‹ Le prince Eugène en 1814Chapitre 15 sur 51 · N" XVIII · texte numérisé non relu

N" XVIII

Copie d'une lettre du prince Eugène au roi AJurat, [incluse dans la précédente).

Vérone, 14 janvier isi 'i.

Sire,

H ne m'appartient pas sans doute de chercher a péné'ircr dans les secrets de votre politique; je supplie V. M.

d être persuadée que je connais les bornes de mes devoirs, et qu'il est loin de mes internions de les franchir. Mais, sire, les sentiments que je porte à S. M. l'empereur, ceux que j'ai voués a V. M. depuis mon enfance , m'imj)Osent aussi des devoirs, et c'est a ceux-là que je crois élve fidèle en prenant la plume peur vous écrire.

Depuis trois mois je compte sur les secours que V. M. a bien voulu me faire espérer, et, V, M. n'en doute pas, j'avais mis toute confiance dans ses promesses! J'élais persuadé qu'aussitôt que les troupes de V. M. conduites par elle se réuniraient aux troupes de l'Empereur, l'Italie tout entière n'aurait plus rien a craindre, des ennemis du dehors! Les heureux résultats de mes faibles efîorls depuis l'ouverture de la campagne jiislifienl , ce me semble, <^t confirment cette opinion.

Cependant, et Y. M. ne i)eut l'ignorer, depuis quelque temps les peuples du royaume d'Italie redoutent l'influence que les agents de l'étranger ont pu exercer sur votre cabinet, et, il faut bien le dire, aujourd'hui j)lus que jamais on semble craindre que Y. M., profitant delà situation où notre confiance l'a placée, ne marche avec l'ennemi contre ce même royaume d'Italie, dont nous avons mis tant d'empressement et de plaisir "a lui ouvrir toutes les portes et toutes les ressources! Sire, je n'ai pas voulu croire à tous les propos répandus en Italie depuis deux mois, et je proteste à Y. M. que je suis encore loin d'y ajouter la moindre foi. Mais cependant, sire, les moments pressent, les troupes de V. M. sont bien avancées dans le pays, et elles n agissent pas contre l'ennemi!

Serait-on enfin parvenu à persuader à Y. M. qu'il est dans ses véritables intérêts, non-seulement de séparer sa cause de celle de l'Empereur, mais encore de porter ses armes contre lui? S'il en était ainsi, je n'hésiterais pas à

penser qu on a trouvé moyen de surprendre votre religion en offrant à vos yeux le tableau de tout ce que l'Italie pourrait avoir a redouter si vous refusiez votre concours, et en dissimulant a V. M. tout ce qu'elle pourrait faire pour cl avec l'Italie, en contimianl à servir VEmpereur. Mais dans une affaire de cette importance et de cette nature, il faudrait être mieux informé que je ne le suis, et que je ne puis l'être-, les événements et le temps pourront seuls dire lequel, de votre cabinet ou de moi, se sera trompé.

Quoi qu'il en soit, sire, je crois acquérir de nouveaux droits a votre bienveillance en osant vous dire : des espérances de paix s'élèvent de toutes parts ; combien ne seraitil pas désirable que V. M. n'eût pris aucun parti public contre l'Empereur avant d'avoir pu s'assurer que ces espérances ne sont pas sans fondement! puisse au moins V. M. rendre justice au sentiment qui m'a dicté le vœu que je viens d'exprimer !

Dans tous les cas, sire, j'ose vous le dire, il serait indigne de votre caractère que Ihomme qui défend ici les intérêts de l'Empereur fût informé par d'autres que par vous du parti auquel vous auriez cru devoir voiis arrêter. Je m'adresse donc avec confiance à V. M. pour savoir ce que les sujets et les troupes de l'Empereur ont à espérer ou à redouter des troupes qui vous appartiennent. Si V. M, embrasse un parti contraire à celui de l'Empereur, j en serai profondément affligé, sire-, mais je n'oublierai pas pour cela les sentiments qui m'attachent a votre personne, et quelque difficile que soit alors la position dans laquelle V. M. m'aura placé, je ne pourrai me défendre de former encore des vœux pour son bonheur et celui de sa famille. Je suis, etc., etc.

Eugène Napoléon.

î^e prince Eugène à la princesse Augmte.

Téronc, 17 janvier 18U.

Il paraît, raa clière Auguste, qu'il sera impossible de «'entenilre avec l'ennemi pour une suspension d'armes. Oh! les vilaines gens, le croirais-tu? ils ne consentent à traiter que sur la même question que m'avait déjà faite le prince Taxis. Aussi a-t-on de suite rompu le discours. Dans quel temps vivons-nous ! et comme on dégrade l'éclat du trône en exigeant pour y mouler lâcheté, ingratitude ei trahison. Va, je ne serai jamais roi.

Adieu, me bonne Auguste, etc.

Eugène,

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