SCÈNE VI
CA VALCANTI puis TONIO
CAVALCANTI (composant)
« Frédéric de Sicile vous rend par moi le destin national je vous rapporte la fierté, l'autonomie, l'indépendance. Je suis l'ange par Dieu même envoyé, pour rendre la culture à l'Apulie etTarente à l'histoire. »
TONIO
(En costume de gala : salin blanc à crevés et bordures de pourpre galonné d'argent ; manteau de pourpre flottant ; sur la poitrine « le taureau agenouillé devant le Moly » : (avec une solennité coquette) . Son Altesse séréniS-
simeTarras Antonio, du nom deuxième, par insigne faveur accorde, à son amé et féal capitaine, le premier baiser de son règne.
CAVALCANTI (qui s'est dressé admiralif, passe vers le milieu de la scène pour le baiser-main, qui doit être très ému).
{Il va à la table et y prend ce qu'il a écrit). Prince, lisez, étudiez cela pendant que j'écrirai la fin.
TONIO (lisant).
Mais de quel ton le dire.
CAVALCANTI
Du ton dont VOUS me parleriez fil retourne à la table et pendant qu'il écrit.
TONIO (s'asseyant à déclamer).
Salut ! mon peuple et silence à tes mille voix, si tu veux entendre la mienne. Je ne suis qu'un enfant et je n'ai que mon cœur; j'ignore tout de la vie et du monde : hier encor je chantais des cantiques. Je sais ce que Jésus fait apprendre a ses anges; peuple, je sais aimer.
Je vais tenir, d'une sorte trop douce, le sceptre d'Apulie; mais je me fie à vous, Tarentins ; aulieu d'un joug, je jetterai un charme ? Gomment se fait-on craindre, je le veux ignorer. Cosme de Médicis se dit père du peuple ; moi, peuple d'Apulie, je me dis ton enfant.
Et tu m'adopteras t ô peuple de .bergers, ô peuple de pêcheurs. »
CAVALCANTI [vivement).
Voici la fin : « De Mare Piccolo à Mare Grande, des sept arches du pont aux quatre cents créneaux de la citadelle sacrée, annoncez par la voix, annoncez par les feux, les danses et les fanfares, que la gloire revient, la noble absente, les annales se rouvrent, et la postérité de nouveau vous regarde.
Vulturne, au vol vertigineux, de l'Ofanto au Gorgano, en Peucêtie et en Daunie, charrie, essème et profusionne,
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cette bonne nouvelle qu'il est venu l'Angelino, renouveler la vieille terre d'Apulie par son sourire.
J'incarne ton génie, je suis de la patrie le vivant ostensoir, je suis, ô peuple, ton hostie. . . a genoux. . . à genoux ! Et comme rien ne vaut où Dieu n'est pas mêlé fil s'arrête, regarde autour de lui et va prendre le drapeau d'Apulie que lient la statue ei redescend). Au nom de la patrie qui a mon cœur pour tabernacle, je saisis ce drapeau, il est tout le passé ; je l'élève et je trace dans l'air extasié le signe rédempteur du monde, moi qui suis le présent je te bénis dans l'avenir , ô peuple d'Apulie, mon peuple bien aimé !
TONIO C'est beau ! C'est beau cela, et comme vous le dites !
CAVALCANTI
De ce discours dépend la popularité : si vous pouviez paraître improviser, vous séduiriez Tarente !
TONIO
Au couvent, j'apprenais ma leçon, en la lisant deux lois. Vous serez près de moi, au balcon, j'imagine.
CAVALCANTI
Non, je vous écouterai, ouvrant cette fenêtre.
TONIO (boudeur).
Je VOUS veux près de moi (rumeurs au dehors à gauche) .
CAVALCANTI
Je vous obéirai, quand vous serez le Prince : jusque-là , je commande.