SCENE II
Les Mêmes, LE SIRE DE TlUNQUETAiLLE, THIBAUT DE LORIS, ayant une gourde et une flûte de Pan sufipendues en sautoir à son col ; Plusieurs Officiers de la suite. ( Ils sortent de la galerie. )
THIBAUT
Msm(^ air.
Préférons dans notre délire .
Pins doux que l'iionneu:- de briller, L'ohscurilé qui laisse rite A la grandeur cpi fait Lâiller ,
La £;fiilc' v.Tut mieux qu'an empire.'.
Partageons nos nuits et. nos jours Entre Bacchus et les amours.
C HOEUR.
Partageons, etc.
TniNQUETAiLLE, uux offïciers qui V entourent. Cinquaute couverts de plus dans la galerie ! Je prétends^ vive Dieu ! pour célébrer les fiançailles de mon élève, réunir à la même table, tous les braves qui se trouvent dans Nice , et qui ont combattu Sous mes ordres.
La belle réunion que cela va faire !
TniSQUETAlfiLE.
Vous ferez servir les vins les plus renommés et de la date la plus vénérable.
THIBAUT
C'est le laiL nourricier des ckansonniers.
T; INQUETAILLIi.
Grand nombre de musiciens, libre accès à tous les habitans de Nice , et surtout aux plus jolies pastourelles des envii'ons : rien n'excite mieux l'appétit. (^JLes écuyers entrent dans la galerie. )
LE CHEVALIER, à BatliUde,
Toujours le cœur d'un vieux soldat et la tête d'un jeune homme.
TKINQUF.TAILLE.
Si le vaillantChevalier du Temple voulait être des nôtres?
LE CHEVALIER
Je vous rends mille grâces , brave Sire j mais...
TRINQUETAILLE
La gaîté vous fait peur, ? tant pis , mill'z'yeux ! tant pis. Pour moi , quand je me suis battu, je n"ai pas de plus grand plaisir que de me voir entouré de mes frères d'armes , et de porter un toast à chaque belle action qu'ils ont faite.
BATIIILDE.
Souffrez néanmoins qu'une mère prévoyante s'alarme un peu des exemples que vous donnez ù son tils , qui ne paraît que trop disposé à les sui\rc.
TRI^QUETAILLE
Tant mieux , morbleu ! tant mieux.
Àir : Dans la chambre où naquit Molière,
Pour bien se battre , il faut bien boire j
Tel guerrier affrontant le sort
Ivre , remporta la victoire ,
Qui peut-être à jeun serait mort ,
Si du vin l'enivrant breuvage ,
Par fois égarant nos esprits ,
Double à nos yeux nos ennemis,
11 double aussi notre courage.
BATHiLDE , a part.
Quel homme !
TRINQUETAILLE
Adolphe le prouve : il a su triompher dans trois combats , vaincre , au pied des Alpes , ce redoutable Amédée , qui s'imaginait conquérir la Provence aussi facilement que le Piémont : voilà pour la gloire. Il aime les jeunes femmes et le vieux vin j voilà pour le bonheur. Figure aimable , caractère franc , humeur joyeuse , amoureux comme vin diable — Vive Dieu ! Chevalier , où trouverez-vous donc un époux qui convienne mieux à votre pupile ?
LE CHEVALIER
Oh ! je ne doute point du cœur d'Adolphe ; mais sa tète est si facile à égarer ! ( à Thibaut. ) Surtout lorsqu'accompagnant de tes joyeux refrains les rasades que lu lui verses...
Moi ? toujours grain sur bord : c'est plus biillant à l'oeil, et ça vous habitue à avoir la main sûre.
BATHILDE
Si pourtant tu voulais t'abstenir de chanter aussi souvent Bacchus en présence du jeune Comte...
THIBAUT
Ne plus chanter ni boire ! mais c'est un arrêt de mort , cela.
Air : Boira qui voudra larirette.
Armé de mon luth cbampètre J'ai la puissance d'un roi ; De ma gaité je suis uiaître , On ne lui fait point la loi , Avec uîoi le ciel la fit naîti'e , Elle ne mourra qu'avccj'moij Non lieu n éteindra , Ne suspendra , ■N'atteindra Jusques-là
Mon dt'liic , Tant q\}t\ j'ai vt'cu , j'ai su lire, Tant qur je vivrai Je lirai.
LK CHEVALIER
Tu conviendras cependant qu'il est des circonstances^..
TAIBAUT.
Oh! il n'y a pas de cii( oiistanccs qui tiennent... je ne suis point un lionime à gages , moi. \ailet d'un trouhadcnir iameux , qui se plut à ni'initier dans les secrets de son art , je lus choisi par les hahitaus des bords de la Durance , pour haranguer le prince Adolphe, quand il allait comhattie le Duc de Savoie j ma gailé lui plut. 11 me proposa de marcher à la têle de son armée , pour animer ses gueriiers par mes chansons : j'acceptai j mais sous condition que je serais libre de retourner à nion > illage , dès que l'ennui me gagnerait auprès de Son Altesse. Depuis deux ans que je 1 accompagne , je n'ai que lieu d'être satisfait de mon soit. Estimé des grands, cher aux petits, à qui je m'empresse d'être utile ; faisant le bien partout où l'occasi(Mi se présente , et toujours moi, sous cet habit qui me rappelle mon origine , je trouve le bonheur au milieu de tant de gens qui le cherchent; et dès qu'il veut fuir , je le ramène au son de cet instrument champêtre. ( // désigne la flûte de Pan. ) Et je le fixe auprès de nioi , par cette source féconde des joyeux refrains etdubonheur de la vie. ( // boit à sa gourde. )
TRiNQUSTAiLLE , transporté.
Vive Dieu ! Chevalier , ou je ne m'y connais pas , ou voilà bien de la véritable philosophie!