‹ Le prince Eugène en 1814Chapitre 19 sur 51 · N» XXIV · texte numérisé non relu

N» XXIV

Le prince Eugène à F Empereur.

Vérone, 25 janvier 1814.

Sire, J'ai reçu, hier 24, la lettre chiffrée de V. M. du 17 jan-

(*; Le général Triaire, aide de camp du prince et écuyer, devait accompagner la vice-reine en cas de départ.

vier, qui contient l'instruction pour le cas oii ïe roi de Naples se déclarerait contre nous. J'agirai de manière a remplir les intentions de V. M,

Jusqu'à présent rien d'officiel a cet égard, et, en supposant que les Napolitains se déclarent, cela peut fort bien ne pas encore changer aussitôt ma position , surtout si ces troupes continuent a rester telles qu'elles sont placées en ce moment, échelonnées depuis Modène jusqu'à Ancône et Rome, Tout au pkis, pour le moment, pourrais-je prendre la ligne de Mincio, qui me rapprocherait de mes ponls sur le Pô. Une des trois divisions de l'armée de réserve, quoique incomplète, s'est portée sur Plaisance; on travaille à mettre la ville a l'abri d'un coup de main, et, dans toute hypothèse, cette division suffira pour arrêter les Napolitains s'ils s'avançaient trop rapidement sur la droite. D'ailleurs je ne cache pas a V. M. que l'armée serait bien aise de trouver l'occasion de pouvoir donner une leçon a ceux dont la conduite inspire tant de mépris et d'indignation.

Dans le cas d'un mouvement rétrograde, j'e.xécuterai les ordres de V. M. quant aux places Tories et aux garnisons 'a y laisser; mais je ne lui cache pas que l'esprit est tel en Italie, que beaucoup d'officiers et surtout la troupe se laissent séduire par le moyen que l'ennemi emploie en ce moment : ï indépendance de l" Ilalie. 11 est fâcheux de le dire, et pourtant il le faut, puisque c'est la vérité, que, dès que l'armée de V'. M. aura quitté l'Italie, celle-ci sera perdue pour bien longtemps. Je n'envisage pas non plus sans effroi le mouvement rétrograde que je serai obligé de faire. Il est certain que, y compris les 7,000 conscrits que je viens de recevoir dernièrement, sur les 15,000 promis, je n'ai pas 12,000 avançais de 1 ancienne France. Tous les hommes'[quo j'ai reçus pour

coinmcnrer la canipagin^ ëlai<^nl Toscans. Génois, Piëmontais. V. M. doit donc s'attendre, même dans nos rangs, à une désertion considérable.

Je suis, etc., etc.

Eugène Napoléon.

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