‹ Le prieuré conventuel de Chamalières-sur-Loire [microform] ordre de Saint-Benoit, observance de Cluny, dépendant de l'Abbaye du Monastier-Saint-ChaffreChapitre 12 sur 132 · EGLISE DE CHAM ALTÈRES · texte numérisé non relu

EGLISE DE CHAM ALTÈRES

Vue d'ensemble D'après une photographie de 3\'C. Vahhé P. Chamit, professeur à la Chartreuse.

L'univers entier avait alors, selon l'expression du chroniqueur de Gluny, « secoué d'un commun accord les haillons de son antiquité pour revêtir la robe blanche des églises (1). »

L'église que les moines élevèrent à saint Gilles, dit M. Normand (2), n'était pas telle que nous la voyons aujourd'hui. Admirablement proportionnée, elle comprenait la grande nef actuelle et un chœur qui se prolongeait jusqu'à l'endroit où se trouve maintenant les marches circulaires à l'intérieur. Le chœur était éclairé par cinq croisées, dont une plus riche au fond. De chaque côté des transepts existait une chapelle circulaire éclairée par une croisée.

Au dessus du bas-côté sud-ouest, continue l'éminent architecte, se trouvait une galerie extérieure ou promenade qui communiquait avec le chœur et le mur de clôture du monastère. Une porte à plein cintre, ornée de sculptures du côté du jardin, permettait d'entrer dans l'église par le prieuré.

Tel est le plan général de l'édifice dans lequel étaient vénérées les reliques de saint Gilles et sur lequel nous reviendrons.

Après les règnes glorieux d'Ebrard et de Jarenton et la construction de sa splendide église, le prieuré de Ghamalières semble se recueillir dans le recolement de ses dépenses vraiment extraordinaires et la recherche des moyens propres à les amortir, dans la pratique silencieuse et fervente de tous les exercices religieux ou autres prescrits par l'admirable règle de saint Benoît. La beauté de la maison de Dieu ne contribua pas peu à raviver la piété des moines. et à rehausser la solennité des cérémonies.

De iioo à II 58, quatre prieurs, Armand, Jean Ghauchat, Sylvius de Fay et Géraud, se succèdent à la tête du couvent : ils ne semblent nourrir que deux préoccupations, celle de

(!) Abbé M.*L. Chabjueu, Saint Gilles, patron de l'église de Ghamalières, pages 33 et 34.

(2) Annales de la Soc.Acad4mique du Puy, XSlll, pages 107 à 1!5; passim.

libérer le monastère de ses dettes et celle de réunir de nouvelles sommes nécessaires pour élever ce choeur grandiose et ce monumental clocher qui excitent à si juste titre notre admiration ; ils sollicitent sans doute et reçoivent en tout cas de multiples libéralités qui faciliteront souverainement la lourde tâche que s'imposera leur éminent successeur, Pierre III de Beaumont.

Armand apparaît dans le Cartulaire, au commencement du XII' siècle, comme le quatorzième prieur de Ghamalières ; il est mentionné dans des actes de donations qui peuvent se placer entre iiôo et ii3o, sous les règnes de Philippe F' et Louis yrie Gros, rois de France.

A cette époque, Pierre Dédier de Mézères donne à Saint- Gilles, pour le repos de l'âme de sa mère Ermengarde, la moitié des dîmes de Meissignac, paroisse d'Yssingeaux, et trois gélines de rente annuelle. L'acte de donation est passé en présence d'Armand, prieur (45).

A la même date, Bertrand Dédier de Mézères donne aussi au prieuré une appenderie sise a Vaunac, au cens d'un setier d'avoine, vingt-deux deniers, deux gélines et le quart des fruits (43) ; Austorge de Glavenas donne à son tour le mas de Pise, à Beaux (a Bedals), du consentement de Louise (Leuze), son épouse, et de Guy et Austorge, ses fils. Le cens de ce mas est d'un setier de blé (46).

A la même date, Guigon de Roche, avec qui le prieur avait des contestations, lui abandonne les hommes et les femmes de la vallée de Ghamalières sur lesquels il croyait avoir quelque droit ; il renoncé aussi à certains usages abusifs sur le territoire d'Artites, à quelques fiefs et vignes à Chamboulives ; il reçoit en compensation cent dix sous du prieur. Au nombre des témoins se trouve Guillaume, sacristain (178).

Jean Ghaughat, gamztèmejDneur de Ghamalières, qui vivait sous le règne de Louis VII le Jeune, roi de France, figure vers Il 42, dans quatre chartes concernant le prieuré. Il échange d'abord avec Girbert, chanoine du Puy, le mas .de Versilhac, paroisse d'Yssingeaux, qui appartenait au monastère, contre celui de Baissac, paroisse de Graponne, qui appartenait au

Chapitre du Puy : l'échange est fait du consentement des moines de Ghamalières et des chanoines du Puy (22). Sous le priorat de Jean Ghauchat, Etienne Girin et son frère Austorge donnent à Saint-Gilles les dîmes de Planèzes, paroisse de Mézères (166). À la même époque, Julien de Roche donne au même couvent un mas à Voirac, paroisse de Saint Jùliend'Ance, au cens annuel d'une hémine d'avoine, deux sous, un agneau, et à l'église de Saint-Maurice-de-Roche une appenderie au cens d'un carton d'avoine, dix-huit deniers et un agneau. Le prieur lui~"donne en retour un cartal de seigle, un méteinc de froment et un écheveau de chanvre (21 5). Enfin, Gaine, épouse de Gérald de Boiols, donne à Ghamalières pout le salut de son âme un mas à Piassac, paroisse de Saint- Georges-LAgricol. Gomme, quelque temps après, Gérald et Pierre leurs fils inquiétaient le couvent à cause de ce don» le prieur Jean Ghauchat leur compta trente sous de Lyon (237).

Sylvius de Fat, seizième prieur, contemporain de Louis VII le Jeune, roi de France, ne nous est connu que par quelques actes du Cartulaire qui se passent tous vers ii45. A cette époque, Gérald de Seneuil, fort avancé en âge, donne en mourant au couvent de Ghamalières un moulin sis à Vareilles, paroisse de Saint-Jeures, au revenu annuel d'un setier de blé et de trois sous ; il avait déjà légué à Saint-Gilles une rente de trois sous à percevoir au même lieu, et ce pour le repos de l'âme de son fils Pierre (47). Au temps du prieur Sylvius, Guigon Brun et son épouse Uneldis, n'ayant pas d'enfant, prennent l'habit religieux dans les couvents de Ghamalières ; à cette occasion, ils donnent à Saint-Gilles deux mas, l'un sis à Voirac, paroisse de Saint-Julien-d'Ance, au revenu annuel d'un setier seigle, un setier avoine et vingt sous, l'autre au Genestoux, paroisse de Saillant (Puy-de-Dôme), dont le revenu est de deux sous, douze deniers pour un agneau, neuf deniers en mai et neuf autres à Noël (264).

Aux donations qu'il reçoit,, le prieur Sylvius ajoute quelques acquisitions, preuve qu'il géra bien les afi'aires de son couvent. Il achète d'abord à Bertrand Salmon des vignes à Beauzac (88); à GuincUe, chevalier de Roche,, les dîmes

de Saint-Agricol, Sancti Agricole, aujourd'hui Saint-Georgesl'Agricol (94). Enfin, sous le priorat de Sylvius, Mathieu, baile sans doute de Ghamahères, achète la métairie de Rosières (i3i).

Géraud, dix-septième prieur, vivait sous le règne de Louis VII le Jeune, roi de France. Le Cartulaire lui donne une fois le qualificatif de maître, équivalant sans doute au titre de prieur ; son nom ne se trouve que dans deux actes que voici. Sous son priorat, vers 11 58, dame Marie, épouse d'Armand d'Artias et Régnier, leur fils, donnent à Ghamalières, en gage de leur conversion, un mas au lieu de Saintignac engagé pour cinq marcs d'argent ; plus le tiers du mas du Lac, enfin l'alleu d'un autre à Gharrées, engagé pour trois cents sous ; toutes ces propriétés sont situées dans la paroisse de Retournac (69).

Marie et son fils Régnier d'Artias donnent encore à Ghamahères, vers 1 158, le quart d'un mas, sis à Arnoux, paroisse de Beaux. Umbert Armand, aïeul de Régnier, en avait déjà cédé un quart depuis longtemps, qu'il avait engagé pour une somme de soixante sous. Le cens de cette propriété était de deux setiers de blé, un mouton, un agneau et une géline. Les mêmes bienfaiteurs donnent encore une appenderie appelée Malivérnat, dans la paroisse de Beauzac, qui avait été engagée pour un marc d'argent au profit de Beraud Datbert. Gelui-ci la délaisse en reconnaissance de ce que son fils Bertrand avait été admis au nombre des moines. Pierre de Beaumont, rédacteur du Cartulaire, dit qu'il donna trois cents sous pour faire recevoir Régnier et Bertrand, comme moines à l'abbaye du Monastier (70).

Au temps du prieur Géraud, en 11 58, Pons Naute se rend au Ghapitre de ' Ghamalières sur le conseil de ses amis; il donne à tous les Frères du couvent un repas à prendre chaque année en la fête de saint Géraud(i3 octobre), qu'il hypothèque sur sa terre de Voussé, paroisse de Retournac ; il fait ce don pour le repos de l'âme de son épouse Huguette. En cette même année, voulant aller à Jérusalem, il donne encore à Ghamalières tout ce qu'il possède à Vousse, la dîme de ses terres

de Mans, paroisse de Saint-Maurice-de-Roche, et d'Entremont, paroisse de Beauzac ; le revenu total de ces diverses propriétés est d'un setier de froment, un de seigle, un d'orge et un d'avoine. Le prieur doit, en retour, recevoir son fils Geoffroy comme moine (281).

Géraud vivait-il encore en 1160 ? Nous l'ignorons. En tout cas, à cette date Arbert le Roux de Roche donne à Chama-^ lières les dîmes de Leyssac, deux * sous à Tranchebourse, paroisse de Saint-Georges-l'Agricol, trois setiers de seigle et dix sous à Montbuzat, près Lingouslres, paroisse de Relournac, quatre appenderies à la Breurette, paroisse de Saint- Maurice-de-Roche, une hémine froment, une seigle, une avoine, deux deniers, une géline et le mas de Vassenac, paroisse de Retournac, alleu et fief compris. Or, la moitié de ce mas avait appartenu à Guillaume Agnon, de Lignon, à qui Arbert le Roux avait donné, en faisant un échange avec lui, des propriétés bien plus importantes. C'est pourquoi le prieur fut obligé de nourrir, instruire et recevoir comme moine le petit Arbert, fdleul d' Arbert le Roux, que celui-ci et son épouse avaient adopté (78).

Le développement du Monastère de Ghamalières, qui s'est un peu ralenti sous Géraud et ses trois prédécesseurs immédiats, va reprendre avec Pierre III de Beaumont, Ponce P"" de Chalencon et Pierre IV de Servissac, sa marche progressive et atteindre son apogée. Pierre III de Beaumont aura l'insigne gloire de transformer le chœur et d'élever le magnifique clocher de l'église prieurale, et ce ne sera pas là son seul mérite ; il saura conquérir par beaucoup d'autres œuvres l'estime et l'admiration de la postérité.

Page 1