V. — Le Couvent de Saint-Joseph
Il fat fondé vers 1691. Le 18 juillet de cette année, Catherine Odier, de la Monzie, paroisse de Saint-Pal, Marie Fleuret, de Mans, paroisse de Saint-Maurice-de-Roche, Benoîte Fournerie, d'Ancette, paroisse de Saint-Julien-d'Ance, et Catherine Bœuf, de Fraisse, paroisse de Saint-Georgesl'Agricol, se constituent en communauté, en présence, entre autres, de Pierre Pontvianne, curé, et de Jean Boyer, vicaire de Saint-André. L'acte d'association nous fournit quelques autres renseignements intéressants :, Catherine Odier et Marie Fleuret avaient déjà acquis de Jean Torrilhon de VacheroUes une tevre pour y édifier un bas tlment pour leur communauté'; Marcellin Lanier, d'Ancette, avait fourni les tuiles nécessaires et donné pour tous droits paternels et maternels que Benoîte Fournerie pouvait prétendre sur les biens de feus Simof}
Fournerie et Catherine Carie, ses père et mère, « douze aulnes toile de ménage, cent soixante livres argent, sept setiers blé seigle, mesure de Craponne, une couverte layne de paysan ou pour icelle la somme de huit livres, un habit sargetle noire, avec deux jupes au-dessous, aussi sargélte noire, une paire souliers, une paire bas )>. Catherine Odier, Marie Fleuret et Catherine Bœuf s'engagent à laisser en mourant la moitié de leurs biens à la communauté .
Le a décembre 1696, le couvent nouvellement fondé recevait deux novices, Catherine ïhelleyre, fille de Jean et d'Isabeau Chabrier, de Chazelles, et Marie Salanon fille de Simon et de Jeanne Montagne, de la Garde.
Nous avons relevé dans les registres des décès de Saint- André les noms d'un certain nombre de religieuses de Saint-? Joseph.
Marguerite Gay, âgée de 56 ans, décédée le i5 juin 1747.
Marie Fournier, 72 ans, 4 février 1753.
Sœur Saint-Joseph, 3o ans, 10 juillet 1755.
Sœur Marie, 60 ans, 24 juillet 1761.
Sœur Madeleine, supérieure, 70 ans, 4 janvier 1767.
Sœur Saint-Joseph, 64 ans, 25 février 1768.
Marguerite Frayet, sœur des Anges, 3 avril 1768.
Sœur Saint-Jean, née Roiron, 36 ans, 16 avril 1769.
Au xvni" siècle, les sœurs de Saint-Joseph, de Saint-André, ne s'occupaient pas seulement de l'instruction des petites filles, mais aussi du soin des malades et des orphelines. Nous voyons, en efiTet, décéder chez elles, à cette époque, plusieurs personnes qu'elles avaient sans doute recueillies.
, Tels furent : Vital Montagne, âgé de 46 ans, décédé le 19 mai 1749; Marianne Aubert, 10 ans, nièce de la Sœur Notre-Dame, 10 mars 1769; Geneviève Aubert, 60 ans, 6 avril 1769.
Comme tous les autres couvents, celui de Saint-André eut à souffrir, pendant la Révolution, toutes sortes de tracasseries. Nous en trouvons des preuve? certaines dans les doçuiueiitsi qui suivent, : .
Pétition de Suzanne Jouve, cy-devant sœur de Saint-Joseph à Saint' André' qui demande la levée des scellés et des indemnités à raison des vexations qu'elle a éprouvées. .
ce Au citoyen représentant du peuple français, délégué dans le département de la Haute-Loire.
u La citoyenne Suzanne Jouve, cy-devant sœur de Saint- Joseph de la commune de Saint-André, canton de Saint-Pal, district de Monistrol, vous expose, citoyen représentant, qu'il n'y a sorte de vexation, et tracasserie que ne luy aye fait éprouver la municipalité de Saint-André, à elle ou aux autres filles associées à cette cy-devant congrégation, soit en leur envoyant des gardes nationaux qui mangeaient et buvaient dans leur maison et les mettaient à contribution, soit en leur faisant payer des amendes auxquelles elles ont été condamnées par jugements de police municipale sans aucun sujet ni motif, et desquels elles n'auraient pas manqué d'interjetter appel au tribunal du district d'Yssingeanx, si pour lors la terreur n'eût été à l'ordre du jour et si l'exposante n'eût appréhendé de nouveaux bruits et tracas de la part de cette municipalité.
c( La municipalité de Saint- André, non contente de tous ces excès, a encore fait traduire la pétitionnaire dans la maison de réclusion de Saint-Didier où elle a resté pendant sept mois, et pendant sa réclusion, ses effets ont été séquestrés, les scellés mis sur iceux et ne sont pas encore levés malgré les différentes demandes et sollicitations que la pétitionnaire a faites au juge de paix, et malgré qu'elle soit libre depuis la mémorable époque du neuf thermidor qui ne s'est cependant faite sentir réellement à laditte Jouve que dans le mois de frimaire dernier, époque où elle est sortie de la maison de réclusion.
« La municipalité, pendant son absence, de son authorité privée s'est mise en possession de la récolte que l'exposante , avait fait ensemencer, en la faisant ramasser et tourner à son profit, sans aucune reddition de compte.
(( En conséquence, citoyen représentant, la citoyenne Jouve a recours à vous pour que vous veuillez authoriser le tribunal du district d'Yssingeaux à reçeyoir malgré le laps du temps
l'appel qu'elle veut interjetter des jugements de police municipale rendus contre elle par la municipalité de Saint- André, attendu qu'alors elle n'osait le faire et qu'elle ne l'a pu non plus à cause de sa réclusion.
« Que vous veuillez ordonner que le juge de paix du canton de Saint-Pal procédera incontinent et sans délay à la levée des scellés apposés sur ses effets dont elle a le plus grand besoin,
(( Que vous veuillez enfin ordonner que la municipalité de Saint-André luy rendra compte de la récolte appartenante à l'exposante et que la municipalité a fait tourner à son profit pendant son absence et sa réclusion, et qu'elle luy payera à titre d'indemnité et dédomagement pour cause de dépenses exorbitantes et réitérées qu'elle luy a fait faire, soit pendant sa réclusion, soit pendant d'autres emprisonnements, soit enfin par tant de mauvais traitements, la somme dé cent livres ou telle autre qu'il vous plaira et rendrez justice.
Saiot-Ândré, le 30 ventôse an III" de la république française une et indivisible.
« Signé; Jouve w
A la suite de cette pétition on lit :
« Vu la présente pétition, considérant que les effets propres à la réclamante et utiles à son usage ne peuvent pas faire partie du domaine national, qu'ayant obtenu sa liberté, elle doit les recouvrer ainsi que la levée du scellé ; considérant que l'indemnité demandée et ses secours sont subordonnés à la vérification des faits énoncés, renvoie devant l'administration de ce district pour prononcer en connaissance de cause.
A Monistrol, ce 3 gernoinal l'an IIP de la république.
« Signé : Pierret »
Du 2 1 germinal l'an III", soit la présente pétition communiquée à la municipalité de Saint-André pour nous transmettre ses observations dans le délai de huitaine (ij.
(1) Archives du couvent de Saint-Joseph, de Saint-André-de- Çhalepcon ,
A l'exemple de Suzanne Jouve, Marianne Fraisse, religieuse elle aussi du couvent de Saint-Joseph, à Saint-André, adressa à son tour au citoyen Pierret une pétition où elle se plaignait de ce que des taxes arbitraires avaient élé imposées à la communauté, et de ce qu'on lui avait pris un setier de pain et vingt-quatre bouteilles de vin, parceque les sœurs avaient refusé d'assister à la messe du curé-intrus.
A la suite de ces pétitions, Pierret prit l'arrêté suivant ;
te Le représentant du peuple, en mission dans le département de la Haute-Loire, vu la pétition des autres parties, arrête que les scellés apposés sur les effets de la citoyenne Jouve soient levés de suite, etc. »
Les administrateurs du district de Monistrol prirent dans le même but, le 27 floréal an III, un arrêté conforme aii précédent :
« Arrête : ouï le substitut du procureur syndic que le juge de paix procédera de suite à la levée des scellés apposés sur les effets de la pétitionnaire, que le produit du bail à ferme, passé par la précédente municipalité et versé dans la caisse du receveur de l'enregistrement lui sera remboursé, ainsi que les grains qui peuvent être entre les mains de tous dépositaires et autres denrées, meubles et effets qui seront reconnus lui appartenir, et pour le surplus de la demande de la pétitionnaire le directoire la renvoie à se pourvoir par les voies ordinaires. Pour extrait conforme : Villeneuve P.> Massard, commis adjoint; »...