Le Modèle parisien, La Mode artistique, Les Jolies Modes de Paris, Neiwladies Fashion, L'Album des bals, La façon parisienne.”

Infortunés Parisiens! ils se privent de manger pour venir entendre la parole de Dieu et on les accuse de manquer de foi! ils subissent à contre cœur les modes de Vienne et de Berlin et'on leur reproche de les imposer au monde! à chacun son bien! Aux Berlinois les robes entravées et le pas de parade! aux Parisiens, aux Parisiennes le mérite de jeûner pour venir entendre la parole de leurs prétres !

Je ne puis tout dire; il y faudrait des jours; la vie religieuse est intense à Paris; ses prêtres dont beaucoup sont de premier ordre par l'intelligence, l'activité, les vertus sacerdotales, ne cessent d’y travailler de toute manière: ils parlent, ils agissent, ils écrivent, ils construisent ; quelques-uns meurent à la peine, comme le jeune abbé Combes de Puteaux sur l'acte mortuaire de qui le médecin écrivait “mort de privations et de fatigues ” ; les ordres religieux leur prêtaient un concours très efficace, quand ils le pouvaient encore; il faut signaler très particulièrement les Pères Rédemptoristes, dans le quartier populaire de Ménilmontant; la congrégation des Frères de St-Vincent de Paul, avec ses patronages pour apprentis et jeunes ouvriers et qui a eu l'honneur en 1871 d’ensemencer le champ des faubourgs parisiens du sang d’un

prêtre-martyr, abbé Henri Planchat ; et encore tant de religieuses, les Filles de lu charité, les petités sœurs garde-malades des Pauvres et des milliers d'autres qui doivent au prêtre de Paris leur sublime vocation, comme vous devez ici tant de dévouées religieuses aux prières, aux lumières, aux soins infatigables de ces Messieurs de Saint-Sulpice.

Sans doute la vie pieuse de Paris est habituellement intime et cachée ; elle demeure le secret de prêtres modestes, travaillant en silence dans les Paroisses et dans les œuvres; mais de temps à autre, elle s'affirme Magnifiquement par des pèleri. nages à Lourdes, à Paray-le-Monial ; Par de grandioses Manifestations, comme celles des prières publiques faites au Sacré-Cœur de Montmartre, à

Notre-Dame, à St-Etienne du Mont, pendant la :

su?rre; ou encore Par les réunions du congrès diocésain annuel; alors, il u'Y à pas de salles assez vastes pour contenir les milliers d'hommes et de jeunes gens qui viennent demander le mot d'ordre Sacré À leur vénéré Cardinal. En vérité, c’est tout un fleuve de vie “atholique qui baigne, insoup- Çonné, les profondeurs de Paris; de temps à autre, le fleuye cesse d'être souterrain ; il apparaît au grand jour, en nappes immenses, étincelantes de vie divine et d'espérance, Non! non ! la foi n’est pas tarie dans le cœur de la France! elle S’augmente, elle grandit, elle s'affirme de plus en plus! elle coulera bientôt à pleins bords dans le pays tout entier; les Canadiens-français n'ont pas à rougir de leur vieille môre! plus que jamais, elle croit, elle espère, elle aime son Dieu et son Sauveur.

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Vous pouvez dire sans crainte : Vive Paris et. vive la France !

Je voulais seulement vous signaler quelques œuvres du clergé de Paris, dans la première partie de cette conférence; et déjà, je me suis laissé entraîner à vous parler des résultats, ce que je réservais au second développement de cette conférence, Paris se transforme, Paris se christianise visiblement, Paris donne le ton à la France, non plus de l'irréligion et de la légèreté comme au temps de Louis XV, mais celui de la foi et du patriotisme. Si l'on retranchait de Paris les ét ‘angers qui s’y permettent ce qu'ils s'interdisent chez eux, et si le nombre des prêtres et des églises y parvenait au chitfre normal, Paris serait bientôt l’une des villes les plus morales et les plus religieuses du monde. Ici encore ne restons pas dans les généralités, précisons, Sans entrer dans tous les détails des résultats constatés, ce qui serait infini, permettez-moi de vous en indiquer rapidement quelquesuns dans trois mondes tout ditférents : le monde populaire, le monde élégant et le monde intellectuel.

Dieu à daigné me donner une pla e de choix pour juger des résultats obtenus dans les milieux les plus populaires de Paris; pendant vingt ans, J'ai vu donner des missions dans les faubourgs et la baniieue de notre grande capitale, Qu'’y ai-je vu?

D’abord une affluence extraordinaire, aussi bien d'hommes que de femmes; souvent il fallait réserver la grande nef ou l’église aux hommes seuls. Quand nous l’annoncions ces dames étaient unanimes à nous prédire une déconvenue: “ Vous réservez la grande nef aux hommes, nous disaientelles; nous les connaissons; ils ne viendront pas; vous serez heureux de nous appeler pour combler les vides!” Non seulement on ne les appelait pas, mais il fallait leur demander de nouveaux sacrifices; et, comme nos vaillantes chrétiennes sont très charitables, elles s’exécutaient avec plaisir. Aïnsi premier résultat; dès que le prêtre fait appel au peuple, il vient, les hommes les premiers ; parmi eux beaucoup sortent de leur travail, sans avoir eu le temps de dîner; on les entend à la sortie ge souhaiter bon appétit. N'est-ce pas déjà très appréciable ?

Le second résultat l'est encore plus: bientôt tous les cœurs sont conquis. Au début, on sent de la méfiance; quand le missionnaire monte en chaire pour la première fois, les hommes qui ne connaïissent la religion que par leur mauvais journal ont un petit sourire gouailleur au coin des lèvres ; ils ont l'air de se demander quelle suite de sottises ils vont entendre; bientôt l’air narquois disparaît ; le visage devient réfléchi, l’attention augmente à mesure que parle le prêtre; à la fin du sermon, le cœur est pris; on les entend dire: “ Je reviendrai !” et ils reviennent avec une physionomie de plus en plus grave et sympathique, avec une main qui se tend d'elle-même vers ie missionnaire, avec un bon

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ji rire franc et clair quand le prédicateur fait voir, t 1 d’un mot spirituel, l'ignorance ou la fatuité de nos S | adversaires. Ah! maintenant le peuple sait de t | quel côté sont les rétrogrades! ils ne sont pas du 8 | nôtre; ils sont avec Voltaire, avec Jean-Jacques À | Rousseau, avec Re an. Les hommes de progrès ce 5 sont les hommes de tradition, ceux qui garden: ce r i que le passé à d’excellent et sui s'efforcent d'y À | ajouter ce qu’ils ont de meillenr; aiors l'humanité Ë | devient, suivant la pensée de Pascal, comme un t | seul homme grandissant toujcurs: il ne se détruit , 1 pas lui-même tous les cent ans your reprendre une | nouvelle vie; il demeure le même qu’il y a dix sièi | cles, qu’il y a vingt siècles, mais en se perfectione | nant toujours. Voilà le vrai progrès!

Ù Ainsi le monde afflue à la mission, les cœurs sont

Ê | conquis; le troisième résultat est encore plus touchant: ce sont les Conversions. Pas une seule migÿ sion où je n’en ai vu; elles se produisent quelqueà fois par centaines; des hommes qui passaient pour des ennemis déclarés de la religion, des femmes - | qui les valaient bien, vicunent dire leurs fautes

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