CHAPITRE XIII
Les prieurs commendataires, les derniers jours du prieuré de Cha- MALiÈREs (1770-1790). — Charles-Borromée de Laval, dernier prieur : Sa nomination ; il autorise la construction de plusieurs moulins : il ■ . plaide contre Mgr de Galard ; il siège aux Etats du Velay ; il meurt dans son bénéfice du Connexe en Dauphiné^ — Personnel du prieuré de Chamalières. — Dissolution de l'Ordre de Saint-Benoît. — Vente des bâtiments, de l'enclos et du jardin. — r L'église subit les outrages du vandalisme révolutionnaire.
HARLES-BoBROMÉE DE Laval, fils de Louis de Laval, lieutenant-général, juge-mage et premier président au sénéchal et présidial du Puy, et de Françoise-Hyacinthe Bonnefoux, fat le cinquantième et dernier prieur de Chamalières (1770-1790). Il était prêtre, docteur en Sorbonne, chanoine de Notre-Dame du Puy, vicaire général et officiai du diocèse, prieur enfin de Saint-Michel de Connexe (^), lorsqu'il fut nommé au prieuré de Chamalières en 1770.
Bien avant cette date, il intervient comme officiai du diocèse du Puy dans l'accomplissement des formalités préliminaires à l'union projetée du prieuré de Goudet à la collégiale de Saint-Philibert-de-Tournus (Saône-et-Loire). Le 3 mars 1758, il signe les citations des témoins qui doivent déposer au cours de l'enquête ouverte à ce sujet. Quelques jours après, le promoteur « des causes d'offices de l'évêché du Puy » lui présente plusieurs requêtes à l'efTet de faire ouvrir, pour le rnême objet, une enquête de commodo et incommoda. Le projet d'union du prieuré de Goudet à la collégiale de
(1) Canton de Vizille, arrondissement de Grenoble (Isère).
Tournus ayant échoué, il fut question de l'unir au sénainàire du Puy. Nous voyons, à cette occasion, Gharles-Borromée de' Laval, officiai du Puy, faire lui-même une enquête à Goudct (i5-3i mars 1758). Il dresse un procès-verbal de u l'état de conventualité » du prieuré. Ce document analysé par M. Jaco tin, archiviste départemental,. cons.ta té que le prieuré se composait de sept maisons, que ses revenus s'élevaient à deux cents livres environ pour chaque religieux, et enfin que la; plupart des religieux ne résidaient , pas dans . le prieuré ('17 mars). A la requête du promoteur du diocèse, il lance de nombreuses citations aux témoins qui doivent déposer dans l'enquête ouverte au sujet de l'union du prieuré au séminaire (25-3o mars). L'enquête fut favorable, puisque Mgr Jean-Georges Lefrànc de Pompignan, évêque du Puy, prescrivit l'union par ordonnance du 1 3 juillet 1758(0. Peu de temps après la mort du chevalier de Lamée, le
20 mai 1770, Gharles-Borromée de Laval fut nommé prieur de Ghamalières par Mgr Lefranc de Pompignan, abbé de Saint-. Ghaffre, en sa qualité d'abbé et en vertu de Tindult à lui accordé par le Saint-Siège. Il en prit possession le lendemain,;
21 mai, suivant le cérémonial accoutumé, assisté de Glaude-' Louis de Vertaure, chanoine de Notre-Dame du Puy. Il constata, entre autres choses, que la maison prieurale était en très mauvais état. L'acte de prise de possession fut rédigé en présence de Claude Jourda de Vaux de Cliabanoles, seigneur^ de La Bastide, de Pierre Guzin Goudert, curé de Rosières, et de Jean-Louis Vigouroux, curé de Ghamalières (2).
Le prieur de Laval afferme les revenus de son prieuré, les- 29 avril 1771 et 26 avril 1777, à Barthélémy PJagnieu, notaire royal de Ghamalières. Le 3o juin 1771, agissant en qualité de seigneur haut justicier du mandement, il autorise Joseph- Malley, de Ghamboulives, paroisse de Vorey, à prendre l'eau du ruisseau de Gombres « pour l'usage d'un moulin qu'il; pourra construire sur ses rives » moyennant la rente annuelle
(1) Archives dép. de Haute-Loire, G, 570, 571, 572, passim.
(2) Archives dép... de la Uante-Loire, f. de Ghamalières, ;
et perpétuelle de trois cartons seigle à fournir au couvent. En 1774, il plaide contre Louis-Marie-Augustin Liogier, sieur de Pieyres, seigneur direct de La Bourange, Bordes et La FayoUe, au. sujet des dîmes de Ventressac d).
Le 33 septembre de l'année suivante, le prieur de Laval, encore en sa qualité de haut justicier du mandement de Ghamalières, donne à Alexis Barthélémy, du Pinet, la faculté de prendre l'eau du ruisseau de Combres ou de Granou, « pour l'usage: d'un moulin à moudre le grain a lui et non celui, des autres », moyennant la rente annuelle d'un demi-carton de seigle payable au couvent. Le même jour, il afferme à Mathieu Rogues, tailleur d'habits, une terre dite de la Bessège, contenant quarante-cinq cartonnées sous la censive annuelle de six cartons de seigle et trois quintaux de paille de seigle. Le même jour encore, il afferme à Antoine Peyragrosse, de; Confolent, un coin de terre d'une coupe, moyennant une coupe annuelle de seigle (2).
Devenu prévôt du Chapitre après la mort d'Antoine Sordon de Créaux, il a son nom inscrit dans la liste des membres du clergé diocésain sous la date du 9 mars 1777.
(( En 1779, dit M. l'abbé Payrard (3), il est à la lête d'une fraction notable du Chapitre plaidant contre Mgr de Galard à propos de la dépendance immédiate du Saint-Siège dont se glorifiait l'Eglise du Puy. L'évêque semblait la méconnaître, dans lé titre du nouveau bréviaire et des livres liturgiques qu'il se proposait de faire imprimer. En 1781, il assistait à l'ouverture de la châsse renfermant les reliques de saint Georges, premier évêque du Velay. »
Le 10 décembre 1782, en l'absence du prieur de Laval, Plagnieu, notaire dé Chamalières, son procureur, reçoit en son nom une reconnaissance de Claude Chabanel, de la Bastide.
(( En 1786, continue M. l'abbé Payrard (4), il siégeait aux
(1) Minutes de Plagnieu, notaire de Chamalières.
(2) Minutes de Plagnieu, notaire de Chamalières.
(3) Nouvelle série de Mélanges historiques, T, pages 117 et 118. {à) Ouvrage cité, T^. {[8. .....
Elats paiiiculîérs du diocèse. La Révolution le trouva. inérbranlable dans ses convictions. Ayant refusé le serment, il se retira dans le prieuré de Conisse ou Connexe, près, de Grenoble, dont il était titulaire, et y mourut le i8 octo-' bre 1790. La note manuscrite et ancienne qui nous donne, ce dernier fait, ajoute que M. de Laval était aussi prieur de Saint-Firmin. »
Un collaborateur des Tablettes historiques du Velay Si écrit dans cet inappréciable recueil de documents (1) : « A la veille de la Révolution, Ghamalières borné à trois religieux et trois domestiques, possédait i84o livres de rente qui suffisaient étroitement aux dépenses « . Il voulait sans doute parler des trois derniers religieux dont nous allons donner les noms. Les cinq premiers que nous allons rencontrer, sous le priorat de Gharles-Borromée de Laval, avaient sans doute disparu.
Personnel du couvent de Ghamalières de illO à 1790 :
1. Jean-Baptiste Meyssat, sacristain, 17 août et 4 novembre 1770.
2. Guillaume-Ignace de Goys, religieux profès du Monastier, pitancier du prieuré conventuel des saints Gervais et Protais de Langogne, est pourvu par Gharles-Borromée de Laval, le II août 1770, de l'aumônerie de Ghamalières, vacante par le décès d'Alexis Pons ; il en prend possession le 17 du dit mois, assisté de Dom J.-B. Meyssat, sacristain.
3. Jean-Théofrède de Goys, clerc tonsuré, natif de Mézérac, paroisse de Présailles, prend possession de l'aumônerie de Ghamalières le 3 mai 1771, assisté de Dom Louis Parrel, prieur claustral, en présence de Jean-Louis Vigouroux, >curé de la paroisse (2). .