ACTE TROISIÈME
coutraire. Oui, je n'hésite pas à vous le dire, j'ai regretté, et je regrette encore souvent de vous avoir repoussé quand voua ave*, demandé ma main à mon père, il y a trentecinq ans.
SORBIER
Trente-six.
LA DUCHESSE
Comme nous sommes vieux ! Vous étiez substitut. Mais qu'est-ce que c'est que ça, un substitut? Moi, m'appeler madame Sorbier? Fi donc! Comtesse, marquise, duchesse, \oi là ce que je serai... Si on savait ! Au lieu d'être aujourd'hui duchesse de Talaiset de pleurer mon existence gâchée, je serais la femme de M. Sorbier, ancien conseiller à la Cour, l'honneur et la droiture même; j'aurais de grands enfants qui ne rougiraient pas de moi et surtout qui ne me feraient pas rougir d'eux, je ne ferais pas partie du faubourg, on ne dirait pas : « Madame la duchesse est servie ». Mais madame Sorbier serait heureuse. Ah! pardonnez-moi, mon vieil ami, si j'ai péché par l'orgueil. Dieu m'en a punie cruellement en dégradant, comme à dessein, dans la personne de ce fils unique, toute cette noblesse que j'ai eu la sottise de vous préférer. Pardonnez-moi !
SORBIER
Je n'ai pas de pardon à vous accorder. Moi aussi, j'ai souvent pensé comme vous. N'en parlons plus!
La duchesse se lève et s'apprête à sortir. SORBIER.
Où allez- vous?
LA DUCHESSE
Visiter mes pauvres.
116 LE PRINCE tVAUREC
SORBIER
Je vous accompagne.
LA DUCHESSE
Ils sont plus intéressants que nous, allez!