‹ Le prince Eugène en 1814Chapitre 7 sur 51 · N» III · texte numérisé non relu

N» III

La princesse Auguste au roi de Bavière.

Milan, 17 octobre lSf3.

Mon bon prre,

Eugène vient de me communiquer l'aflligeante nouvelle que vous êtes contre nous! Vous devez comprendre ce que mon cœur éprouve! Avoir d'autres intérêts que les vôtres, c'est affreux pour votre fille qui vous a prouvé a quel point allait sa tendresse, sa soumission pour vous. Peut-être l'avez-vous oublié; mais dans quelque situation que je me trouve , je ne regretterai jamais ce que j'ai fait: ma conscience est sans reproche, et je supporterais avec plus de courage tous les mallieurs qui s'otfrenl à mes yeux si je n'avais pas quatre pauvres enfants et bientôt un cinquième auxquels je dois penser. C'est pour eux que je réclame vos bontés^ ce sont les enfants de voire Auguste, que vous paraissiez aimer autrefois. Vous vous trouverez dans la situation de demander un sort pour eux. Ces malheureux ! je dois presque regretter de leur avoir donné le jour; ils n'ont rien au monde que la tendresse de leur père et de leur mère!

Eugène, le meilleur des époux, ne s'afflige qu'à cause dé nous. Il regrette môme d'être mon mari , d'être leur père. C'est tout dire. Sa tendresse fait mon unique bonheur ; jamais il ne perdra la mienne , je le suivrai partout, bien sûre qu'il ne s'écartera jamais du chemin de la vertu et de l'honneur.

Voici la dernière lettre que vous recevrez de votre fille

Mon devoir m'impose le silence comme il m'a prescrit de penser au sort de mes enfants.

Encore une fois je vous les recommande, ne les oubliez pas. Je compte sur votre tendresse paternelle, que la politique n'a pas \m effacer de votre cœur, comme jamais rien ne me fera oublier le respect que vous doit , mon

bon père ,

Votre tendre fille,

Auguste.

N-^ IV.- La princesse Juguste à l Empereur.

Monaa , 8 novembre 181^.

Sire ,

La peur d'importuner Y. M, avec mes lettres m'a empêchée jusqu'à présent de lui écrire. Maisje croirais manquer à mon devoir si dans cette circonstance je ne renouvelais à V. M. l'assurance de mon tendre attachement. Croyez que rien au monde ne me fera oublier mon devoir, et que vous pouvez compter sur mon entier dévouement comme sur celui d'Eugène. Il défendra le royaume jusqu'au dernier moment; de mon côté, je tâcherai de ranimer les esprits faibles qui se laissent abattre dès qu'ils entendent parler de dangers. Si nous succombons, nous aurons au moins la consolation d'avoir toujours rempli notre devoir. — Je vous recommande mes quatre enfants et réclame pour eux comme pour moi la continuation de vos bontés, dont j'espère être digne.

J'ai l'honneur d'être , avec rattachement le |)lus vrai et un [irofond respect , sire, de V. M.

La soumise et tendre fille , Auguste.

Le roi de Bavière au prince Eugène.

Francfort-sur-Mein , le IG novembre 18i;J.

Vous pouvez ajouter foi, mon cher Eugène, a tout ce que vous dira le prince Taxis, porteur de la présente. 11 a toute ma confiance, et, quoique jeune, il en est digne. Le papier ci-joint vous donnera une idée générale de la situation des choses. Brùlez-le dès que vous l'aurez lu. Je vous emhrasse tendrement, et vous aimerai, vous, ma fille et mes petits enfants, jusqu'à mon dernier soupir.

Votre bon père et meilleur ami ; Max. Joseph.

Il ne dépendra pas de moi que vous ne soyez aussi heureux que vous méritez de l'être-, tout le monde de ce côté-ci vous aime et vous respecte-, c'est ce que j'entends tous les jours. . ,

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