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L'armée des Ilots marins envahit, les rivages;
les vents, tons ensemble, hurlèrent;
sous le piétinement de la mêlée, la terre se fendit;
rOlympe chancela sur sa base!
Les Kronides poussaient une telle clameur
qu'au fond du firmament, les étoiles pâlirent.
Aphrodite pleurait, serrant Eros dans son giron;
Héra jetait des cris affreux ; les Grâces grimaçaient ;
les Heures immobiles regardaient les Muses stupid.es;
Une angoisse de mort étreignittous les Immortels,
et Zeus lui-même, Zeus eut peurt
Prométhée, spectateur immobile, cria soudain,
comme un pilote aux nautes affolés, dans la tempête :
« Oublies-tu le don des Gyclopes, Fils de Rhée,
« le trait fulgurant, l'oublies-tu?
« Lance la foudre, ou bien tu es vaincu. »
Et notre Père, alors, dans un crépitement d'éclairs éblouissants,
pour la première fois, se servit du tonnerre !
A cet éclat livide, à cet effroyable vacarme,
aux torrents mortels de la flamme,
les Titans laissèrent retomber les rochers qu'ils levaient.
D'une main inlassable, Zt-us lançait la foudre.
Kottos, Briarée et Gyas, s'étaient croisé les bras, comme inutiles.
Le trait souvent n'atteignait pas les Aloades,
fendait les monts, incendiait les bois;
l'éther lui-même, par instants, s'embrasait!
Aux lueurs fulgurantes, on voyait les Titans tomber
côte à côte, aveuglés, assourdis, paralysés, brûlés I
Nous-mêmes sur l'Olympe, l'œil ébloui,
l'oreille bourdonnante, les bras inertes, la poitrine oppressée,
suffoqués par le feu de l'atmosphère,
tremblant d'une fièvre indicible,
vacillant d'un vertige d'agonie,
nous pensions que l'univers allait finir!
,, THÉÂTRE DE LA. ROSE f CHOIX
Et Zeustonnnit toujours!
Il foudroyait, non plus les Titans vaincus, mais la Terre.
Il épuisa la force de son bras!
Le vainqueur d'aujourd'hui, Fille de Zeus,
c'est Prométhée ou le tonnerre !
ATHÉNÉ
Parole indigne d'un fils !
Quel bras eût manié la foudre, comme le bras du Père?
HERMÈS
J'honore également le bras de Zeus,
l'industrie des Gyclopes et le génie de Prométhée.
ATHÉNÉ
Docile aux ordres, indépendant d'esprit,
tu ne respectes pas ces Immortels que tu sers avec zèle.
HERMÈS
Je suis le messager, indifférent à son message ;
on m'envoie, je vais : confident et complice de tous les Dieux,
je n'en vénère qu'un
ATHÉNÉ
Ton Père, Zeus !
HERMÈS
Non, le maître de mon père : le Destin !
Nul n'a vu le Destin : on sent sa volonté qui pèse sur la nôtre, et c'est tout.