‹ Le Prince de ByzanceChapitre 48 sur 124 · PROMÉTHÉE, — LE CHOEUR DES TITANS LE CHOEUR · texte numérisé non relu

PROMÉTHÉE, — LE CHOEUR DES TITANS LE CHOEUR

I (STROPHE i)

Ne crains rien ; c'est une amie, cette lourde cohortevenue vers ton rocher, d'une marche pressée, malgré tous les obstacles.

Nous avons dédaigné ton conseil, ô mon Erère, trop tard nous avons reconnu ta sagesse, Pendant notre longue captivité, nous pensions à ta subtilité qui nous évitant mille maux, nous promettait la victoire.

PROMÉTHÉE

Hélas ! hélas ! enfants de la terre féconde et du ciel !

ô mes frères, comment avez-vous échappé

aux. Hécatonchires, vos geôliers ?

Voyez mes fers rouilles de sang, contemplez le patient

qui se tord sur le roc, depuis mille années !

LE CHOEUR

(antistrophe i)

L'horreur monte à mes yeux en nuages de sang.

Oh ! te voir incrusté à la roche et crispé sous ces chaînes

lorsque nous avons fait notre paix avec Zeus !

Car nous habitons paisiblement

aux confins de la terre, les îles Fortunées.

Sitôt délivrés, nous sommes accourus vers toi.

LA PROMÉTHÉÎDE 11:{

PROMET HÉE

Si mon malheur pouvait être allégé,

ce serait en vous voyant libres.

Ainsi, au cœur de Zeus, la clémence descend !

Tout s'harmonise, tout s'apaise et on délivre les Titans !

Seul, Prométhée continue à gémir dans l'univers calmé

LE CHOEUR

(SÏKOI'HE II)

Nos cœurs sautent dans nos poitrines

et nos yeux se détournent

en voyant ton corps férocement supplicié !

Ah ! malgré la clémence de Zeus pour nous,

nous le disons hautement,

il accomplit sur toi une alroce vengeance

au lieu d'une œuvre de justice.

Votre pitié me réconforte et me soulage t Qu'est devenu l'aveugle Ephialtès ?

LE CORYPHÉE

Apollon l'a guéri, l'immortel citharède a pris sous ses auspices l'art de la médecine.

PROMÉTHÉE

Cet art, je l'inventai : et Klytios ? Polybotès ?

LE CORYPHÉE

Backhos dans une orgie a ressuscité l'un,

et la terre de Kos rendit le second à la lumière I

114 THÉÂTRE DE Là ROSE * CROIX

PROMÉTHËE

Et Gration ? Agrios? Thoon ?

LE CORYPHLK

Tous deux rappelés à la vie sont devenus pontifes,

l'un d'Artémisj l'autre d'Ares ;

Thoon sortit dés profondeurs où Poséidon le plongea.

PROMÉTHËE

Ah ! je te reconnais, Encelade! et toi aussi, Porphyrion ! Alcyonée ! Parle- moi de mon frère Atlas !

LE CHOEUR

Un oracle déclare qu'il portera le monde tant qu'un seul souffrira pour tous.

Oui, mon sort au sien est lié. — Elles Mortels?

Pour arriver à moi vous avez traversé bien des pays et des cités

les Mortels, que sont-ils aujourd'hui?

LE CHOEUR

Pour arriver vers toi, Prométhée, nous avons traversé le Phase,

qui sépare les deux terres d'Europe et d'Asie.

Puis, nous sommes venus aux rivages empourprés,

aux ondes sacrées de la Mer rouge.

Vers ces parages, si éprouvés par la foudre,

non loin de l'océan, au lac nourricier de l'Ethiopie,

là, où celui qui voit tout, Hélios, chaque joui* plonge son corps,

et ranime ses coursiers épuisés au tiède courant de l'onde.

PROMÉTHÉE

Parlez-moi des Mortels!

LA PU OMET H El DE 11 fi

LE GHOEUK

Sages et prospères, par tes enseignements

ils ont conquis l'amour des Dieux.

Partout nous avons vu les fruits de ton audace :

splendides sont Les temples, somptueuses les demeures.

Une race entre toutes s'élève et resplendit,

elle a pris Athéné pour patronne.

PROMÉTHÉE

0 race Titanide, ô tils de la Terre et du Ciel,

mes frères par le sang, mes frères par le sort,

vous qui avez péché contre le Destin même,

vous voilà saufs et libres :

les portes d'airain du Tartare se sont ouvertes devant vous,

et moi je continue ma faction sinistre, au sommet du Caucase.

Comme les matelots amarrent fortement leur nef

lorsque le vent du soir annonce la tempête,

ainsi Zeus m'a lié à ce roc, par les bras d'Héphaistos.

Sur l'ordre paternel, le sombre ouvrier de Lemnos forgea ces fers.

Sa main, féroce par devoir, les riva sur mes membres écartelés.

Prisonnier du Caucase, je hurle et me convulsé,

seule chose vivante, en ce désert d'horreur.

La cruauté de Zeus s'est aiguisée en de pires violences.

Tous les trois jours, l'aigle Olympien

s'abat sur moi, victime renaissante.

Du noir éploiement de ses ailes, il me couvre;

sa serre aiguë fouille mes flancs,

et son bec recourbé déchiqueté mon foie;

et puis, il pousse un cri de sinistre victoire,

et secouant ses plumes ensanglantées et alourdies,

il monte repu et triomphant vers l'Èmpytëè.

Mais, horreur inouïe, mon corps se renouvelle,

ma chair se cicatrise et l'oiseau monstrueux redescend,

116 THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX

redévorer mon foie ressuscité.

Ainsi je meurs et je renais à la même torture;

ainsi Zeus exploite, au profit de sa haine, mon immortalité !

Hélas ! voyez mon esclavage et mes chaînes f

Sous quel écrasement de haine, les flancs ouverts et déchirés

je subis le honteux supplice

sans que la mort puisse venir à mon appel ;

sans l'espoir d'un sommeil, sans répit ;

et mes douleurs s'accumulent, se superposent accablantes.

Mille années j'ai souffert, martyr d'un despote odieux.

Je ne suis qu'un cadavre qui pense ;

mon esprit s'effara et délire,

sous l'ardeur du soleil ou la glace des nuits;

je meurs d'effroi, je meurs de honte, je meurs de rage.

Voyez ces mornes rubis semés autour de moi ;

c'est ma sueur de sang qui pourpre le Caucase.

LE CHOEUR

0 Justice ! Justice !

Jamais mes oreilles ne reçurent telle épouvante d'un récit,

et mon esprit jamais n'aurait conçu atrocité pareille I

0 maux insupportables, écrasantes terreurs !

rien qu'à les évoquer ces tortures, la raison s'égare :

et cependant, Prométhée, tu les as vécues,

tu les subis encore !

Ah ! Frère, mon cœur a froid, mon cœur a peur !

PROMÉTHÉE

Epouvante ! le revoici ! le chien de Zeus ! Je sens l'air agité par ses puissantes ailes. . . 0 Justice! 0 ma mère, pitié !

Et toi, Dieu inconnu qui commandes au Destin,

tu m'abandonnes ; si tu n'existais pas

Je n'ose ouvrir les veux ! 0 Justice ! 0 ma mère !

I, \ l'If» m l'I il El DE

LE CORYPHÉE

Une ilèche a percé l'aigle :

le sang tache son aile noire qui s'alourdit;

il ne se soutient plus, il tombe en tournoyant.

Rouvre les yeux et vois, ô Promé'thée !

ton bourreau, «inerte maintenant, qui roule,

chose abolie, sur le flanc du Caucase !

PROMÉTHÉE

Serait-ce vrai ? Dois-je croire à vos cris? Dois-je croire à mes yeux 7 Ah ! Justice, ma mère, tu m'as donc entendu ! Qui a lancé le trait? Quel fils de Pandore et d'Io ? Le héros aux flèches immortelles est-il là ?

LE CHOEUR Le voici, vêtu d'une peau de lion, tenant son arc qui vibre encor !

PROMÉTHÉE

Qu'il vienne devant mes yeux !

A travers mes larmes joyeuses

que j'aperçoive le visage de mon sauveur !

1)8 THÉATkK DE LA ROSE f CHOIX

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