‹ Le prêtre et son action à Paris [microforme]Chapitre 3 sur 3 · LL · texte numérisé non relu

LL

L | simplement, bravement, queiques-uns avec des san- ] i glots; d’autres en vous disant: “ aidez-moi, je ne J | Pourrai jamais tout dire! ”; d’autres en àvouant | qu'ils n’ont pas dormi depuis plusieurs jours, Ù qu'ils croyaient ne pouvoir jamais venir; mais ! enfin ils sont au confessional! ils sont heureux,

pour un peu, ils diraient leurs fautes tout haut; | on est obligé de les contenir; il faut lerr répéter: 1 “plus bas, on vous entend ! ”. A la fin des missions, | | il y a des heures qu'on n'échangerait pas pour plu-

sieurs vies de bonhiur, La foule entoure le confessional, avec les habits, l'odeur du travail professionnel, bien souvent ; le prêtre ouvre du côté droit “Combien de temps depuis votre dernière confession ? — dix ans! — il ouvre de l’autre côté — depuis vingt ans! — du côté droit encore — depuis cinquante ans! —" ainsi les pauvres pécheurs se

succèdent, dix, vingt, coup sur coup; ils tombent”

dans le cœur du bon Dieu, repentants, heureux, par gerbes, par grappes, comme le blé à la moisson, comme le raisin aux vendanges; le missionnaire sort de là, les yeux humectés de larmes brûlantes, en se disant: oh! comme Dieu est bon! oh! comme l'âme humaine est belle! comme elle est : raiment la fille de Dieu! quoi qu'on lui dise, quoi qu’elie fasse elle-même contre le meilleur des pères, elle reste toujours sa fille, heureuse, jusqu'aux sanglots, de se retrouver entre ses bras et sur son cœur !

Quelquefois ces pauvres enfants prodigues vous étonnent par leur ignorance ou par leur naïve simplicité. Le prêtre est au contessionnal “ Mon Père, il y a soixante ans que je me suis confessée ! j'aurais bien voulu venir, il y a cinq ans, à votre dernière mission; je n'ai pas osé. — Et pourquoi ? —- Ah! vous avez dit du hgut de la chaire: ‘ Venez vous confesser sans crainte même:si vous ne l'avez pas fait depuis vingt ans, trente ans, cinquante ans...” et vous vous êtes arrêté là! et il y avait cinquentecinq ans que je n'étais pas confessée! cette fois, vous avez dit: Venez, même si vous n'êtes pas venus depuis soixante ans! alors, me voici!” Le missionnaire jura que Satan ne l'y reprendrait

plus; et, depuis lors, il dit toujours du haut de la chaire: “Venez... même si vous ne vous êtes pas confessé depuis quatre-vingts ans, depuis cent © Et cet autre enfant prodigne n'est-il pas admirable, bien que son exemple ne soit pas à suivre ? apris une confession difficile “ Ah! mon Père, dit-il, j'ai bien erû que je ne viendrais jamais, mais J'ai suivi cotre conseil et je suis arrivé, — Et qu'avez-vous fait ? — Vous nous avez dit: Voulez-vous avoir du courage, communiez! alors j'ai communié et j'ai eu le courage de me confesser! —" Il avait mis la charrue avant les bœufs, suivant le vieux dicton, mais Dieu avait pardonné à son ignorance à cause de sa bonne volonté, et la pauvre âme fut débarrassée quand même de ses mauvaises herbes!

ans!

Vous me direz peut-être: “ C'est très beau, mais est-ce bien toujours ainsi ? ” — Pendant vingt ans de missions, je le dis à l'horreur de Dieu et de l’âme humaine, je n'ai jamais rencontré une église où la foule ne soit venue, on Ja sympathie ne se soit manifestée, où des retours très consolants n'aient été obtenus! — Mais n’avez-vous jamais eu de troubles dans les églises, par exemple quand vous évangélisiez des milieux révolutionnaires ? — Trois fois, et chaque fois la cause de Dieu a eu le dessus: une fois, dans le quartier des enfants rouges, près du Temple; les anarchistes avaient préparé une manifestation dans l’église : les agents étaient prévenus; en un instant les enfants rouges furent ‘dehors et la réunion continua; une autre fois, c'était au bas de Belleville, à St-Joseph, en

plein foyer d’anarchie; les interrupteurs n’étaient même pas de Belleville; c’étaient des étudiants du quartier latin; il y eut surprise, panique, envahissement de l’église, extinction des lumières; j’étais en chaire, voulant y rester quand même, au moment où les étudiants s’apprétaient à me lancer des chaises et j'entends encore un maréchal ferrant, une espèce d’Hercule, disant aux jeunes énergumènes: “ Moi, je suis pour la discussion; celui qui frappe est un lâche!” ce fut tout; la mission continua ; maintenant, la paroisse de St-Joseph est un centre d’apostolat et de piété. Enfin, à St-Denis, ville de manufactures et de fabriques, le Cardinal Richard, alors Archevêque de Paris, devait venir à la mission; c’était en 1893; les révolutionnaires, conseillers municipaux et député en tête, jurèrent qu’il ne s’en retournerait qu’en morceaux! le cardinal vint et vécut encore dix-huit ans; les interrupteurs voulurent se dédommager sur nous et furent condamnés à trois mois de prison; les conse’llers municiprux ne furent pas réélus; et la ville de St-Denis a si bien profité de l’action religieuse qu’il a fallu depuis y constituer deux paroisses! — Voilà tous les troubles dans les églises, pendant vingt ans de missions! je me trompe ; je me rappelle encore deux émois. Un jour, le missionnaire parlait contre les hypocrites et les Pharisiens; un homme s’agite furieux, protestant de la voix et du geste. — Il fallut le mettre dehors, “le sortir ” comme on dit à Paris. A la fin de la réunion, le curé dit au missionnaire : “ce m'était rien! vous avez parlé des Pharisiens, l’in-

terrupteur a confondu; il m’a dit: “Je ne veux pas qu'on dise du mal des Parisiens !” — Uue autre fois, l'émotion vint du bedeau. Le missionnaire terminait son sermon sur le péché ; dans une émouvante péroraison, il rappelait ce roi, assassin de son frère et qui croyait le voir apparattre, sanglant, dans les lumières d’un banquet! il rappelait aussi son cri: “qu'on éteigne les lumières!” — et quelle n’est pas la stupéfaction du missionnaire et des auditeurs quand ils voient le bedeau se précipiter sur l'éteignoir et se hâter d’éteindre tous les lustres! Il avait pris pour lui : cri du roi affolé! Bien entendu, la mission n’en fur pas moins bénite; et la conclusion peut s’ériger en Lrincipe à Paris, comme ailleurs : toutes les fois que le prêtre va au peuple, le peuple vient à lui; toutes les fois qu’on peut l’éclairer sur la vérité de la religion, il l’aime et il la pratique.

Un coup d’œil maintenant, si vous le permettez, très rapidement sur le grand monde parisien, Pour y montrer encore les résultats de l’action du prêtre. Il y a réception chez Madame la duchesse de B.... Voyez-vous cette grande dame, tout près d’elle, avec son éventail ? — elle appartient à l’œuvre des faubourgs; demain elle parcourra les mansardes et fera le lit de quelque pauvre femme malade; et cette autre, toujours en deuil ? demain, elle sera au Calvaire; c’est un hôpital, fondé par des veuves chrétiennes pour y soigner des concéreuses ! — et cette autre dame encore jeune et pleine d’entrain; c’est une dame

des missions! demain, cachant son grand nom, vêtue simplement, elle s'en ira de porte en porte dans les rues d’un faubourg; elle montera cent étages; elle pénétrera dans mille pauvres intérieurs pour répa lre des petites feuilles annonçant les exercices de à mission qui vient de s'ouvrir; elle invitera la maîtresse du logis; elle s’informera de la santé du mari, des enfants; elle découvrira des b‘ptêmes, des premières communions en retard. des mariages à réhabiliter, des malades à soigner, des agonisants à administrer! c’est admirable! — c’est ainsi qu’il n'y a plus une seule femme de la bonne société, à Paris, qui ne sache, qu'après les obligations de la famille, elle a aussi un devoir s0cial à remplir et qui n’y mette tout son cœur. Elle sera dame des catéchismes, dame des patronages, damé des missions, dame de charité, membre de la Ligue patriotique ou de l’Union des femmes françaises, qu'importe! elle ne sera plus la femme vaine et égoïste d'autrefois; d’une manière ou d’une autre, elle sera une femme utile, sachant, coûte que coûte, rendre service à sa famille, à son pays et à la société. Quand la guerre éclatera, on verra deux armées surgir simultanément du sol de France, l’armée des soldats prêts à voler au secours des frontières envahies, et l’armée des femmes de la Croix Rouge, pour les soigner jour et nuit, s’ils sont blessés, ot on ne pourra dire de quel côté se trouve le plus de vaillance et d’abnégation !

La pénétration de l'influence religieuse dans le monde intellectuel est encore plus étonnante. C'est

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de la tête qu'est venu, au 18e siècle, le mouvement impie qui, de proche en proche, à gagné la France entière; c’est de la tête que vient encore au 20e siècle l'élan sacré qui va la régénérer. — Pour ne parler que des morts, l’immortel auteur des chants du soldat, Paul Déroulède, déjà brisé par la maladie, se fait porter à Notre-Dame de Paris pour y communier publicuement; Jules Lemaître, après avoir porté à Renan, son ancienne idole, des coups dont le renégat ne s’est pas relevé, meurt dans la joie de la réconciliation avec le Dieu de son enfance; notre grand Pasteur avait déjà depuis longtemps fait une profession de foi spiritualiste en pleine Académie, le jour de sa réception, et il est mort en chrétien pratiquant. Nos élèves de l'Ecole Normale supérieure, de l'Ecole Polytechnique, de Saint-Cyr communient ostensiblement et font ensemble des nuits d’ado ration à Montmartre; récemment en: re, toutes les Académies de France ont envoyé chacune une délégation officielle de plusieurs de leurs membres pour les représenter dans les prières publiqres qui ont eu lieu sur la colline des martyrs. — Les intellectuels de France ont fait mieux encore; beaucoup d’entre eux, des élèves brillants ou des professeurs de l’Université, des Charles Péguy, des Joseph Loth, des Ernest Psichari, sont morts glorieusement sur les champs de bataille en offrant leur sang à Dieu Pour la victoire et la régénération de la France ! N'était-ce pas encore un esprit fin, distingué, un futur Pierre Loti peut-être, cet enseigne de vais-

seau qui écrit du navire où il devait trouver 1 mort: “Peut-être quand mon bateau coulera, at r'ai-je une angoisse atroce, insurmontable. — M ais en ce moment, avec toute ma lucidité, sain de corp et d'esprit, je pense à cette heure sans amertume le cœur en paix... Il aura appartenu aux enfant de vingt ans de régénérer la France... l’œuvr accomplie, Dieu leur donne l’exquise récompens du martyre ”, il écrit encore “je communie trè: Souvent; j’y avais rarement trouvé de telles déli ces,” et, trois jours avant l'explosion de son vais ceau où il devait succomber: : tuand £a est em. brasé par la joie d’une vie future, on ne peut plus craindre la bataille.” — Voici encore u intellec. tuel de vingt ans; il va mourir sur le plateau de Crouy; il dit à l’aumônier: “ Ecrivez ceci à ma mère de ma part: Maman, je meurs pour la patrie, en bon chrétien; sois forte, nous nous retrouverons au ciel,” il faudrait en citer des milliers, tant ils meurent tous superbes de foi, de confiance, d'amour de Dieu! C'est un ancien élève de PEcole normale qui écrit à sa femme: “ Si ma lettre t’arrive, c’est que la France aura eu besoin de moi jusqu’au bout. Il ne faudra pas pleurer, car, je te le jure, je mourrai heureux s'il me faut donner ma vie pour elle. Tu embrasseras pour leur Papa les chères petites ; tu leur diras qu’il est parti pour un long, très long voyage... Nous nous retrouverons un jour réunis auprès de Celui qui guide nos existences. .. Au revoir, au grand revoir, le vrai... sois forte!. . .” C’est encore un intellec-

trouver la ulera, au- . — Maïs, n de corps imertume, IX enfants . l’œuvre compense unie très elles délison vais- 2 est empeut plus intelleclateau de eci à ma ur la pa- IS retroumilliers, de conélève de i ma letesoin de rer, car, aut donour leur qu'il est JUS NOUS elui qui 1 revoir, intellec-

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tuel qui écrit du milieu de la bataille, en plein centre d'action, comme il le dit lui-même: “Ici plus rien des torpeurs, des doutes, des angoisses ; rien que du soleil dans l’âme, même dans la brume ; de la joie, même dans le malheur; et des fêtes sublimes, même dans la mort!”

< Déjà, avant la guerre, sans en attendre ces sublimes immolations, un grand nombre de jeunes gens du monde des plus brillants, officiers, avocats, médecins, étaient entrés au grand Séminaire de Paris, pour s'offrir à Dieu dass les sacrifices quotidiens de la vie sacerdotale; parmi eux, on remarquait l’ancien président de la jeunesse franaise catholique, qui l'avait représentée ici, en 1910, au Congrès Eucharistique, L. Gerlier. C’est lui qui s'écriait dans une magnifique conférence que j'ai entendue: “ Qu’avons-nous vu au Canada ?” et il répondait en quatre mots dont le développement remplit tout son discours: “ Nous avons vu: une vision d’épopée, une vision de grandeur et de prospérité nationale, une vision de manifestations splendides en l'honneur de la Sainte-Eucharistie, une vision d'amour de l'Eglise!” La France elle anssi recommence son histoire par les sublimes épopées de la Marne et de Verdun; ah! puisse-t-elle y trouver, elle aussi, comme le cher Canada, la source de ses futures prospérités, d’une foi catholique et d’un amour pour l'Eglise plus ardents que jamais !

Il est temps de terminer; mais le puis-je sans adresser d'ici, au delà de l'Océan, mon meilleur

salut d'admiration et d'amitié à tous les prêtres qui jettent tant de précieuses semences de patriotisme et de religion dans le cœur des Parisiens: à vous, en particulier, Messieurs les curés de Paris, aux mérites si divers, administrateurs, hommes du monde, catéchistes éminents, orateurs célèbres, écrirains brillants et qui avez tous un zèle aussi éclairé qu'inlassuble ? Puis-je terminer, sans saluer avec une particulière vénération ceux qui forment un tel clergé, nos chers et vénérés Maîtres de la glorieuse Compagnie de Saint-Sulpice, illustre et glorieuse à Paris, comme elle l'est duns tout le Canada français et qui crée entre vous et nous un lien aussi aimé qu’indestructible? Puis-je terminer, sans m'incliner profondément devant louvrier principal de l'immense labeur parisien, devant Son Eminence le cardinal Amette, tout à tous, dans un diocèse de trois millions d'âmes, parlant, travaillant, bénissant toujours, avec le même regard, plein de lumière, et le même cœur débordant de charité divine ?

Qu'il me soit permis d'unir devant vous, chers Canadiens-français, les noms de Son Eminence, le cardinal Amette, le grand apôtre de Paris, et le nom de Monseigneur Bruchési, le grand apôtre de Montréal, comme ils le seront désormais dans mon respectueux souvenir et dans mon admiration pour leur infatigable et si fructueux dévouement!

Puis-je terminer enfin sans tirer deux conelusions, la première en pensant à la patrie des âmes qui nous est commune, à l'Eglise, la seconde en songeant à la France ?

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Tournés d'abord du côté de l'Eglise, disons-lui : “ Ô Mère très aimée, console-toi, espère, tressaille d'allégresse! S'il y a dans le monde un grand nombre d'âmes qui ne sont pas encore à toi, c’est qu'elles ne te connaissent pas, témoin l’apostolat toujours béni des prêtres qui vont au peuple! te connaître, c'est t'aimer; t'aimer, c’est aller par toi à la Vie éternelle. Sois à jamais bénie, toi et ton chef suprême qui ne fait qu'un avec toi!”

M'adressant ensuite à la France, j'oserai lui rappeler les prophétiques paroles de Pie X, déjà si étonnamment réalisées : “ Le peuple qui a fait alliance avec Dieu aux fonts baptismaux de Reims se convertira et retournera à sa première vocation... Les fautes ne resteront pas impunies, mais la fille de tant de mérites, de tant de soupirs et de tant de larmes, ne périra jamais.

“Un jour viendra, et nous espérons qu’il ne tardera guère, où la France, comme Saul sur le chemin de Damas, sera enveloppée d’une lumière céleste, où elle entendra une voix qui lui répétera : “Ma fille, pourquoi me persécutes-tn ? ” Et, sur sa réponse: “Qui es-tu, Seigneur ?” la voix répliquera: “Je suis Jésus, que tu persécutes. Il t'est dur de regimber sous l’aiguillon, parce que, dans ton obstination, tu te ruines toi-même.” Et elle, frémissante et étonnée, dira: “ Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? ” Et lui: “ Lève-toi, et lavetoi des souillures qui t'ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, fille première née de l'Eglise,

nation prédestinée, vase d’élection, va porter, comme par le passé, mon nom devant tous les peuples et dévant les rois de la terre.”

Et vous, chers Canadiens-français, vous qui étiez avec nous à Reims, vous qui êtes encore avec nous sur les champs de batailles où s’achèvent, dans un nouveau baptôme, dans un baptême de sang, cette fois, la purification et la grandeur de la France, vous serez plus que jamais avec nous dans la victoire, ne faisant qu’un avec la fille première née de l'Eglise, avec la France, votre mère, pour porter avec elle le nom du Sauveur ressuscité devant tous les peuples et devant les rois de la terre!

Vous aurez été à la peine! Vous serez à l’honneur pour jamais! C’est mon vœu ardent, en vous disant adieu! Ce sera souvent ma prière! Que Dieu daigne en faire bient** la plus douce des réalités, en attendant les joies enivrantes de l’éternel rendez-vous, auquel vous serez tous fidèles, et, je l’espère, moi aussi !

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