ACTE DEUXIÈME
HONTADE.
Et si elle ne veut pas régler cette dette ?
CHAMBERSAC
Alors il faudra qu'il fouille au fond de ses tiroirs et qu'il retourne ses poches. Moi, je peux toujours l'aider de cent trente mille.
MONTREJEAU.
A la bonne heure! Très gentilhomme ce que vous faites là!
CHAMBERSAC.
Ne vous moquez pas de moi. Je n'ai d'argent à prêter ù personne — excepté à gros intérêts. J'offre cent trente mille francs au prince pour son épée...
MONTREJEAU.
L'épée du connétable?
CHAMBERSAC.
Sans doute. J'ai commission pour plusieurs clients.
Mais mon cousin refuse, j'espère ?
CHAMBERSAC
Jusqu'à présent. En quoi il a tort.
MONTREJEAU.
Ça dépend.
CHAMBERSAC.
Qu'avez- vous? Cela vous étonne de me voir... trafiquer... comme un marchand, avec le nom que je porte?
MONTREJEAU.
Oui, et non.
CHAMBERSAC, indulgent.
Jeune homme !
MONTADE, à Montrejeau.
on voit bien que vous n'habitez pas Paris.
CHAMBERSAC.
J'en fais bien d'autres. Demandez à monsieur.
Il désigne Monlade.
MONTADE.
C'est vrai.
CHAMBERSAC.
Je vous scandalise? Que voulez- vous ! Aujourd'hui quand un noble sans fortune, ou ruiné, se refuse à mourir de faim — ce qui est son droit — il est bien forcé d'utiliser, en le perfectionnant, un des talents d'agrément qu'il possède, pour s'en faire un métier : les uns peignent ou sculptent...
MONTADE.
Et ne se vendent pas.
CHAMBERSAC
Les autres s'adonnent au dressage, concourent dans les tirs aux pigeons; quelques-uns, les beaux parleurs, embrassent la littérature, c'est la minorité.
MONTADE.
Heureusement !
CHAMBERSAC.
Moi je ne peins pas, je ne sculpte pas, je ne compose pas