‹ Le Prince de ByzanceChapitre 69 sur 124 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

CA \ ALCANTI va à la table de gauche et hâtivement y écrit — entre LA MARQUISE

LA MARQUISE

Ce prince semble un page : et se titrerait mieux le Prince de Byzance, si frêle et féminin! C'est pour le condottiere que mon cœur a battu.

CAVALCANTI (déclamant).

0 peuple de bergers, ô peuple de pêcheurs, saluez ma houlette de grâce enrubannée ; pour tous filets, je tends vers vous mes jeunes bras : Horace a chanté ton Galèse, tes olives et ton miel. Pline a vanté... Non fausse rhétothorique ! (il déchire le papier).

LA MARQUISE (brusque).

C'est vous, qui apportez avec le jour un prince à l'Apulie : vous semblez tout ignorer des gens et choses de Tarente.

CAVALCANTI

Vous me répétez-là ma muette pensée; qui êtes-vous, Madame ?

LA MARQUISE

De par les faits, votre pire ennemie !

CAVALCANTI

Et votre nom, mon ennemie?

LA MARQUISE Celui du Provéditeur.

CAVALCANTI Marquise Buodelmonte ! Ali ! vous méritiez mieux !

LA MARQUISE Vous me dites cela, à moi !

40 THEATRE DE LA ROSE f CROIX

CAVALCANTI Eh ! vous ne l'aimez pas

LA MARQUISE J'aime les diamants montés en trèfles.

CAVALCANTI (à part).

Que cette femme m'aime ou le prince est perdu. Je commence déjà d'être infâme.

(Joué). Vous vous calomniez ! Quand le cœur est à vide on fait mal, étant femme, pour se distraire. On recherche les diamants à défaut d'un cœur adamantin : on désire la couronne à trèfles, quand on ne peut pencher son front vers un baiser sincère.

J'en appelle a Aros yeux qui sont tendres et irancs ; j'en appelle à ce sein palpitant. Par tous ces traits qui vous révèlent : contre vous je me dresse « vous vous calomniez p.

Laissez cet orphelin devenir l'enfant de l'Apulie, l'adopté de Tarente ! . . .

Je ne dis rien de moi ; condottiere toujours au-dessus du destin. Après bien des péchés, Dieu m'envoie une sainte aventure. Je vous offre moitié dans les mérites, suffisants à sauver nos deux âmes.

Laissez-vous convaincre : la rencontre est jolie, comme écrite, que votre belle main s'allie à mon épée, exaucezmoi, Madame, ou bien mon destin est manqué! (a genoux),

LA MARQUISE

(A part). Va, ta cause est gagnée, devant que tu la plaides : Chant) c'est une trahison que vous me soufflez-la. Je me

LE PRINCE DE BYZANCK il

sens peu de goût pour déniaiser ce prince de Bysance. et lui apprendre.. .

CAVALCANTI Quoi?

LA MARQUISE M'avez-vous regardée ?

CAVALCANTI Je vous regarde encore et j'y trouve plaisir !

LA MARQUISE

Eli bien ! vous comprenez que je n'enseigne pas les Institutes ou les Pandectes, Euclide ou Aristote !

La maîtresse du Prince ! —

LA MARQUISE (h part).

Cette exclamation sonne la jalousie ! M'aimerait-il ! C'est bien vite et surtout c'est trop son intérêt.

CHaut). Vous jugez que la merci d'amour appartient au mérite, non pas au rang! Eh bien ! je ne prononce pas : et d'abord entrônons Votre Altesse byzantine.

CAVALCANTI

Le ciel reconnaîtra cette bénignité !

LA MARQUISE

Et vous aussi, j'espère ! Tarras le cruel périt assassiné ici même, dans une émeute que le roi de Sicile fomenta.

42 THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX

nul ne connut le sort de la fillette, seul rejeton du mort. Elle aurait quinze ans aujourd'hui. ^ otre prince sans droits, on le peut appuyer sur le vœu populaire, le présentant aux Tarentins tous las de mon cupide époux. Mais gardez de paraître l'ambitieux profond que je démêle. Xe vous laissez pas voir, jusqu'à la chose faite. L'enfant plaira au peuple et n'inquiète personne, tandis qu'on sentirait un maître, en vous apercevant.

CAVALCANTI Ah ! vous sauvez le Prince.

LA MARQUISE Entre nous, je veux sauver surtout le condottiere.

CAVALCANTI Qae puis-je pour vous plaire et comment m'acquitter?

LA MARQUISE

(Silence et avec une lenteur grave J. Vous viendrez près de moi,

aux heures de loisir.

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