‹ Le Prince de ByzanceChapitre 91 sur 124 · SCÈNE V CAVALCANTI, puis LE ROI · texte numérisé non relu

SCÈNE V CAVALCANTI, puis LE ROI

CAVALCANTI

Etroit esprit, excellent au village, que viens-tu faire en cette cour? Accuser la beauté de ton prince, le dévouement de son ministre. Il est sincère et croit obéir au devoir

fil s'assied à la table et range des papiers). GiacomO a lu la réponse royale (le Roi paraît en retire et vient lentement) (( J'arrive, Frédéric » . (Le Roi jrappe jortement sur V épaule de Cavalcanti qui se dresse, en colère, puis Jroid et hautain) .

Sire, vous êtes familier : ma fortune a changé, changez donc vos manières.

LE ROI

D'honneur ! vous vous prenez trop au sérieux, mon capitaine. Votre manteau de pourpre vous aveugle, connétable d'hier, dès ce soirpotençabie! fil s assied, croise ses jambes, Cavalcanti l'imite). Je VOUS écoute.

CAVALCANTI Je vous attends.

LE ROI

Vous avez à répondre de haute trahison ?

CAVALCANTI

Vous avez a répondre de haute perfidie fil lui montre le pli da 2° acte, ironique). « Le capitaine est dangereux, qu'onle pende » .

84 THÉÂTRE DE LA ROSK f CROIX

LE ROI

J'avais raison, puisque vous déjouez mes trames.

L'événement du moins, tournant si bien pour vous pourquoi réveiller a Tarente l'idée patriotique ? Défendezvous, même contre le roi, mais ne blessez pas la patrie.

CAVALCANTI

Je n'ai pas de patrie ; je passe, en étranger sur ce monde mauvais ; déchu des sphères supérieures pour un péché mvstérieux, je suis une âme en peine qui fait son purgatoire parmi les hommes : ne me demandez pas d'aimer ma geôle, prisonnier; d'oublier, exilé, ma patrie véritable, l'au delà, le splendide au delà.

LE ROI

Cette vertu qui reste au cœur des plus infâmes, cet amour du pays où l'on a bégayé et qui survit à tout...

GAVALCANTI

Sire, vous me prenez pour une foule. Cette vertu entre augures s'appelle une raison d'Etat. Malheureux en Sicile, à Florence choyé, je suis donc Florentin et ministre icimême, je suis donc Tarentin. La patrie c'est le lieu où l'on aime et où l'on est aimé.

LE ROI Au diable les condottières lettrés !

CAVALGANTI Pour tenir ce propos, vous n'êtes pas venu.

LE PRINCE DE BYZANCifi 85

LE ROI

Vous traitez, Dieu me damne, de puissance à puissance. CAVALCANTI

Et que manque-t-il, pour être votre égal, roi de Sicile? Je suis aussi brave que vous ; plus beau et plus savant. Votre berceau fut un berceau royal et je suis né sur une route. Réfléchissez, cherchez vous ne trouverez pas àm'opposer d'autres prérogatives que le faste destin d'un berceau bien placé.

LE ROI

Eh demandez-moi donc de vous céder la place? Enfin, qu'espérez-vous ?

CAVALCANTI

Rien, je servirai jusqu'au bout du possible, le prince que Dieu me confia.

LE ROI

Un enfant vous inspire ce même dévouement que vous me refusez.

CAVALCANTI (ironique).

« Le connétable est dangereux, qu'on le pende. »

LE ROI

Vous n'étiez à mes yeux qu'un instrument, je vous brisais selon mon droit, de mépriser le moyen pour le but. Epousez mes desseins, vous devenez sacré comme ces desseins mêmes.

86 THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX

CALVACANTI

Il ne iaut être tout aux choses que je fais !

LE ROI

(A part) Il a peut être deviné que son Prince est une Princesse ! (haut) et si je vous offrais une existence heureuse avec Antonio, abandonneriez-vous Tarente et la couronne?

CAVALCANTI (à part).

Une existence heureuse et cachée avec lui : plus d'intrigue, l'adoration dans la sérénité ! 0 formidable tentation (haut). Etrangler son destin, lui arracher cette couronne qui lui sied tant, non !

LE ROI

Il ignore la vérité, (haut) Cavalcanti, ton Prince est une jeune fille; tu l'aimes, emportes-la. au lieu de barrer mon chemin ou tu seras brisé.

J'ai entendu cela aux lèvres de la Buodelmonte !

LE ROI

Et la marquise disait vrai : ce prince par moi inventé est la fille d'Antoine le Cruel, que je claustrai dans un dessein modifié.

CAVALCANTI Mensonge et piège I

LE^ROI

Vous m'ennuyez messire, Espérez-vous lutter et l'emporter ? Je veux en Apulie un serviteur aveugle.

CAVALCANTI

[[Dut-il tomber ce soir, le Prince, désormais, appartient à l'histoire.

LE ROI

Rêveur, 'qui traînez des chimères au champ clos de la vie !

CAVALCANTI

Si je disparaissais, le laisseriez-vous régner?

LE ROI

Tant de naïveté désarme : toi seul me gêne, lui n'est rien qu'un enfant k renvoyer au cloître.

CAVALCANTI Songez que c'est un orphelin et que Dieu les défend.

LE ROI

Oh! pas de pathétique. On n'a jamais fléchi ma volonté : adieu, (mouvement de sortie. CAVALCANTI dégaine et lui barre la porte). Vous oseriez!

CAVALCANTI (entrouvrant et à la cantonade).

Je vide un point d'honneur avec ce gentilhomme : au bruit que nul ne vienne (il referme).

83 THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX

LE ROI

(A parij Ce fou est maître ici (html). Mon destin me défend, le Roi ne se bat pas.

CAVALCANTl L'homme se défendra.

LE ROI Je suis l'abstrait : Pouvoir (il dégaine).

CAYALCANTI Je Suis l'abstrait : Amour (ils croisenl leurs épées).

LE ROI

Tu compares une passion si vaine, n'intéressant que son objet et toi, à ma conception digne de Gharlemagne.

CAVALGANTI

Mon cœur est plus grand que le monde : être de vo lonté instrument du destin, tu n'es pas l'homme de providence, n'existant pas pour Dieu, je t'appelle : néant.

LE ROI

Ce duel en causant, ce croissement d'idées avec ce froissement de fer, me fait songer aux combats homériques, bavards! (il rompt). Holà! je me fatigue... tu n'auras plus que la réplique de l'épée.

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