VI. • — Chapelle de Chaleincon
Par une matinée ensoleillée de mars dernier, nous nous dirigeâmes en compagnie d'un aimable confrère, M. l'abbé Fraisse, vicaire de Relournac, vers le village de Chalencon, pour y faire des recherches, dont nous allons donner le résultat bien satisfaisant. A la vue de l'antique manoir qui abrita une' de nos plus intéressantes familles féodales, la description
de ce lieu burinée par un puissant esprit, M, Charles Rocher, dans les Tablettes historiques da Velay (1), nous revint à la mémoire : elle a sa place tout indiquée ici, en tête de la notice que nous allons donner de la chapelle seigneuriale, devenue la propriété du pauvre village.
(( A mi-côte de la route à pic (de Tiranges à Retournac), sur les rives de l'Ance aux ondes claires et azurées, un humble village perche et grimpe sur les contreforts de la montagne. Ce village, entrevu comme dans un rêve à travers les éblouissements d'une descente vertigineuse, n'est rien moins que le berceau d'une famille illustre, dont la mître ou l'épée illuminé maintes pages de nos annales. C'est Ghalencon, d'abord le siège d'une puissante baronnie, plus lard d'un marquisat, et devenu maintenant un groupe de pauvres masures que l'on aborde par un vieux pont d'une seule arche, aussi hardi que solide, malgré son air fruste et primitif. Le hameau ofiTre les plus chétives apparences ; une chapelle, jadis annexe de l'église de Tiranges avec saint André pour vocable (2^, recueille de temps en temps la prière des fidèles ; quelques maisons à pierres sèches ceignent le sanctuaire rustique, s'étagent péniblement l'une sur l'autre et de loin ressemblent à ces chèvres qui, dans l'églogue virgilienne, s'appendent aux flancs des maigres collines. L'/iumu5 est rare dans ce coin aride, la végétation rabougrie, l'herbe courte et menue, mais là s'élève un trésor bien cher à l'archéologue : la vieille tour de l'historique manoir. Cette relique du moyen-âge s'encadre harmonieusement dans le site et en reflète la beauté sévère, Toutes les grandeurs de la race des Ghalencon et des Polignac semblent revivre dans ce débris. féodal, impassible témoin de tant de choses, et d'hommes disparus... Ah! s'il pouvait parler, ce donjon, morne et solitaire, quelles luttes, quelles joies et quelles douleurs ne redirait-il point ! Ce sombre aspect du lieu, les cimes et les abîmes, la vallée ombreuse
(1) Tome Vil, p. 482.
(2) Nous n'avons pu jusqu'ici contrôler Texactitudé de cette affirmation,
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étroitement resserrée entre deux versants abruptes, le noir feuillage et les pentes rugueuses, toute cette nature enfin, qui semble distiller le deuil des sépulcres, forment un décor splendide à la gravité des souvenirs. »
D'autres ont déjà dit ou sont en train de dire les gloires du château de Ghalencon (1). Notre rôle, plus modeste, se bornera à donner quelques notes sur sa chapelle.
Nous avons déjà vu Gérald de Ghalencon et son épouse Aialmodis, de concert avec les seigneurs de Beaumont, donner entre io3i et 1047 au prieuré de Chamalières, cette chapelle en même temps que l'église paroissiale de Saint- André (202). Lors de la constitution de la réfectorerie du couvent, le 1^' septembre 11 63, le prieur Pierre de Beaumont lui donne huit setiers de blé à prendre sur ce sanctuaire (77).
Les papes Adrien IV en ii55, Alexandre III en 11 79 et Clément IV vers 1267 placent la chapelle de Ghalencon sous la juridiction de l'abbé du Monastier et du prieur de Ghamalières. Nous n'en trouvons plus aucune mention jusque vers le milieu du xv^ siècle. A cette époque, aux environs de i456, le chapelain de Ghalencon donne annuellement douze deniers à Vhostier de Saint-Pierre-le-Monastier, au Puy, pour le pain du Saint Sacrifice (2).
A la fin du xV siècle, le 20 mars i483, Jean de Veyrines, issu sans doute de la famille noble de Veyrines, paroisse de Saint-André, devenu précepteur de la maison de Saint- Antoine, à Volaterres, en Italie, demande et obtient du pape Sixte IV cent jours d'indulgences pour tous ceux qui contribueront de leurs deniers à la construction et aux réparations de la chapelle de Saint-Loup, qui s'occuperont de la pourvoir de livres, de calices, de luminaire et d'ornements (3).
D'après Je Pouillé de i5i6, ou dénombrement des bénéfices
(1) TnucHABD du Moulin, dans un magnifique volume, qui se trouve à la bibliothèque du Puy, A. Jacotin, dans les Preuves de la maison de PoUgnao.
(2) Chroniques de Médicis bourgeois du Puy, II, p, 171
(3) Voir aux pièces justificatives, n" 13.
pour la levée des décimes, la chapelle perpétuelle du château de Ghalencon est taxée vingt sous, celles de Sainte-Croix et de Sainte-Catherine, au même lieu, trois sous chacune (l).
Le 2 octobre i635, François Ribeyron fonde dans la chapelle de Ghalencon sept messes annuelles, à dire à perpétuité à l'autel de Saint-Sébastien, la première le jour de la fête du saint, les autres les premiers lundi de janvier, février, mars, avril, mai et juin. Il lègue- cinq sols pour chaque messe (2). — Acte reçu Valicon.
Le 9 août 1644, Barthélémy Ribeyron, notaire royal et lieutenant, Vital Rosier, procureur d'office, et quelques autres habitants de Chalencon, voulant se conformer à l'ordonnance par laquelle Mgr de Maupas, évêque du Puy, visitant la chapelle Saint-Michel de Chalencon, prescrivait d'entretenir jour et nuit une lampe devant le Saint-Sacreméiit, s'engagent à fournir chaque année à cette fin un demi-quintal d'huile à prélever sur les habitants du lieu, plus à laisser une somme de dix livres affectée jusque-là au luminaire. — Stipulé dans la chapelle de Chalencon, en présence de M. Messire Antoine André, docteur en théologie et en droit, archiprêtre et chanoine dans l'esglize cathédralle Nostre-Dame du Puy, et M. Messire Jean-François Girardin.
A la même date, le 9 août i644> Mgr de Maupas rend une ordonnance motivée par la tentative faite par le chapelain et les habitants de Chalencon de s'ériger en paroisse. 11 y réfute tputes les raisons apportées par eux pour ce faire dans une supplique dont nous n'avons pu retrouver le texte ; il fait défense au chapelain d'exercer aucune fonction curiale dans la chapelle et déclare enfin « ladite église de Ghalancon n'être église paroissiale et lesdits habitans être véritables paroissiens de Saint- André )). Voici cette ordonnance à peu près dans toute sa teneur :
(1) Archives nationales, G^l, fol. 443, verso.
(2) Ce document et tous ceux qui vont suivre ont été tirés des archives de la chapelle de Ghalencon.
Ordonnance pour la chapelle de Saint-Michel de Chaîencon.
ik Nous, Henry de Maupas du Tour, évêgue du Puy, compte de Yelay, suffragant spécial du Saint-Siège, conseiller du Roy en ses conseils d'Etat et privé, abbé de Saint-Denis de Rheims et premier aumônier dé la Reyne régente, continuant la visite généralle des églises de notre diocèze et par exprès cejourd'huy, neuvième jour d'aoust mil- six cents quarante quatre, de la chapelle de Saint-Michel de Ghalancon, ayant veu l'état d'icelle sur la plainte à nous faitte par le sieur curé de l'église paroissiale de Saint André qu'en ladite chapelle de Chaîencon X..., prêtre et chapellain en icelle, s'ingérait d'y administrer les saints sacrements et faire les fonctions curiales sans son adveu et consentement, d'où naissoit grande division et désordre dans sa paroisse, attendu que les habilans dudit lieu se distrairoient des assistances et devoirs de leur église paroissiale, et refuseroient de se rendre contribuables aux réparations et autres nécessités de ladite église de Saint-André.
« Veu par nous la bulle des cardinaux du vingtième de may mil quatre cents huitante trois avec la fulmination d'icelle du vingt cinquiesme d'aoust audit an faitte par Pierre Audin, Ihors vicaire général au diocèze du Puy, à nous exibée en parchemin par ledit Montaigne avec huit sceaux y pendants, par laquelle ladite église est appelée chapelle et le vicaire d'icelle est nommé chapellain, ne paroissant d'ailleurs par aucun litre ny document que ladite chapelle soit érigée en paroisse, et que dans tous les actes et contracts cydevant passés, les habitans de Ghalancon soient appelles parroissiens de Saint-André, considéré aussi qu'en ladite chapelle n'y a aucun cimetière et que les habitans de Ghalancon sont enterrés au cimetière dudit Saint-André, et quoique par la suitte du tems on aye fait des saints tonds dans ladite chapelle, n'a toutefois apparu par aucun vieux registre que de tout tems le baptême y soit été administré, joint que le chapellain dudit Ghalencon ne jouit d'aucun dixme, mais seulement d'une vive rente de six septiers et demy donnés par le jadis seigneur de Ghalencon pour sa commodité et pour le service
de ladite chapelle qui est dans le clos et enceinte dudit château de Ghalancon, où lesdits habitans par tolérance avoient pris occasion de se distraire et se tirer de la parroisse de Saint-André, ayant sur ce ouy ledit chapellain de Ghalancon et habitans dudit lieu, pris les conclusions de notre promoteur sur icelles et autres raisons déduiltes en notre verbail.
« Avons dit et déclaré, disons et déclarons ladite église de Ghalancon n'être église parroissiale et lesdits habitans être véritables parroissiens dudit (Saint- André)... »
Un prêtre, du nom de Gibert Petit est vicaire du 5 septembre 1649 au 22 août 1681 d'une chapelle secondaire de Ghalencon. Entre ces deux dates, le 26 février i654, un autre prêtre, Jean Gortial, est vicaire de la chapelle principale. G'est ce dont témoigne l'intéresssant inventaire des reliques que nous reproduisons en son entier (26 février-27 septembre i654).
Du mercredi vingt cinquiesme febvrier mil six cens cinquante quatre, en la cour de l'esglize de Ghallancon sur l'heure de neuf heures du matin, sur l'advis qui nous a esté donné de l'absance de Messire Jean Gortial, vicayre, a esté proccddé à la vériffîcation des Sainctes Rehcques en présance de Messire Pierre Mercœur, prebtre et curé de Saint-André et de Messire Louys Pontvyane, prebtre et prieur de SoUignac ; ledit inventaire ainsin requis par honnorablc Glande Faure, ageant de service de Monseigneur (le vicomte de Polignac) a cest effaict- Les clefs de la première porte nous ont esté bailhées par Michel Bruhel auquel ledit vicayre les avoit layssées et la clef de la porte de l'armoire des Rehques trouvée sur l'autail et d'icelluy armoire et sieur Mercœur en a faict ouverture et apprès nous a exhibé les Reliques en forme que s'ensuict :
Premièrement une Groix d'argent ou il y a dedans du saint bois avec une petite chayne d'argent ;
Plus une autre petite Groix argent où il y a quelques boutons de pierres ;
Plus trouvé un petit coffre cuivré en forme de cassette fermant à clef où sont plusieurs pacquetz des relicques distraictes et séparées liées avec du taffettas avec les bilhiètes du nom de sainct ou saincte.
" Premièrement saint Jacques, saint Éenoid, sainte Anne, saint George, saint Anthoine, sainte Catherine, saint Estiene, saint Blaize, sainte Florance, saint Sébastien, saint Just, sainte
Appolonye, saint et autres pacquets non cottes où on tient
estre du laict de Notre-Dame, deux relicques, l'une de saint Loup dans une petite vaze d'argent, l'autre cuivre qu'est cesle de saint Enemond, et autres calices, tiltres et habits d'esglize que n'ont esté inventoriés, atandant y estre proceddé plus particulièrement. Lesdites clefs layssées audit sieur Faure quy s'en est chargé atandant l'ordre et volonté de mondit seigneur. Tous les susnommés ont signé avec moy Ribeyron, lieutenant, signé P. Mercosur, curé. Suis esté présent, Ponvyane, prieur, Faure. Ainsain proceddé, Ribeyron, lieutenant, Gallet, greffier.
Cejourd'huy dimanche vingt-septiesme septambre mil six cens cinquante-quatre, dans l'esglize de Ghallancon, est comparu M° Claude Faure avec Messire Pierre Mercœur, curé de Saint-André, quy a dict avoir en mains et CTihibé une lettre de Monseigneur le viscomte du vingt-cinquiesme du courant par laquelle est justiffié que l'intention de Monseigneur est que les Sainctes Relicques de la Sainte Chapelle soient et demeurent au pouvoir dudit sieur curé. Ledit Faure requiert que cella soict et qu'il soict proceddé au viza dudit inventayre précédant faict et signé par ledit sieur Ribeyron, lieutenant ; enfin ledit sieur Mercœur conjointement avec ledit Faure ayant trouvé en personne ledit Messire Cortial dans ladite chappelle et luy ayant réytéré la susdite expédition, a répondu vouloir obéyr aux ordonnances de Monseigneur. May s puis les jours passés il a faict voyage à Lion et parlé à Monseigneur et néanmointz a exibé les reliques et vériffiées et cy apprès invantoriées.
Premièrement a esté trouvé l'article premier estre en estât dudit inventaire.
Le second revyzé estre en estât*
Troiziesme, un coffret oii sont des relicques et le' tout recognu estre en forme et estât, et apprès ladite vériffication et exhibition faicte par ledit sieur curé de Sainct-André, ledit
Faure a requis sa décharge et que ledit sieur curé de Saînct- André aye à s'en charger jouxte les volontés de Monseigneur et à sa lestre, et à l'instant. Et à ladite vérifïication est intervenu le sieur procureur d'office en ceste cour, et ayant veu la lestre de Monseigueur, cousant que lesdites reJicques soient bailhiées souhs la charge dudit sieur curé de Saint-André et requiert qu'il aye à s'en charger pour en rendre compte et à condition que lesdites relicques demeureront dans ladite esglize et en l'armoire où elles ont esté trouvées et sans pouvoir estre transportées, ensamble lesdits tiltres.
Sur quoy nous dit Ribeyron, lieutenant, avons faict acte de la déclaration que le dit Messire Gortial a faict présentement, et toutes lesdites reliques se rapourtant au présant inventaire pour servir en ce que de raison, ensamble avec M*" Faure, et ensamble a été octroyé à ce que ledit Messire Mercœur, curé, a prins ladite exhibition et remis les mesmes relicques en mesme armoire où elles estoient. A cest effaict a gardé la clef en son pouvoir et s'en est chargé en bonne forme et submission à ce requizes. A cest effaict ledit Messire Mercœur signe avec ledit Gortial et Faure, le tout en présance de noble Jacques de Rochebonne, sieur d'Agier, que aussy signé Mercœur, curé, Gortial, prebtre, Monnatte, prebtre, Faure, Dagier, cappitaine, Ribeyron, lieutenant, Planchand, procureur d'office, ainsin signés en l'original.
Extraict prins sur son original par moy greffier soubsigné Gallet, greffier.
Receu coppie ce v° mars 1 663, Favet.
Je soubsigné confesse avoir eu et receu de sieur Jean Chaulet, prebtre et vicaire de Ghalencon, le contenu au susdit inventaire en ce qui concerne les Saintes Reliques de ladicte église, calices et ornements servant au service divin suivant et conformes à icelles, et ce comme envoyé pour faire le service en ladite église suivant la lettre de Monsieur l'abbé de Polignac datée...
La plupart des reliquaires dont il est question dans les précédents inventaires se voient encore dans la chapelle de Ghalencon.
Ne pouvant obtenir de s*ériger en paroisse, le chapelain et les habitants de Ghalencon sollicitent et obtiennent, à la fin du xvn" siècle, de Mgr l'Eveque du Puy certaines autorisations qu'il s'empresse de leur accorder, parce qu'elles peuvent alimenter la piété des fidèles sans porter préjudice aux prêtres de Saint André et sans nuire à l'esprit paroissial.
u Nous permettons à Messire Anthoine Géraud, vicaire de Ghalancon, d'exposer lo Saint-Sacrement et donner la bénédiction, dire grand'messe, faire la procession et de prescher ou faire prescher dans la chapelle dudit Ghalancon, les jours et festes de saint Loup.
« Fait à Monistrol le dix-septième septembre mil six cens huictante neuf. — Signé : Armand de Béthune, évesque du Puy. »
« Nous permettons qu'on presche et qu'on expose le Saint- Sacrement dans la chapelle de Ghalancon, ainsi que nous l'avons autrefois permis. — A Monistrol, ce 6 aoust 1695. Signé : L'évêque du Puy. »
Sur la fin du xvii° siècle, un simple particulier de Ghalencon avait enlevé de la chapelle la relique du Précieux Sang et se rétait appropriée. Informé de ce larcin sacrilège, l'évêque du Puy charge M. Antoine Olier, ancien curé de Tiranges, de la rechercher et de la remettre dans le lieu saint, d'où elle avait disparu.
M Sur l'advis qui nous a esté présenté qu'il y avoit autrefois dans le reliquaire de la chapelle de Ghalancon une fiole de cristal où l'on conservait une goutte du Précieux Sang, et que cette relique est présentement entre les mains de certains particuliers, nous avons prié M. Olier, ancien curé de Tiranges, de se transporter où besoin sera pour lâcher de découvrir les personnes qui ont cette précieuse relique, et pour leur ordonner de la remettre dans le reliquaire de ladite chapelle, et, en cas de refus, de nous en donner advis pour estre ordonné ce que de droit.
(i Fait à Tiranges, ce vingt-septiesme septembre 1698. — Girardin, vicaire général, n
Se conformant à l'ordonnance du vicaire général, dont il