CHAPITRE V
Les pniEURS, PROSi-icniiK croissante du monastèrk. — Pierre II f de Beaumont ({iQ2-\{ld), prieur de Chamalières- et abbé de Saint- Chaffrc. — Pompeux panégyrique de ce prieur. — Il constitue la réfectorerie de son couvent. — Il recrute avec soin le personnel de son prieuré dans les meilleures familles du voisinage . — // défend avec vigueur son patrimoine temporel contre les empiétements. — // se concilie de profondes et sincères amitiés en permettant aux seigneurs ' des environs de venir dormir . leur dernier sommeil à Vombre de la magnifique église de Saint-Gilles. — // arrondit le domaine du prieuré par l'acceptation de legs nombreux et par quelques acquisitions. — Il préside à la construction du chœur et du clocher de l'église.
lERRE III DE Beaumont, dix-huitième prieur de Chamalières (1162-1173), contemporain de Louis VII le Jeune, roi de France, est certainement, avec Dalmace I" de Beaumont, son arrière-grand-oncle, Ebrard et Jarenton, deux de ses prédécesseurs, une des plus grandes et des plus intéressantes personnalités qui aient illustré notre couvent bénédictin. Issu de la noble et puissante famille de Beaumont, cantonnée dès l'origine de la féodalité, non loin de la Chaise- Dieu, sur. les hauteurs de Saint-Victor-sur- Ariane, il administre avec une rare distinction pendant dix ans le monastère de Chamalières. A son titre de prieur, il ajoute en ti65 celui d'abbé de Saint-ChafTre ; il donne lui-même dans le Cartulaire qu'il eut l'heureuse idée et l'insigne honneur de rédiger, les dates de son élection et de sa bénédiction abbatiales : « L'an II 65 de l'Incarnation de Notre-Seigneur, le 12 des calendes de mai (20 avril), j'ai été élu abbé ; le 3 des ides de
mai (i3 mai), Pierre, évêque du Puy (1), par la grâce de Dieu m'a donné la bénédiction abbatiale (82). »
Nous considérerons, pour nous renfermer dans le cadré de cette étude, moins l'abbé de Saint-Ghaffre que le prieur de Chamalières. Gomme prieur, Pierre III donne tous ses soins à rédiger le précieux Cartulaire de son couvent, mine inépuisable de renseignements historiques pour les x% xi% xii' et xin" siècles ; à organiser l'intérieur de sa maison et à la peupler de religieux recommandables par leurs vertus autant que par leur naissance ; à défendre son patrimoine contre d'injustes usurpateurs ; à l'augmenter par des faveurs accordées à propos, par l'acceptation des généreuses libéralités qui lui sont faites, au besoin par quelques acquisitions. N'est-ce pas Pierre III de Beaumont qui eut la gloire d'élever le magnifique cliœur et le remarquable clocher de l'église prieurale ? Nous donnerons à la fin de cette biographie les raisons qui nous portent à le croire.
Son premier soin en recevant la charge de prieur, vers 1 162, fat d'entreprendre la rédaction du Cartulaire de son couvent, dont la première partie est certainement son œuvre. Le moine chargé, vers 12 13, par le prieur Raymond de Mercœur, de terminer ce travail, a décerné à Pierre de Beaumont des éloges que nous ne devons pas passer sous silence.
« Pierre de Beaumont, dit-il, issu d une famille noble, recommandable par ses éminentes vertus, très versé dans les sciences et les belles lettres, se faisait remarquer par sa douceur et la distinction de ses manières. Comme le serviteur fidèle et sage que. le Seigneur a mis à la tête de sa maison, il gouverna pendant quelques années ce monastère, s'appliquant à distribuer à son troupeau la bonne mesure du plus pur froment, c'est-à-dire la moelle de la doctrine chrétienne. Plein de zèle pour l'exercice de la charge qu'il avait reçue et pour la prospérité de la maison que la divine Providence lui avait confiée, il s'appliquait constamment et autant qu'il lui était possible à régler tout de son mieux et à tout disposer avec
(1) Pierre IV de Solignac*
- 53 -^ sagesse et discrétion afin d'atteindre ce but. Voulant un jour,
nouveau venu dans l'administration, prendre connaissance des titres divers concernant les rentes dues au monastère et prouvant la légitimité de ses possessions, il fut grandement surpris du désordre qui régnait dans ces chartes et privilèges . Il se mit tout de suite à l'œuvre pour réunir en un seul volume la substance de tous ces parchemins épars. De plus, il prit soigneusement note des cens dont la perception n'était garantie par aucun document, mais simplement par un usage immémorial. 11 classa enfin, pour s'y reconnaître facilement, par paroisses et par territoires respectifs, toutes les rentes payées en divers lieux au monastère. Or, comme la lumière doit être placée sur le candélabre, afin qu'elle éclaire tous ceux qui entrent dans la maison, la divine miséricorde éleva bientôt Pierre de Beaumont de la charge de prieur à la dignité d'abbé. Cependant il n'abandonna pas ses fonctions de prieur de Chamalières qu'il aimait d'une affection toute spéciale, mais empêché alors par ses multiples occupations de terminer le travail qu'il avait entrepris, il le laissa inachevé. Peu de temps après sa mort, Francon, abbé du Monastier, en confia la continuation à Girbert de Mézères, moine aussi distingué par son grand savoir que par la souplesse de son caractère (lôg). »
Après huit siècles écoulés, nous souscrivons sans réserve à ce pompeux panégyrique de Pierre de Beaumont laissé par le continuateur du Cartiilaire, non seulement à cause de la rédaction de ce précieux recueil qui nous permet d'écrire l'histoire des origines du couvent, mais à cause de tous ses autres travaux et en premier lieu de l'administration intérieure de sa maison. Dès le début de son gouvernement, il se préoccupa des besoins de ses religieux, et, pour y subvenir, il constitua une réfectorerie en leur faveur. Nous lui devons le récit de l'établissement de cette bienfaisante institution.
« La même année (ii63), aux calendes de septembre (i" septembre), a-t-il écrit dans le Cartiilaire, sous le règne de Louis (VII le Jeune), sous l'épiscopat de Pierre de Solignac et l'abbatiat de Beraud à Saint-ChafTre, je, Pierre de
Beaumont, par la miséricorde divine, prieur de Chamalières, voulant assurer à jamais la pitance aux Frères de ce couvent, leur ai cédé les terres que le prieuré possédait dans les paroisses de Rosières et d'Yssingeaux, tous les cens, quarts et dîmes même en deçà de la Loire, ne me réservant que la propriété, les droits d'investiture, de justice et de quête. J'ai donné aussi le quart et les dîmes des blés récoltés sur les terres cultivées dans la vallée, ne retenant pour moi que les cens des maisons, des jardins, le vin, les cens en argent, les gélines et l'avoine, tels que les bailes de Chamalières et de Ventressac les percevaient depuis longtemps à Pieyres, à Chamboulives, à Gombres, à Chamalières et à Ventressac. De plus, j'ai donné, au-delà de la Loire, au lieu de Besses (paroisse de Saint-Pierre-Duchamp), une hémine de blé, une d'avoine et douze deniers, les dîmes de Leyssac (même paroisse), sur le territoire des églises de Chalencon (Saint- André et Chalencon) quinze setiers de blé, aux Moulins (de Chalencon) huit setiers de blé et encore tout ce que j'avais à ïriouleyre, au Fieu, à Uffarges et à Voirac (paroisse de Saint- Julien-d'Ance), les dîmes de Saint-Agricol (Saint-Georgesl'Agricol) ; tout ce que je possédais à Piassac, à Fraisse, à Theux et au Soleyrol (même paroisse), à Marnhac (paroisse d'Yssingeaux), à OrceroUes (paroisse de Graponne), à Pont- As tier, à la Monzie, à Couches et à Pieyres (paroisse de Saint- Pal-de-Chalencon), à Fraisse (paroisse d'Usson, Loire), à Boisset, à Drossanges (paroisse de Tiranges), aux Genestoux (paroisse de Saillant, Loire). Pour tous les lieux qui sont au mandement de Saint-Pal- (en-Chalencon), j'ai retenu une rente de cinq setiers de blé que le réfecturier, quel qu'il soit, devra céder au prieur, soixante sous payables à la Saint- André et dix géhnes. J'ai confié toutes les rentes ci-dessus à Gérald, moine, à condition qu'il donne toujours de la pitance, non seulement aux Frères de Chamar lières, mais encore à tous les Réguliers qui viendront ici. Pour parfaire cette œuvre, ledit Gérald a promis de donner mille sous sur ses droits maternels, cinq cents immédiatement et cinq cents l'année prochaine. La présente concession a été
faite en, présence de tout le couvent réuni en chapitre, et pour que les prieurs, mes successeurs, la maintiennent, j'ai pris comme garants de cet engagement Régnier de Roche et Guigon, son frère, Aumar d'Arlias et Durand, son frère, Bertrand Malet et Umbert, son frères Ponce de Rochebaron, Foraias (1) et Guillaume de Mercœur. Je l'ai fait approuver par Beraud, abbé (du Monastier), et Pierre, évêque du Puy (>), Le couvent a ensuite décidé que le lendemain de la fête de saint Gilles, le quatre des nones de septembre (2 septembre) •de chaque année, les Frères habitant ici célébreraient en retour d'un si grand bienfait un ofRce pour l'âme de mon père et de ma mère, pour l'âme du père et de la mère de Gérald, de tous nos parents et pour tous les fidèles défunts (77). .
Tandis qu'il s'occupe de l'administration intérieure de sa maison, Pierre de Beaumont ne néglige aucune occasion de recruter de nouveaux religieux. En 1162, Pierre Dédier, chevalier de Mézères, devenu moine de Tournus (Saône-et- Loire), demande au prieur qui l'accepte, de recevoir son fils Girbert comme moine à Chamalières ; en conséquence, il abandonne au couvent les dîmes qu'il percevait dans la paroisse de Beauzac, savoir le quart des dîmes du mas de Lioriac, la moitié des dîmes du mas de Pirolles, le quart des dîmes de Sous-le- Teil, une hémine de blé à Bransac, un setier de blé à Vaures ; il promet encore de donner cent sous et de livrer son fds bien vêtu et muni d'un lit. Un peu plus tard, la veille des nones de janvier (4 janvier 11 63), Floranse, mère de l'enfant, ses frères Guillaume et Bertrand l'amènent muni du trousseau promis par son père, confirment la cession faite au couvent en présence du prieur et des témoins à ce appelés, Ponce Aimar, Guillaume de Mézères, Pierre Jean, tous les frères et tous les familiers du couvent. Selon le désir de l'enfant, Pierre de Beaumont donne au monastère de Saint-Ghaffre les cent sous
(1) Foraias ou Foragas est le nom patronymique d'une famille qu'on rencontre souvent, au moyen âge, dans les Chartes du Velay (Note de M. Jacotin, éditeur du Cartulaire).
(2) Pierre IV de Solignac,
promis par Pierre Dédier et cinquante sous en plus (71), Le 3 des ides de novembre (i i novembrç) de la même année, Aumar d'Artias, clerc, offre de donner son fils Durand comme moine à Chamalières. Pour décider le prieur à l'accepter, il lui donne une appenderieàla Chazolte (paroisse de Retournac), qu'il tenait de ses parents, une autre appenderie qu'il avait achetée au cens d'une hémine de froment, d'une hémine de blé, d'un setier d'avoine, de quatre sous et deux géhnes à la Saint-André ; il donne un bois par dessus le marché. Les témoins de cette donation sont, entr'autres, Guillaume de M ézères, sacristain, Pierre Jean, obrier, et tout le couvent. Peu de temps après, Pierre de Beaumoht échange avec Durand ledit bois contre une rente annuelle de. deux sous et une géline à prendre sur une maison et un jardin que tient un nonîmé Michel (79).
Le II des calendes de février (22 janvier) ii65, Aumar d'Artias, clerc, se donne à Dieu et au monastère de Chamalières, en présence de Pierre de Beaumont ; il promet de veiller sur les intérêts du couvent, de se faire l'aide et le conseiller du prieur dans la gestion des affaires, de ne jamais prendre l'habit religieux que sur ses conseils et de son consentement formel. , 11 offre ensuite de donner son fils Boniface comme moine, et pour cela il donne un mas à Gharrées (paroisse de Retournac). Les témoins de ces donations sont entre autres, Pierre Jean (obrier), Guillaume de Mézères (sacristain),' Geoffroy, baile et tout le couvent (90). Le prieur, de Chamalières qui recrutait ainsi le personnel de son couvent dans les meilleures familles du voisinage, savait aussi, au besoin, défendre ses biens contre les empiétements et les usurpations. C'est dans ce but qu'il fit citer devant Durand de Beaumont, seigneur dudit lieu, son frère, un nommé Lagnel, Agndlus, baile ou fermier des rentes du couvent dans la paroisse de Saint-Jean-d'Aubrigoux et les environs. Une sentence du puissant seigneur, bon justicier, termina le procès le 3o mars 11 63, à l'entière satisfaction des deux parties. Nous traduisons encore à peu près textuellement le Cartulairç,
« Un baile de Ghamalières, nommé Lagnel, avait possédé en cette qualité à Saint-Jean-d'Aubrigoux une parcelle de terrain, un breuil, sur lequel les muletiers et les moines en vayage prélevaient tout le foin nécessaire à leurs montures ; des jardins incultes et deux maisons avec leurs jardins, dont chacune rapportait annuellement une hémine d'avoine, douze deniers et une géline, et, à chaque sépulture, un setier de vin ; une parcelle dite le Malet, dont le cens était d'un pain et une géline ; enfin une autre parcelle à Gheyrac et les arrière-dîmes ou le dixième des dîmes de toute la paroisse, et cela pendant trente ou quarante ans. C'est pourquoi, le 3 des calendes d'avril (3o mars ii63), sous le règne de Louis (VII le Jeune) et sous l'épiscopat de Pierre (IV de Solignac), évêque du Puy, Pierre de Beaumont, prieur de Ghamalières, fit cit«r le baile de son couvent devant Durand de Beaumont, seigneur dudit lieu, qui, après avoir ouï les dires des deux parties, régla leur différend de la manière suivante :
(( Le baile de Ghamalières renonçait au setier de vin qu'il percevait à l'occasion des sépultures, au dixième des dîmes de ' toute la paroisse, au pain et à la géline du Malet, en compensation desquelles rentes le prieur lui donnait trente sous.
V Quant aux parcelles en litige, celle de Gheyrac était laissée au baile, mais celle du Malet faisait retour au monastère, sauf les droits que le baile pouvait prouver lui avoir été concédés sur elle par Jean Ghauchat, ancien prieur. Dans cette parcelle, se trouvait une des maisons sus-mentionnées avec son jardin que lé baile gardait, tandis qu'il abandonnait l'autre et aussi son jardin ; il ne pouvait d'ailleurs revendiquer aucun'droit sur le jardin sans l'agrément du prieur.
w Pour le breuil, le baile était tenu de prouver que son père l'avait créé en transformant le désert, sinon il devait l'abandonner.
« Enfin le baile jurait de s'en tenir à ces conventions et de n'y jamais contrevenir ; il prit pour garant de la foi jurée Durand de Beaumont lui-même.
(( Les témoins de cet accord furent Guillaume d'Hauterive,
alors prieur du Puy ; Pierre Saint-Jean, moine, Humbert et Bernard, domestiques de Ghamalières ; Bertrand Gibert, Pons, son fils, Bertrand d'AUemances, Guillaume, son frère, chevaliers de Beaumont ; Guillaume Jean, Pierre Veysseyre, Jouvenel Durand de Peret, prêtres, et plusieurs autres (72). n
Quelques jours plus tard, le 18 des calendes de mai (i4 avril) 11 63, Pierre de Beaumont fait citer encore (nous ne savons cette fois devant quel juge), un certain Guillaume Agnon, qui s'était emparé du mas de Vaissenac, paroisse de Ghamalières ; il l'oblige à rendre la propriété usurpée, mais sans doute parce que ledit Agnon pouvait y prétendre quelques droits, il lui laisse en compensation ses propres droits sur le village de Ranc, paroisse de Beaulieu, c'est-à-dire trois hémines de blé et trois sous ; de plus, il s'engage à lui rendre une somme de cent dix sous qui y était imposée en sa faveur (74).
Le vigilant prieur amène encore, vers la même époque (entre 1163 et 1172"^, un nommé Mathieu, baile ou fermier des rentes du couvent dans la paroisse de Rosières, à passer avec lui un arrangement motivé par les injustices dont il s'est rendu coupable, et en vertu duquel aucun de ses fils ni de ses héritiers ne pourra lui succéder dans la charge de baile sans avoir, au préalable, payé au monastère une somme de sept cent cinquante sous, rendu le mas de Solignac, la jachère de Bourianne, le champ de l'Ouché, la grange et les maisons comprises dans le bail à ferme, prêté serment de fidéUté et rendu hommage au prieur (177).
Un dernier procès intenté par Pierre de Beaumont se termine, comme les autres, par un accommodement. Guichard d'Artîas dévastait depuis quelque temps les terres du monastère et s'y livrait à de nombreuses déprédations, sous prétexte que son père Bertrand Salmon avait jadis vendu à vil prix à Sylvius de Fay, prieur de Ghamalières, ses vignes de Beauzac, et que Pierre Salmon, son grand-père, avait donné à son tour une maison et un jardin au même lieu. Il réclamait aussi un champ dans la forêt de Sarlanges et la terre de la Monzie, Sur les conseils de quelques arbitres choisis pour
régler le différend, il se décide, le 6 des nones de mai (2 mai) 1 167, à renoncer à ses réclamations et à ses rapines ; en retour, le prieur lui donne cent sous (8P).
" Si le couvent de Ghamalières, sous le priorat de Pierre de Beaumont, excitait quelques jalousies, il se conciliait plus encore de profondes et sincères amitiés. N'étaient-elles pas de vrais amis du monastère bénédictin, toutes ces personnes, qui demandaient à dormir leur dernier sommeil sous les dalles de son église ou dans son cimetière, et qui payaient cet honneur de leurs riches ou modiques libéralités ?
Telle fut d'abord une dame de Roche, nommée Bernarde, décédée en 11 63. Son fils Umbert de Chaslus, donna pour le repos de son âme au monastère de Ghamalières où elle fut ensevelie, un champ qu'il possédait à Mans, paroisse de Saint- Maurice-de^Roche, au cens annuel d'un méteinc et quart de froment. L'acte est passé en présence de Geoffroy, baile, et de tout le couvent (75).
Tel fut encore Guillaume de Mons, membre de la famille seigneuriale de ce nom, qui avait son manoir sur la paroisse de Saint-Georges-l'Agricol. Guillaume fut tué le 2 des calendes de mai (3o avril) 1 163, au siège de Graponne, épisode sanglant des guerres séculaires engagées par les évêques du Puy, comtes de Velay, contre les rapaces et cruels vicomtes de Polignac qui, dans ces temps malheureux, pillaient les églises et les monastères et détroussaient les pèlerins et les voyageurs. Vassal de l'évêque du Puy qui, d'après une bulle du pape Alexandre III, datée de 1164, étendait sa suzeraineté sur le château de Mons, Castrum de Montibus, et qui défendait ofRciellement au nom du roi dans tout le Velay la cause du faible et de l'opprimé, Guillaume versa son sang pour cette noble cause. Dalmace, son frère, et quelques-uns de ses amis, transportèrent ses restes mortels au monastère de Ghamalières, où il fut inhumé. Ils s'engagèrent à donner à Dieu et au couvent, pour le repos de son âme, une hémine d'avoine et deux sous à prendre chaque année sur la terre dite de la Combe près de Jussac, dans la paroisse Saint-Jean de Retournac(76).
Le 3 des ides de mars (i3 mars) ii65, meurt une demoiselle de la maison de Fay, épouse d'Hermion de Roche. Son mari donne à Ghamalières, à l'ocGasion de sa sépullure (en ce lieu sans doute), une appenderie au lieu de Pieyres, village de la paroisse. Parmi les témoins de l'acte figurent Guillaume de Mézères, sacristain ; Pons Aimar, prieur claustral ; Pierre Jean, obrier, et Geoffroy, baile (8i). Le 3 des nones de juin, meurt encore Géraud de la ïour qui, en venant rester à Ghamalières, avait donné au couvent, pour un repas annuel, les dîmes qu'il percevait au lieu de Farouil, paroisse de Rosières. Pierre de Beaumont, prieur, élu abbé du Monaslier, prescrit en faveur du donateur et de ses parents un office annuel, leur accorde de participer aux biens spirituels de la communauté et ordonne de traiter Géraud comme un religieux profès (8 2).
Entre 1162 et 117:2, Ponce et Humbert, chevaliers, donnent à Ghamalières à cause de la sépulture de leur mère en ce lieu, un mas à Chavagnac, paroisse de Saint-Paulien (179).
Avec ces libéralités un peu intéressées de personnes qui désirent être enterrées à Ghamalières, Pierre de Beaumont reçoit beaucoup de donations proprement dites.
Le 12 des calendes de novembre (21 octobre) 11 63, mourait Guillaume Arbert, chevalier de Ghalencon qui, en réparation des injustices dont il s'était rendu coupable envers le.couvent, lui donna un repas et une hémine de froment à prendre chaque année sur ses propriétés du Gortial, paroisse de Beauzac. Parmi les témoins ligure Pierre, chapelain de Ghalencon (78). ■
' Aux nones de mars (7 mars) ii65, décéda dame Eschiva, épouse d'Ebrard, client d'Arlias ; à cette occasion, son mari donna à Saint-Gilles une rente d'un cartal de blé et d'un cartal d'avoine au lieu de Lirigoustres, paroisse de Rctournac. Au nombre des témoins de celte donation sont cités Guillaume de Mézères, sacristain ; Ponce Aimar, prieur claustral, et Pierre Jean; obrier (80).
En 1 1 66, Airaud de Roche, à son lit de mort, donne au monastère une rente annuelle d'un cartal de blé et d'une
géline à Mans, paroisse de Saint-Maurice-de-Roche (83). La même année, Pierre Armand, clerc, donne un mas aux Sagnes, paroisse alors de Retournac. Le 5 des ides de janvier (9 janvier) de l'année suivante, Pierre de Beaumont verse une somme de trente-sept sous à divers parents de Pierre Armand qui prétendaient avoir des droits sur ledit mas (85).
Le 3 des calendes de février (3o janvier) 1167, mourait Falcon de Beauzac qui, sentant venir sa fin prochaine, avait donné au monastère une appenderie au Fraisse, non loin du mont Ibis, aujourd'hui de la Madeleine,. paroisse de Retournac, au cens d'un selier d'avoine, deux sous et une géline (86). En 1171, sous Pierre de Beaumont, Jordane, dame d'Àrtias, épouse de Durand Salmon; chevalier, poussée par une inspiration divine, donne à Ghamalières une rente d'une hémine d'avoine à prendre sur les dîmes de Granou (i6i\
Entre 1162 et 1172, impossible de mieux préciser, Gandalme donne au couvent une appenderie à Chassaleux, paroisse de Saint-Paulien (180).
Pierre de Beaumont qui avait accru les possessions de son prieuré par tant de donations, n'avait pas négligé de faire, à l'occasion, les acquisitions qu'il avait jugé avantageuses. C'est ainsi d'abord que, aux ides d'avril (i3 avril) 1167, il achetait au prix de quatre-vingts sous, d'un nommé Barbe, dé Lignon, une rente annuelle d'une hémine d'avoine, trois sous et trois deniers , à prélever sur la terre de Beauzac (87) .
Par deux actes datés des calendes et des nones de décem- . bre (i" et 5 décembre) 1166, passés l'un à Rosières et l'autre au nionastère bénédictin de Saint-Pierre-le-Monastier, au Puy, il achetait de Guillaume de Bedorzet, du consentement des fils de celui-ci, une rente d'un setier de miel au prix de deux cent soixante-dix sous à prendre au mas de Vaissenac, paroisse de Ghamalières. Les actes sont passés en présence, enlre autres, de Geoffroy, moine du couvent (84).
En décembre 1167, il acquérait, au prix de cinquante sous, d'Ainard, clerc de Ghalencon, à son départ pour Jérusalem, les revenus du mas de Vaissenac, paroisse de Retournac (89). Enfin, entre 1162 et 1172, nous ne pouvons mieux préciser,
I*once, métayet de Rosières, sur le point, lai aussi, d'entreprendre un pèlerinage au-delà des mers (l), engageait, entre les mains du prieur, du conseil de sa mère Pétronille et de ses frères Mathieu et Etienne son avoir paternel au prix de trois cents sous qui lui furent comptés (178).
Le Gartulaire de Saint-Chaffre (2), qui mentionne rarement Pierre de Beaumont, nous apprend cependant que cet abbé acheta, au prix de cent sous, de Pons Guignabert, huit sous de rente qu'il possédait sur la réfectorerie du Monastier. En 1178, il achève de libérer le monastère à son égard, en lui versant une somme de cent six sous.
Le prieur de Ghamalières, abbé de Saint-Chaffre, assista en 1172, au chapitre cathédral du Puy, à un arrangement intervenu entre les clercs de l'église Saint-Georges du Puy et Hugues de Villeneuve, curé de Saint-Pierre-Duchamp. Les premiers réclamaient sur l'église de Saint-Pierre une rente de cinq sous que leur avait donnée un clerc de cette église, et qu'ils avaient perçue pendant quarante ans. Pierre de Beaumont qui s'opposait à leurs revendications, consentit enfin à leur accorder une rente annuelle de quatre sous (3).
Le Gartulaire de Ghamalières mentionne ce prieur pour la deïnière fois aux calendes de mai, i*"" mai 1178. A cette date, il confère la tonsure à B. Léger, Leodegarius, qui donne au couvent une rente de trois hémines de seigle à prendre sur le moulin qui se trouve sous le pont de Monistrol, plus trois setiers de seigle et une géline au village de Nant, paroisse de Monistrol W. 11 s'était sans doute alors démis de sa charge de prieur, puisque nous voyons déjà, en 1172, Ponce de Ghalencon à la tête du prieuré.
Nous placerions volontiers la construction du chœur et du clocher de l'église prieurale de Ghamalières (Fig. 3) que nous
(1) Prenons bonne note de ces pèlerinages en Terre-Sainte, dont nous tirerons bientôt une conclusion.
. (3) Gartulaire de Ghamalières, n» 342, (4) N- 121.
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Le Cartulaire de Saint-Chaffre (2), qui mentionne rarement Pierre de Beaumont, nous apprend cependant que cet abbé acheta, au prix de cent sous, de Pons Guignabert, huit sous de rente qu'il possédait sur la réfectorerie du Monastier. En 1178, il achève de libérer le monastère ù son égard, en lui versant une somme de cent six sous.
Le prieur de Chamalières, abbé de Saint-Chaffre, assista en 1172, au chapitre cathédral du Puy, à un arrangement intervenu entre les clercs de l'église Saint-Georges du Puy et Hugues de Villeneuve, curé de Saint-Pierre-Duchamp. Les premiers réclamaient sur l'église de Saint-Pierre une rente de cinq sous que leur avait donnée un clerc de cette église, et qu'ils avaient perçue pendant quarante ans. Pierre de Beaumont qui s'opposait à leurs revendications, consentit enfin à leur accorder une rente annuelle de quatre sous (3).
Le Cartulaire de Chamalières mentionne ce prieur pour la dernière fois aux calendes de mai, i""" mai 1173. A celte date, il confère la tonsure à B. Léger, Leodegarius, qui donne au couvent une rente de trois hémines de seigle à prendre sur le moulin qui se trouve sous le pont de Monistrol, plus trois setiers de seigle et une géline au village de Nant, paroisse de Monistrol (4). Il s'était sans doute alors démis de sa charge de prieur, puisque nous voyons déjà, en 1172, Ponce de Ghalencon à la tête du prieuré.
Nous placerions volontiers la construction du chœur et du clocher de l'église prieurale de Chamalières (Fig. 3) que nous
(1) Prenons bonne note de ces pèlerinages en Terre-Sainte, dont nous tirerons bientôt une conclusion.
(3) Cartulaire de Chamalières, n" 342,
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décrirons dans un chapitre spécial, sous le priorat et l'abbatiat de Pierre III de Beaumont et sous le règne de Louis Vil le Jeune.
Les architectes et les archéologues sont à peu près unanimes à déclarer que le chœur primitif et ses quatre chapelles rayonnantes ont été complètement remaniés à une époque postérieure au XI" siècle, probablement dans la secojide moitié du xii«; on y remarque, en effet, dans tous les détails, les formes particulières de cette époque. Les circonstances sont alors propices, car les guerres locales entre les puissants vicomtes dô Polignac et les évêques du Puy ont pris fin. Pierre III de Beaumont, devenu de simple prieur de Ghamalières abbé d.e Saint-Ghaffre, conservait pour Ghamalières une vive afpBctiori, il aimait à y revenir souvent. Qui, mieux que lui, eût pu subvenir aux frais considérables qu'entraîna une pareille entréprise ? Il y avait d'ailleurs, à cette époque, au couvent dé Ghamalières, des moines doués d'une science peu ordinaire, entre autres, Girbert de Mézères, qui avait fait avec d'autres le pèlerinage de Terre-Sainte ('). Or, au dire d'un archéologue, la voû,te du chœur de l'église de Ghamalières est la reproduction de celle de Saint-Jean-Baptiste d'Athènes. Un moine aurait fait un pèlerinage aux lieux témoins de la naissance du patron de son monastère. Girbert de Mézères, par exemple, aurait pu, dans son pèlerinage en Terre-Sainte, s'arrêter en Grèce et prendre le plan de l'église Saint-Jean-Baptiste d'Athènes, pour reproduire à Ghamalières un temple de la patrie de son saint patron.
« Une autre observation, dit l'auteur d'une notice sur Ghamalières (2), qui nous fait placer à cette époque la restauration du chœur, c'est que le Cartulaire nous apprend que, sous le prieur Pierre de Servissac (i 179-1200), les moines de Saint- Gilles étaient si pauvres qu'ils étaient obligés de. porter la
(1) Cartulaire, n" 103. Ne pourrait-on pas dater cette charte, non de 1101, mais du dernier quart du xii' siècle ?
(2) Abbé L,-M. Chabiuer, Saint'Gilles, abbé, patron de l'église de Ghamalières, diocèse du Puy, ^. 46.
même pelisse cinq ans et même dix ans, au point que Francon, abbé de Saint-Ghaffre, fît appel à la charité des moines de noble famille, dont plusieurs purent obtenir des leurs quelque argent pour fournir le vestiaire des moines.
« L'abbé de Saint-Ghaffre lui-même, voyant la misère du couvent et les dettes dont il était grevé, voulut aider à les payer et céda à Saint-Gilles l'église de Saint-Pierre de Gonfolent, qui avait été donnée à l'abbaye de Saint-Ghaffre, et « qui était nécessaire à la maison de Ghamalières », dans le voisinage de laquelle elle se trouvait, à la condition toutefois pour le prieuré d'y entretenir deux moines.
« Il est raisonnable de croire que ces dettes avaient été contractées pour réparer le sanctuaire de Saint-Gilles. Il faut donc, selon toutes les probabilités, placer à cette époque la restauralion du chœur qui fut agrandi aux dépens de l'ancien qu'on supprir&a et dont on utilisa sans doute les croisées... »
Reprenons le cours de notre récit en revenant aux prieurs.
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