DE LA FÊTE DU SACRÉ-COEUR
Quicumque certum quaeritis Rébus levamen asperis :
Seu culpa mordet anxia , Seu pœna vos promit comes.
Jesu , qui , ut agnus innocens , Sese immolandum tradidit, Ad Cor reclusum vulnere , Ad mite Cor accedite.
Auditis, ut suavissimis Invitet omnes vocibus?
Venite , quos gravât labor, Premitque pondus criminum.
Quid Corde Jesu mitius?
Jesum cruci qui affixerant Excusât, et Patrem rogat, Ne perdat ultor impios.
O Cor, voluptas Caelitum , Cor fida spes mortalium.
En hisce tracti vocibus Ad te venimus supplices.
Tu nostra terge vulnera Ex te fluente sanguine :
Tu da novum cor omnibus , Qui te gementes invocant. Amen.
i04 LE PRÊTRE
une heure continue d'adoration, au jour et au moment qu'ils auront choisis.
Permettez-moi, messieurs et vénérés confrères, au lieu d'accréditer moi-même cette œuvre récente auprès de vous, de céder ici la parole à Son Eminence le cardinal Perraud , évêque d'Autun.
Dans une lettre au directeur général, lettre rendue publique et qui a été fort répandue pour la propagande , voici comment il s'exprime :
'( Autun, le saint jour de Noël, Dimanche, « 25 décembre 1887.
« Mon Révérend Père,
« On demande souvent aux évêques, juges et gardiens de la foi, de se porter garants de la valeur d'un livre, en écrivant à l'auteur une lettre qui lui permette de se présenter avec confiance au public.
« Cette précaution se comprend quand il s'agit d'œuvres qui n'ont pas encore conquis droit de cité parmi les catholiques. Elles le reçoivent du patronage sous lequel elles sont placées, et qui leur gagne la sympathie des fidèles.
« Vous avez sollicité de moi, mon Révérend Père, quelque chose de semblable en faveur de la pieuse association dont vous êtes le zélé directeur, et qui se greffe sur la famille religieuse à laquelle vous appartenez.
« J'aurais pu très légitimement vous répondre qu'il est superflu de recommander une entreprise qui porte avec elle les meilleurs titres de recommandation, et dont Texcellence ne peut faire doute pour personne.
<c N'en est-il pas ainsi de la confraternité des prêtresadorateurs du très saint Sacrement? Et ne suffit -il pas de signaler son existence aux membres du clergé pour être assuré de trouver dans leurs rangs de nombreuses adhésions ?
<( Je ne saurais cependant me refuser à dire quelquesuns des motifs au nom desquels j'ai été heureux de la faire connaître aux prêtres du diocèse d'Autun pendant nos retraites ecclésiastiques du mois de septembre.
« Les prêtres qui s'inscrivent dans cette association prennent l'engagement de passer chaque semaine, au jour qui leur convient le mieux , une heure de suite en adoration devant le très saint Sacrement.
<c A première vue cette pratique paraît être peu de chose, et on se demande s'il vaut la peine d'en faire l'objet d'une association spéciale. Mais, en réfléchissant un peu, on ne tarde pas à comprendre que cette visite de chaque semaine, pendant une heure continue, peut aisément devenir, dans la vie d'un bon prêtre, le grain de sénevé qui grandit rapidement et étend bientôt de toutes parts ses rameaux et ses fruits.
« D'abord la fidélité à s'acquitter de cette heure d'adoration n est -elle pas la garantie de l'exactitude avec laquelle on fera chaque jour la visite au saint Sacrement, du moins dans les limites de temps consacrées par les pieux usages de nos séminaires?
« Je suis même persuadé que beaucoup d'associés, après avoir apprécié les joies et les avantages de l'heure intégrale d'adoration, trouveront bien courtes les visites d'un quart d'heure assignées aux autres jours de la semaine. S'ils ne peuvent pas toujours, à cause des occupations du saint ministère , prolonger la durée de ces visites, ils s'ingénieront à les multiplier; ils sentiront le besoin, ils prendront l'habitude de profiter de certains moments libres pour aller se présenter de nouveau, ne fût-ce que pendant quelques minutes, à l'Hôte divin du tabernacle, afin de le saluer et de lui recommander d'une façon plus immédiate tel travail, telle démarche, telle préoccupation du labeur pastoral. Ne raconte- t-on pas de saint Thomas d'Aquin que lorsque, malgré son puissant génie, il était embarrassé pour trouver la solution de certaines difficultés théologiques,
il se rendait à l'église, s'adressait à Xotre-Seigneur présent dans le très saint Sacrement, et implorait humblement de Lui la lumière désirée? N'est-ce pas encore saint Vincent de Paul qui allait traiter directement avec Jésus -Christ, caché sous les voiles eucharistiques, les multiples détails de ses créations charitables?
(( Est-ilnécessairedefaireremarquerque, par elle-même, la pratique de Theure d'adoration est un des meilleurs préservatifs contre là négligence à s'acquitter du devoir de l'oraison mentale, cet exercice fondamental sans lequel il ne saurait y avoir ni vraie piété, ni solide vertu? En efTet, il est moralement impossible qu'après avoir passé une heure entière devant le saint Sacrement à tel ou tel jour de la semaine, un prêtre manque les six autres jours à un point essentiel du règlement de toute vie sacerdotale. A elle toute seule, l'heure d'adoration est un compendium de discipline et de régularité ecclésiastiques, et on peut lui appliquer ce qui est dit de la sagesse : Venerunt autem mihi omnia bona pariter cum illa ^
« Ne pourrait-on pas assimiler l'heure d"adoration à une petite retraite hebdomadaire , renouvelant et conservant les fruits de la retraite du mois, et par conséquent de cette préparation à la mort qui doit être la préoccupation constante de tout chrétien sérieux, et à plus forte raison de tout prêtre digne de sa sublime vocation?
« Mais, jusqu'à présent, je n'ai pour ainsi dire envisagé cet exercice que dans ses relations avec les autres pratiques de piété sacerdotale. Il est temps de l'étudier en lui-même et dans sa valeur intrinsèque.
<( J'essayerai de le faire en exposant les réflexions qui m'ont été suggérées par ce texte des Livres sapientiaux : « La profondeur, la vraie profondeur, demande l'Ecclé- « siaste, où la trouve-t-on? » Alta profundilas quis inveniet eam ^?
« N'est-il pas vrai que trop souvent, après avoir lu tel
^ Sap. VII, Jl. — 2 Eccl. VII, 25.
ou tel livre de spiritualité ou entendu tel sermon, on est obligé de constater que le sujet n'a pas été suffisamment creusé? Voilà pourquoi beaucoup d'écrits ou de discours ne produisent que des impressions superficielles et passagères. Elles ont pu, suivant leur nature, pz'ocurer un instant d'éblouissement à l'esprit ou d'émotion au cœur; mais demain elles seront à moitié effacées, et totalement oubliées après-demain. Les pensées qui les ont provoquées ne jaillissaient pas de ces sources intimes de l'àme auxquelles seule peut faire pénétrer une méditation approfondie.
« A cet égard, et je suis là pleinement dans notre sujet, c'est tout autre chose d'aller passer devant le saint Sacrement quatre quarts d'heure séparés les uns des autres par des études, des affaires, des préoccupations, si légitimes soient- elles , ou bien de les réunir sans solution de continuité, pour en faire une heure non interrompue durant laquelle les pensées, les affections, les désirs, les résolutions peuvent, sous l'action de la présence immédiate de Jésus-Christ, se concentrer sur un seul point et pénétrer l'âme jusque dans ses dernières profondeurs. Ne serait-ce pas là un des sens de cette parole de saint Paul : Quœ Dei sunt, nemo cognovit, nisi Spiritus Dei. .? Spiritus omnia scrutatur eliam profunda Dei ^
'( Je serais bien surpris, je l'avoue, si, le jour où il aura passé son heure entière devant le saint Sacrement, le prêtre qui sera ensuite appelé soit à monter en chaire, soit à entendre des confessions, soit à visiter des malades ou des mourants, ne trahissait pas, comme malgré lui, le secret d'une plus grande intimité avec Jésus -Christ par des accents plus persuasifs, par une charité plus communicative, par une action plus décisive et plus durable sur les âmes.
« S'il en est ainsi, quel prêtre désireux d'exercer un ministère fécond, utile, vraiment régénérateur et sancti-
1 I Cor. n, 10, 1].
liant, ne voudrait pas faire l'essai d'un moyen que sa facilité rend universellement accessible?
« Mais n'y a-t-il pas des vies sacerdotales qui sont dévorées par la multiplicité des occupations les plus impérieuses? Dans ces journées, qui se dépensent presque sans interruption au service du prochain, où trouver cette heure intégrale durant laquelle on sera sûr de n'être pas dérangé et où l'on pourra, sans manquer à aucun devoir d'état, se procurer le bienfait de ce long temps de recueillement, de silence, de prière, et se plonger à loisir dans les abîmes du mystère eucharistique?
(c Cependant n'est -il pas d'expérience que, plus on est obligé de se donner aux autres, plus il est nécessaire de se reprendre, et, pour parler comme Notre -Seigneur, de se refaire ou d'être refait, Ego reficiam vos^, afin de pouvoir suffire sans déchet aux nécessités du travail apostolique? Autrement, même avec les meilleures intentions inspirées par un zèle vraiment surnaturel, on court risque « de se vider )>, suivant l'énergique métaphore dont le réalisme presque intraduisible a pour auteur TEsprit- Saint lui-même, in vita sua projecit intima sua-,
« Plus un prêtre est appliqué au service de l'Église et des âmes, plus il a besoin des grâces de récollection et de recueillement attachées à cette heure d'adoration.
c( Vous me montrez la distribution de vos journées, et vous n'avez pas de peine à me persuader que depuis votre action de grâces, après la sainte messe, jusqu'au soir, vous ne pouvez disposer que de quelques bribes de temps fort décousues, et tout au plus, le bréviaire ayant été convenablement récité, vous ménager le quart d'heure indispensable pour la visite de l'après-midi au saint Sacrement.
« Je suis convaincu, je ne discute pas; mais je vous dis sans hésiter : Ayez un jour de la semaine où vous vous lèverez une heure plus tôt ; cette heure, vous irez la passer devant le saint Sacrement, et vous pourrez très bien
1 Matth. XI, 28. - - Eccl. x , 10.
l'employer à faire votre oraison. Je vous le garantis, votre travail de tout le reste de la journée, je pourrais même dire du reste de la semaine, se ressentira de cette heure bienheureuse; à cause d'elle, vous ferez plus de choses et vous les ferez mieux.
« J'écris ces pag-cs au soir de la grande journée de Noël. Je les veux finir en rendant compte très simplement d'une impression que j'ai reçue moi-même ce matin, pendant une heure passée devant le saint Sacrement, avant les offices pontificaux de la cathédrale.
« Je pensais aux bergers dont parle saint Luc et à la visite qu'ils avaient faite au divin Enfant de la crèche. « Allons jusqu'à Belhléhem, » s'étaient-ils dit les uns aux autres. Pastores loquebantur ad invicem : Transeamus usque Belhléhem^. Belhléhem, c'est la maison du pain. Notre Belhléhem à nous, pasteurs des âmes, c'est essentiellement le Tabernacle eucharistique.
« Avertis par les chants des anges, les bergers de Judée se rendent avec empressement auprès du nouveauné : et venerunt festinanies. Saint Luc ne nous dit pas combien de temps ils y sont demeurés ; mais il est bien permis de penser qu'une heure entière passée par eux en compagnie de la sainte Vierge et de saint Joseph, à contempler dans son pauvre berceau le Rédempteur du monde, à lui présenter leurs hommages et à s'offrir à Lui, ne leur a pas paru trop longue.
(( Cependant ils ont diî s'en aller, retourner à la garde de leurs troupeaux, revenir aux occupations et aux devoirs ordinaires de la vie; mais ils avaient l'âme si remplie de tout ce qu'ils avaient vu et entendu, qu'ils ne se lassaient pas de louer Dieu, et ils furent ainsi les premiers Apôtres de la bonne nouvelle.
« Et reversi suni pastores, glorificantes et laudantes Deum in omnibus quœ audierant et viderant-.
« Je souhaite à tous mes frères dans le sacerdoce, je me souhaite à moi-même cette plénitude de foi, de con-
1 Luc. Il, 15. — 2 Luc. II, 20.
dlO LE PRÊTRE
viction, de charité, de zèle qui sera pour nous le fruit béni de nos visites d'une heure à Jésus dans le saint Sacrement ; plénitude qui débordera ensuite sur toutes les âmes avec lesquelles notre ministère nous mettra en relation, sur toutes les œuvres confiées à notre sollicitude.
« Avec vous, mon Révérend Père, et avec votre famille religieuse, avec tous les membres de celte Association des Prêtres-Adorateurs que Sa Sainteté le pape Léon XIII a canoniquement érigée et enrichie de précieuses indulgences, je dis de toute mon âme :
« Loué et adoré soit à jamais Jésus-Christ dans le très saint Sacrement de l'autel !
<( Y Adolphe -Louis, « Evêque d'Autun, Châlon et Mâcon. )>
Je n'ajouterai rien, messieurs, à ces explications très claires ni à ces exhortations aussi autorisées que pieuses. Elles disent tout ce qu'il faut dire. Voyez s'il ne vous est pas possible d'en tirer pour vous - mêmes , pendant cette retraite, une conclusion pratique.
Le Chemin de Croixy... autre exercice de piété, non plus quotidien comme les deux précédents, mais renouvelé de temps à autre. Comment douter que ce souvenir de la Passion du Sauveur ne soit, pour le prêtre, un excellent moyen d'entretenir sa ferveur et de retremper son courage?
Voulez-vous me permettre , messieurs , de vous
sug-gérer en quelques mots le canevas de ce que j'appellerai: « Le Chemin de Croix du prêtre de notre temps et de notre pays... » Quelques indications sommaires, quelques idées, quelques sentiments tirés d'un manuscrit déjà ancien et intime^. /'■'' Station. — 0 Jésus, condamné par les puissants du jour : Anne, Caïphe, Pilate, et par le peuple de Jérusalem qui, de la fidélité, l'admiration et l'attachement, s'est laissé jeter dans la suspicion et la haine ; apprenez -moi à ne pas maudire l'épreuve qui pèse sur votre clergé , à cette heure. Le toile du prétoire se déchaîne contre lui de toutes parts. Il tombe d'en haut avec dédain , il monte d'en bas avec colère. Faites -moi comprendre que derrière l'abus de liberté des créatures, quelles qu'elles soient, se cache la permission de Dieu. Dieu use, comme de causes secondes , des créatures qui , sous leur propre responsabilité, s'égarent. Ce ne sont
* Tous les ecclésiastiques connaissent les admirables Méditations sur le Chemin de Croix de Tabbé Henri Perre^'ve. Ce modeste livre et le livre de la Journée des malades, arrivés l'un et l'autre à la dixième édition, auront plus étendu et popularisé l'apostolat d'outre -tombe du jeune prêtre que ses autres ouvrages, quelque excellents qu'ils soient. Nous ne saurions trop demander à nos confrères de les lire et de les faire lire autour d'eux dans le monde.
Et puisque, au sujet du souvenir des souffrances et de la passion du Sauveur, nous venons de nommer l'abbé Perreyve, nous signalerons aussi du cher abbé Charles Perraud, « son Charles, » le volume intitulé : les Sept Paroles de Notre- Seicjneur Jésus- Christ en croix, qui a obtenu un si légitime succès et continue encore de l'obtenir. In morte qnoque non sunt divisi. Les deux amis, les deux û'ères ne doivent pas être séparés.
jamais les hommes qui , en fin de compte , me présentent le calice qu'il faut boire; c'est Lui, c'est Dieu, c'est mon Père des Gieux: Tua autem, Pater, Providentia gubernat ^ Quelle dignité d'avoir cette foi ferme et invincible! Quel inépuisable élément de force d'y recourir !
IP Station. — Voici la Croix! 0 Jésus, vous la saluez soudain, bien plus encore que ne le fera votre apôtre André, de cette acclamation vaillante : 0 bona crux ! Elle réalise votre ambition sainte mille fois mieux que la fortune, la science , la gloire , ne réalisent le rêve des ambitieux vulgaires. Qui donc a ajusté le gibet que vous chargez intrépidement sur vos épaules meurtries? C'est un groupe d'hommes du peuple, ce sont des ouvriers obscurs. Vous ne vous arrêtez pas à considérer de quelles mains est sorti l'instrument du supplice. Vous n'avez point d'anathèmes contre les malheureux qui se sont acquittés de leur triste besogne. Oh! non, certes, vous les plaignez, au contraire; vous les enveloppez de compassion attendrie , tant vous savez qu'ils ne sont point les vrais coupables. Et puis, tout s'éclaire pour vous à la beauté du but que vous allez atteindre : satisfaire la justice de Dieu, vaincre le péché, sauver le monde! De mes protestations et de mes animosités instinctives, élevez-moi, ô Jésus- Christ, jusqu'à ces hauteurs. Substituez dans mon cœur la pitié
Sap. XIV, 3.
sainte à toute trace d'amertume contre les artisans immédiats de mes souffrances, les prolétaires trompés et stipendiés de la ville ou des champs. Ne me laissez voir que la grandeur de ma mission de victime , de ma vocation au sacrifice !
///* Station. — Votre courage, ô Jésus, ne vous soutient pas contre l'abattement. Dès les premiers pas de votre route du Calvaire, vous tombez sous le fardeau qui vous écrase. Si je cherche à deviner la cause de cette prostration prématurée, il me semble la trouver en ceci, que voyant jusqu'à l'évidence , dans une lumière tout d'un coup plus vive et plus aiguë, la disproportion de votre immolation aux fruits qu'elle devait porter pour le salut des hommes, vous souffrez à nouveau toutes les tortures de la veille à Gethsémani. Ce n'est qu'un éclair qui vous sillonne l'âme; mais cet éclair vous tue. Vous ne pouvez pas rester debout ; vous voilà couché sur le sol, presque en agonie. Vous vous relevez à l'instant même. Vous reprenez et poursuivez votre marche en avant. Adorable faiblesse où la mienne trouve à s'encourager ! Moi aussi, j'ai senti souvent, je sens chaque jour l'amertume poignante de l'inutilité de mes efforts. S'il faut que je tombe par moments , enseignez-moi du moins, ô bien -aimé modèle, à ne pas abdiquer sous le fardeau de mes tristesses, à me ressaisir comme vous, à reprendre comme vous mon œuvre , à honorer comme vous l'austérité de ma vocation!
IV^ Station. — Quelle rencontre ! Jésus et Marie... Que va-t-il se passer entre le martyr et sa mère? De la douleur pour l'un et pour l'autre, jusqu'aux moelles de l'âme; la chose est évidente. Ces deux êtres , que la plus ineffable tendresse unit , se renvoient le tourment innommable de se faire réciproquement souffrir. Pas un mot amollissant sur les lèvres de Marie. Si elle a parlé, ce que nous ignorons, il est probable que ça été pour encourager son fils dans la générosité de son immolation sublime. Si elle n'a rien dit, son regard a parlé. Comme Fange de l'enclos du Pressoir, elle a tendu , de ses pauvres mains tremblantes, le calice. Nos mères, nos bonnes mères , quand elles nous sentent affligés, voudraient nous arracher à nos épreuves. C'est la compassion humaine , c'est la pitié selon la chair. Jésus ne veut pas de cette pitié trop naturelle. Marie ne la lui offre pas. Ils sont tous deux à la hauteur des desseins de Dieu. 0 Marie ! que ma dévotion envers vous ait donc pour but principal, pour principal effet de vous demander la force dont j'ai besoin dans mon œuvre sacerdotale et de l'obtenir!
V' Station. — Après Marie, le Cyrénéen. On ne saurait imaginer un plus entier contraste 1 Ce métayer, qui revient de son champ, qui, forcé par la soldatesque, se glisse sous la Croix, qui subit à contre-cœur une corvée ennuyeuse , après l'être délicat et affiné qui n'a prêté aucun concours matériel, mais de toute son âme est
entré dans Fâme de Jésus ! Jésus n'a cependant pour lui ni reproche ni mépris. Il accepte tel qu'il est le vulgaire service qu'il lui rend. Je trouve sur ma route, moi aussi, des Cyrénéens, bonnes gens incapables de rien comprendre à mes vraies souffrances sacerdotales, et qui s'imaginent faire beaucoup quand ils m'assistent, fût-ce à contre-cœur, d'un peu d'appui pour mes démarches, d'un peu d'or pour mes œuvres. Je suis parfois tenté, dans ma fierté de prêtre, de décliner leur complaisance bornée et si médiocrement secourable. 0 Christ ! j'apprendrai de vous à dompter mes faux amourspropres, à vaincre mes exigences déplacées.
VP Station. — Après le Gjrénéen , Véronique. Oh ! la noble femme ! Elle voit souffrir et ne peut supporter de rester spectatrice oisive et passive de la souffrance. Elle s'échappe de sa demeure entr'ouverte , et , sans nul souci de l'étonnement des uns, des propos méchants des autres, elle offre ce qu'elle a, ce qu'elle peut,... un rien, un linge blanc, dont elle essuie la poussière et le sang du visage du Christ, mais du dévouement spontané, plein le cœur. Il faut la bénir, cette inconnue à qui Jésus dut un adoucissement de sa peine physique et morale. Jésus ! Jésus! nous aussi, sur nos chemins douloureux, nous rencontrons parfois des attentions, des prévenances, des égards qui nous sont chers. Ovous, qui des tendresses humaines n'avez jamais pris que la fleur, gardez-nous de rien attendre,
de rien recevoir des créatures qui fasse passer l'ombre d'une ombre sur la belle limpidité de nos consciences.
VI I^ Station. — Une fois de plus Jésus fléchit sous la croix et tombe. Je me demande si cette chute nouvelle, qui suit immédiatement les trois rencontres dont l'Evangile et la tradition gardent le souvenir, ne comporte pas un précieux enseignement. Il semblerait qu'ayant eu, coup sur coup, l'appui des assistances de sa mère, du Cyrénéen , de Véronique , le divin patient eût dû se trouver armé , en quelque sorte , d'un surcroît de vigueur pour s'avancer sans plus de défaillance jusqu'au terme du Golgotha tout proche. Or, c'est à ce moment précis qu'il succombe une seconde fois. Ne veut-il pas nous apprendre que les secours humains, comme tels, d'eux seuls et par eux seuls, ne suffisent pas à nous soutenir? Lui, Jésus, incessamment pénétré de la force divine, ne s'est pas attardé à attendre des créatures l'énergie et la vaillance dont il avait besoin. Auxilium meum a Domino '. Dominas firmamentummeum être fiiffium meum-. S'il parait fléchir, ce n'est point faute du courage intime qui ne l'abandonne pas. Je me plais à croire qu'il nous instruit par là, qu'il nous prêche et nous dit : Sursum cord^. Plus haut que l'humain dans vos détresses , plus haut que le créé , ne vous arrêtez qu'en Dieu I
1 Psalm. cxx, 2. — - Psalm. xvii, 3.
VIII^ Station. — Le dur itinéraire se poursuit. Quelques pas plus loin, à l'un des lacets du chemin montant, se tient un groupe de femmes et de jeunes filles de Jérusalem tout en larmes. Jésus s'arrête et leur parle. Il leur dit : Nolitc flore super me^ sed super vos ipsas ftete et super filios vestros K Rare exemple de l'oubli de soi. Générosité délicate de celui qui souffre et refuse la compassion dont il se voit l'objet pour ne s'occuper que du malheur d'autrui. Car un malheur impitoyable et prochain menace la cité coupable. Les temps où nous sommes se prêtent à un rapprochement saisissant. Prêtres de France, en face des persécutions et des maux qui sont peut-être à la veille d'éclater, sachons nous oublier nous aussi. Qu'importe ce qu'il adviendra de nous dans la tourmente qui se lève? Qu'importe si la tranquillité relative de nos vies fait place aux privations les plus dures, à la pauvreté, à l'exil, à la mort? Ayons pitié de notre patrie. Demandons-nous ce que deviendra la foi et ce que deviendront les âmes. Au-dessus de tout gémissons du déchaînement des puissances mauvaises et des triomphes du péché. Derrière la vision sinistre du siège de Titus, dont ces femmes et ces enfants seront les victimes, le regard de Jésus entrevoit l'horreur agrandie du mal en soi, du péché en soi. C'est de quoi surtout il se désole. C'est ce dont il veut que partout
1 Luc. XXIII, 23.
et toujours nous nous désolions comme lui.
/X* Station. — Troisième chute. A quoi fautil l'attribuer? Est -il invraisemblable de penser que le Christ, sous l'émotion de l'incident qui vient de se produire, rejeté soudain par la claire vue du péché local en plein discernement du péché universel, se sent écrasé une fois de plus et ne cherche pas même à opposer de résistance? Péché de Jérusalem déicide, péché du monde entier : peccatum mundi. Les deux idées se tiennent, les deux cauchemars s'appellent. Et dans la masse affreuse du péché de toutes les créatures, le péché sacerdotal, mon propre péché. Tombez , roulez sur le sol , pauvre victime si près de mourir et de qui la mort ne réussira pas à vaincre le péché ni ses conséquences terrestres, ni ses conséquences éternelles! Faiblesse auguste, douleur sainte, suprême angoisse qui précède le sacrifice suprême, je vous vénère. Oh! que je serais donc prêtre dans la plus haute acception du mot, si je passais ma vie, là, à terre, à côté de Jésus, envahi comme lui par l'effroi et la désolation du péché : Hoc sentite in vobis quod et in Christo Jesu.
X" Station. — Avec les trois stations qui suivent, voici une leçon nouvelle, et quelle leçon ! Jésus dépouillé de ses vêtements , Jésus cloué au gibet, Jésus en croix, Jésus gardant le silence ou n'ouvrant la bouche que pour les quelques paroles qui avoisinent le dernier soupir, Jésus dépossédé de toute activité nous apprend
que parler et agir n'est pas l'unique puissance de notre ministère et de nos vies. Il y a des passivités fécondes. Rien n'est plus nécessaire, rien n'est plus consolant que de le comprendre. Je me laisserai donc, s'il le faut, dépouiller moi aussi de tous les dehors de ma situation, réputés par moi indispensables à mon action pour le bien. Je consentirai à perdre ma réputation d'homme entendu et habile aux affaires; mon prestige d'orateur distingué, mes relations honorables et flatteuses, tout ce qui me posait avantageusement aux yeux de la galerie. Plus que cela, sous le poids des années qui s'accumulent, dans l'ombre du soir qui tombe, je consentirai à constater le déclin de mes forces physiques, l'affaiblissement gradué de mes facultés intellectuelles... Oui, le dépouillement de l'être total, accepté dans la mesure où il s'impose, comme élément d'un sacrifice intime dont le plein renoncement aux préférences instinctives est l'arôme, dont l'efficacité très certaine pour la gloire de Dieu et le bien des âmes est le fruits
XP Station. — L'horrible spectacle de ces quatre ou cinq manœuvres de bas étage , acharnés contre la pauvre victime silencieuse, frappant à coups redoublés pour enfoncer les clous dans les pieds et les mains crispés , ne doit pas
1 Lire à ce sujet, relire et méditer dans le second volume delà Connaissance de l'âme, du P. Gratry, les incomparables chapitres intitulés : l'Automne et l'Hiver, livre Vl^.
m'emplir l'âme d'émotion et d'indignation seulement. Factus ohediens usqiie ad niortcm, mortcm autcm cruels. Je dois me rappeler que la souflrance physique est une part de l'immolation rédemptrice du Sauveur. Je dois comprendre que les martyrs des bûchers et des amphithéâtres, les victimes cachées des cloîtres , les patients résig-nés de toutes les infirmités humaines ont participé et participent au sacrifice de l'Agneau qui porte le péché du monde. Je dois conclure qu'en ma qualité de prêtre , j'ai l'obligation d'y participer à mon tour. J'introduirai donc dans ma vie , sous une forme ou sous une autre , à l'état d'habitude, un peu de mortification. Et quand viendront les accidents de santé, la souffrance, la maladie prolongée, quand je serai réduit à l'immobilité, je ne murmurerai pas. J'estimerai qu'uni à la crucifixion de Jésus -Christ, dussent mon activité et mes œuvres s'interrompre, même cesser tout à fait, je ne cesse pas de cultiver en moi mon sacerdoce et de le faire s'épanouir en vraie fécondité.
XIP Station. — Sur la Croix tant bien que mal dressée et équilibrée Jésus agonise, Jésus expire. 0 Marie, ô Madeleine, ô Jean, notre place de prêtres est à côté de vous , appuyés au gibet comme vous, pour sentir les trépidations que le mourant lui imprime, pour être baignés de quelques-unes des gouttes du sang tombées de ses blessures. Ces trois heures finales sont le point culminant de l'Histoire. Nul événement
humain ou angélique, dans le temps ou dans réternité, ne les dépasse. Deus erat in Christo, mundum rcconcilians sibi. De toute l'intensité de ma foi sacerdotale, je crois et je veux croire. Et voilà que, ramassant ses dernières forces pour une dernière parole , le Sauveur dit : Consummatum est. Un jour viendra, peut-être bientôt, où je devrai la prononcer. Consummatum est. Que j'y prenne bien garde, ce mot sur les lèvres défaillantes du mourant du Calvaire n'est pas simplement la constatation de l'imminence de sa fin, c'est de plus et surtout l'affirmation expresse que tout ce qu'il devait faire au nom de sa mission sainte il Ta fait : Opus consummavi quod dedisti mihi ut faciam. Je me trouble, je m'épouvante. J'ai conscience que je n'aurai jamais le droit de m'approprier cette déclaration suprême. Non, je n'ai pas fait de ma vocation de prêtre, ni pour votre g-loire, ô mon Père des Gieux, ni pour les hommes ni pour moi-même, ce que j'en pouvais faire. Qui me donnera du moins de ne plus perdre une parcelle du temps et des forces qui me restent? Vous, Jésus! vous mon ami et mon modèle, mon frère en sacerdoce : Primo^remïus in fratribus. Jésus mourant, je vous le demande à genoux, avec des larmes dans le cœur et dans la voix.
XIII^ Station. — Quis est homo qui non fteret, Christi matreni si videret in tanto supplicia? Marie, affaissée au pied de la croix d'où l'on vient de détacher le cadavre tiède de Jésus,
s'abîme dans sa douleur. Elle laisse reposer sur le sol le corps déchiré de meurtrissures, souillé de sang ; elle soutient la pauvre tête que la couronne d'épines a martyrisée. Peut -elle garder encore cette héroïque possession d'elle-même, cette magnanimité invincible dont elle a fait preuve jusque-là? Les larmes, refoulées tant qu'a duré l'immolation qu'elle savait nécessaire au salut du monde , ne jaillissent-elles pas à pleines paupières? C'est aux mères de le dire. Je renonce à me représenter cette scène. Ce que je sais, ce que je sens , c'est que pour une part je suis la cause de l'inénarrable souffrance que j'ai sous les yeux. Mon péché, mon péché de prêtre, celui de tous les péchés humains qui a le plus motivé le sacrifice de la divine victime, a du même coup transpercé Jésus et Marie. Virgo virginum prœclara, mihi jam non sis amara. Vierge sainte, ne me rendez pas le mal pour le mal, ne me rejetez pas , ne me maudissez pas. Vengez-vous en m'obtenant la grâce d'user ce qui me reste de vie à couvrir mon âme et les âmes du bienfait, si chèrement acquis par vous, de la Rédemption. Donnez-moi de vous aimer au nom même et dans la mesure de ce que je vous ai fait souffrir !
XI V^ Station. — Le tombeau ! Pour l'incroyant le gouffre, la nuit, le mystère. Pour celui qui croit, le chemin qui mène à la vie: Arctara viam r/uœ ducit ad vitam^^ Jésus y est entré. Il
1 Matlh. VII, 14.
LES EXERCICES DE PIÉTÉ i23
y est resté trois jours. Il s'en est relevé glorieux et immortel. Ce qui a été sa destinée sera la mienne. J'ai cette foi. Je l'ai ardente, intense, inexpugnable. Des milliers de mes frères ne l'ont pas. 0 Jésus -Christ, enseveli et ressuscité , je vous demande de pouvoir prêcher avec force la survivance à tous ceux qui la repoussent, ou qui en doutent, ou qui font profession de s'en désintéresser et de n'y penser jamais. Je vous demande de la prêcher aux chrétiens convaincus, mais de qui la conviction tourne à une sorte de répugnance insurmontable , si bien qu'ils ont horreur de mourir et préféreraient vivre toujours sur la terre. Je vous demande de la prêcher aux découragés de l'existence qui n'ont point, eux, cette épouvante de la mort, qui l'appellent de leurs vœux, qui en devanceraient volontiers l'heure , mais sous l'unique poussée de leur lassitude et sans nul espoir. Je vous demande d'être , avant toutes choses , au milieu de ceux à qui vous m'avez envoyé, un apôtre puissant de ce qu'il faut croire, de ce qu'il faut craindre, de ce qu'il faut attendre du tombeau!
Il me resterait, messieurs, au sujet des exercices de piété, à vous parler du Rosaire. Permettez-moi, sur ce point qui vous est à cœur et qui ne saurait trop l'être , de vous renvoyer à la série des Encycliques publiées par Léon XIII pour renouveler et répandre cette dévotion insigne. Je vous recommande plus particulière-
ment la Lettre pontificale du 5 septembre 1898, aux patriarches, primats, archevêques et évêques de la catholicité, et la Constitution apostolique sur les règles , les droits , les privilèges du saint Rosaire, du 2 octobre de la même année.
ELLES PEUVENT PÉCHER CONTRE l'autorité, LA CHARITÉ, LA DISCRÉTION PROFESSIONNELLE , LE RESPECT MUTUEL , • LES CONVENANCES
Messieurs et vénérés confrères,
Causons des conversations entre prêtres. Il y a lieu de consacrer à ce sujet un ou deux de nos entretiens. Labruyère, vous le savez, a écrit, dans son livre immortel Des Caractères , tout un chapitre sur la conversation entre gens du monde. Plus d'un passage serait pour nous instruire. Je ne m'inspirerai toutefois ni de la finesse des observations du célèbre moraliste, ni de ses tableaux mordants, ni de la perfection de son style. Parvos parva décent. N'ayant avec vous, — et pour cause, — aucune prétention littéraire, je ne chercherai point, dans un sujet qui pourrait cependant s'y prêter, à piquer votre curiosité et éveiller vos sourires. Je bannirai le persiflage. J'essayerai de faire œuvre d'apôtre. J'appellerai simplement votre attention sur un certain nombre de défauts qui sont fréquents parmi nous dans nos rencontres accou-
tumées, défauts que nous devons nous reprocher et contre lesquels nous ne saurions trop prendre la sincère résolution de réagir.
Saint Jacques, pournous mettre en garde contre les surprises ou les travers des paroles inconsidérées, use d'une comparaison pittoresque qui mérite de servir d'exergue à l'étude que nous entreprenons. Il dit : Ecce et naves quum niagnse sint et ventis validis minentury circumferuntur modico gubernaculo, ubi impetus dirlgentis voluei^it. lia et lingua modicum quidem membrujn est et magna exaltât... inquietum maluniy plena veneno mortifero '. Le gouvernail, engin médiocre en apparence, est presque tout dans la bonne ou dans la mauvaise direction du navire ; la langue , organe peu développé et qui se dérobe, tient dans notre vie de tous les jours une place de premier ordre.
Nos conversations, messieurs, peuvent pécher et pèchent trop souvent contre l'autorité, contre la charité, contre la discrétion professionnelle, contre le respect naturel, contre les convenances. Voilà bien des chefs d'accusation, et encore la série n'est-elle pas complète. J'espère néanmoins que lorsque nous serons entrés dans le détail de chacune de ces formes de la méconnaissance ou de l'oubli du devoir, nous aurons dit ce qu'il est plus opportun et plus nécessaire de dire.
1 S. Jac. III, 4 et seq.
Conversations qui pèchent contre l'autorité. — Un prédicateur de Retraites pastorales, qui s'est fait en France une juste notoriété par son zèle, son esprit de foi, sa piété, sa doctrine et aussi son remarquable talent, et qui est mort récemment au grand regret du clergé, le P. Tissot, supérieur des missionnaires de Saint -Françoisde-Sales d'Annecy, se permettait cette assertion humoristique : « Malheur aux diocèses où la partie de cartes n'entre pas dans les habitudes de MM. les curés réunis soit pour la conférence, soit pour les simples visites hebdomadaires ou de la quinzaine ! » Et la raison qu'il croyait pouvoir donner de cette singulière déclaration dont l'auditoire ne manquait pas de sourire, c'est que faute d'occuper une heure ou deux, — vous entendez : une heure ou deux, c'est-à-dire le temps d'un délassement légitime, — à se distraire en jouant, les chers confrères risquaient fort de se livrer à toute sorte de critiques sur les tendances, les projets, les décisions des supérieurs. De deux maux, semblait -il conclure, il faut choisir le moindre. Qu'en pensez-vous, messieurs ? Est-il absolument exact que la tentation de mal parler des supérieurs soit entre nous III 9
une sorte de danger permanent, et qu'il y ait lieu pour produire une diversion salutaire de cultiver la virette ou la bête hombrée? Résolve qui voudra ce problème de haute psychologie. Je trouve, pour ma part, que les termes n'en sont pas précisément flatteurs. Ceci ou cela me paraît être un dilemne inquiétant pour notre dignité. Mais... passons.
L'autorité ! Nul de vous n'ignore que si elle a droit au respect dans la famille et dans l'Etat, c'est surtout dans l'Eglise qu'elle simpose à notre vénération. Nul ne fait de difficulté d'admettre que l'Eglise, soit qu'il s'agisse de la doctrine, soit qu'il s'agisse de la discipline, est constituée sur le principe d'autorité. Nul enfin ne méconnaît que si le souverain pontife, à la tête de l'Église universelle, est investi de l'autorité suprême, l'évêque dans son diocèse en reçoit et en possède la part dont il a besoin pour le gouvernement des âmes à la conduite desquelles il est préposé, à commencer, cela va de soi, par les prêtres qui sont ses auxiliaires et ses fils.
Et c'est pourquoi le jour de notre ordination, à cette question que nous pose solennellement le pontife consécrateur : «Promettez-vous l'obéissance ? » nous répondons sincèrement . spontanément et de tout cœur: « Je la promets. »
Hélas ! autre chose sont les idées et la théorie , autre chose la pratique et les actes. Dans notre conférence sur la vertu cardinale de justice, nous avons déjà parlé de cette regrettable con-
tradiction. Qu'il nous soit permis d'y revenir et d'y insister. Nous pousserons plus loin et d'une autre façon notre recherche et notre analyse. Nous ne nous répéterons pas tout à fait.
Si persuadés que nous soyons en principe, messieurs et vénérés confrères, de la légitimité et de la nécessité d'une autorité directrice dans le diocèse, autorité dont l'exercice appartient, dont la responsabilité incombe en propre à l'évêque , nous nous conduisons fréquemment , en fait, par nos habitudes de contrôle et de critiques acerbes, comme si nous ne la reconnaissions pas. Convenons qu'il souffle, à cette heure, sur le clergé de France un vent d'insoumission dont je me garderai de chercher ici les causes. Il règne je ne sais quelle prédisposition au blâme systématique contre l'administration épiscopale , née de certaines excitations de parole ou de presse que je m'abstiens de qualifier. Je me contente de signaler discrètement à votre plus sérieuse attention ce qui se surajoute aujourd'hui, parmi nous, aux insuffisances de confiance et de docilité, qui sont de tous les temps et menacent de plus près ce qu'on appelle le bon esprit.
Cinq ou six confrères sont réunis. L'évêque vient de prendre, dans une circonstance délicate, telle ou telle attitude devant les pouvoirs publics. Cette attitude immédiatement est passée au crible des juges du presbytère, ellô- est appréciée sévèrement, réprouvée, condamnée. Sans se
demander quels motifs ont formé la conscience de lem- supérieur, sans connaître les difficultés où il s'est trouvé engagé, sans daigner faire le tour de la question afin d'en découvrir les éléments complexes, sans peser le pour et le contre, ils se hâtent de conclure. Les mots les plus durs, les épithètes les plus injurieuses leur coûtent peu. Quitte à être injuste, leur opinion est formée, irrévocablement formée.
L'évêque prescrit une mesure qu'il croit opportune : la création d'une œuvre , la fondation ou la restauration d'une maison d'éducation, un pèlerinage, une cérémonie religieuse, un synode, une quête; il modifie, sur un point ou sur un autre , des habitudes reçues ; il réforme le programme pédagogique de ses petits séminaires; il introduit quelque nouveauté dans le règlement traditionnel du grand... Même promptitude d'appréciations peu favorables de la part du tribunal improvisé à la cure. On n'essaie pas de rechercher quelles intentions ont présidé à ce qui s'est fait, ni si ces intentions ne seraient point motivées et sages. On critique, on blâme.
L'évêque s'élève contre certains abus. Il remet en vigueur les statuts diocésains. Il prohibe telles ou telles libertés prises à l' encontre de la dignité ecclésiastique, la chasse par exemple, la fréquence et la prolongation du jeu, les fantaisies de costume, les absences répétées et sans motifs suffisants, la collaboration à certains journaux... C'est à qui se plaindra davantage. Rien n'est
LES CONVERSATlOiNS 133
légitime dans cette vigilance et cette répression. Rien n'est opportun.
L'évéque nomme à ce poste ou à cet autre un membre de son clergé. Trois fois sur quatre, neuf fois sur dix, on se récriera dans le petit comité que je suppose. Le choix n'est pas motivé, il n'est pas judicieux. Le sujet désigné pour cette dignité ou pour cette fonction n'a pas les mérites ni les qualités nécessaires. C'était à celui-ci ou celui-là qu'il fallait songer.
L'évéque, dans l'exercice de son droit et de ses pouvoirs, use à l'égard d'un de ses prêtres d'un peu de rigueur. On prend fait et cause pour l'inculpé et le disgracié. On ne s'avise pas de penser qu'il y a sans doute des motifs graves qui expliquent la chose, des motifs secrets inconnus de la galerie et qu'il est bon qu'elle ignore. On proteste contre la décision prise, ex informata conscientia. On vante et on réclame les tribunaux ecclésiastiques, les officialités , comme si le plus souvent ce n'était pas un avantage de premier ordre que tout se passe entre le délinquant et le chef du diocèse, sans étalage de la cause devant le public.
Et, chaque fois, l'autorité sort blessée de ces conversations, suspectée, amoindrie, dépouillée de son prestige. La contagion fait son chemin. De ce foyer où elle s'est produite aujourd'hui elle s'étendra à un autre, un autre jour. De proche en proche elle ira loin. Elle ira partout.
Messieurs et chers confrères , il y aurait pour-
tant un moyen bien simple de couper court à ce mal, d'enrayer ce fléau. Il suffirait une bonne fois de tenir pour certain que Tévéque a une conscience, qu'il la consulte, qu'il l'écoute avant de parler et d'agir, qu'il s'entoure des avis de ceux qui portent avec lui la responsabilité de l'administration; que plus d'une des déterminations auxquelles il s'arrête lui a coûté de longues et peut-être douloureuses réflexions; qu'il a prié pour que Dieu l'éclairât de ses lumières; d'un seul mot, qu'il s'est conduit en évêque soucieux de remplir son devoir.
Il y en aurait un autre. Ce serait de comprendre que, sans parler des insubordinations et rébellions proprement dites . lesquelles Dieu merci sont rares , cette disposition continuelle chez un prêtre à la suspicion . à la critique , au dénigrement plus ou moins voilé envers son évêque, est, en soi, chose très répréhensible et qui charg-e l'âme d'un poids très lourd. Entendez saint Paul: Ohedite prsepositis vestris etsubjacete eis. C'est la loi générale. Et pourquoi rA23Ôtre en demande-t-il l'observation consciencieuse? Entendez encore : Ipsi enim pervigilant quasi rationem reddituri pro animahus vestris, ut cum gaudio hoc faciant et non genientes. Hoc enim non expedit vohisK
* Hebr. xiii. 17.
LES CONVERSATIONS i3S
Conversations qui pèchent contre la charité. — Il est difficile que les conversations tenues contre l'autorité ne violent pas aussi la charité. Ce n'est point, en effet, de l'autorité in abstracto que nous parlons, mais de l'autorité in concreto, résidant en un sujet visible et tangible, en une personne comme nous, notre prochain, notre évèque. Quand nous nous plaignons de ce qu'il dit et de ce qu'il fait, quand nous suspectons ses intentions, sa prudence ou son discernement, quand nous le blâmons et l'accusons, il est clair que nous manquons, à son égard, tout à la fois de respect et de charité. Nous nous rendons coupables de calomnie si nous lui prêtons des torts qu'il n'a pas, ou de médisance si nous relevons, en les exagérant, des fautes ou des défauts dont la fragilité humaine reste toujours passible en ce monde. Médisance ou calomnie, c'est le péché contre la charité.
Par ce mot toutefois j'entends ici autre chose que les conséquences des propos irrespectueux envers l'autorité. Je songe aux trop fréquentes circonstances où nous nous permettons, entre nous, de tenir tantôt de l'un de nous, tantôt de quelqu'un de nos paroissiens un langage accusateur.
A des degrés divers , quelle multiplicité d'abord d'infractions de nos devoirs de vraie et surnaturelle confraternité!
Nous sommes prompts aux interprétations méchantes et injustes de la plupart des entreprises ou des actes de nos collègues. Celui-ci a du zèle; il se dépense sans repos ni trêve à toute sorte de tentatives pour le bien de la paroisse ; il réussit à faire ce que nous ne faisons pas. Nous l'accusons de désir de paraître et d'ambition. Celui-là obtient dans le ministère de la prédication de grands succès. Nous l'accusons de vanité. Cet autre, jeune encore, honoré de la confiance de l'administration diocésaine , est appelé à une situation importante. Nous ne nous gênons pas pour dire qu'il s'est poussé par des moyens suspects, qu'il a acheté au prix de certaines assiduités et de certaines complaisances la faveur dont il est l'objet. Cet autre ne réussit pas ; ses desseins et ses initiatives se retournent contre lui. Au lieu de nous représenter qu'il est à plaindre, quil pleure peut-être en secret, au lieu de lui réserver notre meilleure et plus délicate compassion, nous ne manquons pas de critiquer son imprudence et de prétendre que les difficultés et peines où il se trouve, il les a évidemment méritées. Cet autre a eu le malheur, le très grand malheur de trahir ses obligations les plus sacrées et de donner, au point de vue des mœurs, un douloureux scandale. Nous affectons de dire que la chose ne nous surprend pas ; nous nous
montrons renseignes sur tels et tels symptômes qui pouvaient et devaient la faire prévoir ; nous nous portons pieusement caution des sévérités de la Providence, qui punit, à son heure, ceux qui négligent de suivre leur règlement ou qui se complaisent dans leurs œuvres. Oh ! que de tristes imitateurs , parmi nous , du Lévite et du Prêtre de l'Evangile, en face des blessés de la route, de nos blessés de famille ; il faudra qu'un Samaritain passe, c'est-à-dire quelque étranger au sacerdoce, quelque laïque, quelque âme vraiment émue de cette catastrophe, et verse sur l'infortuné l'huile et le vin de sa miséricordieuse pitié. Nous, en confidents, en justiciers de Dieu que nous prétendons être, nous dissertons, nous censurons, peut-être nous applaudissons!
Accusator fratrum. Ainsi, à tout propos, alimentons-nous nos conversations d'offenses flagrantes à la charité. Il serait déjà désolant que, dans le secret de notre conscience, nous eussions à l'égard de nos frères ces facilités de suspicion et de dénigrement ; mais qui ne sait qu'à les produire au dehors, à les répandre autour de nous par nos paroles, nous aggravons singulièrement nos torts ? Parmi les confrères à qui nous nous adressons et qui nous entendent, il en est certainement que nous initions à nos préventions personnelles. Sans nous, ils ne se seraient jamais avisés de suspecter celui ou ceux que nous incriminions. A cause de nous et de nos dires, les voilà en éveil , autorisés à penser comme
nous , et prêts à retirer une estime que jusqu'à ce jour ils ne songeaient nullement à marchander.
Accusateurs de nos collègues... accusateurs aussi de nos paroissiens dans nos rencontres et nos réunions soi-disant bienfaisantes pour nous, et édifiantes pour le public.
Certes, je n'ignore pas que la mesure est comble quelquefois, même souvent, de nos souffrances dans l'exercice de nos fonctions et de notre ministère. Nous nous heurtons à tant d'oppositions, de tracasseries, de procédés inqualifiables qui suscitent contre nos efforts tant d'obstacles I Il est naturel que nous éprouvions, au milieu de nos frères, le besoin de nous ouvrir de nos tristesses habituellement solitaires et rendues par là même plus dures. Mais prenons garde de ne pas dépasser la mesure permise, et, sous couleur de légitime confidence de nos peines . n'allons pas dresser un réquisitoire en règle contre ceux de qui nous nous croyons en droit de nous plaindre. Ce qui à la table ou dans les chambres des presbytères se dit de tel ou tel personnage de la commune voisine , du canton . du chef -lieu, est vraiment inimaginable. Après la conduite publique, c'est la conduite privée et domestique qui est mise à nu. Plus de réserve ni de retenue dans la médisance. Quant aux termes employés, ce n'est plus de la vigueur, c'est de la rigueur portée jusqu'à la violence extrême. A quoi bon ces explosions d'amertume, de rancune et d'animosité? En quoi rentrent-
elles dans l'exposé que nous entendons faire de notre situation? En quoi peuvent- elles se justifier? Lorsque nous aurons provoqué autour de nous l'irritation dont nous avons l'cime pleine, serons-nous plus avancés? Et si quelque chose revient à ceux que nous aurons ainsi pris à partie, — ce qui est toujours possible, môme inévitable, — ne sentons-nous pas que nous serons responsables des conséquences, c'està-dire d'un surcroit d'antipathie de leur part, d'un désir et d'un besoin de se poser en adversaires irréconciliables non seulement de notre personne , mais du christianisme qu'officiellement nous représentons ?
Messieurs et vénérés confrères, dans ces tableaux de conversations ecclésiastiques je n'avance rien de fantaisiste ni d'exagéré. Je n'invente pas ; je me souviens. Soyez sincères. Plus d'une fois, ce que je dis, vous l'avez entendu; ce que je raconte, vous l'avez vu. Les observations que j'ai faites et que j'utilise, vous les avez faites vous-mêmes. A ma place, si vous prêchiez la Retraite pastorale , si vous donniez la conférence, vous feriez preuve d'une expérience de ces abus plus documentée encore que la mienne.
Je voudrais pouvoir être certain que vous en avez souffert I
Conversations qui pèchent contre la discrétion professionnelle. — Passons à d'autres desiderata de notre langage dans nos réunions familières. Sans nulle acrimonie , qui serait tout à fait déplacée sur mes lèvres, et vous me rendrez le témoignage que je m'en abstiens scrupuleusement, formulons d'autres srriefs.
Nous professons pour saint Jean de Népomucène, le martyr du secret sacramentel de la confession, une admiration sans bornes. Nous sommes très convaincus de l'obligation rigoureuse qui s'impose à nous de ne jamais rien trahir des confidences qui nous sont faites au saint tribunal. Nous aimerions mieux subir les pires dommages , même la prison , même la mort, que de manquer ouvertement sur ce point à notre devoir. Or, malgré ces dispositions dont l'absolue sincérité ne saurait être mise en doute, il nous arrive quelquefois de manquer de discrétion et de prudence. Et voici comment. Nous nous racontons les uns aux autres , sous prétexte de faire de la casuistique , les difficultés que nous avons pu rencontrer dans notre ministère. Assurément nous prenons nos précautions ou nous croyons les prendre. La chose va de soi, nous
ne nommons personne. Nous usons de tous les pseudonymes nécessaires. Mais certains détails de temps , de lieux , de circonstances , risquent malgTé nous d'éveiller Fattention et la perspicacité de l'un ou de l'autre de ceux qui nous entendent. C'est à table souvent que nous parlons de la sorte. Nous oublions qu'il y a là un personnage en apparence inoffensif, la servante, — puisqu'il faut l'appeler par son nom, — qui va et vient, s'acquitte de la besogne, semble parfaitement indifférente à ce qui se dit, et pourtant n'en perd pas une syllabe. Après coup, elle retrouvera dans sa mémoire fidèle , trop fidèle , tout ce qu'elle aura entendu. Un indice aidant l'autre , elle s'aventure à des suppositions d'abord hésitantes et timides , puis plus accentuées , puis décisives à ses yeux. Si elle se trompe, voilà une ou plusieurs victimes de ses conjectures fausses... Et si elle ne se trompe pas?
Mes jeunes confrères, messieurs les vicaires, me permettront de remarquer ici que ce sont eux surtout qui sont exposés au danger que je signale. Je ne sais quelle envie de faire preuve d'expérience précoce, envie aussi déplacée que malsaine , les porte à causer volontiers entre eux de ce sujet plus que réservé. N'exagérons rien. Je ne prétends pas que ce soit là une habitude , ni même un abus fréquent. Mais la chose existe. Je le répète, j'utilise des souvenirs... « Groiriezvous, dira l'un, qu'il m'a fallu résoudre tel cas de conscience ? » Et le cas de conscience , sous le
couvert des précautions dont nous parlions tout à l'heure , est étalé minutieusement. « Ce n'est que cela î répond un autre. Bagatelle ! je me suis vu bien plus embarrassé par un cas bien plus grave. » A son tour, il raconte , il expose, il disserte avec toute l'abondance voulue des détails. Quand il a fini, un troisième commence. « Vous n'êtes que des enfants, que des ingénus, s'écriet-il, d'attacher tant d'importance à ces riens. Ecoutez ce qui m'est arrivé à moi. » Et le voilà qui , lui aussi , entreprend le récit de quelque fâcheuse histoire.
Imprudence , très répréhensible imprudence , que cette loquacité autour des choses de la Confession, quelque soin que l'on croie mettre à la rendre impénétrable. Il peut toujours se rencontrer un détail ou l'autre qui serve de point de repère et provoque, sinon une certitude, du moins une vraisemblance de découverte.
Laissez-moi, à ce sujet, messieurs, vous conter une anecdote que l'on affirme être des plus véridiques. Peut-être quelques-uns d'entre vous la connaissent-ils déjà. Je ne la tiens pas de première main , ni ne prétends vous en offrir la primeur. Telle qu'elle est, pour ceux qui n'en auraient jamais rien entendu dire, la voici :
Un prêtre avait passé les premières années de sa jeunesse sacerdotale dans une des plus grandes villes du Midi. Des revers et des exigences de famille l'avaient obligé de changer de diocèse ; il s'était fait incorporer à un diocèse du Nord.
Il exerçait avec zèle et succès le saint ministère à... Un jour, ayant accepté une invitation à dîner chez un de ses paroissiens, au sortir de table, au salon, je ne sais comment, la conversation vint à tomber entre le maître et la maîtresse de maison, quelques autres convives et lui, sur les difficultés délicates qu'un prêtre tout jeune, à ses premiers débuts de confesseur, doit rencontrer au saint tribunal.
(( Oh oui ! certes, dit-il, il en rencontre ! Je n'oublierai jamais, pour ma part, que la première confidence que j'ai dû recevoir m'a bouleversé. »
A ce moment précis, le domestique annonce Madame X***.
Madame est introduite , et les politesses échangées avec les personnes qui se trouvaient là, tout d'un coup elle aperçoit M. l'abbé ; elle s'avance gracieusement vers lui.
€ Gomment , monsieur l'abbé , vous êtes ici ? Quelle joie inespérée de vous retrouver et de vous revoir ! »
L'abbé, quelque peu interloqué, s'en tire comme il peut et cherche à se dérober.
La dame :
(( Mais vous ne me reconnaissez donc plus, monsieur l'abbé ? Il est A^rai qu'il s'est écoulé bien du temps depuis que nous habitions la môme ville du Midi. »
L'abbé :
(( Excusez -moi, madame, s'il y a quelque hésitation dans mes souvenirs. }>
La dame :
(( Gela s'explique, après plus de vingt ans ; mais tenez, je vais vous aider à vous rappeler qui je suis : c'est moi qui me suis adressée la première à vous quand, au lendemain de votre ordination, nommé vicaire à la paroisse de..., vous avez pris possession de votre confessionnal. »
Coup de théâtre ! Confusion de l'abbé, embarras de toute l'assistance. Vite on parle d'autre chose ; mais le mal était fait. Une imprudence qui vraiment ne semblait mériter aucun blâme , tant elle paraissait anodine, en était cause.
De la discrétion donc, messieurs, jusqu'au silence absolu, jusqu'au mutisme. De la discrétion entre vous, à plus forte raison avec les gens du monde, fussent-ils vos plus intimes amis ; de la discrétion , en première ligne , avec la servante du presbytère , non plus seulement les jours de conférence et de réunion, ce que nous avons rappelé tout à l'heure , mais habituellement, dans la vie quotidienne et la commensalité. Ne m'accusez pas de pousser trop loin mes recommandations, ne dites pas que pour le coup je les rends blessantes. Que voulez-vous 1 je vous mets en garde contre des surprises possibles, toujours possibles et plus d'une fois réelles. La servante de M. le curé , à la campagne surtout, dans le tête-à-téte et la familiarité de chaque jour, oublie souvent le memor esto conditionis tuse. 11 ne lui déplaît pas de s'ingérer aux choses qui la regardent le moins.
LES CONVERSATIONS 14b
Elle sait à quoi s'en tenir sur le fort et le faible de chacun des paroissiens, particulièrement de chacune des paroissiennes , plus particulièrement encore de celles qui fréquentent l'église et le confessionnal. Elle connaît leurs travers, leurs défauts, les jugements que le public porte sur elles, les commérages qui circulent sur leur compte. Elle ne craint pas d'instruire leur procès devant son maître. Elle va jusqu'à se permettre de lui suggérer ce qu'il devra leur dire. C'est pour le plus grand bien de la paroisse : n'a-t-elle pas un peu charge d'âmes? Si M. le curé ne se montre pas intraitable, s'il ne coupe pas court à ces hardiesses et ces inconvenances, s'il écoute les dires de cette Egérie dévote , mille fois plus curieuse que dévote , la discrétion sainte et sacrée de son ministère court grand risque d'être compromise , et, par là même , le prestige de sa propre autorité. Quand il s'apercevra de ce malheur, — car c'en est un, — il ne sera peut-être plus temps de le réparer.
Conversations qui pèchent contre le respect
mutuel. — J'entends par là, messieurs, signaler
d'abord à votre attention certains excès de
familiarité, de camaraderie où il vous arrive
quelquefois de vous laisser entraîner dans vos rencontres des presbytères. Que vos réunions soient empreintes de cordialité et d'abandon . que vous vous y traitiez les uns les autres sur le ton d'une égalité affectueuse, vous dédommageant ainsi des réserves qui s'imposent à vous devant les gens du monde et de l'austérité de votre solitude accoutumée, rien de plus légitime. C'est pour cela précisément que vous vous réunissez. Quam honum et quain jucundum hahitare fratres in unum. Mais de là à vous permettre je ne sais quelle désinvolture, j'allais dire quel déshabillé de langage les uns à l'égard des autres ; de là à vous interpeller par des surnoms plus ou moins attiques; de là à vous conduire comme si vous étiez encore sur les bancs ou dans les cours de récréation des petits séminaires, il y a loin. Songez donc que vous êtes prêtres , tous prêtres , investis d'une dignité de beaucoup supérieure à la dignité des plus grands personnages humains ; qu'il plane , bon gré mal gré, sur votre réunion une majesté surnaturelle ; songez que vous réapparaîtrez tout à l'heure devant les fidèles de votre église pour exercer le saint ministère, confesser, prêcher, catéchiser; songez que demain matin vous monterez à l'autel et célébrerez la messe 1 On ne vous demande pas au nom de ce caractère, de ces titres et de ces fonctions, de prendre des attitudes hiératiques. Rien de gêné ni de gênant, rien de posé, rien de guindé, c'est entendu; mais de grâce,
jamais non plus rien qui sente la vulgarité de parti pris et la trivialité.
Une autre violation du respect mutuel consiste en ceci : Parmi les convives de la réunion, il s'en trouve souvent, — j'allais dire toujours, je ne le dis pas, — qui ont la manie de prendre à partie l'un ou l'autre de leurs confrères, de s'égayer et de faire rire à ses dépens. Un mot spirituel, une anecdote plaisante, en passant, soit. Mais une sorte d'insistance systématique, mais le persiflage et la raillerie à jet continu, aujourd'hui comme hier, demain comme aujourd'hui, et cela contre le même collègue, qui n'ayant pour la réplique ni présence d'esprit suffisante ni faconde, devient un souffre -douleur, non, manifestement non. Personne n'aime à servir de cible. Personne n'a de goût pour le rôle de tête de Turc. Oh! je sais bien qu'avant de partir le plaisantin cherchera à mettre, par quelques bonnes paroles, du baume sur la blessure. Il n'est pas démontré qu'il y réussisse. Le pauvre collègue , victime de sa verve , qui aura une demi-heure , une heure durant , fait les frais de la gaieté de la table, n'est pas gai, ni disposé à l'être. Rentré dans sa demeure silencieuse, il continue de s'en souvenir. La solitude accentue sa peine et l'attise. Il est triste. Qui sait? peut-être il pleure. Décidément la journée a été mauvaise pour lui. Il espérait faire provision de courage; il revient plus las et plus abattu. Ne devrait- il pas désormais s'abstenir d'accepter
des invitations d'où il ne rapporte que des humiliations mêlées d'amertume? Pendant ce temps, l'autre, le parleur, le diseur abondant et caustique, celui qui a provoqué les éclats de rire, récite son bréviaire au milieu de distractions plus fréquentes que de coutume. Se reprocheraitil d'avoir alfligé son confrère? Pas le moins du monde. Il pense qu'on a dû trouver qu'il a beaucoup d'esprit.
Ce travers d'user et d'abuser de la parole aux dépens d'autrui , qui peut porter une si grave atteinte au respect que des prêtres se doivent , se révèle sous une autre forme. Cette fois, l'inconvénient est moindre parce qu'il n'y a pas transgression proprement dite de la charité. Malgré quoi l'inconvénient existe , désagréable , lassant, gênant, il mérite d'être signalé.
Certains confrères accaparent pour eux dans les réunions traditionnelles toute la conversation. Ils ont plus d'instruction et d'érudition que les autres, plus de lecture, ils s'expriment avec plus d'aisance, ils s'érigent volontiers en maîtres qu'on doit être fort heureux et fort honoré d'entendre. De quelque sujet qu'il s'agisse, leur compétence est prête. Choses du jour, nouvelles politiques ou religieuses , théologie , histoire , littérature , sciences , voyages , ils sont au courant de tout, ils parlent de tout. Il semblerait de bon goût et de bon ton qu'après avoir tenu quelques moments le haut du pavé , ils cédassent leur tour. Ils ne le cèdent pas ; c'est toujours à
eux de pérorer. Si quelqu'un des invités s'avise d'introduire ici ou là une remarque , s'il oppose son opinion à l'opinion du brillant causeur, s'il se permet de le contredire, il faut voir de quel air celui-ci accueille l'interruption. Il ne le dit pas en propres termes , mais il laisse suffisamment entendre que l'interrupteur, à ses yeux, n'est qu'un ignorant, un minus hahens de qui les appréciations ne comptent pas. Je me rappelle . comme si c'était hier qu'elle se fût passée , la scène suivante : Huit ou dix confrères sont à table. Le Pic de la Mirandole de circonstance parle, parle, parle. Un des assistants aventure une observation, d'ailleurs courtoise et respectueuse. Pour toute réponse, il s'entend dire :
(( Tais -toi donc, mon pauvre ami; tu ne sais rien de rien. Il y a longtemps que ta réputation est faite et qu'on t'a mesuré à ton aune. »
Il fallut que le maître de la maison intervînt pour relever cette grossièreté, et du coup ce fut pour tout le monde un malaise prolongé, c'est-à-dire le rebours de la cordialité reposante qu'on était venu chercher et qu'on avait droit d'attendre.
Et lorsque, au lieu d'un seul qui monopolise ainsi le discours , la conversation prend la tournure et les allures d'une discussion générale engagée à fond de train! cela aussi se voit en conférence. Tous parlent à la fois. C'est un pugilat de langage entre-croisé et bruyant. On s'anime, on s'échauffe, on fait assaut de provocations et
de ripostes, quelquefois sur des questions de vingtième ordre. Ce ne sont plus des prêtres qui échangent des vues, des idées, des sentiments. Ce sont des tribuns qui cherchent à faire prévaloir à tout prix leurs jugements personnels , et ne sont pas loin de dédaigner quiconque a la prétention de s'en affranchir. Le respect mutuel en souffre. Tout ce bruit l'effarouche et le fait fuir. Sine disciplina qusestiones devita, sciens quia générant litesK Quelle sage recommandation de saint Paul à Timothée ! Ne serait -il pas opportun de l'inscrire en lettres d'or dans les salles à manger des presbytères ?
J'ai, au sujet des conversations, un dernier grief, ou plutôt une dernière remarque à produire.
J'ai vu, non j^lus les jours de réunions et de conférences , mais en temps ordinaire , à la table oii sont assis en famille M. le curé et son vicaire ou bien ses vicaires, j'ai vu ceci : M. le curé est âgé, M. l'abbé est jeune, très jeune. Il sort du grand séminaire. Il débute dans son ministère paroissial. Il le prend, à chaque instant, avec l'ancien du sanctuaire sur le ton d'une assurance et d'une quasi arrogance insupportable. Songez donc ! il est frais émoulu de ses études de tout genre. Il a figuré sur les palmarès d'humanités, de rhétorique et de philosophie. Il a soutenu des thèses publiques en théologie. Il est fort, il est
1 II Timoth. II, 23.
très fort en littérature, en sciences exactes, en dogme, en morale, en droit canon, en liturgie. Oh! la liturgie surtout, il y excelle. Que lui manque- 1 -il pour avoir le droit de parler beaucoup et d'humilier de l'éclat de son savoir le pauvre vétéran de la prêtrise moins initié que lui à toute l'érudition dont il se vante ?
Eh quoi! mon cher jeune confrère, vous ne sentez donc pas l'absolue inconvenance d'une semblable façon d'être et d'agir ? Il ne vous vient donc pas à Fesprit, vous qui vous flattez d'avoir tant d'esprit, que vous péchez gravement contre le devoir le plus élémentaire du respect? Quand il serait avéré, — ce qui ne l'est pas, — que vous êtes un prodige de connaissances précoces ; quand il serait démontré , — ce qui ne l'est pas, — que votre excellent curé n'est pas aussi instruit que vous , ne voyez-vous pas toute la distance qui vous sépare de lui ? A défaut d'autres avantages sur vous , il a du moins celui de l'âge, de l'expérience acquise; des longs services rendus à la cause sacrée de Jésus -Christ et de l'Eglise; des généreux dévouements aux âmes modestement accumulés depuis trente ans, quarante ans, peut-être plus; de l'estime et de la vénération publique qui lui font une couronne plus belle que sa couronne de cheveux blancs ? Vous traitez avec lui d'égal à égal, — souvent ce n'est pas assez dire, — Dieu et les hommes le mettent au-dessus de vous. Il vous domine de toute la supériorité de son passé de travaux et
de vertus. Entendez et comprenez cet avertissement de l'Esprit -Saint : Adolescens loque rc in causa tua vix... In medio magnatorum non prsesumas, et uhi sunt senes non inultum loquaris\ Et maintenant, monsieur le curé, pour me montrer pleinement juste et impartial, laissez-moivous dire que j'ai quelquefois surpris sur vos lèvres, devant M. votre vicaire, un lan^^ng-equi m'a peiné. Sous prétexte de le former plus vite aux réalités de la vie, de le défendre contre les illusions, vous découragiez son zèle . son élan , son enthousiasme, même sa piété et sa fidélité à en suivre les prescriptions réglementaires. Vous sembliez insinuer que toute cette ardeur aux choses du ministère, que toute cette ferveur aux choses de l'âme , était quelque peu excessive , qu'il en faudrait rabattre un jour ou l'autre , et que mieux valait commencer tout de suite. Vous ne vous gêniez pas assez non plus quand vous parliez de quelques-unes de vos déceptions personnelles, de quelques-uns de vos mécontentements contre vos confrères ou contre l'Administration diocésaine. Vous laissiez passer et percer dans vos confidences je ne sais quelle amertume communicative, d'autant plus fâcheuse et regrettable qu'elle pénétrait davantage. De grâce, surveillezvous. Dieu met auprès de vous cette vie sacerdotale qui s'ouvre à peine , pour que vous la formiez, avec respect, de vos mains et de votre
^ Eccles. XXXII, 9.
cœur de père. Guidez -la, préservez -la, façonnezla de votre expérience , de vos conseils , de vos exemples. Ne la désenchantez jamais. Le mot classique n'est pas vrai seulement pour les petits enfants. Il l'est pour d'autres. Il l'est pour les jeunes prêtres : Maxima debctur rcverentia.
Conversations qui pèchent contre les convenances. — J'insisterai peu sur ce dernier point. Je croirais vous faire injure, messieurs, si je ne me contentais pas de quelques brèves indications. Les convenances, en latin c/uod decet, en grec To TToéTîov, sont cette mesure de bon goût qui, même dans les abandons de la conversation familière , s'impose aux gens qui se respectent , et donc au prêtre autant et plus qu'à personne. Or, les prêtres, dans l'intimité de leurs réunions, parfois l'oublient. Ils se permettent, — et c'est par où je commence d'élever une protestation sérieuse , — ils se permettent des propos graveleux ; ils usent d'expressions à double sens et grossièrement plaisantes ; ils content des histoires légères ; ils chantent des couplets libres ; ils cachent sous leurs paroles des allusions suspectes. Ce qu'ils n'oseraient pas dire au milieu de laïques bien élevés, ils le disent entre eux.
C'est entre nous ! la chose ne tire pas à conséquence. Pardonnez-moi. je prétends le contraire. La chose me paraît être très fâcheuse. Je veux bien qu'elle ne comporte aucun danger pour l'honnêteté et la conscience , mais elle blesse les délicates exigences du respect mutuel. Rabelais est de trop ici. Il n'est pas bon que des lèvres sacerdotales prononcent, que des oreilles sacerdotales entendent ce qui serait déplacé même parmi des gens du monde. Une chambre de presbytère ne doit rien avoir de commun avec un corps de garde.
Je proteste ensuite contre l'emploi de certains termes de bas étage qui sentent l'argot de la rue pour désigner les fonctions les plus relevées et les plus saintes du ministère. Où donc ai-je entendu des confrères se servir couramment de cette expression : la boîte , pour indiquer le confessionnal? de cette autre : le henon, pour indiquer la chaire ? de cette autre : piquer le Deus in acljutorium^ pour indiquer l'intonation des vêpres ? de cette autre : cultiver la dévote ^ pour indiquer l'assiduité à recevoir les personnes pieuses au tribunal de la Pénitence? de cette autre : brouetter la parole de Dieu^ pour indiquer les travaux apostoliques des prédicateurs?... Assez, n'est-ce pas? Ces exemples peuvent suffire. Vous conviendrez aisément, messieurs, que l'aménité de vos rencontres et de vos délassements légitimes n'a rien avoir avec ces travestissements du langage, et que ce genre de sel et d'esprit est indigne de vous.
J'aime peu encore que des confrères, — je l'ai dit tout à l'heure, je le répète, — se désignent les uns les autres par des surnoms et des sobriquets. Ces appellations peuvent être blessantes si elles prêtent au ridicule, et souvent elles s'y prêtent. Elles peuvent sortir du groupe réservé où elles circulent et se répandre dans le public, et l'inconvénient s'accentue. Ce sont là des habitudes d'écoliers sur les bancs, que nous devons nous interdire.
Pour élever une dernière réclamation, que vous ne trouverez ni déplacée ni excessive, — j'ai dit : une réclamation... non, c'est l'expression d'une tristesse que je veux dire, — d'où vient, messieurs, que nos conversations entre ecclésiastiques sont le plus souvent ternes, banales, vulgaires, faut -il ajouter humiliantes, pour le prestige de notre situation dans le monde ? Permettez-moi encore un souvenir personnel tout récent. C'est par là que je termine. J'étais en chemin de fer ces jours derniers, en seconde. Dans le compartiment où je me trouvais, deux messieurs, jeunes encore, causaient de ce que venait de faire un industriel du Nord pour l'amélioration matérielle et morale des conditions de vie de ses ouvriers. Ces deux messieurs, protestants l'un et l'autre, échangeaient sur cette grande question ouvrière des idées généreuses et les plus nobles sentiments. A l'une des stations deux ecclésiastiques montent, l'un d'un teint coloré jusqu'au vif, l'autre pâle et quelque
1o6 LE PRETRE
peu souffrant. Venaient-ils d'une conférence?... Je l'ignore; mais ils avaient le verbe haut. Ils parlaient bruyamment . si bruyamment que les premiers voyageurs , incommodés sans doute , finirent par se taire. Or. de quoi s'entretenaient ainsi les nouveaux venus ? de la récolte des vins, de la qualité des récoltes précédentes comparées à la dernière, du rendement de leur petit lopin de vigne, des provisions qu'ils avaient en cave, de la supériorité des crus de telle région sur les crus de telle autre. Deux gares plus loin, Tun des deux camarades descend.
€ Eh bien î adieu, mon vieux, lui dit celui qui reste. Viens donc me voir un de ces jours, nous déboucherons une bonne bouteille ! ... »
Que pensez- vous du contraste, chers confrères ?
Je ne veux pas rester ni vous laisser sous l'impression moitié plaisante, moitié sérieuse de la petite scène que je viens de vous raconter. Résumons -nous. Nos conversations sont loin d'être, fort souvent, ce qu'elles pourraient et ce qu'elles devraient être. Nous aurons l'occasion de dire comment, si nous le voulions bien, nous viendrions à bout de les modifier, de leur donner une autre allure , de leur imprimer un autre caractère. Nous nous sommes bornés aujourd'hui à en marquer les lacunes et les desidei^ata.. Quand nous tiendrons pour démontré et certain qu'en effet nous devons surveiller nos habitudes de langage , pour en bannir les défauts et les
abus dont nous venons de convenir ensemble, ce sera déjà beaucoup.
Prenons pour nous la recommandation de saint Paul à son disciple Tite : Verhum sanum, irreprcliensibilc , ut is qui ex advcrso est, vereatur, niliil habens malum clicei^e de nobisK
! Tit. II, 8.