SCENE XIV
CA VALCANTI est resté à genoux, extasié — LA MARQUISE
LA MARQUISE
Gavalcanti ?
Madame !
Giorgio ?
Marquise !
CAVALGANTl
LA MARQUISE
CAVALCANTI
quise
LA MARQUISE Vous m'aviez promis vos loisirs et de lire certain pli.
CAVALCANTI (tire le papier de sa ceinture et lit).
« Au provéditeur de Tarente, marquis Buodelmonte, salut ! Le Gavalcanti est dangereux : qu'on le pende ! Ne couronnez pas le frérot, et attendez un express ; au besoin je viendrais en personne. » Ah ! la réalité nous reprend vite au tournant du rêve : deux fois vous nous sauvez, Madame !
64 THEATRE DE LA ROSE f CROIX
LA MARQUISE
Gela m'a peu coûté ; cela me vaut beaucoup, si parce soin complice, je pénètre en votre âme. La femme de vingt ans qui prend parti, intrigue et dupe son mari, obéit à son cœur : vous fûtes éloquent... D'où vient ce dévouement mystique pour un enfant?. . .
CAVALGANTI
Lorsqu'un enthousiasme ouvre ses ailes en nous, on obéit à l'impulsion, sans analyse.
Mon aumônier m'a dit quand j'étais peu croyante :
« Faites les actes de la Foi, la foi viendra. » Moi je vous
dis : ayez les dehors de l'amour, en attendant qu'il vous
pénètre.
CAVALCANTI
Cette femme me tient par quelque trame obscure. (Hautj. Les dehors de l'Amour, je suis un hardi cavalier et ,
LA MARQUISE
Eh ! ne prenez donc pas ce soin de ma vertu ! Ne me défendez pas contre vous-même, venez vous asseoir là et me donnez la main.
TOMO (s'arrête au seuil, stupéfait).
Oh!
LA MARQUISE
A genoux, pour que je vous pardonne, cette insensibilité d'Hycarnien !
Je veux sur votre front mélancolique poser mes lèvres.
TONIO (éclatant).
Ma caresse ! (séiançantj je ne veux pas !
LA. MARQUISE
Je vais annoncer à Tarente le tendre attachement du Prince pour son capitaine.
Hors d'ici !
Cette jalousie à la mienne semblable ! Eh, je n'en doute plus, ce faux jeune garçon est en réalité la princesse Autonia, la fille de Tarras, ma rivale.