SCENE IX
Les Précédens , le sire de TRINQUETAILLE , sans armes, plusieurs Gardes, fuyant devant lui.
TRiKQUETAiLLE , avcc Ve'garemeut de la colère. Air ; J'ai vu le Parnasse des Dames.
Oser enfermer Trinquetaille , Oser enfermer un guerrier , Que jamais aucune bataille N'avait vu faire juisonnier !
Malheur au premier que j'attrape !
C'est de ma main qu'il périra.
Je suis un boulet qui s'échappe Du caaoïiqui I« renferma.
BATHILDE
Et qui peut donc , brave Sire , vous causer une si grande colère ?
TRINQTJF.TAILLE.
Me mettre aux arrêts ! . . moi , ton tuteur , moi , ton compagnon d'armes !
ADOLPHE
Encore une extravagance, [à part. ) Celle-là du moins est plus gaie, [haut.) Vous aux arrêts !
trinquetAille.
Où sont-ils, ces coqiuns-là qui, pendant mon sommeil , ont investi mon appartement , qui ont osé s'emparer de mon épée ?
THIBAUT , à part.
Cela me rassure.
ADOLPHE
Croyez , brave Sire , que c'est à mon însçu. .. ( à part. ) J'ai une peine à m'empèclier de rire...
TRiNQUETAiLLE , lui remettant V Ordre écrit.
A ton insçu ! vive Dieu ! il ne te reste plus qu'à démentir la signature. Tu le vois, l'ordre est positif^ signé : Adolphe , et plus bas : Thibaut de Loris , gouverneur. ( agitant sa canne à corbin. ) Où est-il ce gouverneur de nouvelle fabrique ? il me tarde de lui rendre les hommages qui lui sont dus.
( Thibaut sa cache derrière Bathilde et le Chevalier. )
LE CHEVALIER
Vous voyez l'effet des égaremens où vous-même vous jetea votre élève.
TniNQUKTAILLE.
Je ne lui croyais pas le vin aussi mauvais.
THIBAUT , s' avançant avec précaution.
Sans moi , brave Sire , son Altesse voulait vous faire enfermer au donjon , et vous y tenir six mois entiers au pain et à l'eau.
TRINQUETAII.LE.
Au pain et à Feau! ( fondant sur Thibaut. ) Viens donc m'y mettre au pain et à l'eau... Ah ! pipe ! ah ! tonnerre ! ah ! si j'avais mon sabre !..
( Adolphe et le Chevalier le retiennent. )
Air : Du vaud. de Partie carrée, {à Adolphe.') Est-ce bien toi qui d'un pareil outrage
N'aurais pas craint de flétrir mes vieux, ans? Pain noir ou blanc , c'est le régal d'usage Pour un soldat endurci dans les camps ! . . Mais ventrebleu! (qui jamais l'eut pu croire?) Me mettre à l'eau ! moi , ton meilleur ami 1 Moi qui naguère encor le faisais boire Le vin de l'ennemi !
ADOLPHE , avec impatiehce. *
Mais quels sont donc les vins qu'on m'a servis cette nuit ?
TRINQUETAILLE
Ils étaient délicieux! mais vive Dieu ! si jamais je t'en verse une seule rasade...
BATHiLDE , bus OU ChevuUer»
C'est tout ce que je désire.
LE CHEVALIER , btts à ButhUde.
Le ménestrel a frappé juste.
ADOLPHE , a Trinquetaille.
Ah I vous n'avez pas besoin de me menacer d'une pareille privation 3 je me la suis pour jamais imposée à moi-même. Air : Ah ! que de chagrins dans la vie. De Baccbiis j'abjure l'empire , Je sais trop ce qu'il m'a coûté , Ou du moins souffrez, brave sire.
Qu'avec vous je fasse un traité.
TRm<;<UETAILLE.
Eh ! quel traité?
ADOLPHE, suite du couplet.
Je m'enivrais, buvant à vos conquêtes, Mais dès ce jour , instruit par la leçon , Je ne boirai jamais qu'à vos défaites , Et je réponds de ma raison.
TRINQUETAILLE, se calmaiit.
Tu m'ôtes la force de te gronder.
ADOLPHE
Ce qui me console dans ma confusion, c'est que du moins toutes mes extravagances sont ignorées de ma chère Azélie.
THIBAUT
La jeune comtesse ! elle vous occupe encore ?
ADOLPHE
Que veux-tu dire?
THIBAUT
Vous oubliez donc, seigneur, l'ordre que vous m'avez donné cette nuit ?
Quel ordre ?
ADOLPHE
TRIIVI^UKTAILLE.
L'auraît-il fait mettre aux arrêts comme moi? Vive dieuf cela serait plaisant.
THIBAUT
Vous vous rappeliez bien la vive impression qu avait faite sur vous la jeune Lise , qui vous secourut l'autre jour avec tant de grâce ?
TRiNQUETAiLLK , à l'oreille d Adolphe. Et que tu serrais cette nuit avec tant de force ?
APOLiMiK , à part.
Oh ! pour cela , je me le rappc^lle très-bien.
TIIIBALT.
Séduit par ses charmes ravissans, entraîné par le souvenir des soins touchaus qu'elle vous avait prodigués, vous avez ordonné qu'elle fut revêtue des riches habits de la jeune princesse, dont elle allait, disiez-vous, prendre la place.
TATIIILDE.
O ciel ! répudier la princesse de Savoie !
ADOLPHE
C'est impossible,
LE CniiVALIER.
Voilà la guerre rallumée !
TRIINQUETAIT.LE.
La guerre? tant mieux, vive dieu!... tant mieux ! qu'on me rende mou épée.
ADOÎ>PUE.
Mais j'ai donc comblé la mesure des extravagances!., et tu as pu faire exécuter un pareil ordre !
Air: Toi que j'aime, toi que f adore, (du Vieux. Chasseur.) Au lieu <lc me icndir à moi-même , Tu servais (/»/.-;) ma coupable erreur. . . Quelle antre pourrait tlo mon cœur Effacer la beauté que j'aime ?
Ail ! que infs tort» soient expie'*, Je celle au remord qui m'entraliK;, 3e la retrouve , la ramène , Ou je meurs d'amour à ses pies.
{Jlsorl.)
TRINQUl TAII,LE , (l Ifl COIltniiade.
Mourir d'amour! un guerrier , mon élève !.. Ne vas pas t'a^i^er de <;;i... morbleu! ou je to renonce.
lîATIIILDK.
Sai\ons-le; car je crains tout du désordre où je le vois.