‹ Le prêtre intimeChapitre 74 sur 191 · LA DOULEUR ET NOTRE SEIGNEUR · texte numérisé non relu

LA DOULEUR ET NOTRE SEIGNEUR

N'ai-ie pas dit tout à l'heure comment la dou- La douleur

J l qui enlève le

leur est bien faite pour nous unir à Jésus ? Le péché,

1 par la même

sacrement de Pénitence, en effet, ne détruit et «"»itàDi«i. ne répare le péché : offense de Dieu, obstacle à l'union, que pour produire cette union. Il détruit le péché en produisant la grâce, et la grâce c'est l'union à Jésus. Par son élément douloureux : contrition, confession, satisfaction, en même temps que par l'absolution, le sacrement de Pénitence unit à Dieu. Et même, la contrition parfaite, la meilleure de nos douleurs, a, disions-nous, cette vertu : de nous unir à Dieu tout de suite, quand l'absolution peut tarder plusieurs mois encore. Les fautes qui séparaient de lui une âme, il faudra les confesser quand le sacrement de pénitence sera obligatoire. Mais en attendant, la contrition parfaite rend à cette âme, avec la grâce, toutes les vertus divines perdues, Dieu lui-même.

Et la Providence permet toutes les autres comment douleurs pour qu'elles provoquent et aident douieursnou-

. . uniss

notre union avec Jésus : par la foi sur un point « D;e" ■ Par

* r l.i foi sur un

particulièrement difficile, par un amour plus sûr, par une imitation plus authentique.

Petr. m. 14.

Jac.

Presque toujours, — ne faut-il pas dire toujours ? — la douleur est une tentation, grave ou légère. Par elle, vous nous faites, ô Jésus, cette demande : Crois-tu en moi ? M'aimes-tu ? Veuxtu me ressembler ?

Crois -tu que j'ai dit vrai quand, moi et mes apôtres, nous avons béatifié la souffrance ? J'ai proclamé bienheureux les pauvres, bienheureux ceux qui pleurent,... bienheureux ceux qui souffrent... Et mes apôtres ont dit, en mon nom : « Si vous souffrez pour la justice, vous êtes heureux*. » — « Regardez comme un grand sujet de joie de tomber dans des épreuves nouvelles*. »

J'ai dit en souffrant, en mourant sur la Croix, combien la douleur est bonne pour réparer : envers Dieu qu'elle honore, envers l'homme qu'elle rachète et délivre... Me crois-tu ?

Il n'est pas, ô mon Dieu, de vérité à laquelle nous soyons plus réfractaires que l'excellence et la fécondité surnaturelles de la douleur, des privations, des humiliations, des mépris. Le mystère de la très sainte Trinité n'est pas pour nous plus difficile à croire. Je veux souvent répéter en vous regardant : je crois que la douleur est bonne, par un amour Une tendance obstinée nous porte à nous unir aux créatures, à nous absorber en elles, surtout à rentrer dans cette créature si pauvre que nous sommes et dont notre cœur est si près.

plus

Il n'est rion d'aussi bien fait pour rectifier, pour mortifier efficacement cette inclination antisacerdctale, antichrétienne, que la souffrance : souffrance des sens, souffrance de l'humiliation, souffrance des déceptions, des infidélités, des trahisons.

Tout cela touche et pénètre au vif notre mal profond et tenace. Tout cela, si notre cœur est bon, grand, aimant, nous lance dans l'Infini. Tout cela nous met en demeure de répondre et nous aide à répondre comme il faut à la seconde question que vous daignez, grand Dieu, nous poser tous les jours : M'aimes-tu ?

M'aimes-tu ? Moi, je t'ai aimé jusqu'à souffrir pour toi l'exil au pays idolâtre des Egyptiens, jusqu'à travailler péniblement à la sueur de mon front dans l'atelier de Nazareth pendant plus de vingt ans..., jusqu'à souffrir la fatigue qui m'arrêtait épuisé au bord du puits de Jacob, jusqu'à travailler tout le jour, souvent une partie des nuits quand je ne les consacrais pas à prier. M'aimes-tu jusque-là ?

Je t'ai aimé jusqu'à souffrir l'agonie, une flagellation horrible, la crucifixion la plus cruelle, la mort dans d'horribles douleurs. Toi, m'aimestu jusqu'à souffrir ? jusqu'à des chagrins cruels, jusqu'à une maladie, une infirmité douloureuse ?

Non, |M'iit-être serait-ce alors trop m' aimer .' Du moins, les souffrances très modérées que je

tique

ig8 LE PRÊTRE INTIME.

t'envoie, sais-tu les prendre par amour, et pour me ressembler ?

„ Par Devant mon Sauveur qui pleure dans la

1 imitation la - x x

p1u; Crèche, fuit en Egypte, travaille à Nazareth,

devant mon Sauveur plus tard poursuivi par la haine, cloué en croix, il n'est qu'une attitude qui soit digne du prêtre : Jésus, moi votre ami intime, je veux vous ressembler. Je n'ai peutêtre pas assez de générosité pour que vous me fassiez semblable à vous par de très grandes douleurs, par des opérations cruelles, qui rappelleraient les déchirures de la flagellation, l'enfoncement des clous dans vos mains et vos pieds. Peut-être, quand il me semble que je voudrais mourir martyr avec vous et pour vous, je ne sais ce que je dis.

Mais certainement vous voulez qu'il y ait entre vous et moi, votre prêtre, une ressemblance saisissante des douleurs : douleur à la vue du péché commis surtout par les âmes que vous me confiez ; douleur du labeur pénible, ennuyeux, fastidieux peut-être, qui me fixe à mes livres, à ma plume ; qui me conduit au lit des malades, des mourants, des morts... qui me ramène au Prie-Dieu et me fait prolonger ma prière envers et contre toute occupation ; douleur de l'ingratitude que parfois, peut-être, seulement quelques âmes reconnaissantes consoleront ; douleurs des haines, des persécutions

que vos ennemis réservent à vos disciples ; douleurs venant des faux-frères qui épient, qui trahissent ; douleurs venant plus fréquemment de fausses sœurs qui déchirent... ; douleurs des accusations fausses.

Membre choisi d'une Église qui trouve tant de douleurs sur la terre, — pierre vivante à qui Jésus réserve une place à part dans la céleste Jérusalem, pierre particulièrement aimée du divin Architecte, le prêtre ne doit-il pas être prêt à recevoir tous les coups qui le préparent à satisfaire les désirs, a charmer dans le ciel les euinplaisances de l'Ami divin frappé pour lui sur la terre de tant de coups ?

Page 1