V. — SaINT^GeORGES-l'AgRICOL sous LA. RÉVOLUTION FRANÇAISE
Vente ces biens de la cure et ides communautés religieuses ; le curé-intrus ; persécutions exercées contre prêtres fidèles et contre les couvents.
En janvier 1791, notre municipalité reçoit du Directoire du Puy et fait placarder une affiche annonçant la vente des biens de la cure de Saint-Georges et des religieuses Augustines de Craponne, situés sur le territoire de notre commune, pour les mardis 5 et 19 juillet. Les biens à vendre sont : 1° deux prés, un pâturai et deux terres, dépendant de la cure, estimés 8o4 livres ; 2° quatre terres, situées à Fraisse, dépendant des Augustines de Craponne, estimées 484 livres ; 3° un moulin à quatre roues, un jardin, des prés, terres et bois, situés à Theux, appartenant aux susdites dames, évalués 3,5 10 livres (2).
Les biens de la cure sont vendus, le 19 juillet 1791, savoir : une terre à Daurier 35o livres ; partie d'un pré, à Baptiste Varenne 95 livres ; autre terre, à Fournerie, 186 livres ; une terre et un pré à Vital Vassel 33o livres (3).
(1) Sur les démêlés de la paroisse de Saiot-Georges avec la ville de Craponne, on peut consulter notre ouvrage : Saint-Georgesl'Agricol, la paroisse, les seigneuries, pages 39 à 47.
(2) Archives de la famille Pontvianne.
(3) Archives dép. de la Haute-Loiro, répertoire de la vente 45§ biens nationaux.
Le curé légitime de Saint-Georges-rAgricol, M. Julien Besset, ne fut pas seulement dépouillé des biens-fonds dont il avait l'usufruit, M. Régis Rome, son vicaire, et lui, furent encore privés de leur charge, chassés de l'église et de la cure, et remplacés par un intrus, du nom de Pierre-Gabriel Pergier imposé à la paroisse par l'évêqne constitutionnel de la riaule" Loire.
Pierre-Gabriel Pergier était originaire de Graponneet faisait partie de la communauté ecclésiastique de cette ville. 11 est nommé, le ii octobre 1789, membre du comité de la garde nationale « chargé de délibérer de concert avec les officiers municipaux ». Le 26 du même mois, il célèbre dans l'église paroissiale une messe à laquelle assistent la garde nationale, le Conseil municipal, etc. Le 7 février 1790, on lui refuse le droit de participer à l'élection de la municipalité, parce qu'il ne paye aucune imposition royale.
Nous trouvons encore dans les registres des délibérations de la municipalité de Graponne (1) les deux pièces suivantes concernant notre curé-intrus de Saint-Georges-l'Agricol.
1° Le 8 floréal an II (28 avril 1794)» la municipalité de Graponne fait droit à la pétition du citoyen Pierre-Gabriel Pergier, demandant de devenir instituteur :
« S'est aussi présenté aujourd'hui huit iloréal, Pierre-Gabriel Pergier qui, par une pétition à nous faite en date du vingt-trois germinal, s'est offert pour être instituteur de la jeunesse de notre commune, et lui enseigner la lecture, l'écriture, la grammaire française, l'arithmétique, un peu de géométrie pratique, les droits de l'homme, la morale, les devoirs du particulier et du citoyen, en un mot, ce que la Gonvention exigera qu'on leur enseigne.
« Vu son républicanisme le plus aA'^éré qui l'a toujours distingué depuis le moment de la Révolution française, sa parfaite obéissance aux lois, son dévouement à la patrie, attesté tant par notre commune que par celle de Saint-Georgesl'Agricol, dont il a exhibé un certificat de civisme en date du
(1) Archives dép. de la Haute-Loire, f. de Craponne.
vingtième germinal, vu et approuvé par les administrateurs du district du Puy, le vingt-huitième germinal, aussi vu et approuvé par le Comité de surveillance révolutionnaire, le Vingt-huit germinal, son renoncement volontaire et généreux à l'état de prêtre et d'ecclésiastique du i6 pluviôse, vu aussi le même jour par les citoyens administrateurs du district, vu aussi et approuvé par le citoyen Reynaud, représentant du peuple, le trente ventôse, qui le met en droit de jouir en citoyen du bénéfice et avantage des lois. Vu sa capacité à remplir les fonctions dont il se charge, le Conseil général assemblé, ouï l'agent national, a unanimement délibéré sur la pétition dudit Pergier, qu'il était admis à exercer dans notre commune les fonctions d'instituleur, et autorisé à jouir des droits et avantages accordés par la loi,' Et ont les délibérants signé et approuvé la rature de trois mots de la page cidevant. — • Signés : Garbil, maire; Delaigue, greffier; Grand, Astruc, Veyret, Delaigue, officiers municipaux ; Liogier, Nuel, Sellier, Bonfils, notables ; Bonjour, agent national. »
2° Le 20 floréal an II (9 mai 1794), pour se conformer à l'arrêté du 27 germinal du citoyen Reynaud, représentant du peuple :
(( S'est encore présenté le citoyen Pierre-Gabriel Pergier, âgé de trente-quatre ans, né dans cette commune où il habite depuis deux mois et demi, cy-devant curé constitutionnel de la commune de Georges-l'Agricol, canton de Craponne, qui a donné sa démission, remis ses lettres de prêtrise entre les mains du secrétaire du directoire du district du Puy, et renoncé à l'état de prêtre et d'ecclésiastique, le 16 pluviôse, qui a déclaré être célibataire, n'exercer ;d'autre culte que celui de la raison, et n'avoir aucune propriété. Son abdication \ue et approuvée par le citoyen Reynaud, représentant du peuple, le trente ventôse. »
Le prêtre jureur signe les registres des naissances, mariages et décès,' à Saint-Georges-l'Agricol, de septembre 1791 au 23 août 1793. Ces actes sont d'abord rédigés en style ordinaire, puis à partir de 1793 en style républicain de cette façon : X... est né (s'est marié avec Z.., ; est décédé et a été enterré)
le cinq nivôse, l'an 1°'' de la République une et indivisible. — Pergier, curé.
Les registres républicains sont tous écrits de la main du prêtre apostat, mais très mal tenus ; et comme si le malheureux avait peur de transmettre à la postérité un nom désormais flétri, il ne semble les signer qu'à regret; à la fin de l'année, lorsque la municipalité vient en faire l'inventaire et en prononcer la clôture (D.
Revenons aux prêtres légitimes. Sous prétexte de donner des ouailles à un pasteur sans troupeau, une proie au loup ravisseur, on leur interdit d'administrer les sacretnents et de célébrer les saints mystères môme en dehors de l'église profanée ; on oblige les fidèles, malgré les répugnances invincibles de leur foi et de leur conscience, à entendre la messe sacrilège d'un odieux renégat. Nous trouvons la confirmation de ces faits dans deux documents pleins d'intérêt, que nous allons reproduire.
i" Municipalité de Saint-GeorgeS'VAgricol, du 2" octobre 1791, jour de dimanche. — A Monsieur l'accusateur public,
« La municipalité de Saint-Georges-l'Agricol, instruite des intrigues et impostures que les ennemis de la chose publique employent pour égarer les habitants des campagnes ; voyant surtout qui les ci-devant curé et vicaire font tous leurs efforts pour insinuer dans tous les esprits que la Constitution sage et bienfaisante attaque la religion ; que c'est pécher mortellement que d'y adhérer... ;
({ Instruite que ces menées perfides ont égaré quelques citoyens et beaucoup de personnes du sexe qui, se dirigeant d'après ces conseils, méconnaissent les principes les plus sacrés de la religion... ;
« Considérant que par ce moyen ces prêtres réfractaires ont occasionné une division pernicieuse même dans la famille, mais dont la racine faible encore se serait desséchée, s'ils
(1) Archives de la mairie de Saint-Georges-l'Agricol,
•n*eussent point continué leur résidence dans cet endroit... ',
« Considérant encore que le sieur Rome, ci-devant vicaire, a été fréquemment aux villages de la paroisse et de celle de Saint-Julien-d'Ance pour y répandre les germes de ces principes imposteurs ;
« Considérant enfin que ces réfractaires ont établi dans la chapelle des Sœurs de Saint-Joseph un culte prétendu religieux, dont tout le but est d'entretenir les ignorants et les faibles dans une opposition constante à la loi ;
u D'après ces considérations, nous soussignés, maire et officiers municipaux, avons cru qu'il était de notre devoir de surveiller soigneusement la conduite de ces deux ci-devant fonctionnaires publics. En conséquence, nous attestons et dénonçons à qui en doit connaître, les faits suivants :
« i" Que ledit sieur Besset, ci-devant curé, et Rome, ci-devant vicaire, ont détourné plusieurs personnes de contracter mariage devant notre curé constitutionnel, sous le prétexte que leur mariage serait nul et les enfants qui en proviendraient illégitimes ;
(( 2° Le sieur Aubert, prêtre non conformiste, a fait sonner sa messe à l'église de paroisse et l'a célébrée ensuite dans la chapelle des Sœurs de Saint-Joseph. Au commencement de cette messe, le sieur Rome sollicitait les paroissiens à y assister en disant que c'était la meilleure qu'ils pourraient entendre de leur vie ;
« 3° Ledit sieur Rome avait annoncé qu'il irait célébrer sa messe à Sainl-Julien-d'Ance aujourd'hui, mais il a différé son départ jusqu'au moment où notre curé constitutionnel célébrerait la sienne, afin de détourner les paroissiens d'y assister ; en effet, il a promené au moment de l'entrée sur la place qui est au-devant de l'église et a conseillé publiquement aux paroissiens de ne pas y assister, qu'il dirait la sienne de suite après.
u En sorte que, certains de la malversation dudit sieur Rome, voyant que son plus grand moyen pour attiser les torches du fanatisme consistait dans le culte prétendu religieux qu'il avait établi dans l'église des Sœurs de Saint-Joseph, de
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concert avec ledit sieur Besset, en conséquence, nous y sommes transportés, décorés de nos écharpes, pour la fermer.
« Al l'entrée de la basse-cour, lesdites Sœurs nous ont traités, en criant hautement, de gueux, de coquins, de damnés, et autres injures atroces. Une d'elles, Agathe Pontyianne, dite sœur Saint-Jean, s'est oubliée dans sa fureur jusqu'à saisir nous maire aux cheveux (!), mais ayant quitté la prise un instant après, nous sommes entrés dans ladite église où nous avons trouvé ledit sieur Rome revêtu de son aube, l'avons invité à sortir de même que les assistants : ce qu'ayant fait, avons fermé les deux portes d'entrée extérieures de ladite église et y avons apposé les cachets de la municipalité.
« Mais, comme lesdites sœurs et notamment celle dite Saint-Jean, se sont rendues coupables à notre égard, nous croyons devoir indiquer les noms des témoins qui attesteront le fait...
« Et après avoir fermé ladite église, nous nous sommes retirés dans la maison d'un de nous pour y dresser notre verbal, et un moment après on y a conduit sa fille, âgée de cinq ans ou environ, en nous assurant que cette enfant avait resté après notre sortie dans la basse-cour des dites sœurs ; qu'elles l'avaient saisie et maltraitée par rapport à son père, notamment une nommée Delaigue, dite sœur Saint-Alexis, et l'auraient peut-être estropiée dans leur frénésie si quelques personnes ne l'eussent délivrée.
« Attestons en outre que Maria Duchamp, fille dévote, inspirée sans doute par ledit sieur Rome, entra le dimanche vingtcinq septembre dernier dans l'église pendant la messe de paroisse et disait aux assistants d'une manière scandaleuse de ne pas entendre cette messe, qu'elle ne valait rien.
(( Gomme l'intérêt public est grièvement compromis par les menées de ces prêtres et la conduite coupable de cette fille et desdites sœurs, nous avons cru qu'il était de notre devoir de dresser notre présent procès-verbal contenant dénonciation au sieur accusateur public et à qui il appartiendra. ,
« Fait et signé à Saint-Georges, lesdits jour et an. »
a" Procès-verbal de la Garde nationale.
En cinq mois les événements se sont précipités. Les fidèles de SaintTGeorges-l'Agricol se réunissent encore, s'il faut en croire la pièce que nous allons reproduire, chez les religieuses Carmélites et chez les Sœurs de Saint-Joseph ; cette consolation leur est bientôt refusée. Cette fois ce ne sont plus le maire et les conseils municipaux a décorés de leurs écharpes », mais les Gardes nationales qui, le fusil sur l'épaule, opèrent les perquisitions et interdisent les assemblées. On ne persécute plus seulement les prêtres qui ont disparu, mais on fait la guerre à des - religieuses inoffensives; on leur reproche de détourner les paroissiens d'assister aux offices du curé constitutionnel, oh les soupçonne d'accueillir chei elles les ennemis du bien public.
Le procès-verbal qui nous fournit ces renseignements, rédigé dans un style encore plus emphatique que le précédent, marque une nouvelle étape vers le régime sanglant de la Terreur. Le voici :
a Le i8 mars 1792, les Gardes nationales de Saint-Georgesl'Agricol ayant vu depuis longtemps avec le plus vif regret le désordre qui régnait et qui se propageait tous les jours jusque dans le tribunal même de la réconciliation avec le Dieu de paix que tout bon catholique adorera toujours avec crainte et tremblement : le mari entièrement divisé d'avec l'épouse, le fils d'avec le père, l'ami d'avec l'ami... ;
« Considérant encore qu'une jeunesse trop faible et trop crédule était exposée à tous les dangers ; et ce, à toute heure du jour ; le matin avant l'aurore, le soir en revenant de la cérémonie religieuse ;
u Voyant les bons citoyens vexés et tués (1) jusque dans le temple du Seigneur...;
« Fatigués enfin de ces désordres affreux qu'une hypocrisie
(i) Ce passage sué particulièrement la calomnie. Il n'y eut;' qu'un seul saus^culotte qui répandit sou saug, encore fut-il tué par les révolutionnaires de Graponne.
audacieuse a jusqu'à présent osé et ose encore couvrir du voile spécieux de la religion, nous nous sommes vus absolument forcés de nous rassembler avec tous les sentiments de paix, d'union et d'amour pour les lois que nous avons juré de maintenir jusqu'au dernier soupir et la dernière goutte de notre sang, pour, dans la paroisse dudit Saint-Georges- TAgricol, veiller à ce qu'aucun des ennemis du bien public ne vînt se réfugier dans ladite paroisse ; sur l'avis qui nous a été donné que quelqu'un de ces ennemis était venu coucher dans ladite paroisse pour, dans le tribunal de la pénitence, insinuer des principes incendiaires, nous nous sommes rendus avec toute la modération qui doit diriger tout bon citoyen, ami de la paix, chez les religieuses Carmélites et les Sœurs de Saint- Joseph pour leur demander si elles n'avaient chez elles aucune personne étrangère et suspecte, et avons dans le doute fait les recherches nécessaires à cet effet sans excepter non plus la maison dudit Rome, ci-devant vicaire. . .
« Considérant que nos femmes, enfants, parents, aveuglés par les principes aristocratiques qu'ils ont sucés, viennent en s'expatriant de leur paroisse pour se rendre dans la chapelle desdites Sœurs, malgré les avertissements qu'on leur a donnés; et ce, au coup de cloche indiqué pour les rassembler même aux heures des offices de la paroisse, avons demandé aux Sœurs de Saint-Joseph de vouloir pour un bien de paix et de tranquillité nous remettre la cloche qui servait à appeler les habitants de la paroisse, de même que les clefs qui servaient à fermer les portes extérieures de leur chapelle.
u Elles nous ont répondu, quant aux clefs de la porte extérieure, que ladite porte ne fermait pas à clef, mais qu'elles tiendraient toujours ladite porte fermée. Quant à la cloche, sur notre demande, elles nous l'ont remise, et de suite nous avons requis et enjoint à la municipalité dudit Saint-Georges de se charger de ladite cloche et la mettre en lieu de sûreté pour être présentée lorsque le besoin ou les circonstances l'exigeront .: ce qu'elle a fait de suite sur nos instances réitérées, en la plaçant dans la sacristie de l'église paroissiale, ainsi qu'il conste par le déchargement qu'elle nous en a donné.
« En foi de quoi tout ce que dessus, et avons signé ceux qui ont su le faire, »
Tels sont les faits principaux, à notre connaissance, qui se sont déroulés à Saint-Georges-l'Agricol pendant la Révolution française. Nous n'avons plus à enregistrer que des notes de bien moindre importance ; les voici dans leur ordre chronologique.
Le i6 juin 1798, la paroisse de Saint-Georges donne une de ses cloches pour la fonte des canons. Cette cloche ne fut pas transportée à Lyon, comme il avait été décidé. Après la Révolution elle fut achetée par les possesseurs du château de Paulin près Monistrol-sur-Loire. Elle se trouve aujourd'hui dans le clocher de Saint-Pal-de-Mons.
En pluviôse an 11 (janvier 179/»)» André Pontvianne, curé de Solignac-sous-Roche, prêtre réfractaire, et M.. Girard, de l'Estrade, paroisse de Saint-Georges, qui lui a donné l'hospitalité, sont amenés- prisonniers, pris par Denys Reynaud, commandant du détachement de Graponne, accompagné de Robert Laniel et de quatre gardes nationaux de Félines.