SCÈNE XVIII
M ASTRILLO. JUAMTTA.
Vous croyez! (Das à l’Inconnu.) Tâchez de me tirer de là, vous.
BATTIOLI.
Bref, monseigneur, lisez cette lettre vous-
même.
\l ASTRILLO.
Que je lise! diable! si je leur dis que je ne sais pas lire, ça va leur sembler louche. (Après avoir fait semblant de lire.) Ça me parait bien fort!
PKRALDI.
Ayez la bonté de relire cette lettre à haute voix’ afin que ces messieurs en aient connaissance.
JUAMTTA, bas à MastriHo.
Faites semblant de lire, je vous souillerai.
M ASTRILLO.
Allons ! je le veux bien ! (Usant tandis que Juanitta lui souille chaque mot.) Chantez victoire, mes braves montagnards.
Jl'AMTTA, bas.
Mais apprenez...
M ASTRILLO.
Mais apprenez...
JUAMTTA, bas.
Que le Lorenzo que vous iu’avez repris...
y ASTRILLO.
Que le Lorenzo que vous m’avez repris...
JUAMTTA, bas.
Est un prince de contrebande. (A cilc mêmè.) Grand dieu !
H ASTRILLO.
Est un prince de contrebande... grand dieu!
jcanitta, bas.
Un prince de ma façon... (a Mastrlllo qui la regarde.) Ne me regardez donc pas.
M ASTRILLO.
Un prince de ma façon... ne me regardez donc pas.
PKRALDI, reprenant la lettre.
Signé, Pazzi. Qu’avez-vous à répondre ?
M ASTRILLO.
Moi? que je suis le véritable.
l’inconnu, à part.
Pauvre MastriHo !
BATTIOLI.
11 sait lire à peine.
H ASTRILLO.
Eh bien ! d’accord, je suis un prince mal élevé, un prince qui ne sait pas parfaitement lire... voilà tout. H peut s’en trouver comme ca, et si vous ne me trouvez pas à votre goût, bonsoir!
(Il fait un mouvement pour sortir.)
PKRALDI, le retenant.
Un instant!., nous admettons que votre éducation ait été quelque peu négligée, Monseigneur; nous admettons que, dans cette lettre, Pazzi ait intérêt à nous tromper, et qu’il nous trompe ; mais vous devez avoir le moyen de vous faire reconnaître ; votre auguste père vous a sans doute chargé d’un mot de sa main pour le conseil de régence.
J’en suis témoin !
ai astrillo, à part.
Pas mal trouvé, ça ; ouf!
PEnALDI.
Éloignez-vous, jeune fille.
Vous n’avez pas le droit d’interroger son Altesse.
M ASTRILLO»
Non, non ! qu’elle m'interrompe ; j’aime assez ça, moi, à être interrompu.
PEnALDI.
Nous n'insisterons pas, mais vous avez sans doute quelque autre papier ?..
M ASTRILLO.
Mais vous savez bien...
(U fait signe qu’il l’a avalé.) cognocoli, à paru
Ah ça ! il a donc avalé toutes les archives du duché?.. Quel avale-tout!
L’INCONNU, à pari.
Il est temps que je vienne à son secours.
(Passant des papiers ù Juanitta. ) Remettez -lui ceci !..
JUAMTTA.
A quoi bon ?
l’inconnu.
Faites ce que je dis.
PEivALm, à MastriHo.
Ainsi, vous ne pouvez, par aucune preuve, témoigner que c’est à bon droit que vous avez pris le nom et les titres de son Altesse.
JUAMTTA, bas à MastriHo, en lui passant les papiers.
Tenez! tenez!
M astrillo, passant les papiers à Péraldl.
Tenez ! tenez !
PERALDI
Ah! voilà quelque chose, enfin.
cognocoli.
11 n'a donc pas tout mangé ! ça doit être du beau!
-y astrillo, bas à Juanitta.
A quoi voulez-vous que ça me serve, ces papcrasses-là ! ça ne prouvera pas que je suis... je m’en serais tiré... j’en suis sûr.
PEnALDI, à demi-voix, tandis que Rattioli et les autres examinent les papiers avec lui.
Que vois-je ? une lettre du Graud-Duc! ses armes ! son sceau ! la procuration donnée au prince !
y ASTRILLO.
Les femmes ! ça n’entend rien à la politique !
PKR ALDI, avec enthousiasme.
Ah! Monseigneur, nous pardonnerez-vous nos injustes soupçons ! Mes amis, tombons tous aux pieds du fils de Médiris !
(Ils tombent tous aux pieds de MastriHo.) y ASTRILLO.
Allons! v'ià qu'ils deviennent fous!.. Eh bien ! non, à la fin, ça m'ennuie, tout ça!., apprenez que je ne suis pas!..
M ASTRILLO.
Sans doute, sans doute. (Use fouille.) Ah! mais à propos, vous savez bien que quand le général a voulu me fouiller, je l’ai avalé... le mot.
JUANITTA.
Ah ! je devine tout maiutenant. (Tombant à genoux devant l’Inconnu.) Grâce, pour Mnstrilio , «$» grâce. Monseigneur !
LE PRINCE D’UN JOUR
TOUS
Monseigneur!
Oui , mes amis , c'est moi qui suis Lorcnzo Médicis, c’est à moi qu’appartiennent ces papiers. Isolé» errant au milieu de vos montagnes, privé du secours de nos alliés j'ai hésité, je l'avoue, h me faire connaître ; mais j’ai été à même de vous apprécier et maintenant c'est sur vous seuls que je compte pour marcher droit à Florence et reconquérir le trône de mon père.
TOUS
Vive le prince Lorenzo !
mastrillo, à part.
Tiens, tiens, c'est mon camarade de lit qui prend ma place.
cognocoli.
Monseigneur sera-t-il assez bon pour signer au contrat de mon mariage avec Juanitta?
Cela me sera diflicile, car j’ai reçu les confidences de deux amoureux ; ils m’ont secouru dans mes peines, je leur dois protection à mon tour.
BATTIOLI.
Et ces deux amoureux ?
C'est votre fille Juanitta et mon ami Mastrillo.
MASTRILLO.
Vive le prince Lorcnzo ! Ah ça 1 vous ne m’en
voulez donc pas de ce que j'ai fait le Monsci- | gneur.
Au contraire ; tu m’as rendu service.
MASTRILLO.
Eh bien, restons-en là.
Ata : Rende-,- moi mon léfrr kilrill.
Reprenez vot’ toqu’, vol’ manteau Car, pour moi, c’est trop beau ;
J* suis trop mince Pour étr’ Prince;
Reprenez vol’ toqu’ vot’ manteau Et gardons chacun notre troupeau.
Berger du peuple , ici , pour mett’ de l’ordre Que vot’ ministre imite mon brave chien ,
11 doit guider le troupeau , c’est fort bien ;
Mais il ne doit jamais le mordre.
Roprenez vol’ toqu’, etc.
COGNOCOLI , à part.
Cet autre prince n'a qu’à bien se tenir ; demain , je lui présente mon mémoire , et il sera salé... comme mon fromage.