PRÉFACE
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OTRE excellent ami, M. Noël Thiotlier, à qui la science historique doit, entre beaucoup d'auires, le magnifique ouvrage, l'Architecture
RELIGIEUSE A. l'ÉPOQUE ROMANE DANS l' ANCIEN
DIOCÈSE DU Pu Y, nous écrlvait le 26 décem^ bre 1902 : « Savez-vous que nous aurons en idOU, au Puy, le grand congrès de la Société française d'Archéologie? La visite de Chamalières est déjà inscrite au programme. »
Cette lettre, disons-le, nous détermina tout de suite à reprendre le projet d'abord conçu dans un moment d'enthousiasme, mais ensuite abandonné pour divers motijs, d'écrire l'histoire du Prieuré conventuel disparu, où la divine Providence nous avait amené pournous reposer des fatigues d'un long et pénible professorat.
N'était-ce pas une témérité de vouloir fournir dans un an et demi, sans négliger nos devoirs professionnels, un travail où il s'agissait défaire revivre, avec leurs neuf siècles d'existence, un monastère bénédictin et les dix paroisses qui en dépendirent? Assurément oui, si nos précédentes études ne nous y avaient préparé et si nous n'avions su où puiser les renseignements nécessaires. Nous connaissions heureusement, pour l'avoir lu dans ses deux éditions (1), l'inappréciable Gartulaire DE Chamalières qui à lui seul, bien interprêté, devait nous instruire convenablement sur les trois prepiiers
(i) Edition Fraisse et édition Chassaing avec introduction poulr cette dernièh, de M. Antoine Jacotin. ' .
siècles du prieuré et de ses dépendances. Un éminent historien,- M. Truchard du Molin> dans la Baronnie de Roghe-en- Régnier 0), a porté sur ce document de premier ordre un jugement que nous ne pouvons pas ne pas reproduire :
« Ce document, dit-il, est la plus heureuse découverte, et, pourquoi ne pas le dire? la plus grande conquête que la science historique ait faite en Velay. Aucun autre ne touche d'aussi près aux temps légendaires et n'éclaire d'un tel crépuscule les ténèbres du moyen âge. Ce n'est pas une chronique, c'est encore moins une histoire. Qui donc au xii® siècle songeait sur ce coin de terre à nous laisser un récit quelque peu coordonné des événements passés et des événements contempo-^ rains? Le pauvre moine qui, sous l'inspiration du prieur Pierre de Beaumont, déchiffrait, classait et transcrivait en forme de registres les titres de son monastère, ne se doutait pas de l'intérêt que pourraient avoir un jour comme révélation d'un certain état social, ces brèves et froides analyses de contrats, en apparence poussière inerte de parchemins déjà vermoulus.
« Mais qu'un homme laborieux et modeste, voué au service de son église et à qui Dieu a donné la science par surcroit (2), publie une première édition de ce Cartulaire pour provoquer les érudits à y travailler comme lui, et que dans une série d'études dont les plus importantes sont encore inédites, vous apprenne à lir'e ces noms à physionomie barbare, ces dates incertaines, ces faits obscurs et à peine indiqués, alors se dessine à vos yeux en relief de paroisses et de châteaux la carte du pays en ces siècles reculés; car le Prieuré deChama- Hères, dès son origine, attirait à lui par la foi de cet âge, de presque tous les points de la contrée, et des fondations et des fils de famille qui y venaient, les uns seulement pour s'instruire, les autres pour y ensevelir leur vie. Sous ces vocables de saints patrons vous retrouvez les églises d'aujourd'hui, sinon dans la même architecture, au moins à la même place.
(2) M. l'abbé H. Fraisse, curé-doyen de Monistrol'Sur'Loire.
Des vieux donjons, rien ne reste, mais entre les lignes humbles et discrètes que trace le moine, on voit apparaître le rude déprédateur, la conscience troublée, rapportant au monastère le bien mal acquis, et demandant pour lui et pour les siens des prières et une honorable sépulture.
« Ce sont d'autres mœurs, c'est la vie sous un autre aspect
et dans d'autres conditions, mais le théâtre est le même, et au
fond, sauf le costume qui nous les déguise, ce sont nos propres
ancêtres qui jouent à. leur manière et avec plus de sérieux que
nous, l'éternel drame de l'humanité. »
Plus heureux que M. Truchard du Molin, nous avons eu à notre disposition, pour écrire l'histoire du Prieuré de Chamalières, une nouvelle édition du Cartulaire bien supérieure à celle de M. Fraisse, préparée celle-là par le regretté M. A. Chassaing et publiée par M. A . Jûcotin, qui l'a enrichie d'une savante introduction, d'un index chronologique des dates et de deux tables, l'une des noms de lieux et l'autre des noms de personnes.
Il nous a fallu cependant, pour compléter les renseignements du Cartulaire sur les trois premiers siècles du couvent et surtout pour retracer l'histoire des cinq siècles suivants, puiser à d'autres sources. Après avoir mis à contribution les publications déjà parues qui nous ont fourni relativement peu de matériaux, nous avons consulté les Archives départementales, celles des cures, des mairies, des études notariales et des plus anciennes familles comprises dans l'ancien ressort du monastère bénédictin. Elles nous ont été généralement ouvertes avec le plus grand empressement et la plus large bienveil^ lance.
Les Archives « plus dispersées que détruites », suivant Id juste remarque du chercheur émérite que nous citions tout à l'heure^ nous ont ménagé beaucoup d'agréables surprises. Elles ne nous ont sans doute pas révélé tous leurs secrets^ mais elles nous ont fourni néanmoins un ensemble de faits bien propre à nous faire comprendre les rapports de dépendance dû Prieuré vis-à-vis de l'Abbaye du Monastier-Saint-Chqff're^ set vie propre, son fonctionnement intérieur distinct, l'origine et
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l^ importance de son domaine temporel, l'étendue de la juridiction spirituelle de ses prieurs, les liens plus ou moins étroits par lesquels huit paroisses lui restèrent rattachées jusqu'au grand bouleversement social qui termina le xviii^ siècle et accumula tant de ruines matérielles et morales. Médeyrolles et Sollgnacsous-Roche, données d'abord à Chamalières au xi" siècle, en devaient être bientôt détachées. Nous ébaucherons cependant leur histoire jusqu'à la Révolution.
Nos recherches finies , et au moment d'entreprendre la rédaction de notre travail, nous avons éprouvé un vrai, mais bien compréhensible embarras. Comment procéder? Nous en tenir aux grandes lignes, porter des jugements généraux, donner des vues d'ensemble ? C'est ce que nous avons fait toutes les fois que l'abondance des documents et le souci de la véracité historique nous l'ont permis. Plus souvent, nous avons dû nous contenter de donner, dans l'ordre chronologique, la substance de pièces trop peu nombreuses pour nous autoriser à nous prononcer, nous avons réservé notre jugement. En aucun cas, l'esprit de parti si en honneur à notre époque troublée, ne nous a aveuglé jusqu'à nous jaire dissimuler le mal quand nous l'avons rencontré, même chez les nôtres. Nous avons ea d'autant moins de peine, non seulement à ne pas le cacher, mais à le dévoiler résolument, qu'aux heures les plus tristes de l'existence neuf fois séculaire de notre Prieuré, le bien l'a toujours emporté de beaucoup sur le mal. Nous avons cherché et trouvé les causes de quelques rares défaillances personnelles, non pas dans les institutions divines et religieuses, mais dans des institutions humaines telles que la commende, la subordination du pouvoir religieux au poui voir civil, dans l'infiltration au sein des monastères de l'esprit du monde qui en les faisant dévier de leur but primordial, a précipité leur ruine définitive et irrémédiable. Nous ne doutons pas que nos lecteurs, après avoir parcouru sans parti pris les pages que nous livrons à leur appréciation, ne soient tout à Jait de notre avis.