SCENE ire
Quand le rideau s'ouvre, TONIO Jail un mur, espadonnant avec un fleuret dans le vide.
TONIO (s' escrimant).
A toi, Giovanna..., à toi ce coup... à toi, cet autre ! Encore ! Quelle fatigue ! Cavalcanti est parti si vite que je n'ai pu lui demander leçon. Au corps de garde hier, j'applaudissais à une passe ; Giacomo dit : « Voilà le coup secret de Cavalcanti. » Tuer la Buodelmonte par la botte du condottiere, c'est l'idéal de mon péché, de ma vengeance.
Ma vengeance, vraiment! Est-ce bien moi qui pense, et le doux moinillon qui parle ; un enfant qui s'exerce pour tuer une femme. Une femme ! je suis cela, j'ai senti tout à coup, au clair de mon intérêt, qu'il était même que celui de la marquise : et tout s'élucida. Giovanna ; tu ne pensais donc pas que je réfléchirais? Le Prieur connaissait mon secret; mais George: « Si vous étiez » il entendait, une femme «je vous dirais que je vous aime ».
74 THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX
Absent deux jours, nous voilà au troisième et le palais m'ennuie comme autrefois le monastère. Si j'ai souhaité liberté, aventure c'était pour le chercher : je me suis applaudi du pouvoir pour mieux plaire. La princesse disparaît déjà dans l'amoureuse ! Ce féminin me fait rougir à prononcer ! Je suis Antonia unique fille d'un prince très méchant (regard vers le portrait baisé au 2e acte) et de sa douce victime la duchesse Amalfi. 0 mes tristes aïeux, votre histoire, je l'ai lue avec effroi ! . . . La loi de Pouille ne permet pas aux femmes de régner. 0 mon sexe reste un secret ! Je ne veux pas d'éveil à ce rêve d'une vie double, prince le jour, pour tous; la nuit princesse et pour lui seul. Prince, princesse, Tonio, l'Androgyne, la vierge Antonia auront le bref identique destin : 0 vie sois-moi propice je ne fais que passer ! La plénitude de ma coupe la condamne à verser.
Quinze ans, prince et princesse, beau et belle, vierge et vierge, aimée par un sublime esprit que moi-même j'adore : non, rien n'augmenterait cette fortune entière !
J'ai vécu la prière et le recueillement; me voici sur le faîte humain, vêtu de pourpre et couronné, mêlé aux destinées latines et devant moi l'extase de l'amour absolu, qui se lève en soleil.
Qu'ajouter à mon heur? La gloire ! En laissant mon portrait, je survivrai ! Cavalcanti écrira l'histoire du petit prince de Tarente... de Byzance; et plus tard, un poète retrouvant ce portrait et ces brèves annales, évocateur ému, sublimera mon aventure.
LE PK1NCB DE BYZANCE 75