‹ Le Prince de ByzanceChapitre 68 sur 124 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

GIA COMO , une torche à la main, ouvre la porte et s efface élevant la torche. Entre CAVALCA.XTI, portant dans ses bras TON 10 endormi ; pendant quil le dépose doucement sur le lit de repos, à droite, GIACOMO plante sa torche dans une torchère de milieu et referme la porte sur lui.

CAVALCANTI contemplant Tonio .

Gomme il dort confiant et beau ! Voici la salle qu'évoquait le cher ange (il prend la torche, l'élève, regarde circulairement et lareplace). Dix heures de cheval pour ce moinillon-là, c'est un rude début. — Oh ! cette chevauchée m'a semblée courte, j'emportais ma chimère ; j'avais mon idéal en croupe ; mon rêve me tenait la taille de ses deux jolis bras. Cette énigme ennuyeuse, ma vie a donc un sens, un mot et ce mot c'est ton nom « Tonio ».

Bercé par le trot du cheval, le Petit Prince s'endormit. Je dus l'asseoir au travers de la selle, le soutenant d'un bras, comme un enfant.

Car c'est presque un enfant... Son souffle pur et calme m'agitait de sentiments confus

Je l'aime comme un père et lui formerai l'àme à son royal destin. Je l'aime comme un frère, puéril avec joie, et compagnon de jeux, confident de ses chagrins d'éphèbe...

Pourquoi, me semble- t-il que Tonio est Tonia, que le irère est la sœur, et le prince..., princesse (

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Mon sentiment reste hésitant... comme son sexe. Le contact de sa main, le soupir de ses lèvres, la douceur de ses yeux, riants dans le sommeil, la chaleur de son frêle corps m'enchantaient lame.

Je l'aime comme un ange condamné à des œuvres terrestres et que Dieu m'eût commis à défendre.

Qu'importent les effets, dans mon cœur où passèrent tant de passions, — d'une heauté troublante ; si je renferme en moi la fumée de ma flamme et n'en laisse monter vers l'idole choisie que l'encens pur.

Ah ! pour le bonheur de cet être je ferais... des crimes... Saint George, pardonnez cette pensée coupable et toi, mon beau dormeur, pardonne-la aussi. Qui admet en esprit les moyens scélérats, éveille contre lui d'En-Haut la sévère justice : et je crois à la Providence, depuis hier ! Serviteur pur à maître vierge... Je deviens un juste désormais. Vertus — vous jadis chassées de ma vie, accourez, maintenant je suis vôtre (l'aube paraît auxjenêtres, Cavalcanti touche le Prince). Votre règne commence, Altesse, éveillezvous !

TONIO

Non, laissez-moi dormir, bon Prieur, je ne veux pas chanter Matines... Ah! c'est vous... et c'est la salle... Je n'ai donc pas rêvé; voici la blanche statue qui tient encore son vieux drapeau de pourpre ; me reconnaissez-vous, portraits ; ancêtres me bénissez -VOUS ? (un instant de rêverie mélancolique).

Aucune épée ne luit aux vacillances de la torche. Saint George sous vos traits m'enlève à l'ennui monastique. Je

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suis en vérité le Prince de Tarente : l'heureux, le beau réveil! Comment suis-je venu du moustier... Vh ! En travers de votre selle... La prière!... ensemble, n'est-ce pas? Cavakanti s'agenouille aussi). Oh ! courte, je suis si impatient de tant de choses.

In nomine Patris et Filii et Spiritas Sancti.

CAVALCANTI

Amen !

TONIO

Vous m'avez en un moment comblé. Seigneur, de tous les dons terrestres : je demandais un frère et ce frère est venu. Je souhaitais la liberté, vous m'avez permis la puissance. Cette bénédiction au petit roi loas, jadis donnée, sur moi qu'elle descende I

Marie, faites de moi un prince très chrétien et bénissez mon frère George.

CAVALCANTI (se relevant).

Amen !

TONIO (cherche des yeux parmi les portraits).

Le portrait de ma mère (devançant d'instinct le mouvement indicalij de Cavalcanli et se haussant sur un escabeau). Que j'embrasse au moins son image (ému). 0 vous que je n'ai pas connu, ô toi qui m'eus aimé, bénis Antonio (attirant Cavakanti) et bénis ton autre fils, mon frère George.

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Voici Tarras dit le cruel.

ÏONIO (froid).

Je vous salue, mon père.

CAVALCANTI

(A pari). 0 merveille d'instinct qui devine le crime malgré le lien du sang! (haut). Votre nouvelle vie commence, le moinillon d'hier est un prince aujourd'hui.

UN PAGE (survenant).

La toilette de Son Altesse sérénissime est préparée.

CAVALCANTI

Allez, et suivant les mots vôtres : « De la chrysalide frocarde dégagez le royal papillon. »

Exit TONIO (sortie souriante).

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