‹ Le prieuré conventuel de Chamalières-sur-Loire [microform] ordre de Saint-Benoit, observance de Cluny, dépendant de l'Abbaye du Monastier-Saint-ChaffreChapitre 7 sur 132 · MOINE BÉNÉDICTIN · texte numérisé non relu

MOINE BÉNÉDICTIN

D'après une fresque du chœur de l'église.

T(elcvè de M. Léon Giron.

Photographie de M. Vaieille, au Ptiy.

du matin. De matines jusqu'à prime, vers les six heures, le temps libre était consacré à la lecture, à la méditation, à l'étude des psaumes. Après la récitation de prime, on allait au travail jusqu'à dix heures où, à la suite de la récitation de nones, on prenait le principal et pour ainsi dire Tunique repas de la journée. Après ce repas, le travail reprenait comme le matin.

Les Bénédictins faisaient cependant deux repas de Pâques à la Pentecôte. Au repas principal, on leur servait deux portions, une livre de pain et une hémine de vin, dont ils devaient garder le tiers pour le souper, quand ils n'étaient pas tenus au jeûne. Ils devaient jeûner les mercredis et vendredis de la Pentecôte au i3 septembre ; tous les jours du t3 septembre à Pâques. L'abstinence de la viande était perpétuelle même pour les enfants. Seuls les malades pouvaient user d'aliments gras.

Le vêtement des disciples de saint Benoît se composait d'une cucule et d'une tunique, noires dans certaines observances, blanches dans d'autres. Un scapulaire toujours noir, remplaçait la tunique pendant le travail (Fig. i). Chaque moine avait deux cucules et deux tuniques, ce qui lui permettait d'en changer la nuit, de les laver et de les raccommoder ; il avait, de plus, un mouchoir, un couteau, une aiguille, un poinçon pour écrire et des tablettes. Les lits consistaient en une natte ou paillasse, un drap de serge, une couverture et un chevet.

Les Bénédictins mêlaient au chant de l'otTice et aux exercices de piété la culture des terres, les travaux littéraires et l'enseignement. Peu de temps après la fondation de leur Ordre, ils se répandirent dans toute l'Europe et ne tardèrent pas de se diviser en plusieurs congrégations différentes. Les principales furent celle de Gluny, formée vers 910; de Cîteaux, fondée en 1098 ; du Mont-Gassin, en i/io8 ; de Saint- Vanne, à Verdun en Lorraine, en iGoo; de Saint-Maur, en 162 I.

La Congrégation de Saint-Maur avait pour maison-mère l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés à Paris et possédait une

belle résidence près de Vincennes, à Saint-Maur, d'où lui vint le nom sous lequel elle est connue. Elle compta parmi ses membres Mabillon, Sainte-Marthe et d'autres savants qui exécutèrent les travaux les plus précieux pour l'histoire religieuse et civile.

Il résulte de recherches ordonnées par le pape Jean XXII que l'Ordre de Saint-Benoît avait donné à l'Eglise, depuis ses origines jusque vers i33o, vingt-quatre papes, deux cents cardinaux, sept mille archevêques, quinze mille évoques, quinze mille abbés, plus de quarante mille saints et bienheureux (1).

Il n'entre pas dans notre plan de nous étendre plus longuement sur l'Ordre de Saint-Benoît en général ; nous allons nous occuper exclusivement de la congrégation de Gluny, et ici encore, après avoir dit quelques mots seulement de cette observance et de l'abbaye du Monastier-Saint-ChafPre qui en relevait, nous étudierons en détail le prieuré de Ghamalières placé sous la dépendance immédiate de cette dernière abbaye.

La grande abbaye de Gluny se trouvait à vingt kilomètres de Mâcon, en Saône-et-Loire. Fondée au x® siècle par Bernon, abbé de Gigniac, avec les libéralités de Guillaume l°% duc d'Aquitaine, réformée en 980 par saint Odon, elle était chef d'Ordre. Elle compta parmi ses abbés Pierre le Vénérable et le cardinal Louis de Guise. En 1770, l'Ordre de Gluny possédait plus de six cents bénéfices et deux mille maisons, entre autres l'abbaye du Monastier-Saint-Ghaffre. Il fut dissous en 1790(2).

L'abbaye vellave du Monastier fut fondée vers 670, suivant les uns, plus probablement vers 680,. selon les autres, par Galmilius ou Garméry, saint personnage issu d'une famille sénatoriale d'Auvergne, qui gouvernait alors cette province sous le titre de duc. Elle était située sur la Golence, affluent de la Loire, à vingt kilomètres au sud-est du Puy-en-Velay,

(1) HÉLYOT, Dictionnaire des Ordres Religieux, édition Mignb, auX mots saint Benoît et Bénédictins.

(2) LoBAiN, Histoire de l'Abbaye de Cluny.

et porta d'abord le nom de son fondateur, Carméry. Le pieux et généreux fondateur avait élevé près de son monastère, ce qui était indispensable pour son fonctionnement, une église en l'honneur du Prince des Apôtres. Il le peupla de moines demandés à Lérins, qui eurent le bonheur de voir à leur tcte, en qualité d'abbés, plusieurs saints.

Le premier abbé du Monastier, saint Eudes ou Eudon, né d'une famille noble d'Orange, avait été archidiacre de Saint- Paul-Trois-Ghâteaux. Il renonça à cette dignité pour pratiquer dans le cloître les conseils évangéliques : il se fit moine à Lérins, d'oii il vint au Monastier. Il s'appliqua à faire fleurir dans ce couvent les plus belles vertus et émigra de cette misérable vie vers l'an 600, d'après quelques historiens, vers 700 seulement d'après d'autres. Il eut pour successeur son neveu Théofrède, né aussi à Orange, qu'il amena de Provence, à l'occasion d'un voyage qu'il fît au pays de ses ancêtres.

Formé à l'école d'un oncle si vertueux, saint Théofrède marcha à grands pas dans les voies de la sainteté. Il se distingua dans le gouvernement de son abbaye par sa prudence, sa douceur, son zèle à promouvoir l'observation fidèle des trois vœux, l'assiduité au chant de l'offîce divin et à tous les exercices de pitié. Il ne se contenta pas de sanctifier ses religieux, il se mit aussi à convertir les peuples environnants. « Il s'attaqua, dit Ulysse Chevalier (l), aux superstitions païennes, encore fort répandues dans ces contrées ; irrité des coups qu'il portait à leur religion, les idolâtres se précipitèrent sur lui et le lapidèrent sous le règne de Clotaire II (618-628). Suit une longue période obscure et pendant laquelle l'incendie ou les Sarrasins ravagent le Monastier. »

« Toutefois ajoute le même historien, ces données (de la Chronique et du Cartulaire du Monastier) ne sont pas à l'abri de toute contestation. Mabillon, Lecoinle, le Gallia Christiana, les auteurs de l'Histoire du Languedoc, les BoUandistes et les autres érudits qui ont étudié les origines du monastère de

(1) Cartulain du Monastier, introdaction, pages xi et xii.

Saint-GliafFre, placent la mort de saint Théofrède entre les années 728 et 782, le 19 octobre. La version la plus accréditée veut que les Sarrasins aient envahi le couvent dans cette même expédition (732) où ils devaient se faire broyer par Charles Martel. Les moines, sur les instantes prières de l'abbé, s'étaient cachés dans les bois voisins ; seul Théofrède gardaij; la demeure devenue déserte. Les infidèles, ne pouvant obtenir qu'il leur découvrît la retraite de ses religieux, le tourmentèrent cruellement, et d'un coup de pierre retendirent sur le sol à demi-mort. »

« Si l'on admet ce récit, qui est celui de l'auteur anonyme d'une vie de saint Théofrède antérieure à l'an 1000, il faut reculer jusqu'à la fin du vu" siècle la fondation du Monastier et renvoyer vers 700 la mort d'Eudon, oncle de saint Théofrède ; car il est manifestement impossible que le gouvernement de Théofrède se soit prolongé pendant l'espace de cent trente ans. Aussi ces mêmes érudits font-ils graviter vers l'an 680 (et non vers 670) les actes relatifs à saint Garméry. »

Ruinés par les Sarrasins, l'église et le couvent du Monastier furent relevés par les évêques du Puy et les rois de France. L'évêque Basile fit rebâtir l'église en 778 et Louis le Pieux, alors roi d'Aquitaine, restaura le monastère dans les premières années du ix^ siècle.

Au x" siècle, Gotescalc, devenu de simple religieux du Monastier abbé de ce couvent et évêque du Puy, introduisit la réforme dans son abbaye et lui donna les bourgs de Rosières et de Ghamalières, ainsi que les villages de Golence et de Ventressac. Dalmace, son successeur, lui unit le prieuré de Ghamalières, qu'il venait de fonder. Le couvent prend dès lors le nom de Saint-GhafTre, en l'honneur de son second abbé, et l'appellation de Garméry, sous laquelle il était désigné, devient très rare.

L'abbaye du Monastier, dont nous n'avons guère plus à nous occuper, fut autrement importante que le prieuré dont nous allons esquisser l'histoire. Le 17 avril 11 55, le pape Adrien IV lui confirme, dans la personne de Béraud, son abbé, la possession de plus de deux cent trente églises. Le

i"" avril 1 179, le pape Alexandre III adresse à l'abbé Guillaume de Varces une bulle où l'on trouve énumérées toutes les dépendances du monastère, églises ou chapelles, au nombre de deux cent trente-cinq. Par une autre bulle solennelle de 1 265-1 268, le pape Clément IV prend Saint-Chaffre sous sa protection et lui confirme la possession des mêmes dépendances, dont il donne la liste.

Le couvent eut beaucoup à souffrir, au xiv" siècle, des attaques des Routiers et des Compagnies anglaises, et à la fin du XVI' siècle, des guerres religieuses qui déchiraient la France.

Quels rapports entretint-il avec l'observance de Cluny? Il nous est difficile de le préciser en détail avant le xv" siècle ; nous savons cependant que Jean de Bourbon, évêque du Puy et chef de la grande colonie bénédictine, fonde à perpétuité, le 4 octobre i484, pour sa famille une messe quotidienne à l'autel de la Sainte Vierge dans l'église abbatiale de Saint- Chaffre, pour laquelle il lui lègue une somme de douze cents livres tournois (1).

Les Archives nationales, à Paris (2), conservent un certain nombre de pièces relatives à l'union de l'abbaye de Saint- Chaffre à la Congrégation de Cluny : elles portent les dates des 24 juillet et 25 novembre 1667, ainsi que l'approbation royale du i3 mars 1668.

« Les abbés du Monastier, dit l'historien Arnaud (3), avaient séance dans le chœur de la cathédrale du Puy et y étaient reçus avec beaucoup de cérémonies, lorsqu'ils se présentaient pour la première fois. Ils faisaient alors le serment de garder fidèlement l'ancienne union fraternelle qui existait entre le monastère et le chapitre de cette église. « Ils avaient aussi le droit de siéger aux Etats particuliers du Velay.

L'abbaye avait sous sa dépendance les prieurés de Saint- Pierre du Puy et de Saint-Gilles de Chamalières en Velay, de Sainte-Enimie et de Langogne en Gévaudan, de Sévérac en

(1) Archives dép. de la Haute-Loire, f. du Monastier.

(2) Grand Conseil, registre des Enregistrements, 1664-1668.

(3) Hist. du Velay. \, M.

Rouergue, plus le prieuré et le couvent de Bénédictines de Freycenet-Latour, voisins du Monastier.

De l'abbaye, onze fois séculaire, dont nous venons de rappeler les principales prérogatives, il subsiste encore le couvent, l'église abbatiale classée comme monument historique et la statue en argent de saint Ghaffre, son patron. Nous n'en parlerons plus désormais qu'incidemment, lorsque l'histoire du prieuré de Ghamalières le demandera.

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