ACTE DEUXIÈME
le prin^w.
Que le diable l'emporte, mon nom ! Vous finirez par me le luire prendre en horreur. 11 ^ a des moments où je voudrais m 'appeler Dubois ou Morin, pour qu'on me laisse un peu tranquille. On n'est jamais assez noble, assez princier vl assex i aladin pour vous, qui êtes née au faubourg Saint- Antoine, et dont le père faisait du beurrel
LA DUCHESSE
En honnête homme, monsieur !
Oui. Toujours nos noms ! Eh bien, quoi ! Nous les portons, et ce n'est pas faute qu'ils nous pèsent !
LA DUCHESSE
Vous ne les portez plus, ce sont eux qui vous portent.
A quoi nous sont-ils utiles, voulez- vous me le dire? Ils ne servent plus aujourd'hui que pour des plats. L'aristocratie française peuple les menus, et il y a un gigot d'agneau qui s'appelle comme moi. Quand donc vous mettrez-vous une bonne fois au niveau des idées modernes et ne me fatiguerez-vous plus avec les rengaines des vieilles gens du faubourg? La monarchie! mais elle est finie, depuis la Révolution ! finie comme les jabots, les talons rouges et les chaises à porteurs. Et nous aussi, la noblesse, qu'on appelle encore une classe privilégiée depuis que nous n'avons plus de pris, nous aussi nous sommes claqués, sinon à jamais, du inoins pour un bon bout de temps. Aujourd'hui on va à tout autre chose...
LA DUCHESSB.
On va à la guerre, à l'anarchie, à uoe seconde Terreur!
C'est possible, je n'en sais rien. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'on ne retourne pas à saint Louis. Aujourd'hui on ne croit plus à rien. Ah ! vous pouvez avoir un roi, allez, je \j vous défie de le faire sacrer. On rirait.
LA DUCHESSE
Taisez-vous, mon fils, et arrêtons cette discussion. Continuez donc de suivre le courant moderne, mais ne soyez pas étonné si moi je prends un grand parti. Dès demain je vais m'occuper de vous pourvoir d'un conseil judiciaire.
Vous ferez cela ?
LA DUCHESSE
J'y suis résolue. J'en ai assez.
Et moi aussi.
LA DUCHESSE
A merveille!... Mais si jamais, comme je le prévois, vous étiez forcé de vendre cet hôtel, rappelez-vous alors qu'à ma terre de Récigny aussi bien qu'à ma maison de la rue de Varennes, vous et votre femme vous êtes chez vous.
Jamais de la vie. J'aimerais mieux... donner des leçons dans un manège.
LA DUCHESSE
A votre aise.
C'est votre dernier mot ?
Le dernier.