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» Ce mémoire, qui est tenu très-secret;, lui a été confié pour » deux heures par le garde des archives. D'après les extraits
» qu'il mena lus, le général D y établit que le prince
D Eugène, de concert avec Votre Altesse Royale, trahis- » sait l'empereur et s'entendait avec les souverains alliés, » qui l'en ont récompensé en lui conservant sa fortune. Mais » comme tout cela est bâti sur des faits et sur des dates évi- » demment faux, il s'agit de rétablir la vérité des ims et des » autres d'une manière irrécusable.
» Tel est le but de la note ci-jointe que j'ai l'honneur de » remettre à Votre Altesse Royale.
» Le colonel Koch, qui est un parfait honnête homme et qui » ne recherche que la vérité dans l'exposé des faits qu'il prért sente, attendra la décision de Votre Altesse Royale avant de » rédiger la partie de son ouvrage qui traite des opérations » du prince Eugène.
» Quelle que soit cette décision, je crois avoir jeté assez de » doute dans son esprit sur la véracité des témoignages du
» général D pour être persuadé qu'il n'admettra rien dans
» son ouvrage qui soit injurieux à la mémoire du prince. Mal-
» heureusement le général D ne s'est pas borné au dépôt
» clandestin de ce mémoire qui, un jour, sera un document » historique; il poursuit dans les salons du grand monde son » œuvre de dénigrement et de calomnie; la plupart des pairs » et des députés en sont imbus, et je ne suis ni assez impor- » tant ni assez répandu pour pouvoir le combattre avec avan- » tage. Quelques amis sincères du prince qui seraient en po- » silion de le faire avec succès, sont peut-être trop occupés » de leurs intérêts personnels pour y mettre cette suite et ce » dévouement qu'exigerait une semblable tâche. » Je suis avec un profond respect, etc.,
» Planât de la Paye. »
Voici la réponse de la duchesse :
« Ismanning , ce 10 octobre 183G.
y> Monsieur Planât de la Faye, je viens de recevoir votre n lettre du 5, et me hâte de vous remercier de la nouvelle i> preuve d'attachement que vous donnez à la mémoire de n feu le prince Eugène, en me prévenant de la fausse et ouw trageante opinion qu'on a donnée au colonel Koch, sur sa 0 conduite dans la dernière campagne, qui était si glorieuse o et si belle dans ses plus petits détails. 11 est vrai qu'il n'a fait » que son devoir en agissant comme il a agi; mais comme peu « de personnes sont restées fidèles comme lui, et ont conw serv-é cett« réputation sans tache qui fait toute la gloire de ») sa famille, il est permis à sa veuve d'en être lière et de ré- ^) clamer contre une aussi horrible injustice. Je suis indignée
« des calomnies du général D , mais elles ne m'étonnent
» pas, car il s'est conduit avec bien de l'ingratitude envers le a prince auquel il devait tant, et ne m'a jamais pardonné de » n'avoir pas été la dupe de ses intrigues, ni au prince de lui ») avoir fait défendre pendant un mois l'entrée de mon salon. » Cela a blessé son amour-propre, et de là cette haine qui ne « respecte pas môme la mort.
0 Je suis à la campagne en ce moment, et je compte y » rester aussi longtemps que le beau temps le permettra. J'irai » pourtant à Munich celte semaine pour m'occuper d'une pre- « niière recherche, et je vous enverrai le plus tôt possible copie » des pièces les plus essentielles. Quant aux autres, elles me « paraissent si nombreuses, qu'il serait peut-être impossible ») de les envoyer toutes ; mais sur des demandes spéciales de >■- vous on pourra si^irement vous adresser des analyses qui )i répondront à tout. Voyez si vous jugez que cela suffira.
» Dites au colonel Koch, quoique je n'aie [)as le plaisir » de le connaître, que s'il y avait eu à rougir de la conduite » du prince Eugène au moment où la fortune abandon- B nait l'empereur Napoléon, jf^ n'aurais pas ru la force de
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» survivre à tous les malheurs dont j'ai été frappée; force » que j'ai puisée dans la certitude qu'il avait agi avec hon- » neur et fidélilé. Dites-lui aussi que j'ai le cœur français » comme il l'avait jusqu'à son dernier soupir, et que si je n'ose » réclamer l'amour et l'attachement des Français, j'ose au » moins réclamer leur justice et celle des hommes de bien. » C'est pour cela que je compte sur lui, et qu'il ne dira que » la vérité, que je ne crains pas.
» Si vous saviez comme je suis émue en écrivant ces lignes; » il me semble que toutes les plaies de mon cœur saignent de » nouveau. Cette belle réputation, qui est notre trésor, a été » même respectée par les ennemis, et c'est un Français, un » ancien aide de camp du prince, qui a le courage de dire » des mensonges pour la noircir. C'est affreux ! .. Si j'avais été » intrigante, comme le général Danthouard le dit, j'aurais pu » procurer à ma famille une autre existence que celle qu'elle » a ici; mais ma conduite n'a jamais varié; elle a été digne » de la veuve du prince Eugène.
» Recevez, monsieur Planât de la Faye, avec la nouvelle as- » surance de ma gratitude, celle de mes bons sentiments.
» Auguste Amélie, p
A la suite de ces premières lettres une correspondance active s'établit entre madame la duchesse et moi. Je lui désignais les pièces nécessaires, m'efTorçant de lui indiquer où elle pourrait les trouver ; elle les recherchait avec un zèle infatigable, les copiait et y joignait des lettres privées importantes. Ce travail, souvent interrompu par des maladies et des absences, dura trois années entières, parce que la duchesse tenait à Taccomplir seule, sans l'assistance de personne.
Voici quelques extraits de cette longue et volumineuse correspondance :
J M. Planât de la Faifc.
Ismanniiig, 23 octobre 183G.
Je suis allée deux fois à Munich pour y chercher les papiers dont vous (lenaandez copie. Je vous enverrai tout ce qui pourra satisfaire à vos questions... Aussitôt ma rentrée en ville, qui ne peut beaucoup tarder, je ferai de nouvelles recherches ; mais je le ferai avec plus de succès, si en réponse à celle-ci vous me donnez les indications qui me manquent.
n y a une armoire dans la bibliothèque que je n'ai jamais ouverte, savez-vous quels papiers s'y trouvent ?, .
Auguste Amélie,
A Mme la duchesse de Leuchtenbcrg
Paris, 19 octobre 183C.
Ce qui est vraiment extraordinaire, c'est que dans les archives du ministère de la guerre les pièces essentielles relatives à cette époque manquent, savoir: les rapports du prince vice-roi et les minutes des lettres que le duc de Feltre lui a écrites. Ces pièces sont mentionnées sur la note du colonel Koch que j'ai eu l'honneur d'adresser à Votre Altesse Royale. Il serait désirable (mais je ne sais s'il est possible) d'avoir quelque cho.se d'officiel sur la mission du prince Auguste Taxis. A la vérité, ce sont là de ces missions que les gouvernements n'avouent jamais ; mais tous ces faits sont maintenant du domaine de l'histoire, et le roi de Bavière ou ses ministres ne devraient, ce me semble, faire aucune difficulté de fournir à Votre Altesse Royale tous les documents et renseignements qui peuvent lui être nécessaires pour mettre la vérité dans tout son jour. Le rapport du comte Tascher sur sa mission ne serait pas moins essentiel.
Planât pe la Fave,
A M. Planât de la Fayc.
Munidi, 15 novembre 1830.
D'après ce que vous m'avez écrit dans votre lettre du 19, qu'il serait important d'avoir une pièce ofïicielle sur la mission du prince Auguste Taxis, j'en ai parlé au roi mon frère, qui n'ayant pu me donner que des renseignements peu détaillés, puisque les rapports avaient été faits verbalement, je me suis adressée directement au prince Taxis, qui est tout à fait retiré du monde, mais qui a mis infiniment d'empressement h me faire le récit de sa mission, qui convaincra, j'espère, le colonel Koch. Mais cette pièce est trop importante pour nous-mêmes pour que je vous envoie l'original, et je pense que la copie signée du ministre de la guerre qui atteste qu'elle est exacte et vraie, suffira au colonel Koch.
Du reste, j'ai l'intention de rassembler toutes les pièces que j'ai en main pour les faire publier un jour, et alors il y aura de quoi confondre les imposteurs.
J'ai reçu votre lettre du 5 de ce mois, mais je souffre si horriblement de la tête que je ne puis y répondre aujourd'hui. C'est avec bien de la peine que je trace ces lignes. Dès que je me trouverai mieux, je vous écrirai au sujet des autres papiers. Le choléra qui fait tant de ravages ici est cause que je n'ai pas encore fait de*recherches dans le carton de la bibliothèque.
Auguste Amélie.
A Mme ta chichesse de Leuchtcnberg.
Paris, 26 décembre 1836.
En relisant ce matin la relation du prince Taxis, je vois qu'il nous manque une pièce essentielle : c''est la copie de la lettre que le prince Eugène écrivit de Vérone au roi de Bavière le 22 novembre 1813, en réponse aux ouvertures que Sa Majesté avait été chargée de lui faire au nom des souverains alliés.
Si, par une fatalité déplorable, la copie de cette pièce ne se trouvait pas dans les archives, et si l'original (comme il y a tout lieu de le croire) est resté annexé aux actes du congrès de Francfort (novembre 1813), c'est à Vienne qu'il faudrait s'adresser. Mais il est probable qu'on rencontrera beaucoup de difficultés (*) Je dois prier aussi Votre Altesse Royale de
(*) Cette pièce récemment envoyée de Vienne à S. M. la reine de Suède, forme le n" VII de cette édition.
ne jamais mentionner le dépôt clandestin du mémoire du général Danthouard au dépôt de la guerre... {*) Je suis avec respect, etc.
Planât de la Paye.
P. S. Le général ïriaire m*a assuré, il y a un an, que, dans
les premières années de la Restauration, le général D avait
sollicité du prince une pension de 6,000 fr. comme ancien aide de camp, mais qu'il ne l'avait pas obtenue. Votre Altesse Royale en sait-elle quelque chose?
A M. Planât de la Paye.
Munich, 2 janvier 1838.
...Vous pouvez être certain de ma discrétion; je la pousse si loin, que je n'ai pas voulu dire à ***, que cela ne regarde en rien, que je cherchais des papiers dans Tarmoire de la Malmaison (**), et c'est pour cela que j'ai eu tant de peine à les trouver. Soyez persuadé qu'aucune petitesse ne viendra à la traverse d'une œuvre utile et généreuse à laquelle vous contribuez avec tant de complaisance, dont je vous serai toujours reconnaissante.
Le choléra emporte toujours beaucoup de monde avec une rapidité effrayante pour ceux qui ne sont pas préparés à paraître devant le jugement de Dieu. Pour moi je n'ai jamais craint la mort, et j'attends ce moment avec une parfaite tranquillité.
Recevez , etc.
Auguste Amélie.
P. S. 11 est vrai que le général D demanda au prince sa
pension comme aide de camp (***), malgré qu'il l'avait quitté avec tant d'ingratitude et qu'il avait pris du service sous Louis XVIII ; et comme on lui répondit qu'on n'était pas dans la position de donner de telles pensions, il cherche à s'en venger de toutes les manières.
(*) La moindre Indiscrétion aurait infailliblement expo.sé le brave colonel Koch aux ressentiments d'hommes alors tout puissants.
(**) L'armoire dite de la Malmaison renfermait les lettres de l'Empereur et la correspondance de famille.
(***) Outre le traileinent de leur grade, le vice-roi accordait à ses aides de camp une allocation de 6,000 francs sur sa cassette paniculièrc. C'est cette allocation que le général D. , . . prétendait conserver i\ titre de pension ringirr.
A Monsieur Planât de la Paye.
Munich, 10 mara 1838.
Après avoir copié la lettre cl-jointe que le prince Eugène écrivit le 18 février 181û à l'empereur INapoléon, je dus me mettre au lit où je restai deux jours avec de violents maux de tête, ce qui était une suite naturelle de l'émotion que j'éprouve toujours en écrivant des choses qui ont rapport au prince et à ces temps mémorables, et de l'indignation dont je suis toujours saisie en pensant que la calomnie a osé élever sa voix perfide pour flétrir une si belle réputation.
Je m'occupe des autres copies, mais c'^est une chose longue. Je n'ai pas encore trouvé la lettre de M. Darnay dans laquelle il est question des demandes de la pension et des 60,000 fr. que le général D faisait; mais je ne désespère pourtant pas que je finirai par les retrouver dans Ténorme carton où sont réunies toutes les lettres de Darnay, mais sans ordre ; et comme il mettait tout pêle-mêle dans ses lettres, la recherche en est plus difficile (*;.
Je vous remercie de nouveau, etc.
Auguste Amélie.
Au fiiéme,
20 mars 1838.
Malgré l'état de souffrance de ma pauvre tête, je me suis mise à copier toutes les lettres que l'Empereur a écrites au vice-roi depuis décembre 1813 jusqu'au 12 mars 181/i. Elles sont peu nombreuses, mais importantes, parce qu'elles prouvent que le prince Eugène n'a pas agi contre les ordres de l'Empereur, comme on voudrait le faire croire.
Dans celles de novembre, il se trouve un rapport du général Danthouard qui est écrit entièrement de sa main.
Auguste Amélie.
Au même.
Munich, 24 mars 1838.
Voici la copie des neuf lettres que l'Empereur écrivit au viceroi en novembre 1813. Le rapport du général Danthouard appar-
(*) Le baron Darnay, ancien secrétaire intime du prince Eugène, était alors administrateur des biens que ce prince possédait en France.
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tient au n« 22. Ces lettres nie paraissent moins importantes que celles que j'ai déjà copiées; mais comme elles étaient sur votre liste, je vous les envoie pourtant.
Il m'est impossible, avant mon départ pour Ancône, de copier les lettres du vice-roi à FEmpereur, car il y en a une quantité, et beaucoup ne sont pas même copiées dans le livre, de manière qu'on a infiniment de peine à déchiffrer les brouillons; il faut donc avoir patience. N'oubliez pas que personne ne sait que je vous les ai envoyées.
Auguste Amélie.
J'interromps les citations pour placer ici des explications trop importantes pour en faire le sujet d'une simple note. - *
Le rapport auquel la princesse Auguste attachait une moindre importance est devenu précisément une pièce capitale, car sa lecture suffirait seule pour renverser tout l'échafaudage de mensonges et de calomnies si lahorieusement élevé par le général Dauthouard depuis trente ans. Ce sont les ordres et instructions dictés par l'Empereur à ce général le 20 novembre 1815, et dont il était porteur lorsqu'il retourna en Italie. Selon le duc de Raguse, ces ordres prescrivaient au prince Eugène d'évacuer le royaume d'Italie pour venir en France, et il les ùnïla à Munich, afin d'anéantir les preuves de sa désobéissance.
Je cite cet incroyable passage :
« Le gcncraî crAniliouard m'a raconte depuis que se trou- ») vant, quelque temps a|»rès la ncstauration, à Munich, rt tra-
» vaillant avec le prince dans son cabinet pour mettre en » ordre ses papiers, il retrouva l'ordre qu'il avait porté pour » exécuter le mouvenK^nt dont j'ai parlé. 11 le lui montra, et » lui dit : Croyez-voiis Monseigneur, qu'il soit bien de con- » server ce papier? Non, dit Eugène, et il le jeta au feu. » [Mémoires du duc de Raguse, t. VI, page 55.)
S'il est vrai que le maréchal ait tenu ce propos de la bouche du général Danthouard (ce que j'ai peine à croire), il faut convenir qu'il serait difficile de pousser plus loin l'audace du mensonge, car :
V Le général Danthouard n'est jamais venu à Munich depuis la chute de l'Empire;
2° Les ordres et instructions de l'Empereur n'ont pas été brûlés, puisqu'ils existent dans les archives ducales de Leuchtenberg, écrits en entier de la main du général Danthouard ;
5° Ces ordres ne prescrivent pas au prince d'évacuer le royaume d'Italie, ils lui prescrivent le contraire. (Voir le n" XIV de ce recueil.)
A cette occasion, je déclare qu'à mon avis les immunités de l'historien lui permettent les APPRÉCIATIONS d'iiii fait réel les plus erronées, les plus évidemment injustes, même de mauvaise foi, sans qu'il soit justiciable que de sa conscience et de l'opinion publique. Mais je ne crois pas qu'aucun historien puisse réclamer le droit de propager un fait matériellement fanx, et de continuer à le propager indéfiniment lorsque l'erreur, vo-
îontaire ou non, lui aura été démontrée d'une manière irrécusable par la partie lésée.
Conformément à cette manière de voir, au mois de juillet dernier, j'ai cru devoir communiquer directement au ministère public du tribunal de première instance un certificat qui atteste l'existence, dans les archives de Saint- Pétersbourg, des documents que j'ai produits et parmi eux de la pièce prétendue brûlée (certificat dont les plaidoiries n'avaient pas fait mention).
Depuis lors, j'ai sollicité et obtenu de S. A. I. la grande-duchesse Marie de Russie, l'envoi de l'original même de ce document avec la lettre d'envoi du général Danthouard, pour le garder entre mes mains tant que je le jugerais nécessaire, et pour le produire au besoin. Je le tiens à la disposition de toute personne ayant intérêt à constater la vérité du fait.
Je reprends les citations :
A Mme la duchesse de LcuclUenberg.
Paris, 24 mars 1838.
Madame,
Le document que Votre Altesse Royale vient de m'adresser le 19 de ce mois, est sans contredit un des plus précieux et des plus importants. C'est h\ cette lettre que je réclamais toujours, que j'avais lue en 1822, et dont le souvenir était resté gravé dans ma mémoire.
Ainsi les recherches faites avec tant de zèle et de persévérance par Votre Altesse I\o}'ale se trouvent déjà couronnées d'un grand