‹ Le pretreChapitre 8 sur 19 · III · texte numérisé non relu

III

qui, sans réussir à les écarter complètement, cependant en atténuent la violence et finissent par leur substituer une possession de soi suffisante ?

Pourquoi trouverions-nous puéril dV recourir? J'ai connu, je connais encore des prêtres éminents, de haute intelligence et de grand savoir, qui, pour se prémunir contre les entraînements et les divagations dont nous parlons, s'astreignent , dans leur visite au saint Sacrement , à une méthode mnémotechnique, épuisant une série de considérations dont chacune est représentée par une lettre d'un mot qu'ils ont choisi. Voulez -vous que je vous fasse connaître le mot que l'un d'eux, tout récemment encore, m'avouait être son mot de /3a55c? Promettez-moi de ne pas sourire. Recevez ma petite confidence avec la simplicité que j'apporte à vous la faire. Ne dites pas que je m'oublie devant vous et que je vous prends pour des congréganistes et de pieuses enfants de Marie. N'ayez peur. Eussiez-vous, du premier au dernier, des rubans bleus et des médailles, vous défieriez absolument toute méprise. Eh bien, le mot en question, c'est : ARDOR.

€ Aussitôt à genoux, me disait mon confrère, après un bon Veni sancte Spiritus et la courte prière des disciples Domine^ adaucje nobis fidcni '^ je me mets à égrener mon chapelet de cinq lettres.

1 S. Luc. xvii, 5.

(ixV... L'adoration. Je commencepar là. J'essaie de produire un acte de foi profond , intense , au miracle de la présence réelle. Je me représente que l'Eucharistie, nettement formulée dans les Evangiles, intrépidement enseignée par l'Eglise, n'est rien autre que le sacrifice même du Calvaire perpétué à travers le temps, multiplié à travers l'espace, en d'autres termes, l'extension de l'Incarnation et de la Rédemption, la forme nouvelle, destinée à durer autant que l'humanité , du sacerdoce de Jésus -Christ, identique sous le voile du sacrement, à son sacerdoce historique de trente-trois années, il y a vingt siècles, et à son sacerdoce éternel du Ciel. Le sacerdoce de Jésus- Christ me rappelle mon propre sacerdoce, émanation et écoulement du sien. Je salue, je vénère, je bénis en moi ma vocation et ma dignité de prêtre, dont la caractéristique essentielle est de me conférer le pouvoir de produire l'Eucharistie, et qui m'établit par là même, sans contestation possible, au sommet de la destinée.

(( R... La réparation. Une amende honorable pour tous les refus de croire au don par excellence, depuis les origines jusqu'à ce jour, depuis le durus est hic sermo et quis potest eum audire^ des Juifs de la première heure jusqu'aux négations contemporaines, en passant par les révoltes en masse de l'hérésie au xvi*^ siècle. Une amende honorable ensuite pour l'infinie multiplicité des

1 S. Joann. vi, Cl.

contradictions entre la foi et les actes chez les croyants de partout, de toujours. Une amende honorable encore pour les torts quels qu'ils soient de mes paroissiens, pour les torts de mes frères dans le sacerdoce, pour mes torts personnels à partir de mon ordination et de ma première messe.

(( D. . . La demande. En union avec Jésus-Christ, qui continue sur l'autel son beau ministère d'intercession , je demande d'abord l'avènement du règne de Dieu dans le monde, adveniat regnum tuum. Trois cents millions de bouddhistes, deux cents millions de sectateurs de Confucius, de Kung-fU'tsé , comme disent les érudits; deux cent millions de musulmans, cent millions d'idolâtres. Quels chiffres douloureux, après vingt siècles de christianisme ! Combien de temps encore d'aussi colossales fractions de la famille humaine resteront-elles donc déshéritées de la vérité de l'Évangile? Et parmi les nations chrétiennes, où sera le remède contre le schisme et l'hérésie, qui, en se séparant de l'Eglise catholique, ont mutilé la plénitude et faussé la sécurité des révélations de l'Evangile ? Puis la demande pour les dissidents en théorie ou en actes du groupe paroissial, pour chacun de ceux qu'en ma qualité de pasteur du troupeau je connais personnellement, de l'indifférence ou de l'hostilité desquels je gémis. La demande enfin pour moi-même, pour mes souffrances, mes lassitudes, mes découragements dans l'accomplis-

sèment quotidien de la tâche difficile et plus que jamais austère qui m'est confiée.

« 0... L'oblation. L'oblation renouvelée et sincère, chaque fois plus généreuse, de tout ce que je suis, mêlée à l'immolation permanente de Celui qui, par son sacrifice et par sa croix, en principe, a sauvé le monde, per sanctam crucem tiiam redemisti mundum, de celui de qui il a été dit que l'oflrande qu'il faisait de lui-même à la justice de son Père avait le mérite incessant d'une pleine et parfaite spontanéité. Oblatus est quia ipse voluit. Je m'encourage et je me console à penser que ce don silencieux de ma vie est vraisemblablement le meilleur de mon zèle et de mon apostolat, et qu'un jour j'en connaîtrai la fécondité.

« R... Pour conclure, les résolutions. Je m'applique à tirer de mes considérations spéculatives quelques applications pratiques, immédiatement pratiques, portant sur l'insuffisance et les négligences les plus habituelles de ma vie intérieure.

« Et les vingt minutes, ajoutait mon confrère, ne m'ont point paru être longues. Le plus souvent même il ne m'a pas été nécessaire, pour les remplir, d'épuiser la série entière des cinq lettres et des réflexions qui se réfèrent à chacune d'elles. L'une ou l'autre de ces considérations suggestives a suffi pour me maintenir dans le recueillement. Encore une fois, je me trouve fort bien de ma méthode. Dans vos retraites

pastorales , n'estimez pas indigne de votre auditoire de lui en dire quelque chose. ï)

C'est ce que je viens de faire, messieurs. Je ne réclame plus votre indulgence. Je ne vous offre plus d'excuses. Je sens que vous m'approuvez.

Excellente pour la visite au saint Sacrement, cette méthode, vous le devinez, n'est pas moins bonne pour l'action de grâces. Essayez. Si vous ne réussissez pas à vous accommoder de celle-là, vous en découvrirez bien quelque autre de votre goût. L'important, c'est d'en avoir une *.

1 Nous nous donnons le plaisir d'insérer ici quatre prières liturgiques bien connues, échos de celles de Toffice de saint Thomas, qu'il peut être particulièrement avantageux de réciter et de méditer au pied du saint Sacrement.

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