ACTE TROISIÈME
DE HORN
Il s'agit de vos dédains que je ne supporterai pas plus que vos menaces. Vous êtes étonnants. Vous avez pensé que vous pourriez impunément nous caresser, nous attirer dans vos pièges, spéculer sur nos vanités même ridicules, puiser à pleines mains dans nos porte-monnaie, et nous rejeter après comme une chose usée, dès que nous avons cessé de plaire... sans que nous réclamions... Vous vous êtes trompés. Pas de Jockey, pas de princesse...
Misérable I
Et par-dessus le marché des injures! Ah! je n'en ai vraiment pas assez pour mon argent !
Prenez garde que je ne vous en donne trop.
DE HORN
Vous êtes mon obligé.
Je vous dois, mais je ne suis pas pour cela votre obligé.
DE HORN
Mes obligés, vous et votre femme.
Ma femme ? Vous mentez 1
DE HORN
C'est VOUS qui n'êtes pas renseigné, (il tire de sa poche on carnet quii ouvre.) Doit madame la princesse d'Aurec trois cent
mille francs. (Geste du prince.) Elle vous le dira elle-même... par moi prêtés en plusieurs fois. (Lisant.) « Le 5 mai 1889, trente mille; le 17 août même année, vingt mille; le 20 janvier 1890, vingt-cinq; le 11 mars, vingt-cinq; enfin, il y a deux mois, deux cent... Ah! les robes du faubourg sont très chères aujourd'hui ! ce qui, joint aux quatre cents qui vous concernent, fait un total de sept cents. Vous ne dites plus rien, à présent? Du moment que vous me chassez comme <J un domestique, il faut me donner mes gages. Avez-vous sept cent mille francs sur vous? Non? Je ne sortirai pas de cette pièce avant de les avoir.
LE PRINCE, au comble de la fureur, levant le bra».
Vous ne craignez donc pas que je vous...
DE HORN
Non, monsieur, non. D'ailleurs, cela ne vous libérerait pas. J'ai pris mes mesures. Je tiens le bon bout, et voilà pourquoi vous me voyez si à l'aise. Allez me chercher mon argent, je l'attends.
Scène muette du prince envahi de rage et d'impuissance; il va et vient, se tordant les moustaches, regardant de Horn assis, impassible. Le prince sonne; un domestique entre.
Le prince désire?
Rien. Allez.
JOSEPH
Le domestique sort.
DE HORN
Oui, vous pensiez me faire jeter dehors par vos gens et, à la dernière minute, vous n'osez pas. Homme prudent! Vous ne savez pas comment sortir de là ? Je le conçois. Ça n'est pas commode. Vous n'avez rien à vous. Votre femme? vous