‹ Le prince d'Aurec; comédie en trois actesChapitre 78 sur 85 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

DE HORN

Vous prenez sa défense !

LA PRINCESSE

Mais oui, je la prends !

DE HORN

Comme si vous n'aviez qu'à vous en louer. Le modèle des époux !

LA PRINCESSE

Il ne m'a jamais trompée !

DE HORN

Il ne faudrait plus que ça! Il a fait cent fois pire, il vous a ruinée, il vous a réduite à partager son exil, sa misère, et ses humiliations.

La femme doit suivre son mari. Et puis, qu'est-ce que cela vous fait?

DE HORN

Cela me fait souffrir, parce que je vous aime...

LA PRINCESSE

Eh bien, souffrez, cher monsieur.

DE nORN.

Oui, je souffre de voir que vous, étincelante, jeune et belle, vous n'avez pas la place que vous méritez.

LA PRINCESSE

Yous en avez bien une que vous ne méritez pas.

124 LE PRINCE D'AUllEC

DE HORN

Accablez-moi, cela m'est égal ! Vous ne m'empêcherez pas de continuer. Est-ce que vous êtes faite pour vivre en province, même pas chez vous, enfermée chez une belle-mère? Pourquoi seriez-vous la victime de fautes que vous n'avez pas commises? Allez-vous demeurer ici jusqu'à la fin de vos jours, ainsi qu'une reine déchue, aux côtés d'un homme déconsidéré, frappé de conseil judiciaire? Allons donc! Vous avez une souveraineté à tenir à Paris, vous l'avez tenue déjà, votre mari vous l'a fait perdre, moi je vous la rendrai 1

LA PRINCESSE

Parlez-lui-en!

DE HORN

Mais, encore une fois, il s'occupe bien de vous ! Mademoiselle de Varaucourt, qui descend d'un Richelieu, voilà ce qu'il en a fait, la femme d'un petit gentilhomme campagnard en tutelle! C'est du joli! Mais moi, j'ai pour vous plus d'orgueil que lui, je suis plus soucieux que lui de votre dignité sociale! Avec moi, au moins, l'argent affluera dans cette maison, qu'il a vidée, qu'il a spoliée, lui, et vous pourrez le dépenser sans compter cet argent, le gaspiller, le jeter par les fenêtres, il rentrera aussitôt par les portes; avec moi, vous reprendrez la place que vous devez occuper, et vous redeviendrez princesse, car vous ne Têtes plus, que de nom.

LA PRINCESSE

Ça suffit.

DE HORN

Non, ça ne suffit pas, ça n'a jamais suffi à notre époque, et vous le savez bien l

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