‹ Le prince de Ligne et ses contemporainsChapitre 23 sur 28 · M6 LE PRINCE DE I.IUKT. ET SES COSTEHPOB A P?. S · texte numérisé non relu

M6 LE PRINCE DE I.IUKT. ET SES COSTEHPOB A P?. S

connaît le procède : batlre la campa^e, ne pas parer, maiî^ attaquer à lorl et k travers, au besoin remonter au déluge, exaller le bien en réduisant à rien le mal qu'on met sur le compte des circonstances, de l'ivresse du combat, de la fatalité des représailles.

Miclielet appelle Camille un polisson de génie, Sainte- Beuve, un polisson de verve et de talent ; dans ccll»! verve Toile, indiscrète, dans ce dévergondage sans frein traversé de bonnes saillies, dans cette plaisanterie qui frise toujours la guillotine, te grand critique reconnaît le clerc de la basoche, le fifre improvisé de la Révolution ; il le compare à ces prédicateurs satiriques de la Ligue qui prêchaient l'émeute aux Halles. Camille avait des cahiers de citations et son style semble comme èpicé et farci d'emprunts k Tacite, à Cicéron, à tous les auteurs latins, a Ce qu'il fut vite et longtemps, c'est la plume la plus leste, la plus gaie, la plus folle du parti démocratique et aDarchique ; il avait été le premier boute-en- train de la Révolution, il ne cesse de l'être et de pousser à la roue, jusqu'au jour où il s'avise tout k coup de se retourner et de dire : Enrayez !

1. I Jamais, éciiL-ii ikos son discours (le la Lanterne, jiimais plus riche pi-oie n'aura él6 oITèrie anx vainqucui's. Quarsalc mille ptilaÎE, hâtels, cliâteaaT; les ûenx cinquièmes <lc9 biens de la France â distribuer, serunt le prit de la valeur. Ceux qui se prétendent nos vainqueurs seront l'onquîs i'i tenr tour... » — Cela vaut l'inlerniption d'un émeiitipr i Barbes, le 15 mai 18i8 : » Tu te tromi>c?. Bnrbéa, dcui beures de pillage ! i'

Ce char qu'il avcrlis»iit |ioiir la [iMnii-Tc fois iiVtint pas compte et k broya. i>

Quelques historicus se montrent 1res indulgents pour ce gamin de Paris dit journalisme, Thiers, Migncl. Claretie, Edouard Fleury ; d'aulrea le traitent avec plus de séTërité ; la plupart lui gardent un coin d'admiration DU de sympathie. — Aux yeux de M, Cuvillier-Fleury, il est un des pires parmi les mauvais, il a créé avani Marat le journalisme pillard, assassin et terroriste, et l'on ne saurait s le juger sur les larmes qu'un lâclic regret lui arrache avec la vie, quand le couteau qu'il a aiguisé va le frappi^r h son lonr ». « C'était une âme particulièrement taible, un de ces artistes qui brûlent Rome pour jonir du spcclacle... un caractère d'une mollesse singulière avee im cerveau ardent, une imagination cmporlôe avec une tournure d'esprit ingénieuse et rallinée, un goilt d'érudition et de citation puéril, le âouci de [a phrase et du (rail; plus pédant que mi'cliant, jtlus académique que démocrate, révolutionnaire par entraînement de rhétorique plus que d'opinion, plus tapageur que passionné, avec une veine de bon si'us français pourtant, une industrie de style et un fini qui eût assuré dans tous les temps, aux productions de sa plume, l'attention des érudits, l'engouement des amateurs et le suffrage des meilleurs salons. Camilk^ Desmoulîns est le seul écrivain démagogue (avec Prouihoii peut-être) qui procède d'une cerlaine tradition de l'esprit français, et se rattache par quelque côté à cctle^

I,S98 1.E VHISLK DE LIGNE ET SES EONTEMPOII AINS. famille de sallriques f|ul, de la Mênippée, aboutit ;ï I*aut-Louis Courier, en louchant pouWtre par instants =jt- Bussy-RobutiQ et U Saint-Ëvromoad... II a toute la verve et toute l'autorité des meitleurspaoiphli!:t<iirf s; il a tgut le trait des plus classiques railleries ; il lui mani|ue hi décenee, l'honm^telé et l'autorité! u I^LUiarline a tracé par deu\ l'ois le portrait de ce Camille qu'il appelle un flaireur de vent. Aucun homme, ajoute-t-il, ne représentait mieux la foule. Il en avait les turbulences, les murmures, les élans, les

t retours soudains, les légèretés, les cynismcs, les lâchetés, les liéro'ismes, les gaietés, les colères, le rire et les larmes; écrivain consommé avant l'âge, il avait consacré son âme mobile à être le veut de la tempête civile, a Je suis, disait-il lui-même, le soufflet du leu de la liberté... — Artistt! de parade avant tout, il cherchait l'art d'Ari»tophaue ou de Rabelais jusque dans l'outrage. Son style, grec d'origine, latin de forme, français de verve, élevait l'insulte jusqu'à l'éloquence et faisait descendre l'ironie jusqu'au sang. »

Le fond de sou ;tme était une impiété naturelle envers toute chose... Il y avait en lui de l'enfant dans le tribun; on ne pouvait ni l'estimer, ni le ha'ir. Ses opinions n'étaient que ses caprices... "

Et puis, il possède une qualité qui, aux yeux du Français, excuse bien des choses. Camille a du l'esprit, beaucoup d'esprit ; non l'espril de conversation, car je

fa

CAMILLE llEaHUUI.INS.

ne sais guère de lui que son mot sur Saiut-Just ' « Il porte la têle comme un saint-sacremeut », réponse à Robespierre qui propose de faii'e brûler lal YUux Cordelkr : a Brûler n'est pas répondre s ; nuÛBl de l'esprit écrit, un badinage On, élégant, l'art de mani^ l'érudition avec grâce, d'envelopper une cruauté dans:! une phrase parfumée d'atticisme, de lancer un coup de ^ poignard qui fait presque l'elTet d'une caresse. Aussi la plupart de ses biographes l'absolvcnl-ils du reproche de méchanceté foncière, bien que ses Olourderies aient causé un mal inhni, déchaîné les pires inslincts, précipitât la chule de la Uironde. La répubhque fut sou idole,J observe Gerasez ; il l'aima dès le collège ; à la basoche, il l'adorait ; les travaux du palais ne purent le distraire de ce culte intérieur ; ce mot magique appelait dans son imagination toutes les félicités que peut rôver laJ jeunesse. Voyant toujours entre lui et ses idées, comme seuls obstacles, l'autorité des rois et le pouvoiz9 des prêtres, il conçut pour les prûtres et pour les roiftj une aversion profonde, et, quand la guerre s'engagea contre ces deux grandes puissances, tout lui parut^ légitime pour les abattre ; tant qu'elle dura, conscience fut aveugle et sourde.

Il est de la lignée d'Aristophane et d'Archiloque, de''l Villon et des bouffons des rois; il incarne le gavroche J

1. Je lui ferai poi'ter la sienne ce ftilnt-Just en appraoant l'épigramme.

parisien, a le pille voyou au binl jaune comme vieux ?ou » immortalisé par Hugo, Barbier et Alfired Delvau '. Son style manque de probite, les perles fausses y abondent ii côté des perles unes, le mauvais goût, l'obscénité y coudoient l'éloquence, les périodes pleines de nombre et d'harmonie. Quand l'ouquior- TinviUe lui demanda son âge: « Trente-trois ans. répond-il, l'âge du bon sans-culotte Jésus. •■> Lorsqu'il célèbre la nuit du 4 Août', la Saint-Barthélémy des privilèges, il parodie les hymnes d'église sur un ton de litanie, et finit, selon le mtil de Sainte-Beuve, par

1. Voir dans \m Oïlrurs de Parii, Je Luuiï VeuiUol (p. %5), une étude pénélranlc et amèi'e d'Alfred Delvau bot le gamin de

2. o C'est de cctic nuil, Français, devez-vous dire, bien auenx. que de edle du samedi saint que nons sorames sortis de la misérable servitude d']-I|^pte. C'est celle nuit qui a extci'nÛDé 1m sangliers, les lapins et tout le gibier qui dévorait aoi récottea. C'est celte Duit qui a al>otï la dtme et le casuel. Lo pape ae lèvera plus maintenant d'impôt sur tes caresses innocentes du cousin et de la couiine. L'oDcte friand... nuit désastreuse pour la grand'chambre, les (greffiers, les liuiasiers, les procureurs. Ut secrétaires, soua-sei^rétaires, les beautés solliciteuses, portiers, valeti de chambre, avocats, gens du roï, pour tous les gens de rapine I Nuit désastreuse pour toutes les sangsues de l'État, les courtisans, les cardinaui, arclicvfques, abtiés, chanoines, abbeases, prieurs et sous-prieurs I Hais 6 nuit charmante, o vere beata nox, poui mille JËUQes recluses, bernardines, bénédictines, visita ndines, quaad elles vont être visitées ! n ^ 11 gftlera une belle objurgation â ses collègues par une parenthèse sur Salomon, ses sept cents femme», IQUI l'e mubfticr de horilii-ur.

se souvenir de la veillte de Viinus. il est gourmand et avoue son faible pour les dîners corrupteurs de Mirabeau ; fanfaron, vaniteux, il se considère comme un des principaux auteurs de la Révolution ; ambitieux de réputation, de Licn-Slre, il prend sous sa protection un escroc convaincu d'avoir volé au jeu '. Mirabeau déclare qu'il est 1res accessible à l'argent; SCS goûts lui dictent son épicurisme social, sa conception d'une république de cocagne, avec un chapeau de fleurs, d'une république athénienne toute d'amour et de plaisir qui, d'abord, proscrit le i)rouet noir, fiiit fleurir les arts et le luxe; ii définit la politique : l'art de rendre tes hommes heureux. Loin de lui la

1. I Cet homme, $'(wriait Brissût A ce pi'upos, ne se dil patriote que pour calomuiei" le patriotisme, n. Camille répondit par sou cruel pamphlet: Brûsot démasqué, traita celui-ci de fripon, cita les Prophèles ; i Factui mm proverbiuin, je SQis devenu proverbe. I II inventa contre lui le verbe briasoter qui devint synonyme de voler. Camille s'institua chevalier des tripots, cheTaliei' lies jeux de hasard : « Gardons- nous, écrivait-il, d'atlacher le saint de la chose publique à une régénération des mœnrs, en ce momenl impossible... C'en serait Tait de la liberté, si elle reposait sur les mœurs. Elle a une base plus solide : e'eal l'intérêt général... Lorsque nos ancêtres n'étaient pas corrompue, lorsque Tacite lei prop<Kalt aux Romains comme des modèles de vertu, c'est une vérité historique et incontealable que, dans les forêts de la Uaule et de la Germanie, nos pères jouaient au Irente et un et au biribi leur liberté individuelle ; ces homincs qui avaient la servitude en horreur, mettaient pourtant dans un coi'nei le bonnet de la liberté, tant iU étaient, disent les historiens, observaleur» r^igieiKS ite leur parole et gens d'honneur, n

pensOed'en faire un cloitrecoiniiie SaJiit-Just : d'ailk'urs sa volonté bégaie, hésite comme sa parole', car il n'est pus orateur, biea qu'une fois, une »eu!e fois, le li juillet 1789, il ait enOammé parsa parole le peuple du Palais-Royal, et donné pour couleur à la Révoluliou naissante le vert, couleur de l'espérance ; il n'a point de personnalité, et sa faiblesse d'Âme, sa nature subalterne et caudalairc ont besoin de s'accrocher k la force d'un autre : Mirabeau, lîobi-spierre, Danton. C'est un révolutionnaire consultant, que Marat traitem un jour de paillasse. Par exemple, ne lui demandez pas de rester fidèle à ses idoles; les choses changent et il se contente de suivre les choses : <i Ce n'est point la girouette, c'est le vent qui tourne... J'ai toujours été le premier à dénoncer mes propres amis, » dira-t41 en forme d'excuse, n Les hommes décorent du nom de principes les sottises qu'ils ré|>ètem assiditment; el Camille n'entend point passer pour un sot ".

Kien de plus curieux que le chapitre de ses contrit dictions sur Mirabeau. C'est d'abord saint Mirabeau, Heroule-Mirabeau, Démoslhène-Mirabeau, le divin BBrabeau, ^Urabeau- Tonnerre qui, de sou côté, le flattait en lui disant : » Vous connaissez mieux que moi les

1. " Camille avait l'oïii le surDorii de <r Bouli-Iloula » uu de • M.Hoa ', âoause de son léger Wjçiiiemeut. a

2. r I^ pauvre Cainille, r|u'él[iil-ce? Une admii-able Henrqni (leurisauit sur Danton. On n'arrachait l'nn qu'en toucliunt 1'aulie.f

(Miehelot.)

principes, mais je connais mieuK los lioiuuies. a Bien- Itlt il reproche h. son cher Mirabeau de tenir encore à un misérable Litre et de signitr toujours : le comle de Mirabeau. Puis il traite une de ses motions de « contradictoire, hétérodoxe, caco-poitlico ministérielie u. Il faut qu'il aime grandement l'auteur pour ne pas lui donner d'autres épithètes. Puis vient ia séance de Mirabeau aux Jacobins ; ce n'est plus que Machiavel-Mirabeau '. Tout à coup la mort du grand orateur marque un temps d'airi^t dans l'ejiplosion de la colère du pauvre Camitle : "■ Mirabeau se meurt, Mimbeau <.'st morti De quelle immense proie la mort vient de se saisir 1 J'éprouve en ce moment le même choc d'idées, de frentiments qui me fit demeurer sans mouvement et sans voix devant cette t^te pleine de systil^mes, quand j'obtins qu'on me levât le voile qui la couvrait, et que j'y cherchais encore son secret que le silence de la mort ne gai'dail pas mieux que la vie... v Mais dès le numéro suivant, l'admiration fait place aux soupçous : « Lorsqu'on m'eut levé le drap mortuaire, à la vue do cet homme que j'avais idolâtré, j'avoue que je n'ai pas senti venir une larme et que je l'ai regardé d'un œil aussi sec que Cicéron regardant le corps de César percé de vingt-trois coups. Je contemplais cette télé sans pareille, ce superbe magasin, d'idées démeublé par la mori; je soulfraisde ne

I. " Uii'ijLoaii, ilil Marat, lut pu 1 ri oie u a jcaj'. ni il est mort. •

:iOi LE PllIMi; r>E LinSE KT SRS tOSTEMPORAI

pouvoir donner des larmes à un homme, et qui avi iiii si beau génie, et qui avait rendu de si impu tanls services h la pairie, et qui voulait que je fua son ami. •> Et il termine en le ti-aitaut de Judas-Mn beau. — Et les traits malins de pleuvoir. Cêrulti ayai dil que Miralieau avait sauvé la France : « Non, ' Camille, comme le Fils de Dieu, le peuple îna^ s'est ressuscité lui-même, n II raconte encore qu'jpi le décret sur la paix et la guerre, il rencontra le Iribu sortant de l'Assemblée et lui reprocha de s'élre tcdiI cent mille écus. Mirabeau sourit, lui prend le bra£.i très amicalement : » Venez donc dîner aprôs^ni je vous expliquerai tout. » Ce fut toute sa justifia tion. — Il raconte l'agonie de Mirabeau, ses mots Cabanis, lorsqu'il lui peint ses souiTraaccs : s Elit sont insupportables, j'ai encore pour un siréle de force je n'ai plus pour un instant de courage, » Et e pour finir, oubliant les repas et le marasquin : n V donc, nation corrompue, ô peuple stupide, te prumenf devant le tombeau de cet homme, devenu le Mercui de son siècle, et le dieu des orateurs, des menteun< des voleurs I o

Voulez-vous vous faire une idée de son acharneniQ contre les nobles, les prêtres, lisez l'histoire de o savetier de Messine dont il s'étonne qu'il y ait eu peu d'imitateurs.

« Ce savetier était un patriote qui mérita mieiB qu'Aristide le surnom de Juste; dévoré du zèled

CAMILLE DF.SHOtlLlNâ. 30&

bii>n public, il n<; put soulTrir de voir les Maupeou, les Terray, les Saint-FloronLiu de son temps, el celle multitude de fripons et de scélérats rfes deux pi-emiers ordres, demeurer impunis el mourir dans leur lil de la mort des justes. Il pérora tant sur sa sellette, qu'il enflamma ses ovxriej's du même zèle de la justice. Les voilJi se distribuant les rôles. L'un fut le rapport<>ui', l'autre lil les fonctions de procureur général, et le savetier était le président. La boutique fut bientôt ta Tournelle de l'univers la plus formidable aux scélérats. Ils di'crétaieot, informaient, recelaient, confrontaient, jugeaient, et bien plus ext'culaienl. M. le président sortait sur la brune, avec une arquebuse à vent ; il attendait son homme et ne le manqua jamais. On n'entendait parler dans la Sicile que des fripous fusillés par une main invisible, et on commençait à croire à la Providence. Cet homme, d'un grand caractère, fut pris un soir sur le fait, purgeant la terre des brigands, à l'exemple de Thésée cl d'Hercule. L'inventaire de son greffe' et la production de toutes ses instructloiLs criini-

1. Loi qui lisait lea clussinues, aiail-il donc ouMié ce chapitre di- Jlontaigne, intitulé : Couardise, mère de cruuulé, qui réïèle ie aecrel •le la populaie parisienne, de toutes les pupalnuea: t La vaillance rie qui c'est l'effet de s'exercer seulement contre la résistance, s'arreste à \eoir l'ennemi â sa mercj ; mais la pustlIanimilÈ, pouidire qu'elle est aussi de la t<?3le, ti'ajant pu se mcsler au prcmicirâle, prend pour sa pai't le second, du massacre el du sang, l^s meurtres des i iclimea s'eieiTont ordinairement par le peuple et par

iHilles, qui jiislifi.iii'iiL ijue le proci's avait élé fail el parrait h cliacuu des accusés el qu'il ne manquait au liieo juge que tei fonnes, ne purent le sauver du dernier supplice. 11 périt sur IV'chafaud, honoré des regrets el de l'admiration de tout le peuple, et digne d'un malleur 8ort. » El, en pleine idylle, en plein bouhâur, quelque temps après son mariage avec sa charmaiitt: Lucile. il rédige un projet de décret où il [iropose « de pendre coimne Itrigand, de fusiller comme béte féroce, tout soldat étranger pris les armes h Ja main, de faire une estimation de tous les membres, depuis une orâlle jusqu'à un quartier d'aristocrate, afin que, si un guerr se montrait aussi valeureux que David, qui rapporta à SattI trois cents... Philistins, il ne trouvât point le ix'uple français plus avare de récompenses que la nation juive '. B

i utficiers (lu bagage, et ee qui (uki yeoir UinL de cruauléa inouïes a populairts, t'eslque telle t'anaille de ïulgaire s'aguerrit ie gendarme à senaanglanter juaques aui coudes, el deschiqueter s pieds, n'ajant d't

un l'oips a ses pieas, najani aauire reBseoiiineni, aauire vail- Isnte, comme les chiens couards, qui deschtreol eu ta maisca d uioi-dent les peaux de ticsics sauvages, qu'ils n'ont osé attaquer tui diamps... ■

I . l*iii'fois, lucme dana la Lanterne, il a, coinme par mëgarde, d» 4iceës de bon sens el plaisante avec humour sur la tyrannie dei di»- U-iets; i Que voulez-vous 1 cbai^un clicrclie à paraître. — U n'est pts jusqu'au fusilier qui ne soit bien aise de me faille sentir qu'il a do pouvoir. Quand je l'entre à onze heures du soir, ou me crie i t Qai viïcî B Monsieur, dis-je à la sentinelle: laissez passer un patriola

CAIIILIE DESHOULINS. 307

M. Jiik'S Clai'elie, dans sou beau livre sur Camille Dusinouliiis, proclame les Uévolutiona de France et de Brabanl, un chof-d'œuvre de langue, de curiosité, de polémique, un répertoire de science et une merveille d'esprit. C'est beaucoup, c'est trop dire: j'y vois un pampLIct contre les pouvoirs et les hommes, où l'auteur pousse aux dernières limites le sarcasme, la diUamation, l'invective, savamment revêtus des oripeaux classiques. C'est la chronique vivante de Paris pendaut les jonra caniculaires de la Révolution. De l'esprit ', de plaisantes parodies des scènes de l'antiquité, un lohu-bohu de nouvelles erronées et véridiques, un persiflage cruel des adversaires, de WashingtoQ-Pot-au-feu, de Bailly au long nez, de Bergasse, le fervent adepte de Mesmer, de cent autres personnages, l'apothéose de Çalon-Robespicrre, du divin Marat, des Jiiensonges atroces, des

pL<:ar<J. Maïs il me dccnanilc si je suis Frani^ais, ea appuyant lu pointe dft la baïonnette. Malheur bus muets! — Preuez le pavé à gauche I me erie une sentinelle ; plus loiu une autre cric : Prene: le pavé à droite I et, datis la vue Sain le-Marguei'ite, deui sentinelles criant : i Le pavû à droite I Le pavé i gauche ! « j'ai «té a\i\\gè par le district de prendre le ruisseau. >

1. J'ai voulu, dans te volume, présenter au lecteur divers types de l'eapi'it français, l'esprit de cour et de grâce, l'esprit poétique et satirique, l'esprit cumiguc, l'esprit du misanthrope et du moraliste, l'esprit de paradoie social, l'esprit politique, l'esprit du pamphlétaire et du Journaliste, afin de faire ressortir la puissance de métamorphose de cette faciiUË, cl comment clic s'adapte au talent d'hommes si dilTérenls par la naissance, l'éducation et les opinions.

308 LE PRINCK DE LIGNE ET SES COKTEMPOH Al.N:

faits exacU dénaturés, envenimés, ia populace fêla encensée, portée aux nues [il n'y a jamais eu, ditde peuple Néron, de peuple Caligula). l'apolc^ie conif nuellc de la dénonciation, une politique de vaudevilliste en rupture de l»uii, les plus étranges accouplements de noms et d'images disparates, voilà ce qu'on troui â chaque page, Laccuse-t-on de se parer des pluma du paon, il répond fièrement que la mémoire Je » souvent mieux que son imagination; que d'ailleurs Its anciens ont fait les Muses filles de la Mémoire, Camille ne dédaigne pas l'anecdote et il a bien raison. Ptf exemple il rapporte que, dans un village du Quercy, resseiUimenl contre le seigneur était tel qu'il ait: amener une explosion. Le curé monte en chaire et dit « Mes amis, le jour de la vengeance est arrivé, seigneur de noire village a été un tyraa : qu'il puni ! Permettez-moi d'être votre chel' et jurez tous di suivre mon exemple. » Tous en font le serment. I* curé s'écrie alors : " Je jure de pardonner ! » EntralD^ par l'impulsion d'un si généreux exemple, lo yiHage pardonne. ^ Ailleurs, c'est un plaisant qui, pour ridiculiser les titres, imagine de les distribuer à sa domestiques, selon la nature de leurs services. Il institue son palefrenier chevalier, parce que l'origine des chevaliers vient de cheval ; son cocher devient duc, parce que ce mot signifiait conducteur; ses laquais passent comtes, parce que les premiers comtes accompr^^naienl le roi. Enfin, comme le nom de marquis fui

^P I.AMILI.E DESMOULns. 309

iuveulô pour ceux qui gardaient les frontières, les marches du royaume, il a douné ce nom au portier qui défend l'cnlrêc de sa maison. Il note précieusement l'histoire du curé réfractairc dont les paroissiens déménagent le presbytère pendant le sermon ; la menace qu'on prétendit avoir été placée sous le couvert de la reine : « Au premier coup de canou que votre frère fera tirer contre les patriotes fran<;ais, votre tête lui sera envoyée ; » cette définition des enragés et des enrageants : o Les enragés sont ceux qui furent trop mordus, et les enn^eanta ceux qui voudraient encore mordre ; » le mot de Durosoi sur les nobles : « Ils sont comme le chien d'Eumée qui reconnaît Ulysse sous ses liaillons, sous les restes de son manteau royal, et qui lui lèche les pieds ; » celui de Mole entendant prêcher Maury : n Voilà un meilleur comédien que moi ! o Ouant fi la Révolution, il la juge si belle en masse qu'il dira toujours d'elle comme Bolingbroke dit un jour de Marlborough ; s C'est un si grand homme que j'ai oublié ses vices. »

Pondant des mois, pendant des années, le vertige de la Kôvolulion emporte Camille ; comme dans la Damnation de Faust, le démon l'enti'aîne à travers les abimes; secrétaire général de Danton au ministère de la justice pai- la grâce du canon du 10 Août, il voit les massacres de Septembre et ne frémit pas d'horreur, il vote la mort du roi, les grandes lois terroristes, il pousse sous le couteau les Girondins. Tous les parfums

310 LIS nUNlili l>F, l.lliSE II SKS CONTEKI'OHAIN'

de l'Arabie lavoronl-ils celle main tachée de sang' Pâut-i)lrc: le par fu m d'une belle action, plus pui^nl qut> la myrrhe et Li rose, efface les péchés, absout le coupable devant la postérité, fait de lui presque un favori de l'histoire, — ils sont loi», les jours de sécurit trioiupbanle, de folii' gracieuse el d'inlimité tendiï, entre Fréron-Lapin, Palagon-Btoae. Sa/»f7ie-DupIain. le Lapereau <le petit Horace), la beUi; maman Metfomêne, et Lucile-Ilouleau, l'être indéfinissahic qui jeliil si gaiement des potées d'eau k Fréron'. Le mal dtbordc, l'enfant terrible se sent vaguement atteint pat la tristesse des choses, altoint commR p6ro, comme époux, comme ami : l'aristocratie des poumons l'accable dans les clubs; lui qui naguère attaquait, il défend maintenant, il se porte champion du général Dillon, détenu aux Madelonnettes. Et, mélancolique pour la première fois, il laisse échapper cette remarque; II On a dit qu'en tout pays absolu, c'était im grand moyen pour réussir que d'tHre médiocre. Je vois que cela peut être des faux républicains, b

lin soir de l'été de 1793, Danton, Camille et Souberbielle sortaient du Palais de Justice, où la journée avait été sanglante. « Sais-tu bien, tonna Danton, que

via ne manquaient pas pour \e pousser à se lairc^. Eo OUB foiTiii' do (lialogne:

mla tUibes^Ëire est foTCf de h- vDir

DaDs ïoa porlmila. — C'est ïunlqoa rcmêdc

Pour le gu<>rlr, — A temjne ou Qlle Uiitc

Il ne faut pnn prfsenler un miioii.

^P cjAMiLi.E dksm<ii:L[ss. 311

du train dont on y va, il n'y aura bieotùt plus de sûrcfÉ pour personne? — C'est vrai, répondit Soubcrbielle, mais que puis-je, moi ? Je ne suis qu'un patriokobscur. Ali ! si j'étais Danton ! — Danton dort, taistoi, il se réveillera quand il en sera temps. Tout cela commence à me faire horreur. Je suis un homme de révolution ; je ne suis pas un homme de carnage. Mais toi, Camille, pourquoi gardes-tu le silence? — J'en suis las, du silence! La main me pèse, j'ai quelquefois envie d'aiguiser ma plume en stylet et d'en poignarder ces misérables. Qu'ils y prennent garde! mon encre est plus indélébile que leur sang; elle tache. pour l'immortalité I — Commence donc dès demain. s'écria Danton. C'est toi qui as lancé la révolution, c'est à toi de l'enrayer. » Quelque temps après paraissait le premier numéro du Vieux Cordelier'.

Il y a de tout dans ce pamphlet célèbre ' qui semble au premier abord écrit sous l'inspiration de Robespierre : l'éloge de l'Incorruptible, de Marat, de Billaud-Varennes, de la guillotine, du 21 Janvier, l'attaque contre la faction d'Hébert , la modération déguisée en bonnet rouge, la pitié portant la livrée de la violence, un mélange de témérité et de calcul, de cou-

1. C'est la ïeraion de Lninarliiic, celle de M. Lllurolie est un peu différente.

3. M. Ui(fnBt prétend que l'auteur y parle - de I» liberté avec le sens profond de Machiavel, et des hommes aveu l'uspril de Voltaire ■.

312 LK rKl%i;i: ut LK.Mt et sks <:o.\TEUrofi&ii(S. nge désespéré i?t do tîiuiditt-, du repculir, des désftvrui ; el, sauf des tirades d'une élévation soulenue, un style dévcr^piadô, débraillé, ïocohéreat, un style mii? cœur, dit CuYilUer-FIcury. Lisez, et vous serez confondu de Uuil di.' platitude uiëléo fi tant d'audace : daos k' $MOud numéro, par exemple, il déclare que Marat est allé au point maximum du patriotisme , que plus loin, il D'y a plus que des déserts et des sauvages, des glacfs ou lies Tolcans. Marat cité comme un modèle 1 Alai; \-oicî le troisième numéro, et wt appel â la clémence, qui îndii^e les patriotes d'induslrie, les profiteurs de Tévoiutioft, ceux qui sont enColIfe de la rage jacobine, tkf jaeobmcal rage, mais qui remue la nation jusque dans ses entrailles. C'est là que, sous prétexte de traduire Tadle, il énumêre avec éloquence les innom- Imbks suspects de la Terreur, qu'U marque d'un fer muge leâ bourieaus, les Néroos de 1193.

... U n'y eut qu'un pas pour clianger en crimes les sim- )il(!s regards, la tri:~lcsse, la compossiou, les soupirs, le filence même... tjinie de contre-révolution à Drusus d'à- \oir demandé au\ diseurs de bonne aventure s'il i séderait pas ua jour de grandes ricliesses. Crime de i révolution ou journaliste Cremutius Cordius d'avoir i BrutuselCassius les dei-niers des Romains. Crime de coatrentvolution à un des descendimls de Cassius d'avoir chez lui UQ portrait de son bîsnîeul. Crime de contre- révolution à Hamercus Scaurus d'avoir fait une Iragédie où il y avait tels vers à. qui l'on pouvait donner deux sens... Crime de

^ • CAMILLK llt = *HJtLL>S. :il;i

contre-révolution il Pâtréius d'uvolrcii un songe sur Claude Crime de contre- révolution l't Appius ^ilanus de ce quo la r'.mine de Claude itvait eu uti son?;!' aur lui... Crime de coHli-o-révolutioD de se ploiodrc dus malheurs du lemps, lar c'était faire le pièces du gouvernement. Crime de i/ontre- révolu Lion de ne pas invoquer le génie divin de Caligula. Pour y avoir manqué, gmnd nombre de ciloyena lurent déciiLiis de coups, condamnés aux raines et aux bêles, quelques-iina même sciéapar le milieu du corps... Oc avait peur que la peur même ne rendit coupable...

Tout donnait de rombroge au tjran. lu citoyen avait-ll du la popularité... suspuell

Fuyait-on au contraire la popularité, et se teuail-on au l'oin de son feu; cette vie retirée vous avait fait remar- (jucr, vous avait fait donner de la considération... suspect !

Ktiez-vous riche : il y avait un péril imminent que le l'euple ne fût corrompu par vos largesses... suspect I

I^Uez-vous pauvre? comment donc ! invincible empereur, il faut surveiller de plus près cet homme. 11 n'y a personne d'entreprenant comme celui qui n'a rien... suspect !

Le peuple oubliait le passe, luvait les yeux vers Camille lorsqu'il lançait celle IjoUe invocalion à la liber lé :

La liberté n'a ni vieillesse ni enfance ; elle n'a qu'mi fige, celui de la force et dn la vigueur. Cette liberté que j'adore n'est point inconnue.. \ous combalton-s pour défendie

31t LE PBINCK DK l.lliir lût stS i.

(It^s bieaa <Ionl plie mut sur-le-diajiip on priseessioii ceux qu'elle invoque ; ces bi<-ns soot la DiJcIoroliou d«-â droits, h doiicuur dos maxiincR républicaine!^, la fratei-oilé, la sainte t^litù, l'inviolabîlitO des {irincipts. Voilil les traces des [tus i delà déesse; voilà à quels traits je distingue les peuples an milieu de ijui tdle habiln !.., Non, lu liberliï, cette liberté descendue du ciel, fc n'est point une nymphe de l'OpOrs. ce n'est point un bonnet rouge, une rbpmise sale ou dïs liaillous. La liberlû, «'pstle Umheur, c'est la raisun, c'esl l'égalité, c'est la justice !... Voulez-vous ijueje la refounaiaso, voulez-vous que je torabe A ses pieds, que je versi' tout mon sang pour elle 7 Ouvrez les prisons à cesdeuj cent mille citujens i[ue vous appelez suspects ; csir dans la Déclaralion des di-uits, il n'y a point de maison de suspicion, il n'y a que des maisons d'arrêt... de vos eouemis, il n'est resté parmi vous que les lâches et les maladeS) N braves et les forts ont émigrc, ils ont péri à Lyon ou dsiis liL Vendt'e; tout le rcilc ne mérilc pas votre colère.

La réponse de Itobespierre, de son cher ami, ^' son camarade de collège, ne se fit point attendre : un matin de mars ("Qi-: Camille et ses amis éLaient êcroués dans la prison du Luxembourg. C'est de tk f]u'il adresse à sa Lncile ces lettres touchantes qu'on a le droit d'invoquer comme des témoins à df-chaige. Trop tard, il s'aper(;.oit que les hommes cstîmen!. comme Denys de Syracuse, que la tyrannie est une belle épitaphe; i! avait rêvé une républiijuc que (oui le monde eût adorée (quel rêve et quelle réalité !i,&i

bien qu'il senle fuir «devant lui le rivage de la viiM il voit encore Luciie; ses mains lifies IVtnbrassent, Wte séparée repose encore sur elle ses yeux mourantsfl Oli oui I il voit la mort, il connail la justice de s ennemis, il va expier ses bonnes et ses mauva lions, Robespierre ordonne, Sainl-Jusl écrit, la Go» vention décrète, Fouquier-Tinville condamne, le Iribmial révolutionnaire, eu -prison, sur la falal charrette, Camille eut des accès de désespoir et de c 1ère'; il criait au peuple : o Mon crime, mon seul crim est d'avoir versé des larmes. » 11 ne recueilbt que d injures et sentit s'appesantir sur lui l'tternello, l'ii pitoyable loi : Vœ viclîs! mallieur aux vaincus! ( couteau de Sanson, le représentant du pouvoir exécv tif. tomba froidement sur la tête de l'ancien procureul général de la Lanterne.

Sa femme, l'aimable Luciie, huit jours après, monta à l'écliafaud, joyeuse de rejoindre son Camille ; < elle, contre Dlllon. Chaumelte et bien d'autres, le c mité de Salut public avait imaginé la fantastique o piralion des prisons. Elle fut intrépide devant ses juges intrépide devant le bourreau. « Le sang d'une femm a chassé les Tarquins de Rome. Puisse le mien, ( elle, emporter la tyrannie I a En ^voyant ses cbeveiia Il sa mère, elle lui écrit ce billet adorable : « BonsoirJ

.. • du'allail-il donc faira ilnnï les c H'M'I pas moarjr? » il^ouard Fleur;. |

[3tr. LR fHINCK BK I.

m.1 chère maman, l' \

brmi; s'ôcliappe do mes yeuit:

ell»? est pour toi. Jl- vnîs m'ondormir dans li> ca]ms lie l'innocence, u Sur la charrctle fatale, elle cause avt-o :*es compagnons, sourianh" cl RM', belle d'héroïsme l'I de passion, comme si elle se rendait à une ftJle. Gpammont-Nourry GU traitant son pi'Te de scf-lérat :, « On prétend, dit Luciln, que vousavCK insulté Marie-Antoinetle

lans la charrette: cela ne melonne pas, mais vous aubien dil garder un peu de celte audace pour bra-

.er une autre reine, In mort, à laquelle nous allons, t llèlasl elle n'avait pu obtenir la promesse d'être réu- Camille dans le même tombeau' : l'histoire leur ^ai'de un souvenir dans la m?me page; cette gracieuse femme met une .iiirmlc au front de son mari, le reliabilile, et l'on se plaît ii imaginer que c'est pour elle. sous son inspiratini]. ijii'il u écrit le Vifu.r Cordelii-r,

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