ACTE TROISIÈME
MONTADE.
Oh! certainement. Lâché par sa mère, le prince a pu, grâce à vous, et dans les quarante-huit heures, payer sa dette à Son Altesse. Mais son triomphe a été de courte durée. Bientôt, pour satisfaire ses innombrables créanciers, il a été obligé de vendre hôtel, chevaux, et jusqu'à l'épée de ses pères!... Qui est-ce qui Ta donc achetée, à propos?
DE HORN
Je crois que c'est un Anglais.
MONTADE.
La duchesse a tenu parole, elle n'a pas aidé son fils d'un centime, elle l'a muni d'un beau conseil judiciaire, et il a bien fallu, sous peine de végéter à Paris, qu'il vînt accepter ici, à Récigny (Maine-et-Loire), l'hospitalité qu'elle lui offrait. Ah! il a été rudement maté!
Aussi, plus il va, plus il est de mauvaise humeur.
MONTADE.
Convenez que l'arrivée de M. Sorbier, son conseil, débarqué hier au château, n'est pas précisément faite pour le ragaillardir?
DE HORN
Qu'est-ce que c'est que ce M. Sorbier?
MONTADE.
Un vieux magistrat, républicain jusqu'aux os, ami de la duchesse, dans l'esprit de laquelle -il est en train d'opérer doucement une conversion très curieuse. Il n'y a qu'une personne ici à qui tous ces événements aient l'air detre
étrangers, c'est la princesse. Oh! celle-là! Elle est toujours aussi sémillante, aussi jolie...
DE HORN
Aussi désirable.
MONTADE.
Et aussi imprenable. (Geste de de Hom.) Ne protestez pas. Vous n'êtes pas plus avancé aujourd'hui que le soir où elle vous a demandé... conseil devant moi pour acheter du Turc. Et plus j'envisage votre situation, moins je la trouve bonne. Je vois bien tout ce que vous avez donné, mais je ne vois pas encore ce que vous avez reçu. Le mari vous a mis à contribution, et vous n'êtes toujours pas du Jockey? La femme a copieusement taté de votre amitié...
DE IIORN.
Et je tâterai de la sienne.
Ou, sans cela, il n'y a pas de justice. Là, je vais dire qu'on attelle.