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Le prince Eugène à la princesse Auguste.
Volta, 17 février.
Je suis très-faligué, je rentre de Salô où j'ai fait attaquer l'ennemi. Depuis hier matin a quatre heures j'ai fait à cheval plus de 70 milles. L'affaire a été très-bien; l'ennemi est rejeté dans les montagnes ; me voila tranquille sur ma gauche pour quelques jours. Il marrive à l'instant de bonnes nouvelles de Paris, je fais tirer le canon ici et donne l'ordre h Fontanelli d'en faire autant h Milan. On m'annonce aussi que le roi (de Naples) va se mettre en mouvement contre nous. 11 prend bien mal son temps !
'^° XLL Le prince Eugène à l'Empereur.
Volta, 18 février 1814.
Sire,
Une lettre que je reçois de l'impératrice Joséphine, m'apprend que Votre Majesté me reproche de n'avoir pas mis assez d'empressement à exécuter l'ordre qu'elle m'a donné par sa lettre en chiffres, et qu'elle m'a fait réitérer te 9 de ce mois par le duc de Feltre.
Votre Majesté a semblé croire aussi que j'ai besoin d'être excité à me rapprocher de la France dans les circonstances actuelles, par d'autres motifs que mon dévouement pour sa personne et mon amour pour ma patrie.
Que Votre Majesté me le pardonne, mais je dois lui dire qno j(^ n'ai mérité ni ses reproches ni le peu de confiance
qu elle montre dans des sentiments qui seront toujours les plus puissants mobiles de toutes mes actions.
L'ordre de Votre Majesté portait expressément que dans le cas où le roideNapies déclarerait la guerre à la France, je devais me retirer sur les Alpes. Cet ordre n'était que conditionnel -, j'aurais été coupable si je l'eusse exécuté avant que la condition qui devait en motiver l'exécution fût été remplie. Mais cependant, je me suis mis aussitôt, par mon mouvement rétrograde sur le Mincio, et en m'échelonnaiit sur Plaisance, en mesure d'exécuter la retraite que Votre Majesté me prescrivait, aussitôt que le roi de Naples, sortant de son indécision, se serait enfin formellement déclaré contre nous. Jusqu'à présent ses troupes n'ont commis aucune hostilité contre celles de Votre Majesté; le roi s'est toujours refusé à coopérer activement au mouvement des Autrichiens, et, il y a deux jours encore, il m'a fait dire que son intention n'était point d'agir contre Votre Majesté, et il m'a donné en même temps à entendre qu'il ne faudrait qu'une circonstance heureuse pour (ju'il se déclarât en faveur des drapeaux sous lesquels il a toujours combattu. Votre Majesté voit donc clairement qu'il ne m'a point été permis de croire que le moment d'exécuter son ordre condilionnel fût arrivé.
Mais si Votre Majesté veut supposer un instant que j'eusse interprété ses ordres de manière à me retirer aussi tôt que je les aurais reçus, qu'en serait-il résulté?
J'ai une armée de 36,000 hommes, dont 24,000 Français et 12,000 Italiens. Mais de ces 24,000 Français, plus de la moitié sont nés dans les États de Rome et de Gênes, en Toscane et dans le Piémont, et aucun d'eux assurément n'aurait repassé les Alpes. Les hommes qui appartiennent aux départements du Léman et du Mont-Blanc qui commencent déjà h déserter, auraient bientôt suivi cet exem-
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l-le des Italiens, et je me serais trouvé dans les défilés du Mont-Cenis ou de Fenestrelle, comme je m'y trouverai aussitôt que Votre Majesté m'en aura donné l'ordre positif, avec 10,000 hommes h peine, et attirant a ma suite sur la France 70,000 Autrichiens, et l'armée napolitaine qui alors, privée de la présence de l'armée française qui lui sert encore plus d'appui que de frein, eût été forcée aussitôt d'agir offensivement contre nous. Il est d'ailleurs impossible de douter que l'évacuation entière de l'Italie aurait jeté dans les rangs des ennemis de Votre Majesté un grand nombre de soldats qui sont aujourd'hui ses sujets.
Je suis donc convaincu que le mouvement de retraite prescrit par Votre Majesté aurait été très-funeste à ses armes, et qu'il est fort heureux que, jusqu'à présent, je n'aie pas dû l'opérer.
Mais si l'intention de Votre Majesté était que je dusse le plus promptement possible rentrer en France avec ce que j'aurais pu conserver de son armée, que na-t-elle daigné me f ordonner? Elle doit en être bien persuadée, ses moindres désirs seront toujours des lois suprêmes pour moi ; mais Votre Majesté m'a appris que dans le métier des armes il n'est pas permis de deviner les intentions, et qu'on doit se borner à exécuter les ordres.
Quoi qu'il en soit, il est impossible que de pareils doutes soient nés dans le cœur de Votre Majesté. Un dévouement aussi parfait que le mien doit avoir excité la jalousie; puisse-t-elle ne point parvenir à altérer les bontés de Votre Majesté pour moi. elles seront toujours ma plus chère récompense. Le but de toute ma vie sera de la justifier, et je ne cesserai jamais de mettre mon bonheur à vous prouver mon attachement, et ma gloire à vous servir.
Je suis, sire, etc.
Signé Eugène Napoléon.
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