LA DOULEUR ET LES AMES
D'abord que prétend la douleur sur notre La douleur
et notre âme
âme ? Dieu veut que par elle nous nous refas- a refaire.
-, nous-mêmes, notre liberté, notre force morale, notre personnalité. Par la douleur. l'homme se reprend en sous-œuvre. Cela est si grand qu'une des raisons pour lesquelles la Providence permit la chute, ce fut cette gloire sublime que l'homme pourrait conquérir, Tin-
La douleur du travail
fini venant d'ailleurs travailler et souffrir près de lui l.
Sans doute, la douleur peut nous replier sur prépare nous-mêmes. Bien des âmes qui souffrent se
a aimer et fait t.
aimer. regardent trop. Il est pourtant une douleur qui ne présente guère ce danger : c'est le travail et la faim. Beaucoup maudissent cette double douleur, il vaut mieux en pénétrer les très graves raisons : il est évident que la douleur de la faim commande le travail ; éteignez la faim, le travail cesse. Et sans le travail, où en serait la terre ? Que la grâce — Dieu ne l'a jamais refusée à personne — vienne éclairer ces deux douleurs et y faire germer la patience, la résignation, le courage, et des merveilles de mérites s'accumulent sans qu'à peine les âmes qui les thésaurisent y songent. Même en ceux qui n'y réfléchissent pas : « Le travail distille la volonté,
.); tf^ivr élargit la source du cœur, approfondit la cons-
2h,H*"'-0ft cience*. »
étf., p. 65,111.
La douleur Au sein du monde païen, « le travail donna le
fait aimer .
, Dieu renoncement », « il lut une sorte de cnristia-
et le prochain. '
kAùt.,p.i92. nisme extérieur* » : il conduisait à l'amour, et la douleur donne l'amour. C'est la douleur qui éteint les fausses lueurs et montre les étoiles.
1. Sur la douleur et Je travail, « résolvants du mal et multiplicateurs du bien », méditer le livre génial et si chrétien de Blanc de Saint-Bonnet : La Douleur (Paris, Bonne Presse).
Une âme s'absorbe-t-elle dans de misérables mirages, la douleur lui dessille* les yeux, et la force à regarder le but, Y Infini.
Ce n'est pas assez dire que la douleur empêche « de se renfermer dans Tégoïsme , de se dissoudre dans le mal », qu'elle « chasse la légèreté, éteint l'indifférence, fortifie la volonté, accroît la personnalité, agrandit le cœur », il y a bien mieux : elle démolit l'orgueil « qui est précisément le contraire de l'Infini»; elle est, plus encore que le travail, « un angle ouvert dans l'Infini* ». •/wd.,PP.î8i
Et si l'âme en abuse pour se replier sur soi, la douleur lui montre quelle misère elle trouve en elle-même, et comment il faut chercher le bien, le parfait bonheur, ailleurs, en Dieu.
Dire combien de regards vers l'Infini, combien d'actes d'estime, d'amour pour lui, elle a provoqués, n'appartiendrait qu'à Dieu.
Dieu seul aussi pourrait nous montrer combien la douleur a développé la pitié envers les hommes. « L'homme qui n'a pas été éprouvé, que sait-il* ? » Sait-il compatir, secourir ? Sait- £««/£"**. il compatir à ses frères qui souffrent ? Sait-il compatir à son Frère adoré souffrant pour lui ? Bénies soient les souffrances qui me tournent vers vous, Jésus, et vers mes frères.
Rien ne résout l'orgueil comme la douleur. La <iouieur
° ai.le a C'mver-
Elle attendrit des âmes parfois bien dures. Elle tji ' donne l'onction. Nous nous trompons bien si
l'Auteur de Y Imitation n'est pas un homme qui a beaucoup souffert.
Dieu, sans doute, peut tenir la douleur absolument cachée. Sa réversibilité y gagne en puissance. Mais il veut, d'ordinaire, qu'elle transparaisse, elle se trahit par plus d'un signe, et tout particulièrement par le signe béni, très efficace, que je viens de nommer : l'onction. C'est en pleurant qu'on fait pleurer. C'est touché par la douleur qu'on touche les âmes par la parole, par les œuvres, par les livres.
Du reste, si souffrant beaucoup vous croyez toucher peu les autres, consolez-vous, il est un moyen plus sûr et d'une portée plus large de remédier au mal, de faire du bien, que l'onction : c'est la vertu réparatrice, c'est la réversibilité de la douleur.
Rérersii Rien en théologie n'empêche de penser que
immense. .
1 Incarnation douloureuse rejaillit sur tous les mondes habités, pour les racheter du péché s'ils g0nt coupables, pour leur mériter la grâce 'inaD39:i33 e': da la stabilité dans leur sainteté s'ils ne sont pas tombés. La douleur de l'homme, et, en particulier, la douleur du prêtre, associée qu'elle est à celle de Jésus, aurait alors une réversibilité sublime.
Mais nous n'avons pas besoin de certitude là-dessus. Xous savons bien que « si ce n'est pas 'BB£mT' ainsi, c'est encore plus beau* ».
JÉSUS COMMUNIQUE AU PRÊTRE SA DOULEUR. 2o3
Nous savons du moins que par la souffrance Dieu nous donne un grand rayonnement sur la terre et dans le purgatoire.
La prière est une puissance immense pour l'apostolat \ La douleur, animée par le zèle du salut des âmes, n'est pas moins puissante. Nous croyons même qu'elle Test plus encore.
Toujours, quand il est question de douleurs, Que jamais
J 7 T- A pour oous il
ou que Ton souffre en fait, il faut, ô Jésus, vous n°0^jle J^* regarder. Il faut nous rappeler que vous êtes ^S" à l'état immolé, tout près, dans le Tabernacle, bien souvent dans notre cœur ; bien plus, que vous êtes là, toujours en moi, Verbe éternel, l'Infini, la Béatitude, qui a voulu prendre un corps et une âme pour souffrir en eux près de moi et qui, maintenant, ne pouvant plus souffrir dans votre Humanité, voulez du moins souffrir dans la mienne.
Mais il faut aussi vous regarder toujours, Mère Et avec Marie, désolée. Jésus vous a tant aimée et vous l'aimez tant qu'entre lui et vous il y eut communion intime, profonde, immense, de douleurs.
Et Jésus aime tant le prêtre, et le prêtre doit tant l'aimer, qu'entre eux il doit aussi y avoir
1. A cet endroit nous n'avons pas lu de livre meilleur que l' Apostolat de la prière, parle P. Ramier e.
une communion très particulièrement intime de souffrances ; d'abord par notre compassion bien attentive et bien fidèle, puis par l'acceptation aimante et apostolique de la croix quotidienne, parfois si lourde.
Ce n'est w pas que toujours les souffrances extérieures se mesurent à notre union à part avec Jésus ; mais les souffrances intérieures souvent compenseront ces chômages de la souffrance extérieure. Et si les prêtres avaient besoin d'être consolés de tant de peines, ils le seraient par la pensée du bien que par là ils accomplissent dans la vie de leurs frères, dans leur mort et dans leur purgatoire.