SCENE PREMIERE
BATHILDE , LE CHEVALIER DU TEMPHE richement vêtus. Ils sortent des apparteniens.
BATHILDE
, Enfin , Chevalier , mon cher Adolphe vient de recevoir les premiers vœux de la jeune Comtesse de Nice , de celte charmante orpheline confiée par son oncle , le Duc de Savoie, à vos soins et à votre sagesse.
LE CHEVALIER
Oui, madame; chargé des pouvoirs du duc Amédée, retenu à Turin , j'ai reçu les premiers sermens d'uue union qui cimentera l'heureuse paix que nous desirions tous. Le jeune Comte de Pro\ence , entraîné par son ardente imagination , a voulu qu'on célébrât dans Nice ses fiançailles , aussitôt que les ordres du Duc m'ont été remis j et je n'ai pu m'y opposer.
Air du Vaud. de la Robe et les Boites. C'est dans la ville fortune'e Où votre fils signa la paix , Qu'il va , des mains de l'Iiyménée , Tenir le pris de ses hauts faits ; Qdand par lui Bellone repose , Tour à tonr amant et guerrier , ïl peut bien cueillir une lose Où son bras planta l'olivier.
I5ATHILDE.
Jamais , je l'avouerai , je ne fus plus heureuse d'être mère,
LE CHEVALIER
Je crains bien cependant que cette union que je désire autant que vous , ne soit pas aussi prompte que vous le croyez, et je nie vois forcé de retarder un hymen qui ne pouirait donner à la jeune Comtesse l'assurance du bon— bem^ qu'elle mérite.
BATHILDE
Adolphe, il est vrai, élevé dans les camps, soumis à l'autorité de cet intrépide Sire de Trinquetaille , son tuteur , se livide trop facilement à la fougue des passions , et ne peut les modérer encore; mais vous devez remarquer. Chevalier, que depuis quelque tems, il recherche la société des dames , et qu'il s'occupe des moyens de leur plaire. Il aime enfin poui la première fois, et l'amour est un grand maître.
Air : Haiss' les femmes qui voudra.
Trompé jusqu'ici par l'ardeur D'une trop bouillante jeunesse , Mon fils a piis pour le bonlieur Des vains plaisiis la folle ivresse.
Mais si quelque orage troubla
Le printems de son âjjc , Un c;ilnie heureux bientôt saura
Le soustraire au nanfiage , (fc's) j
De l'homme le plus enivré , Les feux d'hymen épurent l'âme , Par viu£;t maîtresses égaré , 11 est sauvé par une femme.
LE CHKVALIER.
Je partage votre espoir 5 mais le Sire de Trinquetaille en- Iraîiio sou>cnt \olre cher Adolphe dans des excès qu'il croit inséparal)h's de la a raie bravoure , et qui, plus d'une fois , ont porté le jeune Comte à des extravagances, qui pouvaient compromettre son rang et son pouvoir.
BATHILDE
Je ne puis excuser sa tète, mais je défendrai son cœur.
LE CHEVALIER
On tremble , dans ses chasses , pour toutes les pastourelles qu il rencontre ; cliacuue de ses haïtes est le rendez-vous des buveurs les plus intrépides, et lui-même semble se faire un point d'honneur de les surpasser encore.
BATHILDE
Espérons tout du tems et de sa tendresse pour moi. LE ciikvalie:-. .
C'est surtout depuis que ce ménestrel , par sa gaîté bachique et sa verve eutrauiante, est devenu le confident du jeune Comte...
BATHILDE
Thibaut de Loris ?.. îl aime trop son prince , pour abuser des avantages que lui donnent son heureux caractère et ses talons aimables.
LE CHEVALIE'Î.
Soit, mais la prudence exigerait peut-être...
( O/i entend dans la galerie Thibaut qui chante le refrain suivant. ) Fiti de l'air: au son du ffre et du tambour. Piivtagcnns nos nuits et nos jours Entre Bacchus vx les amouis \
LE CHEVALIEH.
C'est lui-même : le Sire de Trinquetaillc l'accompagne.
BATHILDE
Eh bien ! profitons de cet instant , pour leur faire connaître tous les dangers dont ils ensiioiuient mon tils , et prévenir les maux qui pourraient en résuitci\