‹ Le Prince de ByzanceChapitre 83 sur 124 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

TONIO assis — CA VALCANTI sombre.

TONIO

Aimer c'est, paraît-il, préférer un être à tous les autres, et vous me préférez I Seyez-vous près de moi (il obéit).

CAVALCANTI

Aimer, c'est faire un Dieu, c'est faire pour ce Dieu tout ce qu'on devrait faire pour le grand Dieu, pour l'autre. Mais, comme nul en ce triste monde n'est parfait ! il ne nous faut aimer que la beauté d'un être et lutter contre tout le mal qui est en lui. Donner sa vie heure par heure et son sang goutte à goutte, c'est un jeu, un plaisir : la moitié seulement du véritable amour !

TONIO

Gomme il en parle, quelle sublimité : pourquoi vous

taire ?

CAVALCANTI

Au véritable amour, la mort ouvre la voie d'Eternité, mais les âmes des corps délivrées sont souvent séparées pendant le Purgatoire.

TONIO J'ai gagné tant d'indulgences et plénières.

CAVALCANTI

Il faudra satisfaire la stricte justice. Vous n'avez pas péché Tonio ; mais moi

TONIO

Partageant dam et mérite, je ferai la moitié de votre Purgatoire et ainsi, nous ne nous quittons pas.

Cher ange, Dieu lui-même ne peut barrer de miséricordes sa terrible équité.

TONIO

Méchant d'avoir péché ! Oh ceux qui pèchent n'aiment pas ! Qu'a-t-il donc d'enivrant le péché, pour qu'un être, aussi grand que vous, y tombe ?

CAVALCANTI

Moins grand, je serais moins tombé, ô mon céleste enfant! Le péché c'est le manque d'amour, je t'appelais, à cœur perdu, et j'avais soif de toi et tu ne venais pas. Alors n'ayant pas la force d'attendre, ni l'espoir de te trouver jamais, j'ai bu indignement !

TONIO

Tais-toi... n'explique pas .. cela méfait souffrir, tu avais soif de moi... et tu as bu à d'autres... Va-t-en... je ne vous aime plus !

62 THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX

CAVALGANTI

L'expiation commence! votre geste m'écarte, comme au lendemain de la mort, la norme qui purifie par la souffrance...

TONIO

Non, non, je ne veux pas que tu souffres sans moi, je veux tomber aussi, je veux pécher —

CAVALCANTI Ton salut!

TONIO (en crescendo d'exaltation).

Mais, c'est toi, mon salut présent et éternel... je ferai s'il le faut d'atroces fautes... mais boire à d'autres... je ne le pourrai pas... Entrer au paradis joyeux, tandis que la moitié de moi-même, la très chère... Si tu vas en enfer vive l'enfer... je veux pécher, te dis-je, ma pureté nous sépare, dis-tu, meurre ma pureté ! fil s abat sur la poitrine de

Cavalcanti).

CAVALCANTI

On peut mourir après avoir entendu çà ! vous m'avez en ces mots donné tout le bonheur qui peut être sur terre.

LA MARQUISE (paraissant à une porte à droite). Jouée ! je suis jouée ! ils s'aiment !

TONIO

0 mon frère ! 0 mon maître , vous l'être préférable à tous les êtres ! [Cavalcanti fléchit un genou).

LU PKINCB DE BYZA.NCE 63

Vous avez mis sur mon front une couronne : je ne mets sur le votre qu'un baiser (elle écarle les cheveux de Cavalcanli el le baise) mais il contient toute mon âme.

Exil (confuse de son émotion).

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