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UNE VOIX DE SOPRANO — LE PRIEUR

Marie nobiscum, Domine, Et nos illustra, lumine, Mentem replens dulcedine.

fLe Prieur paraît sur le seuil et s'y arrête pour écouler. )

1 THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX

VOIX DE SOPRANO [dans la coulisse sans accompagnement).

Jesu, rex admirabilis , Et triumphator nobilis.

Dulcedo inefïabilis Totus desiderabilis !

LE PRIEUR (descendant en scène).

Elle a la voix d'un ange du Fiesole ! Mais son cœur de vierge aimante apparaît sous la sévérité latine. Ses lèvres dénaturent la prose liturgique, qui devient un appel à l'amour.

UNE VOIX DE SOPRANO (dans la coulisse).

Jesu, flos Matris virginis.

Amor nostree dulcedinis, Tibi laus, honor nominis Regnum beatitudinis.

LE PRIEUR (tout à fait en scène).

Je comprends que nos pères troublés en confession s'accusent d'avoir rêvé de frère Tonio !

Quand ils parlent de lui, c'est une adoration. . . Lejratre, lejratrellino, le fratrelletino ! Moi-même je laisse la règle plier devant sa grâce.

Au reproche, elle pleure ; et le couvent entier, alors se désespère !

Sur ce sol d'Italie, les racines païennes sont vivaces

encor Nos Pères voient en lui un ange protecteur,

le génie du moustier !

LE PK1NCK DE BYZANCE 3

UNE VOIX DE SOPRANO (dans la coulisse).

Jesu, decus angelicum, In aure, dulce canticum.

In ore, met mirificum.

In corde, nectar cœlicum.

{La porte du fond se referme) .

LE PRIEUR

Seigneur! vous avez fait des beautés de la femme, un soleil pour le cœur de l'homme militant. Nous, les contemplatifs, déserteurs de l'action ne devons ressentir d'autre chaleur à l'âme, que le rayonnement de la divine

hostie, soleil de notre foi ! (Il s assied dans la calhèdrej.

Saint-Esprit, inspirez le Prieur qui cherche son devoir ! Chaque jour Tonia perce dans Tonio.

Dix ans déjà passés, Frédéric de Sicile m'amena luimême une enfant.

« Prieur, dit-il, je te confie le Prince de Tarente. »

— Je m'écriai: « Tarras, duc d'Apulie, l'assassiné d'hier et dernier de sa race, ne laisse qu'une fille ! »

— ■ « Prieur, reprit le Roi, il me faut i'Apulie sans conquête et sans crime. A quinze ans, ce prince régnera sous mes ordres. Jusque-là, il me le faut cacher.

— - Je dis « non » . Et lui :

— (t La princesse me gêne et le Prince me sert : tu sais le sort de qui me gêne 1 »

Instinctive et charmante, l'enfant tendit vers moi ses petits bras et balbutia : « Père » .

Depuis, le froc des fils de Dominique enveloppa la vierge,

4 THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX

sans retenir le pollen séducteur, sans éteindre l'éclat du nimbe sexuel.

Les pouvoirs des Régents expirent aujourd'hui. F ré déric n'oublie rien ! S'il oubliait, que faire?

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