PROMÉTHÉE, - LE CHŒUR DES TITANS, - HÉRAKLÈS
PROMÉTHÉE
Vite, devant mes yeux, ta chère présence '■ Vite ton nom à mon oreille, à mon cœur !
HÉRAKLÈS
Je suis Héraldès, fils de Zeus et d'Alcmène.
PROMÉTHÉE
0 fils chéri d'un père détesté, treizième petit-fils dTo, la génisse qui vint au sommet de Scythie où d'abord Héphaistos m'enchaîna.
HÉRAKLÈS
Malgré les répugnances de mon Père, me voici I
Il m'aime plus encore qu'il ne te hait.
La gloire de son fils l'emporte sur sa vieille rancune.
PROMÉTHÉE
Ne me parle pas de ton Père : je le raau lis !
HÉRAKLÈS
Ce n'est pas mon office de juger entre lui et toi'. Tu souffres et je suis l'homme de la Justice t
PROMÉTHÉE
Ta mère avec son lait te donna la bonté,
et je bénis Alcmène, cette Pandore, qui t'enfanta
pour le salut du Titan prisonnier:
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HÉRAKLÈS
Avec l'aide des Kronides robustes qui écries le voudront, je t'arracherai de ion gibet, mol, Âlcidel
PROtyÉTHÊE
Ne l'essaye pas : ma volonté et le Destin refusent. Malgré mon avilissement, Zens a besoin de moi. Je puis seul déjouer le complot qui menace son trône.
Il a permis à ton arc glorieux de tuer l'aigle pour que je parle enfin ; je me tairai toujours. Veux-tu savoir ton avenir et tes prochains travaux? mon esprit se reconquiert sur la sontïrance, l'avenir reparait visible devant moi !
Un oracle m'annonce qu'un jour, entouré d'ennemis, je n'aurai plus assez de flèches pour ma défense. En quel lieu ? chez quel peuple :'
PROMÉTHÉE
Lorsque tu quitteras les Gabiens hospitaliers
qui ignorent la charrue et la nécessité du sillon,
en sortant du pays où le blé pousse de lui-même,
toi, si épris de combats, tu trouveras pour adversaires
les Ligures, guerriers que rien n'étonne.
Contre eux tu manqueras de traits :
car le Destin l'ordonne et ce sol n'a pas de cailloux.
HÉRAKLÈS
Je mourrai ce jour-là écrasé par le nombre?
120 THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX
PROMÉTHÉE
Non, ému en son cœur, Zeus fera tomber
une grêle de pierres ; elles couvriront le pays,
Avec ces projectiles, sans peine tu accableras les Ligures.
LE CHOEUR
Héraklès, cesse d'interroger un patient ! Songe combien d'années il a vécu, ainsi supplicié ! Si tu nous le commandes, toi fils bien aimé de Zeus, nous le délivrerons de nos mains, malgré le péril !
Fils de Thémis, tu m'as distrait de mon devoir, en révélant le plus obscur de mes travaux : et voici que les Titans montrent une âme plus généreuse, plus pitoyable!
LE CHOEUR
Notre zèle ne t'étonnera pas,
si tu te souviens que Prométhée est notre frère !
HÉRAKLÈS
Puissant Zeus, qui m'as conçu aux flancs d'une éphémère,
me destinant à l'immortalité,
supporte qu'un fils pieux te brave,
et que sa compassion efface ton courroux !
Que diraient l'univers et l'Olympe
si je craignais une fois même, ta volonté ?
PROMÉTHÉE
Ton bras qui étouffa le lion de Nemée,
ne peut briser ces fers rivés par Héphaistos I
I,A PROMÉTHÉIDE 121
Même le pourrais-tu, je te repousserai !
La constance de la victime harassera la haine du bourreau !
LE CHOEUR
Sublime volonté qui résiste aux affres du supplice ! Tu apparais intraitable dans la détresse, ô Prométhée, comme le dur fils de Kronos est absolu en son triomphe ! Heraklès ne cède pas à son obstination !
Gomme on force un malade à l'opération salvatrice, brisons ce roc et arrachons ces fers.
PROMÉTHÉE
Vous voulez me ravir le profit éternel
de mille années d'horreur ;
vous voulez que l'innocent s'évade
comme un coupable, par des complices secouru !
La volonté de Zeus et le bras d'Héphaistos
m'ont enchaîné à ce gibet :
j'attends que Zeus change sa volonté
et j'attends qu'Héphaistos défasse son ouvrage.
LE CHOEUR
Zeus ne peut pas vouloir contre lui-même Il envoya son fils : qu'espères-tu davantage? Ne sois plus, Prométhée, l'ennemi de toi-même I Heraklès, sauvons-le' malgré lui !
PROMÉTHÉE
La Justice doit triompher ou bien le monde va finir ! Si, téméraire, j'ai livré aux hommes des secrets d'immortalité,
122 THEATRE DF LA ROSE f CROIX
ma faute est abolie ; par le supplice, je suis purifié ! Mais Zeus qui fut cruel et qui a profité de mes audaces expiera à son tour : la Moire veut qu'il s'humilie !
A l'œuvre, tordons ces chaînes,
arrachons ces anneaux : Titans! (mouvement des Titans qui obéissent)
PROMÉTHÉE
Arrière, suppôts d'Olympe, valets de Zeus!
Frères perfides, et toi, hls d'Alcmène, imposteur I
Ce n'est pas la pitié qui vous mena au sommet du Caucase!
mais la servilité envers le despote empyréen.
Faites un pas, osez un geste,
Je VOUS maudis! (Les Titans reculent.)
Héros tueur de monstres, ne touche pas à mon destin !
Ce gibet est un trône, ces fers les ornements de la puissance d'aine!
L'humanité me devra son salut
J'ai donné l'impulsion et j'ai donné la flamme ;
je suis le Dieu de la Pitié !
Arrière, pervers et lâches 1
le fiel du lion et la bave de l'Hydre,
le cri du sanglier et celui des oiseaux stymphalides,
le hennissement des cavales et les mugissements du taureau.
et les trois corps de Gérion et les trois gueules de Cerbère
sont moins redoutables ensemble que l'anathèmedu Titan I
Arrache un seul des clous qui me retiennent
j'arracherai le sommeil de tes veux !
Tu entendras à chacun de tes pas
à chaque atome qui coule du sablier,
la clameur effrénée, délirante, l'hymne Erinnyqiic,
l'hymne sans lyre qui rend les âmes folles I