‹ Le prince CoriolaniChapitre 28 sur 29 · ARMES PARLANTES · texte numérisé non relu

ARMES PARLANTES

C'était un spectacle fait pour inspirer la terreur. Le ciel, rayé de larges bandes aux couleurs violentes, présentait un de ces aspects que les peintres n'osent point rendre, craignant la critique imbécile du vulgaire. Les nuages violets, verts, orangés, couleur de sang, superposaient leurs bandes symétriques. A l'horizon, c'était du feu. Le soleil se couchait. En face du soleil couchant se dressait le géant qui mit un jour sa main lourde sur Herculanum et Pompéïa, les villes enseveUes : le Vésuve.

Le Vésuve avait son atmosphère propre et son état météorique qui ne ressemblaient en rien au reste du ciel. C'était un amas de vapeurs pesantes, roulées en nuages tordus comme ceux qui sortent de la bouche d'un canon. Des rais de foudre traversaient incessamment en zigzags étincelants cette masse de ténèbres dont les profondeurs s'éclairaient, mais le bruit du tonnerre se confondait avec les fracas de la montagne. C'étaient d'immenses murmures, des voix puissantes qui semblaient envelopper la ville. Le vent ne souflait plus. La terre frémisssait comme si la lave bouillonnante eût été là sous les pieds des spectateurs.

Ils étaient nombreux, les spectateurs. Les quatre cent mille habitants de Naples étaient là, dispersés sur le versant des collines, ou groupés sur les terrasses des maisons. Ils attendaient. La lave n'avait pas encore débordé.

Ils étaient là, les quatre cent mille spectateurs de Naples, et quatre cent

. mille autres disp>ersés dans les campagnes environnantes, dans les villes,

dans les îles, sur la mer, partout, car l'amphithéâtre est large autour de

pareilles tragédies. Dans le port, les vergues des na\'ires ployaient sous le

poids des matelots.

Les lueurs volcaniques devenaient plus intenses à mesure que la nuit tombait. D'étranges rayons projetaient une lumière éclatante sur le versant du mont qui regardait Naples. Le reste du volcan se détachait en silhouette. Il y avait un endroit qui semblait rayonner une lueur propre et presque surnaturelle. C'était là qu'on attendait l'éruption. Tous les regards s'y portaient. C'était l'espace compris entre les plans et les bouches de 1794, dans la partie sud du mont, au-dessus des Camaldules. Chose singuUère, aucune créature humaine n'apparaissait sur toute l'étendue du mont, excepté en ce lieu marqué pour la catastrophe finale. Avec des lunettes on pouvait distinguer là des hommes qui s'agitaient. Et à mesure que rougissaient les bouches du volcan, le nombre de ces hommes augmentait. De tous côtés, ces mots couraient : « La lave va déborder ! la lave va déborder ! »

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Parmi les navires du port, il y en avait un en partance : c'était le Pausilippe, de Marseille, qui commençait sa manœuvre d'appareillage. Le pont était encombré de passagers. Entre tous, deux se faisaient remarquer par leur belle tenue et les fortes lunettes qu'ils braquaient sur le volcan. Nous souhaitons que le lecteur domine son émotion en apprenant que ces deux passagers étaient Peter- Paulus Brown (de Cheapside) et sa femme Pénélope, échappés tous deux sains et saufs aux terribles dangers de leur excursion dans la montagne.

Peter- Paulus, avant de quitter cette détesbeule paisse, aurait bien désiré voir la destruction de quelque localité importante par la lave; mais il eut beau se prévaloir de son titre de sujet anglais, le patron du Pausilippe leva l'ancre à la marée. Pénélope descendit dans sa cabine et ouvrit ses tablettes. Son voyage y était raconté en ces termes :

a Royaume de Naples. — Provinces méridionales. — Montagnes. — Forêts. — Cavernes. — Je suis remarquée par plusieurs capitaines de brigands. — Leur timidité. — Laideur des femmes. »

Elle écrivit au-dessous :

a Naples, — Eruption du Vésuve, volcan situé près de cette ville. — Quelques passagers me remarquent. — Passagères laides. »

Les ténèbres grandissaient. Le volcan, flambeau immense et sans cesse plus éclatant, était seul désormais pour éclairer le paysage. Il est temps que nous disions au lecteur ce qu'étaient ces ombres humaines qui tranchaient en noir sur le flanc lumineux de la montagne, et qui excitaient, dans l'innombrable foule des spectateurs, une curiosité aussi grande que l'éruption elle-même.

Johann Spurzheim avait été bien servi par son nouveau lieutenant Aurelio Caffarelli. Celui-ci, homme de cour, s'était présenté successivement au palais Doria et au palais Coriolani, demeure du jeune comte Julien. Il avait dit à Lorédan : « Le comte Julien a caché votre sœur dans une villa située sur la route de Portici, au delà des Camaldules. » Il avait répété textuellement la même phrase à Julien, en changeant cependant le nom du ravisseur:C'étaitlecomteLorédanquiavaitenlevéetsequestré la sœur de Julien.

Nous n'avons pas oublié que Lorédan et Julien étaient surveillés dans leurs demeures respectives par la police particulière du roi. Il fallait lever cet obstacle ; il fallait aussi que les deux adversaires fussent armés. Cafi^arelli trouva une seule et même solution pour ces deux problèmes. Il procura au Doria, il procura au Monteleone, qui ne savaient tous deux comment lui témoigner la reconnaissance que méritait son zèle, deux costumes d'officier de la garde. C'était le prétexte, bien plus, c'était l'obligation de porter l'épée.

Les deux comtes parvinrent à quitter leurs palais à peu près à la même heure. Ils galopèrent un quart d'heure sans se rencontrer. Julien mit pied à terre le premier, parce qu'il avait coupé court à travers les champs et les jardins, plus près des bouches. Il n'y avait pas une âme dans les campagnes voisines. Dès la veille, toutes les maisons situées au versant méridiondi du mont avaient été abandonnées.

Le crépuscule commençait à s'obscurcir lorsque Julien, qui ne connaissait point la campagne de Naples, se mit à chercher son chemin au travers des enclos déserts, la menace év-idente du volcan lui défendait de couper à gauche. A droite, c'étaient des sentiers qui s'enchevêtraient à jverte de vue. L'embarras le prenait, lorsqu'il aperçut une manière d'escorte qui traversait les bosquets de la villa Saint- Ange. Le cortège se composait d'une chaise à porteurs fermée, et de quatre valets qui ne paraissaient point armés. Julien héla sa question, et une voix cassée sortit de la chaise pour lui dire :

— Suivez ce cavalier qui monte devant vous.

Julien prit sa course. Le cavalier portait l'uniforme de lieutenant de la garde, Julien avait sans doute oublié qu'il avait lui-même un costume pareil. Dès qu'il fut parti, la voix se fit entendre de nouveau dans l'intérieur de la chaise.

— Avancez ! ordonna- 1- elle aux porteurs le plus près possible sans sortir du bosquet I

Ceux qui avaient causé, ne fût-ce qu'une fois, avec le seigneur Johann Spurzheim n'auraient pas hésité à reconnaître cette voix.

Au bruit des pas de Julien qui courait, le cavaUer se retourna. Dès ce moment la nuit était tout à fait tombée, mais le volcan éclairait terriblement. Julien et le cavalier poussèrent à la fois un grand cri.

— Misérable ! dit Julien qui dégaina d'instinct comme s'il n'eût fait autre chose en sa vie.

Lorédan répondit, dégainant aussi et souriant avec amertume :

— Tu ne t'attendais pas à me trouver ici !

Ils fondirent l'un sur l'autre l'épée à la main. Lorédan, cavalier accompli, n'ignorait rien des secrets de l'escrime; Julien, au contraire, était novice. Mais c'était un de ces novices qui tuent les capitaines : cœur et griffes de lion ! Dès le premier choc, il passa sous l'épée de Lorédan et le renversa d'un coup de garde, car la pointe avait manqué le corps. Il laissa Lorédan se relever. Dans le bosquet, Johann disait tout bas à l'un de ses prétendus valets :

— Souvenez- vous, seigneur Aurelio, qu'ils doivent rester là Vnn et Vautre !...

Le Doria se remit en garde en murmurant :

— Seigneur, je vous remercie.

Et les deux fers se croisèrent de nouveau. Juhen avait gardé toute son impétuosité. Lorédan était sur la réserve. Il parait et rompait. Il y avait en lui désormais de l'hésitation. Plusieurs causes concouraient à cela : d'abord sa générosité naturelle; un seul coup d'œil lui avait démontré l'inexpérience de ce jeune homme qui venait de lui donner la vie. En second heu, aux lueurs croissantes que le cratère lançait en gerbe, il avait distingué plusieurs ombres à la lisière des bosquets de citronniers. Enfin, sur le penchant qui descendait à la route de Portici, il voyait une charrette de paysan qui s'avançait, attelée de deux buffles.

Sur le char, il y avait deux femmes : l'une d'elles, parvenue aux dernières limites de l'âge, était assise et tenait à la main son grand bâton comme un sceptre. L'autre, échevelée et toute pâle, s'agenouillait sur le devant de la

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voiture et tendait les bras en avant. On devinait qu'elle criait. Ce groupe, faisant face au foyer lumineux, était éclairée comme en plein jour.

Un grand bruit souterrain se fit. Une immense gerbe de flammes s'élança hors du cratère. Au loin, Naples, les collines, la mer et les îles sortirent brusquement de l'ombre. Puis après la pluie de feu, un noir nuage de cendres ramena pour un instant les ténèbres. Au loin, les spectateurs de ce prodigieux incendie se signaient et répétaient :

— La lave va déborder ! La lave va déborder !

Les cloches des monastères voisins tintaient le glas. Quiconque croyait en Dieu avait la prière aux lèvres. Johann Spurzheim dit au CaffareUi :

— C'est à prendre ou à laisser. Le moment est venu. Angélia et la fortune... ou ma vengeance, qui est la misère et la mort ! choisissez.

Le CaffareUi avait la tête baissée. Johann souleva le store de sa chaise et lui tendit un objet que l'ombre épaisse répandue par le feuillage des citronniers empêchait de voir distinctement. Cela avait à peu près la forme d'une béquille. CaffareUi prit l'objet et s'essuya le front qu'il avait en sueur. Johann poursuivit :

— Aussitôt que Julien de Monteleone va tomber sous l'épée de Doria, vous viserez au cœur de celui-ci... et vous serez un grand seigneur !

AureUo se coula jusqu'au dernier tronc du bosquet. Le combat continuait. La charrette avançait; on ne pouvait entendre les cris de cette pauvre femme, agenouillée et les cheveux épars. Le fracas du volcan augmentait de minute en minute.

Quand le nuage de cendre fut dissipé, Johann et ceux qui étaient dans le bosquet purent voir que le sang de Lorédan Doria coulait par deux blessures. La colère lui venait. Il commençait à serrer le Monteleone, dont le poignet malhabile se lassait.

Mais tout à coup les regards de Johann et de ses compagnons furent attirés par un spectacle inattendu. Une longue traînée de feu sillonna le versant sud-ouest du mont, dans la direction de Torre del Mauro. A ces lueurs nouvelles et plus vives une cavalcade véritablement fantastique apparut. A la tête marchait, ou plutôt dévorait l'espace, un homme enveloppé d'un long manteau rouge qui flottait au vent de sa course. Vous eussiez dit le génie fulgurant de ces immenses embrasements.

Il allait, il volait, penché sur le garrot de son cheval, qui semblait de feu. Derrière lui d'autres cavaliers suivaient. Le plus proche était de petite taiUe et ressemblait à une femme. A cette vue Johann parut frappé d'épouvante cria :

— Tire Aurelio !

Mais sa voix se perdit dans le bruit. Julien rompait à son tour, et se rapprochait du bosquet où Aurelio était en embuscade. La charrette s'arrêta soudain; les buffles refusaient d'avancer. Un épouvantable craquement avait déchiré la montagne. La bouche du cratère vomit une masse de feu bien plus considérable que la première, et aux alentours, le même cri sortit de huit cent miUe poitrines :

— La lave ! la lave !

C'était en effet la lave qui sortait. Pendant une minute ce nuage de cen-

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dres qui suit toujours chacune des convulsions principales, couvrit la scène comme un voile épais. Tout disparut : les combattants, les hommes du bosquet, la charrette traînée par les buffles, et la cavalcade qui venait de Torre del Mauro.

Puis un coup de vent chassa les nuages, et chaque détail du drame se montra de nouveau, noyé dans une ardente lumière. Le char était tout près la femme échevelée en descendait. Elle criait : Mon fils ! mon fils !

Julien de Monteleone, tenant son épée à bras raccourci fondait sur Lorédan, qui lui tenait la pointe au cœur. Caffarelli visait, appuyant son fusil à vent au tronc d'un arbre pour mieux assurer le coup. C'était l'instant suprême...

Vîtes- vous jamais la foudre tomber? Le cavalier au manteau de pourpre sortit du nuage. Ses éperons sanglants labourèrent encore une fois le flanc de son cheval qui bondit, puis s'abbattit. Le cavalier, saisissant la selle au moment de la chute se trouva sur ses pieds. Il se précipita en avant à l'instant même où Julien et Lorédan se fendaient l'un sur l'autre.

Les deux épées lui traversèrent à la fois la poitrine en sautoir.

Il ne tomba pas. Le vent, en rejetant son feutre en arrière, avait découvert le noble visage du prince Fulvio Coriolani.

— Ma mère, dit-il à la femme échevelée qui se traînait en râlant, on m'avait gravé sur le bras autrefois l'écusson de Monteleone; voUà que je l'ai maintenant sur le cœur : le reconnais- tu?

Julien et Lorédan s'étaient reculés stupéfaits, devant cette poitrine où les deux épées restaient plantées en croix armoiries f nnèbres et parlantes !

— Mon fils ! mon fils ! mon fils ! prononça par trois fois Maria des Amalfi, Fulvio chancela enfin. Ce fut Fiamma qui le soutint dans ses bras. Fiam-

ma était ce cavalier qui le suivait de près sur la route. Derrière elle venaient Cucuzone et Ruggieri, puis Céleste et Angélia délivrées.

Le marin et le saltarello s'étaient élancés dans le bosquet, Caffarelli eut la tête cassée d'un coup de pistolet, puis Cucuzone et Ruggieri amenèrent la litière où était Johann Spurzheim.

Et la lave débordait parmi les prodigieux embrasements du cratère, d'où sortait maintenant une haute et large colonne de feu qui semblait soutenir la voûte de fumée aux tons de bronze sanglant. La lave coulait incandescente d'abord vers la lèvre de l'entonnoir, puis rouge, puis brunâtre : elle débordait lentement, incendiant tout sur son passage. Dès que son flot bouillant touchait le pied d'un arbre, l'écorce éclatait, les feuilles crispées se tordaient, l'arbre tombait. Au loin sur les collines environnantes, sur les terrasses de la ville, sur les navires que la mer ballotait, car l'ouragan était revenu dans le golfe, tous les spectateurs se disaient :

— Que font ceux-là si près de la mort? Ils auraient encore le temps de fuir ! '

Des montées les plus voisines, on distinguait bien, dans ce centre éclatant, l'homme habillé de pourpre. Les autres s'agenouillaient autour de lui, parce que la pauvre mère disait toujours, étranglée par les sanglots :

— Mon fils ! mon fils I mon fils !

Lorédan était à genoux, Angélia aussi, les yeux baissés, le cœur défail-

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lant; Julien de même, et Céleste qui pleurait. Le prince Fulvio, l'homme de pourpre, avait dit :

— Priez pour moi, ma mère, noble martyre I priez pour moi, Lorédan, mon ami d'autrefois, et vous donna Angélia, que j 'ai tant aimée ! Priez pour moi, Céleste et Julien, mon frère et ma sœur. J'ai péché, mais je meurs comme un Monteleone doit mourir I Je me repens, loué soit Dieu 1

Maria des Amalfi se traîna jusqu'à lui. Elle embrassa ses genoux. Fulvio Coriolani se baissa et mit un baiser sur son front.

— Je ne peux pas vous entourer de mes bras, ma mère, dit-il, parce que mes deux mains retiennent mon sang qui emporte ma vie.

Puis relevant la tête :

— Lorédan Doria, je vous accorde la main de ma sœur : qu'elle soit heureuse I Donna Angélia Doria, je vous prie de prendre pour époux Julien de Monteleone, mon frère Julien...

Sa voix trembla, mais il put ajouter :

— Que je voie vos mains enlacées avant de fermer les yeux pour jamais. On obéit : les deux couples se formèrent. La pauvre mère murmurait :

— Tu ne mourras pas I tu ne mourras pas ! Porporato eut un sourire triste et fier.

— Ma mère, répondit-il, celui dont la vie fut une tempête disparaîtra dans un coup de tonnerre. Loredano, et vous, donna Angélia, mon frère et ma sœur vous apportent un nom que la honte n'a point touché !

— Vivez, comte Monteleone ! murmura Loredano.

— Vivez, oh ! vivez ! répéta Angélia.

Céleste et Julien n'avaient point de paroles.

Porporato tourna la tête vers la lave qui venait. On sentait déjà le vent tiédir, et la terre brûlait sous les pieds.

— Nous avons encore cinq minutes, dit- il.

Puis, s'adressant à Cucuzone et à Ruggieri qui tenaient Johann Spurzheim :

— Lâchez ce malheureux ! ordonna- t-il.

Ils obéirent. Johann se prosterna.

— A l'heure de mourir, reprit Porporato, dont les yeux inspirés regardaient le ciel, on entend la voix des saints. Mon père me parle. Mon père ne veut pas être vengé. Johann Spurzheim, c'est la main du Très-Haut qui te frappera, moi j e te pardonne I

Le vivant cadavre mit sa tête dans la poussière; mais un sourire était sur ses lèvres crispées. Il se disait :

— Rien ne peut contre moi je les enterrai tous ! Porporato regarda encore en arrière.

— Fuyez tous ! commanda- t-il d'une voix impérieuse.

— Vous laisser ici. comte I objecta Lorédan.

— Sauve ma sœur I continua Porporato; Julien, sauve ton Angélia : la mort est à une minute de vous ! A ma mère I ajouta-t-il en s'adressant à ses deux fidèles Cucuzone et Ruggieri : je vous la confie.

— Et moi?... râla Johann Spurzheim.

Sa voix s'étoufiEa dans sa gorge. La main de Dieu ne se faisait pas atten-

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dre. La vieille Berta Giudicelli s'était glissée hors de la charrette. Elle avait rampé jusqu'à lui Ses deux mains se nouèrent comme un collier autour du cou de Johann, qui se raidit en une dernière convulsion La vieille Berta s'affaissa auprès de lui en prononçant le nom de Blanche, la fille de sa fille. La lave était à quelques pas.

Ils ne restaient plus que deux : Porporato et Fiamma.

Il n'était plus temps de fuir.

Fiamma leva son regard vers le ciel. Son visage rayonnait une joie profonde et tranquille.

— Loué soit ton Dieu, dit-elle, je le prie comme un frère, de toute mon âme. Je l'adore ! je lui offre mon repentir, ma vie et mon amour I Loué soit ton Dieu qui m'a choisie pour mourir avec toi !

Ils se mirent tous les deux à genoux.

Les fugitifs s'arrêtèrent au sommet d'un monticule, de l'autre côté de la route de Portici. La lave ne pouvait désormais les atteindre. Ils se retournèrent.

Ils virent dans un cadre effrayant et splendide ce tableau de mort, radieux comme une apothéose. Le prince Coriolaniet Fiamma se tenaient par la main : tous deux levaient l'autre main vers le ciel. Ils étaient si admirablement jeunes et beaux, que déjà l'esprit les voyait planer au-dessus de la terre. Ils souriaient et ils priaient.

Une auréole de feu était autour de leurs chevelures mariées. Et audessus d'eux le volcan jetait ses pluies de feu comme une gloire.

Le flot de lave pas«a. Il se fit un peu de fumée au-dessus de leurs corps submergés...

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