I. — Origines du chef-lieu et des villages
Beauzac est sans contredit une des plus anciennes paroisses du diocèse du Puy; nous constatons son existence au commencement du dixième siècle. Au temps du roi Raoul, entre 928 et 986, Bernard et son épouse Barneldis vendent à Guitger, prêtre de l'église de ce lieu, un champ au prix de quatre sous, Raoul lui-même donne au prêtre et à l'église une pièce de champ, appelée Marmontède (116). A la même époque lointaine, un autre généreux bienfaiteur, Abbon, donne au même prêtre et à la même église un champ, un pré et une ouche au lieu du Monteil; il reçoit en retour du prêtre une somme de quatre sous (ii8j.
Nous savons par le Cartulaire que l'église de Beauzac était, dès le dixième siècle, placée sous le vocable de saint Jean. En effet, sous le règne de Robert le Pieux, entre 997 et io3i, au mois de janvier, une dame nommée Constance donne à l'église Saint-Jean de Beauzac, une sétairéede champ, sise audit lieu, près de l'estrade commune (120).
Vers 1082, Adhémar de Monteil, évêque du Puy, donne au prieuré de Ghamalières toutes les églises comprises dans un rayon de cinq lieues autour de ce couvent, par conséquent celles de Beauzac (200). Le prieur possède dès lors, sinon avant, le droit de nomination à cette cure.
L'église de Beauzac avait d'abord appartenu à Guillaume de Baffle, évêque de Glermont, puis à Adhémar de Monteil, évêque du Puy. En 1096, le célèbre légat du pape à la première croisade la cède au monastère de Ghamalières, peut-être pendant le court interrègne qui s'écoula entre la mort du prieur Ebrard et l'élection de Jarenton, son successeur; car ils ne sont nommés ni l'un ni l'autre dans la charte que nous allons traduire.
tt Tous les chefs de la sainte Eglise doivent s'appliquer avec une vigilante sollicitude à consolider les œuvres qui inenacent ruine, afin que la construction de l'Architecte suprême ne chancelé pas. C'est pourquoi, moi Adhémar, évêque du Puy, tout indigne que je suis de la charge que j'ai
acceptée, je désire de tout mon cœur voir le bien s'accroître, tout aller du moins bien au mieux. Il y a donc dans notre diocèse un lieu appelé Chamalières où reposent le corps de saint Gilles et beaucoup d'autres reliques de saints ; les moines qui vivent en ce lieu répandent chaque jour de ferventes prières pour obtenir leur intercession permanente, le pardon de nos péchés et de ceux de notre peuple. Voulant donc pourvoir largement au vêtement et à la nourriture des serviteurs de Dieu qui le prient sans relâche et obtenir la rémission de nos péchés, je leur donne l'église Saint-Jean-Baptisle de Beauzac ; ce que je fais avec l'assentiment et l'approbation de mes clercs, en présence de Pierre, grammairien, chanoine de l'église du Puy, d'Ithier et de Gotestalc, archiprêtres, de Rencon, fordoyen, de Guillaume, prévôt, de Dalmace Malet et de Sylvius, son frère, et de Guillaume (^), évêquc de Glermont, à qui cette église appartenait. Cette donation a été faite sous le règne du roi PhiUppe (P'). Si quelqu'un veut l'annuler, qu'il soit toujours anathème de la part de Dieu (102). »
Devenue la propriété du monastère de Chamalières qui aura désormais sur elle le droit de collation, l'église de Beauzac n'en continue pas moins à recevoir des dons. Vers iioi, Bertrand de Bas, chanoine de l'église du Puy, en route pour Jérusalem, tonibe tout à coup gravement malade ; il fait son testament et donne à Saint-Gilles et à l'église de Beauzac toutes les dîmes qu'il avait si longtemps perçues injustement en ce lieu et dans toute l'étendue de la paroisse (io3). Un peu plus tard, entre io3i et 1060, Durand et son épouse Pétronille leur lèguent une étable avec cour, jardin, pré et bois au Monteil. Au nombre des témoins figure Robert, prêtre, qui donne
(1) Guillaume de Baffie fut élu évêque de Clermout après la mort de Durand, son prédécesseur, décédé le 19 novembre 1095, mais il ne fut sacré qu'à la fin de mars 1096. Il n'y a rien d'étonnant à ce que l'église de Beauzac lui ait appartenu par droit dé patronage, car la maison de Baffie possédait des biens et droits seigneuriaux dans la paroisse de Beauzac (Note de M. Chassaing.)
deux sous aux bienfaiteurs de l'église (i 12). A la même époque, damé Blandine leur cède le petit bois du Fayèt et des issarts sur le territoire de la paroisse (m). A la fin du xii° siècle, Pierre Roure, client de Vertamise, donne à Chamalières pour le repos de l'âme de son épouse qu'il a' enterrée en ce lieu, deux ouches à Beauzac, où le couvent a le quart et les dîmes (i5i). Il y a enfin à Beauzac, ajoute le Cariulaire, une appenderie (relevant dudit couvent) qui rend en mai un agneau, le quart et six deniers ; à Noël, udc héminé d'avoine et six deniers ; à la moisson, six deniers (33o). ' Laissons le chef-lieu et l'église de Beauzac pour nous occuper de ses villages, qui vont successivement faire leur apparition sur la scène du monde.
1. Lé Monteil, ac? Montilium, in Montilio. — Nous avons déjà vu Abbon donner à l'église de Beauzac, entre 928 et 986, quelques propriétés sises au Monteil (ti8). La dixième année du règne de Louis IV d'OuIre-Mer, en 946, au mois de janvier, Gotbrand donne à Ghamalières une terre et un pré situés aussi au Monteil ; il reçoit en échange trente sous de Lanfred, doyen du monastère (117). La quatrième année du règne de Lothaire, en 970, Gostavole et Géralde, son épouse, donnent à Ghamalières un demi-mas que Didier cultive au Monteil (ii5). Entre 1082 et 1089, Pierre Austorge dOnne au couvent de Saint-Gilles une appenderie au même lieu (i i4)-
2. Jalatoux, in Gelados, ad Gelaitivos, ad Ingelados. — En 986 ou 987, sous le règne de Louis V le Fainéant, Gausne, dame de Beaumont, et ses fils donnent à Ghamalières une appenderie à Jalayoux (109). En 1175, Gorde, dame de Beauzac, et ses fils cèdent au couvent vingt-cinq sous de rente annuelle à prendre au même lieu, paroisse de Beauzac (i24). Jalayoux, donné par le Cartulaire comme faisant parlie de cette paroisse, appartient aujourd'hui à Retournac.
3. Brenas, in villa de Brenatis, ad Bernaz, in Brenatis. — Au temps de Hugues Gapet, entre 987 et 996, Achard, clerc, donne à Ghamalières un mas à Brenas, paroisse de Saint-Jean-de-Beauzac (io5). Sous le règne de Robert le Pieux, entre 1021 et loaS, un nommé Guillaume donne à
notre monastère un autre mas sis au même lieu (lo/»). Au douzième siècle, il y avait là un mas relevant de Chamalières qui rapportait annuellement trois seliers blé, deux setiers avoine, deux gélines et quart et deux agneaux (329).
4. GoNFOLENT, m Confoletite, de Confolento. — Ce lieu apparaît pour la première fois sous le règne de Hugues Capet (988-996). Comme il y avait là un prieure dépendant d'abord du Mon astier, puis de Chamalières, nous en reparlerons.
5. Saint-Privat, ifi perochia Sancti Privatl, martyris. — Ce lieu aujourd'hui disparu, sur lequel nous reviendrons, est men lionne par le Cartulaire de Chamalières comme existant au commencement du xi* siècle.
6. MoxTORTiER, ad Montem Torteriiim. — Au temps du roi Henri V% entre io3i et 1060, Bertrand donne à Chamalières le Mont Tortier, ainsi qu'un bois et des issarts (no).
7. Ghiseneuve, a Chesanova, ad Casam Novain. — Entre io3i et 1047, Gérald de Ghalencon, chanoine, donne à Chamalières un mas sis à Chiseneuve (202). Cette localité est encore mentionnée par le Cariixlaire entre 1074 et i ro8 (2o3). A la fin du douzième siècle, Guillaume Ebraud, chevalier, cède à Chamalières un autre mas en ce même lieu (i5o). Enfin, au douzième siècle, il y avait là une appenderie qui rendait chaque année un agneau, une hémine d'orge et une fressange ou laie de huit deniers (33o).
8. Saillent, in villa de Assalenz. — Au temps du roi Henri I", entre io3i et 1047, Géraud, chanoine de Chalencon, donne à Chamalières, entre autres biens, un mas au lieu de Saillent, lieu aujourd'hui disparu, qui se trouvait près du Thcil (202).
9. Les Révères, La Rovoiira. — En to37 ou io38. Ponce Naute donne au couvent de Saint-Gilles le tiers du mas des Révères, paroisse de Beauzac (3o3).
10. Masméat et Le Rocher, a Masmega, a Rocher, lieux disparus. — Entre 1082 et 1089, Humbert Ranulphe, son épouse et leurs enfants donnent à Chamalières le mas de Masméat et la moitié de celui de Rocher, paroisse de 'Beauzac (107).
I a. Entremont, ad Antremariz, lieu disparu. — Entre 1082 et 1089, Ponce Naute donne une appenderie sise à Entremont, paroisse de Beauzac (il 3).
i3. PiROLLES, Pijairolas. — Entre 1082 et 1089, Humbert Gladius donne à Ghamalières un mas au lieu de PiroUes (108).
ilx- La Varenne, in manso de Varenis de Bausaco. — Entre 1082 et 1089, Pierre Naute abandonne à Dieu et au bienheureux Gilles la dîme et tous les droits qu'il possédait sur le mas de La Varenne, paroisse de Beauzac (i i3).
i5. LioREC, Sous-le-Theil, Bransac et Vaures. — Par actes de 1162 et du 4 janvier 1164, Pierre Dédier, chevalier de Mézères, devenu moine de TourUus (Saône-et-Loire), donne au couvent de Saint-Gilles les dîmes qu'il perçoit dans la paroisse de Beauzac, aux lieux de Liorec, PiroUes, Sous-le- Theil, Bransac et Vaures, plus cent sous, un habit et un lit (71).
16. Le Cortial, in villa de Cortil. — Le 21 octobre 11 63, Guillaume Arbert, chevalier de Ghalencon, donne en mourant au couvent de Ghamalières un repas annuel et une rente d'une hémine de froment à prendre au Cortial (78).
17. La Ghazotte, Casota. — Le 11 novembre ii63, Auraar d'Artias, clerc, donne à Ghamalières une appenderie sise à la Ghazotte, paroisse de Beauzac (79).
18. Ghaussag, Chausac. — A la fin du douzième siècle, Gaucerand d'Artias donne à Ghamalières une ferme située à Ghaussac (i44).
19. Le Viallard, del Vilar. — A la fin du douzième siècle, Aumar d'Artias et Durand, son frère, donnent au couvent une rente de deux setiers seigle à prendre au lieu du Viallard, près du Mont-Ibis, aujourd'hui de la Madeleine (i4o).
IL — Esquisse historique de ii55 a 1790.
Le pape Adrien IV, par bulle du 17 avril 11 55, accorda ou plutôt confirma solennellement à Béraud, abbé du Monastier., la possession de plus de deux cent trente églises, entre autres,
de celles de Beauzac, ainsi que le droit d'y nommer des titulaires '^). En accordant certains privilèges à la même abbaye par bulle datée du i" avril 1 179, le pape Alexandre III plaçait sous la dépendance immédiate ou simplement médiate de ce couvent bénédictin, entre beaucoup d'autres églises, celle de Beauzac, ecclesiam de Bauzaco, et lui reconnaissait explicitement le droit d'y nommer des titulaires (1).
Au siècle suivant, le pape Clément IV, ancien évêque du Puy, confirme par bulle de 1266 ou 1267 aux religieux bénédictins de Saint-ChafTre et sans doute au prieur de Ghamalières tous leurs droits de collation ou autres sur la paroisse de Beauzac (3).
Les Chroniques de Médlcis, bourgeois du Puy (4), nous apprennent que, vers i456, le curé de Beauzac, archiprêtré de Monislrol, donne quatre cartons de seigle chaque année pour le pain du saint sacrifice à Vhostier de Saint-Pierre-le- Monastier, au Puy.
Par testament du a4 janvier 1477, Biaise Pastouret, ancien curé de Mercœur, originaire sans doute de Beauzac, élit sa sépulture dans le cimetière de ce dernier lieu, tombeau de ses prédécesseurs (5).
D'après le Pouillé de i5i6 pour la levée des décimes, le curé de Beauzac est taxé vingt- six sols (6).
Une inondation de la Loire survenue le « V^ des ydes de septembre » (9 septembre 1659), emporta « le pont de Bouzac construit de pilles et planchiers, en a mené une pille et cousterait de le redifïîer quatre cents livres 0) . »
D'après un Pouillé du xviii" siècle, la cure de Beauzac est taxé six cents livres (8).
(1) Gallia Christiana, t. Il, col. 767.
(2) Ulysse Chevalier, Cartulaire du Monastier, pages 178 et 179.
(3) Ibid., pages 191 à 198.
(4j T. II, p. 167.
(5) Archives départementales de la Haute-Loire, G. 18» fol. 22.
Iq) Archives nation,, QH, M. Adiè'^o.
(7j Abbé Payrard, Mélanges hist., I, p. 87.
lii) Tablettes hist. du Velay,iy,ip.Aii1.