‹ Le prince d'Aurec; comédie en trois actesChapitre 81 sur 85 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Parce que je vais vous chasser.

DE HORN

Ça n'est pas fait?

Ça va se faire.

DE HORN

Sans me demander raison?

Sans.

DE HORN

Tout le monde peut se battre avec de Ilorn.

Je regrette, je ne suis pas tout le monde. Comment! parce que je vous ai honoré de ma fréquentation, que je vous ai laissé, depuis deux ans, vous installer dans mon intimité, faire blanc de mon nom et de celui de mes amis, vous parer de mes fournisseurs, parce que, sans tenir compte de tout ce qui nous sépare, je me suis oublié à me signaler en public avec vous et à patronner vos voitures de ma présence, parce que enfin — j'y arrive — vous m'avez prêté un peu de ce fameux argent...

DE HORN

Il fallait voir comme vous avez sauté dessus 1

Je me suis moins sali que vous à le gagner!... Alors vous avez cru que vous alliez vous ndemniser avec ma femme,

et que les faveurs d'une princesse d'Aurec n'étaient pas de trop pour vous rembourser? Ah çà, pour qui donc nous prenez-vous?

DE HORN

Pour ce que vous êtes, pour une classe envieuse, égoïste et sans cœur, qui nous flatte afin de nous exploiter. Vous avez bien qualité vraiment pour prendre avec nous des grands airs de portrait, parce que nos aïeux ne nous ont pas décroché un marquisat en faisant la noce avec le roi !

Dans le sang, monsieur, dans les batailles 1

DE HORN

Mais les Juifs, au sens méprisant où vous l'entendez, c'est vous autres ! C'est le comte un tel qui vend son nom à l'épicier enrichi dont il fait son fils adoptif, c'est la petite-fille du grand seigneur trop heureuse d'épouser le magasin de nouveautés du coin, c'est Chambersac qui touche ses commissions chez le couturier, le tapissier et le maquignon ; je vous dis que c'est vous, les Juifs, et encore un peu de temps, vous prêterez à la petite semaine.

L'aristocratie a peut-être ses Juifs, les Juifs n'ont pas leurs aristocrates.

DE HORN

Allons donc, partout nous tenons la tête, et je pourrais vous le prouver. Mais il ne s'agit pas de cela.

En effet !

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